‹ Essai sur les fortifications anciennes, ou introduction à l'histoire générale de la fortification des anciensChapitre 57 sur 72 · DOTE · texte numérisé non relu

DOTE

EttEuropej les fractîôns léfe plus exdènirfqûèsde la famille tanarof-finnoïse furent absoÀëes dans les invasions aryanes, et celles qui rêsistèrerrt k cette absorption se trouvent aujourd'hui reléguées dans les régions ïiyperborécnties.

Quant m% Basco-Berbères de la Grèce et de l'Italie , ils

1. Voy. ci-dessus, p. 585.-2. Cs. E. Lamé, Rev. contemp. dSôS^, 1. 1, p. VaO.-T- ft. IMtt \e\k crânô» sèy<hiques, vbsf., dans H^s Rti4n^'4ê>la Seyibi», h ^mcfipt^û àt toonbeau (TÀlexflMropdl. Lés <9ràS€» qn^^ yrëno6iit«e^9MI tàiitM'iôUèhdeépfades, tlmMUQbrttdhyedj^hblé», g» ^ ii^'. diqo&Mitfe fK)pûltflion tiê nlilafi^ ^aôre -m lOFSiatiMi/i^k; -V^y. ci- dessus, p. 153.

étalent atnii doutd »s«6z ranes ^, et ils 66 sont fendus complète» ment, ici avee tes Geltea pour former les Lif ures, là avee les Pélaftges pour produire les Grecs, les Italiens et les Sioanes oii Sicvles. Quelques auteurs pensent, en outre, que^ du mélange de ces Baseo-Berbères avee dés Celtes et des Pélasges, est sortie la nation étrusques.

Ceux de l'Aquitaine et de l'Espagne ont gagné les retraites les plus inaficesajble^ de ces régions à l'époque des invasions aryanes, et ils s'y sont conservés tant bien que mal sous le nom da Basques. D'autres^ atteints par l'invasion, se sont fondus dans les envahisseurs ; ils ont fait les Celtibères elles anciens Ibères ou Espagnols, suivant le degré de la fusion.

En Afrique, les Berbères se sont ffl^laogés de Sentîtes; mais^ pour eux, l'absorpUop sémitique parait avoir été moins cofa-^ plèle que pour les Touraniens de Syrie, ceux-ci ayant disparu eoœpléleafint dans lG»r fgsj^p av^ Im Sa^i d^ inseripitii^ns égyplLennes ^ et aveiç les Ufaasiuuîens de la Bible, ks&û les bor gués des Kabyles fit des Toamregs ^, qui sont les représentants les moins modifiés des enisiÊiis Berbères sémitisés^, présjentsntf elles, avec les idioa^es sémiliquies proprement dits, d^ différ rences excessivement m^rquée/s; elles offreQt ^ la fois, dans leurs éléments constituants, des .agglomérations tour^niennes et des flexions sémitiques^. Qa.aQt au:^ historieixs arabes, parmi lesquels il faut compter Ibn-Khaldoun ^, ils ont conservé la traditkMi de Faiktique iovasieo sémitique de l^AfiiquA septeutdionale, et ils yeulenC ainai q^ les fieii>èt«s tarent leur of igine ds Sem, <e qui Jie semble réei4e«e«t vrai qu'en i^tÛA K

Par un iOOiitrs-<coiira!iàt de déplîaoeiiient, les Sémites ain^ beat^ bérisés tentèrent, à certaines époques très-reculées, de fraiDobif de ÎK^uveaM, omms «a seos cpnîralye, les limites lau delà desqudiles >leur piteiBfièKe migration -les avail poiiés. C'est à eau8L*ià^ yrais^ari^aèlettttil, qir'il fibut attribua le aom de Tamikm$\

i . A» \r(m^ |M« 4s Okirls ds }'*ge ds la pisrrs m fifée» '^ /SD .I|aU«i. Yof. à c^ sajat, jpieulé, Jtevue .«xcb^.., i9&^^ V4g§ à$ Içk ^e^rt fe (^ Grèce. — ?. V97. cidfiwwa, p. 5?,^ 3, W., j. m,^- r^A-Vojj Hanoteau, Gramm. kabyle et gràmm. tamachek.^b. Cs. Duveyrier, les Touareg du ^ord; Da^in^s, la Grande Kabylie. etc.— 6. Qs. E. Lamé, id. — r^n-*hsM,trad. de«lane,t.T. — Ç/is. «agot/té ^hira^ 1. 1, p. 25 et suiv. * . , 1 .

que portent certains Libyens dans les inscriptions égyptiennes. Us n'en étaient peut-être pas k leur coup d'essai de marche rétrograde, quand ils parurent aux frontières occidentales de VEgypte sous Merephtah^; et quelques auteurs pensent qu'à cette dernière époque ils étalent doublés d'Européens, ce qui pourrait contribuer jusqu'à un certain point k expliquer les yeux bleus et les cheveux blonds dont on les gratifie quelquefois, si toutefois il faut véritablement attacher quelque importance à cette indication.

Ce sont des Sémites berbérisés ou des Berbères sémitisés qui ont produit tous les Libyens d'HÉRonoTs, puis les Mauritaniens et les Numides des Romains, et enfin les Maures et les Berbères du Bas-Empire et du moyen-âge. Les Arabes les ont sémitisés davantage encore à partir d'une certaine époque.

134. Tendance du groupe tonranien. — On admet généralement que les faqpiilles humaines les plus policées ont dû passer par trois états préparatoires ou phases successives pour franchir l'intervalle qui sépare l'état de nature de l'état de civilisation ^, et ces trois états sont les suivants :

jo L'état sauvage ou de chasseurs; 2<* L'état nomade ou de pasteurs; 3^ L'état sédentaire ou d'agriculteurs.

Les Ghamites purs en sont encore aujourd'hui au premier degré de cette classification, tandis que les Touraniens, au contraire, semblent avoir atteint de bonne heure le deuxième état, sans que les moins modifiés par l'influence étrangère l'aient encore dépassé.

Ce n'est pas à dire, pour cela, que tous les Touraniens soient actuellement entrés dans cette deuxième phase. Beaucoup d'entre eux, au contraire, se trouvent encore dans la première. Ainsi les Samoyèdes, les Aïnos ou naturels des îles Kouriles et bien d'autres' présentent toujours l'aspect de simples chasseurs ou de pêcheurs. Comme les hommes de l'époque palaeolithique de M. LuBBOCK, Touraniens ou non, comme ceux des Kjoëkken-

i. Yoy. ci-dessus, p. 176* — 2. Cs. Sven NlUsoU; p. 8 et soiv. — à. Figuier, Races^ p. 218, 219.

moêddmgs du Danemark, comme les Dvergs des Sagas Scandinaves ^ comme les Fenni ou Finnois (Lapons ?) du temps de Tacite \ les plus grossiers des Touraniens modernes vivent k l'état sauvage y n'ayant pour abris que des cavernes , pour asiles que des rochers, pour lieux de repos organisés que des huttes informes.

Mais d'autres, comme les Lapons, savent pousser devant eux de grands troupeaux de rennes, dont ils sont pour ainsi dire inséparables '. Il faut remarquer cependant que ce ne sont pas des pasteurs complètement nomades, vivant à l'aventure et ne revenant que par hasard dans les lieux qu'ils ont une fois foulés; au contraire, ils se cantonnent dans certaines régions, vivent de leurs troupeaux et les ramènent alternativement dans des stations d'hiver et d'été, toujours les mêmes ^.

Ces mêmes Lapons, qui, aujourd'hui, sont entrés dans la deuxième phase, étaient encore à l'état sauvage, pense-t-on^ du temps de Tacite. Il semble donc qu'à cette époque, ils se trouvaient bien arriérés par rapport aux antiques constructeurs de certaines stations mégalithiques; car l'état d'agglomération des ruines, que quelques-unes de celles-ci présentent, exclut tout à fait ridée que les monuments auxquels elles correspondent aient pu être dressés par des populations vivant complètement à l'état sauvage, c'est-à-dire forcément obligées de se disséminer et de s'étendre pour subvenir aux nécessités quotidiennes de leur alimentation.

Il semble plutôt que, menant la vie de pasteurs cantonnés dans certaines régions, les hommes de l'époque néolithique s'y étaient pour ainsi dire constitué une patrie visible, un centre de rayonnement accusé matériellement par des constructions, une espèce de camp de refuge, une cité^écropok de tribu ^, en un mot. Bans le rayon d'action de ce noyau central, comme dans la cité même, se dressaient des dolmens, des cromlechs, des allées couvertes, des tumuli, etc., tous monuments qui ont pu servir plus ou moins à l'habitation, à l'exercice du cuite, à la sépulture des morts, et qui présentaient peut-être, à Torigine,

i. SvenNillson, p. SSO'et suiv.— 2. Tacite, Germ. XLVL— 3. Sven Nillson, p. 264. — 4. Figuier, id., p. 215: — 5. Sven Nillson, p. 264. »6. Voy. ci-dessus, p. 36 et 533.

-certàities d^lpositiôftâ tompléâientftifei» , tttijotlfd'htii è#k(^s, dont la disparition fend difficile ftcluellement lèttf àsâimilatfon aux fconstructions modernes d*une destination analogue.

Tout, dahs les stations mégalithi(|ues, tout annonce qnè les Toumnierts de Tâg^î de la pierre avaient queltjues notions d'une divinité, qu'ils poussaient fort loin le respect des morts et qn*i!s possédaient la coiinaissance de certains arts, qui distinguent ordinairement les peuples sortis de Tétat dô nature ût ceux qui s'y trouvent encore. Mais, pas plud que les touraniens modernes, sans douté, ils n'étaîetit (;aj}ables de fbrtoer de grandes cohfédérations durables fel de fonder de grands empires, te que \&& Tartaro-Finnois des siècles vbiiîns de àous n'ont parfois réussi à accomplir qu'après avoir subi l'influence étrangère. Leé Tourahi^tts néolithiques vivaient vraisemblablement en tribus, comme plus tard les HUns, les Turcs ei les fflongols, avant qu'Attila, Togrul-Beg et Gengiz5-Rhén lé* eussent rassemblés pour les lancer sUr tttt antre monde. Le* hordes de ceux-ci, incapables du reste dô à'organiset' fertfemetit, se *bnt dispersées el séparées de nouveau, dès que la puissaince qaî tes tenait enchaînées eat icefesé d'exister*.

La Pro^dence-, encore, connaît seule, sans doute, le rôle que le groupe toàfranien à été appelé à joufet sttr la leTte. Hais, comme le groupe chamlt^que, il semble avoir été Jeté sur le sol comme une ant^e f^^e àe prépÊLtatknn, destinée à fevoriser Tacclimatation de familles plus délicates, mais plas vîtes, dans les régions frordes et bmmeâses des conlinenls terrestries. Absorbée, presque eniiè'rement déjà, danft tes régions centrales, à la suite des développemfents de la familte aryane, cette race sub-

\ . L'enïpite d'Âttîta, après atoîr atteint le àégrt dé t)tïîssance (Soleisftal6 qà'on lui eonftait, "s'émMla dé fai-mèïne à la mort de dé pHnce, fa dîvisi<m s'étant misé entre ses successetfrs (Voy. Am.Ttôelr^, Histoire d'Attila'). ^ Les Taros SddionGides ne garent jamais nem pins cansti*»tuer une forte organisation politique de lear eiftpire, et ils suecômbèrent Rêvant le| Moi^ois au coiumenceoient du xiii* siôçlay lorsque Jpariit GengLs-Khân (Voy. Sédillot^ Histoire des Arabes, p. 213). — Quant aux Mongols de Gengiz-Khân, après avoir formé l'empire le plus vaste qui ait jamais existé péad^tré, %4Stafiem'êâ|là.^n disteltftfon à la En du siècle qui avaft Va nadre lèisr ptiseAfoe (Toy« Bouttlet, historique, au mot MoïkgoUé).

fiiste encore âaas les régions sépftentrionatee et Uypeiboréâinés ^ où elle a été refoulée ; elle s'y maintiendra jusqu'à Tàbsorption progressiTe et définitive à laquelle elle semble condamnée.

Toutefois, plus impressionnable et mioins passive que la race eliamitique, la race touranienne, espèce de race blanche dessai^ parait n'avoir jamais cessé de regretter le terrain perdu depuis l'apparition des famtlks nobles ^^ et c'est peut-être à cette ten* dance à la rétrogi*adation sur les terres abandonnées qu'il faut attribuer toutes les grandes invasions touraniennes, celles des Scythes, des Huns, des Tartares et des Ifoiigôls. . D^uh aiitre côté, on a toujours vu les ^ouranienf «Immiscer facilement dans les affaires des familles conquérantes, s-in*- ^truire patiemment à leurs dépens et se substituer à ceHes-ci dès qu'ils ont trouvé l'occasion favorable. Tant qu'ils sulïsisteront, ils consîervetOQt toujours cet instinct, qui ri^ppelle la Vipère Echidna et la couleuvre Touranie K Ainsi, gardes du corps sous les rcHs ninivites, satellites de l'ancienne puissance assy« rienne, les Scythes, devenus les maîtres è Ninive, firent, à une certaine époque, la révolution qui mit Babylone sous la suze« raineté de.sa rivale'. En Egypte el en Syrie, les Thoulonides, fils de Turcs, supplantèrent les khalifes de Bagdad, à la cour desquels ils avaient été élevés '. {ios Baharites se substituèrent de même aux Ayoubites , à la faveur d'une conspiration dû palais fomentée par une esclave turque devenue sultane *. Les milices bordjitcs firen,l sombrer de la même maBière h dyitastie des Bybars et de$ Kalaou^^. A Bagdad, le$ jaoissaires t^K9 introduits par Mositasem firent la loi sous ce prince ett ses suc^ cesseurs \ Dans l'Ifrikîya, les mlices berbères fomenjlèrenrt loutes les rébellions contre les A^labites, et ccu&kû du^eni les remplacer par des satellites nègres^. Eufin, sous le$ Mérinides, les Turcs appelés à secourir le Maghrdi) contre les Arabes Hilaliens, s'y implantèrent safis vouloir le quiitter^»

Comme on le volt,, partout où se sont trouvés ies Touraniens, }e$ mêmes tendances se sont toujoui'S maoifestées. Cachant sOvs des apparences dociles les projets les plus ambitieux, habiles à

i. lies Aryans et les Sémites.— S. Yoy. d-dessas, p. 164.-3. Id., p. 437. -^ 4. Jd., p. 2«6. -^5. id., pvtie. ^ Ç. hL,i^, m. ^7. M.

adopter la religion et les mœurs étrangères, janissaires ou satellites des prinGes, les Touraniens n'ont cessé de regretter l'empire du monde septentrional, à la possession duquel ils avaient été •a)nviés les premiers parmi les blancs, et les insurrrections des Maures sous les Romains, celles des Berbères sous les Byzantins et les Arabes, cell«B« encore des Kabyles de l'époque moderne» sont la conséquence directe de cette disposition naturelle, conservée malgré les siècles et malgré les fusions diverses auxquelles ont été soumis les éléments touraniens qui ont concouru h la formation de ces Africains.

Mais, trop faibles pour supporter le poids d'une civilisation qui n'est pas faite pour eux, les Touraniens tendront toujours à s'amollir dans le luxe, et, quand ils fondront des empires, ceux-ci s'écrouleront successivement en laissant aux races nobles reprendre leurs droits d'absorption et de transformation. Ainsi Ninive, aux mains des Scythes, retomba bientôt dans celles des Chaldéens sémitiques de Babylone, et ses rois scythes, amollis par le luxe, passèrent pour incapables d'aucun autre courage que celui de se laisser ensevelir avec des courtisanes sous des bûchers enflammés couverts d'or et de soie. Ainsi encore les Osmanlis, en recueillant l'héritage des Grecs et des Musulmans de Constantinople, n'ont fait que s'affaiblir et dégénérer.

135. La fortification chez les Touraniens. — * Nés pour vivre à l'état nomade ou de pasteurs, les Touraniens n'ont réellement pas besoin de forteresses. Aussi, soit qu'on les considère dans l'Europe occidentale, à l'époque mégalithique, soit qu'on les recherche dans l'Afrique berbère au temps où, n'ayant pas encore subi peut-être l'influence sémitique, ils dressaient les singuliers dolmens, tumuli et alignements de l'Algérie, soit qu'on les observe de nos jours dans les régions où ils stationnent encore, les Touraniens purs n'ont jamais construit d'acropoles comme celles des Pélasges ni à'oppida comme ceux des Gaulois.

Ce qu'il a fallu aux pasteurs de tous les temps, pour se garantir individuellement, eux et leur bétail, de leurs agressions réciproques et quotidiennes ou de la surprise des animaux, ce sont des postes élevés de station, des observatoires, des

tours de garde comme celles dont parle la Bibk S comme les atalayatà des Baléares ', comme peut-être encore les nuraghes de la Sardaigne'; des vigies comme celles du Mexique^ et comme les pyramides d'Egypte; des terrasses comme celles dçS' Scythes assyriens *, des Sibériens * et des Mongols '.

Pour les grandes querelles, pour les guerres de tribu à tribu, il leur fallait des cités-nécropoles ^ espèces de camps de refuge comme ceux des Scythes d'Idanthyrse •, des lieux sûrs de rassemblement avec des masques fixes ou boucliers de pierre, comme les champs de menhirs et de peulvans de la Bretagne ', de l'Algérie *® et de la plaine de Moab ".'

Dans le principe, des tertres, servant de soubassement à des tentes de peaux ou à des constructions fragiles, garantissaient quelque peu le pasteur des attaques des bêtes fauves, à la manière des buttes factices des Banyaï de l'Afrique australe ^*, à la manière encore des monticules artificiels que les populations Scandinaves signalent aujourd'hui comme ayant été les séjours des Dvergs et des TroUs, ces Touraniens du Nord qui semblent se confondre avec les ancêtres des Lapons modernes *'. Ces tertres servaient aussi de postes élevés de combat, donnant la supériorité du commandement à l'assiégé sur l'assaillant. Le brave, mort en combattant, recevait la sépulture dans les flancs des monticules, et, dans la suite, l'usage des sépultures tumulaires se répandit de plus en plus comme un honneur rendu à la bravoure et au courage. Ces sépultures devinrent de plus en plus colossales au fur et à mesure que les peuplades barbares se civilisèrent davantage et les grands des nations tinrent à honneur de s'y faire ensevelir. De là l'idée de toutes les énormes sépultures tumulaires qui, comme les pyramides d'Egypte, le tombeau d'Alexandropol, le Madracen *< et le Tombeau de la

\. Voy. ci-dessus, p. 537.-2. Id., p.b38.— 3. Id., p. «39.— 4. Id., p. 841.— 5. Id., p. «27.— 6. Id., p. 528.-7. Id., p. 529 — 8. Id., p. 531. — 9. Id., p. 36.— 10. Id., p. 38.— 11. Id., p. 587.— 12. Id., p. 554. — 13. Sven Nillson, p. 246. — 14. Monument des environs de Batna (Algérie) qui passe pour le tombeau des rois de Numidie. M. le colonel du génie Brunon, directeur des fortifications À ConstantiDe^ vient d'en donner une monographie remarquable.

chrétienne ^^ (M laissé de si impoiadts ve^tigas de leuv ftntique splendeur.

J« crois peu, je le confesse, auH prétendus repas funéraires Xfue se doDnaient, devant les cavernes à ossements, les hoiiniaes palaeolithiqiles d'Aurignac et autres lieux, et j'attendrai, pour me fixer définitivement sur^U matière, que nos savants archéologues aient retrouvé aussi les lettres d'invitation à ces festins barbares. Je me sens encore très-incrédule, -^ la foi, il est vrai, jie s'impose pas, -<- quand il s'agit d'attribuer à tous les monuments még£^lithiques une destination religieuse ou funéraire, car il est certain que TeKistence d'une religion ipt du culte des morts indique chez qn peuple un certain degré de civilisation, que la plupart des sauvages chamitiques dû Sud n'ont même pas encore atteint de nos jours ^. Il y a, au contraire, une nécessité qui prime toutes les autres, surtout pour les hommes vivant jpresque à l'état de nature dans des climats peu tempérés; c'est celle d'un abri.

C'est de la forme de Tabrî primitif que, dans la suite, dériveront celles de tous les monuments de la civilisation, temples, autels, tombeaux; seulement, ils prendront des dimensions de plus en plus colossales au fur et à mesure que la civilisation se développera elle-même, et ils acquerront des proportions considérables, en conservant toutefois quelque chose de l'aspect primitif, dès que les classes sacerdotales et aristocratiques de la nation auront établi leur prépondérance. Ainsi, .dans un monde étraager au groupe touranîen, l'Indien védique n'avait tout d'abord pour autel que le couza ^ ou gazon qui entourait sa demeure simple. C'est le brahmanisme qui a transformé sa religion, si douce et si naïve, en d'écœurantes pratiques et en un chaos de fictions de la plus désolante comf^lication. Devenues indéchiffrables pour le vulgaire, les théories brahmaniques n'eurent plus dès lors pour interprètes que des docteurs, et le triomphe de la classe sacerdotale fut ainsi assuré. Au bra^htoanisme succéda le bouddhisme, auquel on est redevable sans doute des plus beaux temples de l'Inde et des plus somptujcux

^ 1. ^onumîônt des environs de eherfireH (A-I^ie) qnf pads« pow le tombeau des rois deMatuilante.«-'2. Vùf. d-deêsuè, p. 588.^ 3 fttg»- Véda, passim.

monoménts d'architeotu» de oe pays; mats, dans eelte double révolution, Tlndien a perdu la simplicité védiqae, et peui-^tre le descendant du poète qui, jadis, avait si bien loué Indra, dans un doux langage» estril devenu aujourd'hui le plus abject des parias I Telle est la marche ordinaire des choses humaines !

Qu'on parcoure la Mongolie, laTartarie, la Laponle; qu'on interroge les monuments et rhistoire, qu'on fouille dans tous les sens l'Afrique berbère, on ne trouvera, chez les Tôuraniens, le f^0uvenir d'aucune place forte, avec enceinte continue, pouvant leur être attribuée. Celles qu'on peut rencontrer aujourd'hui dans le Turkestan et dans la Tartarie chinoise sont dues à l'influence aryane ou sémUique. Ainsi les murailles de terre de Boukhara S de Samarcande ^ et de toutes les villes de l'Asie centrale sont, comme les mosquées et les minarets de ces cités, le résultat d'une importation de l'art étranger. Quant aux forteresses d'Afrasiab, chez les Touraniens du S^kab-Namek ', elles étaient établies à la mode nuédique eu iranienne, ooouae eèUes .du Turkestan moderne le sont dans le goût arabe.

Au contraire, on voit, partout où les Touraniens ont séjourné, des terrasses artificielles, des tumuli^ des postes élevés de station et de combat.

On objectera peut-être que les.forteres^s néolithiques belges de Furfooz, de l'Hastedon, etc. *, mentionnées au cônimeftceinent de cet ouvrage, semblent cependant devoir constituer une exception à cette règle générale. Mais il est plus qite probable q«e ihis familles qui les construisirent, à l'époque de la pierre p(Aic, et vraisemblablement même vers la fia de cette période, a^artenaient aux premières migrations aryanqs dans rOocideml J'ai dit, en effet, que certaines haches de jade, anetrouvées fwrès de Bruxelles , laissaient supposer que des relations étaient iié}ii établies entre l'Orient et l'Occident à la fin de l'époque néolithique. D'un autre côté, on a aussi constaté la présence du jade dans les stations lacustres de la Suisse, et là» les qveelcpies crânes, rares il est vrai, qui ont été exhumés, tendent plutéA à la dolichocéphalie qu'à la bracfajcéphalie^. Si donc les oeaastrnc-

\^ fegr. IDfdl^eiix , fartarfè , ^niv. pitt. , p. SB; -^ S. M., p. 16. -=-

3. Voy. ci-dessus, p. 160 et suiv. — 4. Id., p. 4i , — 3. Le Hon , p. 196; Lubbock , p. 160; Figuier, Homme pkinftif, p. ^. *

leurs des stations lacustres de la Suisse n'étaient pas des Galls, ils s'en rapprochaient certainement beaucoup plus que les Touraniens. En outre, la tendance à se grouper et à se retrancher, qu'on reconnaît chez eux, est éminemment aryane. J'attribue, en conséquence, à une famille anté-celtîque la construction des forteresses néolithiques de la Belgique, de même qu'il faut peut-être rapporter aux Celtes mêmes celle du fort de Staigne, dans le comté de Kerry, lequel, comme je l'ai avancé d'après M. Lub- BOGK, semble remonter seulement au commencement de l'âge du îèr dans l'Europe occidentale ^

§ lY. — GROUPE ARTO-SÉBOTIQU^.

136. Composition du groupe aryo-sémitique. — Dans une haute antiquité sans doute, à une époque où les races de préparation, chamitique et touranienne, se touchaient encore, en Afrique et en Asie, par leurs sections les plus excentriques, on vit grandir tout à coup, au milieu de celles-ci, comme des ferments très-énergiques, deux nouvelles formations humaines, au teint blanc, au nez aquilin, au crâne dolichocéphale, et qui, comparées depuis aux autres créations de l'espèce, ont mérité le nom de familles nobles.

L'une et l'autre semblent avoir pris naissance en Asie ; la première, la famille sémitique, eut son principal foyer de développement vers la Mésopotamie et l'Arabie; la seconde, la famille aryane, rayonna autour de l'Himalaya, qui paraît avoir servi de centre à sa formation. C'est à l'ensemble de ces deux familles humaines qui, du reste, ont peut-être eu entre elles une communauté d'origine, et qui s'entendaient également toutes deux, chez elles, dans des langages à flexion, que j'attribue le nom de groupe aryo-sémitique.

137. Aspect du groupe aryo-sémitique. — Tout, dans le groupe aryo-sémitique, tout annonce une race de civilisation. Un type plus parfait, une conformation extérieure plus élégante, un langage plus souple et se prêtant mieux, à cause de ses flexions, à faire ressortir les diverses nuances de la pensée,

i. Voy. ci-dessus, p. i4.

tels sonl les principaux caractères distinctifs des famiUes nobks.

D'abord chasseurs, puis pasteurs, sans doute, suivant la loi de progression naturelle des peuples, les Aryo-Sémites semblent être entrés assez rapidement dans la troisième phase des développements humains, en devenant agriculteurs.

Loin de nous, cependant^ la pensée d'insinuer que tous soient

parvenus, d'ensemble, à ce degré de la classification. Un grand

nombre d'enlre eux, au contraire, et particulièrement chez les

' Sémites, vivent encore à l'état de pasteurs, et l'on peut même

ajouter que c'est toujours une nécessité pour eux.

Stationnant, en effet, dans des régions stériles, privées d'eau et souvent désolées par un excès de chaleur et de lumière , beaucoup n'ont, pour subvenir aux besoins de leur existence, que la ressource de leurs troupeaux se nourrissant de l'herbe rare qu'on y rencontre.

Aux Sémites, du reste, semble réservée la mission de porter la civilisation dans les régions africaines, exclusivement occupées par des Chamites sauvages et chasseurs, sur lesquels il n'y a pas de butin à conquérir; ils doivent, en conséquence, dans leur marche lente et progressive, se conserver les moyens de vivre en route, jusqu'au moment de leur installation définitive dans ces contrées et jusqu'à Tabsorption complète de la race qu'ils sonl appelés à soumettre. Jusque-là encore, les troupeaux continueront toujours à pourvoir à toutes les nécessités du voyage.

D'autres Sémites, d'ailleurs, jalonnent encore les étapes de la route dans les régions sahariennes, et pour ceux-là, plus que pour leurs frères, la vie pastorale et nomade est toujours une nécessité. •

Les Aryo-Sémites, d'un autre côté, paraissent avoir constitué, rapidement aussi après leur formation, dans quelques contrées du moins, de vastes agglomérations d'individus, c'est-à-dire des États, ce que les Chamites et les Touraniens n'ont jamais, jusqu'ici, réussi à faire qu'imparfaitement.

Par l'agriculture, le commerce et l'industrie; par leurs mœurs douces, par l'élévation de leur pensée, leur intelligence et leurs beaux sentiments, l'empire du monde leur est réservé, et ils le posséderont tôt ou tard ) Vifs, actif», industrieux, amateurs de l'inconnu, doués de goût, ils ont aidé à fonder les plus grands

eiBpired et ceux qu^ils n'ont pas soutenus ne sont écroulés ou s'écrouleront d'eux-mêmes. A eux seuls revient l'honneur des découvertes et des inventions les plus mer^'eilleuses; devant eux, la barbarie reculera toujours, quand ils marcheront accompagnés de leur attirail civilisateur, dans les voies préparées par la Providence t

138. Les forUfications sèmiUiiues. — Pour les Sémites pasteurs, la tente ei le chameau ont toujours constitué les par-« ties principales de leur appareil de voyage. Restant daps les p;siys chauds, cette organisation simple de la vie pastorale leur suSisaii du reste I Nous les avjons vus, avant rislamisme» faire de leurs moyens de transport des remparts mobile^ autour de leurs campements à la manière de tous les peuples nomades ', et je les ai montrés aussi, dans leurs que^el^s de famille^ se réfugiant^ par tribus, sur les montagnes et dans les endroiM naturellement forts, pour suppléer momentanément à la faiblesse des fortijSjca lions de ces campements. De plus, nous les avoms retrouvés, sur les champs de bataille du moyen-âge, perpétuaol un usage de guerre qui semble èire très-ancien chez eu^, celui de creuser des fossés défensifs pour protéger leurs camps pajs^ sagers*.

Quant aux Sémites qui, à diverses époques, sonX devenue agriculteurs ou commerçants, ils ont pris des demeures fixes ef, ont fondé des villes. Ils les onA entourées de fossés, de murs de terre ou de briques crues, parfois de pierre ^ et il y a cela de reimarquable, chez eux, que la plupart des cités qu'ils ont dressées semblent avoir conservé, par les dispositions, mêmes de leur premier établissement, les souveuiriB des conditions ordinaires de la vie pastorale.

Dans quelle situation^ em effet, trçiuve-t^n, hors de rArabi^^ les grandes villes fondées par les Sémites en voyage, h 1^ recherche d^une nouvelle patrie ? £stice sur des rochers, c(Mnme on Ta fait pour les acropoles des Pélasges et des Etrusques et l>our les oppida des Gaulois, qu'on trouve Babyione^ Niniye» Xhèbes, llemphis et les grandes villes du Soudan ? Non^ on las

«. ^y. «•dWW>,lJ. M». — «. M., p.t?T8. — 3. M., p. m, W.

rèhconire louté6 d&ns les parliez basses des plai&eë, au bord des grandes rivières, près des pâturages et des vastes étendues qui sont nécessaires aux troupeaux. Les Sémites, en s'y installant, n'ont fait que substituer aux défenses précaires de leurs campements des fortifications plus solides, et c'^st parce que ces stations fortifiées donnaient aux colons demi-pasteurs, démit agriculteurs qui s'y établirent, toute la sécurité désirable en même temps que les facilités nécessaires pour continuer quelque peu les traditions de la vie pastorale, qu'elles prirent progrès-* sivement tout le développement qu'on leur connaît et qu'elles devinrent toutes de véritables capitales. Telle fut, vraisemblablement, ridée qui présida au choix des emplacements de toutes les villes sémitiques qui ont prospéré; telle fut la cause ^temière des développements considérables que quelques-upes prirent dans la suite. Sans doute, à Babylone, il eût été difficile de placer la cité nouvelle sur un rocher, à la manière des acropoles pélasgiques; mais à Nînive, dans un pays montueux comme l'Assyrie *, la chose eût été possible, et cependant ce fui dans un terrain presque plat et sur les bords du fleuve que la grande cité ninivite fut installée par ses premiers fondateurs f Un autre caractère assez ordinaire aux villes sémitiques anciennes, c'est leur division en quartiers séparés par des enceintes particulières , et cette division semble se rattacher encore au souvenir de la vie pastorale, quand les tribus s'arrêtèrent et substituèrent des murailles aux remparts mobiles et aux fossés de leurs campements. Afin de conserver leur indépendance réciproque, elles se constituèrent en groupes séparés, ayant chacun son quartier et son enceinte murale, soit que les tribus composantes de la cité aient pris pied en môme temps sur le sol de la station, soit que leur insrtallation n'y ait été que successive. Ainsi se forma, du reste, comme on le sait et comme nous le disent Pline et Diodore ^, la ville phénicienne de Tripoli, dont le nom grec résultait de sa division en trois quartiers séparés. Des Aradiens, des Sidonîens et des Tyriens, c'est-àr dire des hommes tenant plus ou moifis à la famille s^tique, avaient bAti successivemeut cbaoua de ces quartiers; Qbacra

i. Voy. ci. dessus, p. 827« -i^^. Mînê,^,»^ moi^Km,M.

d'eux se trouvait entouré d'une enceinte particulière, distante des autres de la longueur d'un stade.

Celte même tendance à la division en quartiers et à la constitution des monuments et des habitations en groupes séparés se manifestait du reste aussi à Thèbes, à Memphis et dans la plupart des villes de la vallée du Nil, à l'époque de la plus grande splendeur de ces cités, comme je l'ai fait remarquer précédemment K Là, l'élément civilisateur, mêlé à des facteurs ethniques berbères et chamitiques *, fut certainement sémitique ', et sa marche progressive vers le Sud y est suffisamment accusée par l'ordre chronologique de la construction des plus vieux monuments de l'ancienne Egypte.

On trouve aussi la division en quartiers dans les plus grandes villes du Soudan, et là aussi l'action civilisatrice vint encore de la famille sémitique^.

Un grand nombre de villes sémitiques anciennes présentaient en outre une autre particularité qui tenait sans doute aussi aux conditions ordinaires de leur premier établissement. Je veux parler de la disposition de leurs maisons, dont les plus extérieures formaient assez souvent une partie intégrante de l'enceinte murale de la cité. On remarquait déjà cette disposition dans quelques villes chauanéennes de la Palestine du temps de Josué *, et elle est encore aujourd'hui très-fréquente dans les villes de l'Orient. On la retrouve du reste dans quelques places fortes du Soudan ^.

Quand il s'agissait, jadis, de bâtir une ville, c'était, à la vérité, une économie de travail que de se servir des maisons pour former l'enceinte murale; mais il faut remarquer, d'un autre côté, que, dans les campements sémitiques, les tentes rangées en cercle, à la circonférence des lieux de station , forment pour ainsi dire, de la même manière, une espèce de première-enceinte.

i. Voy. ci-dessus, p. d77.— 2. Id., p. 586. — 3. C'est dans ce sens qu'il faut modilier ce que j'ai dit plus haut (p. 173, ligue 16) de Torigine de l'antique civilisation égyptienne. Toutefois il paraît vraisemblable que les Sémites, avant leur entrée en Egypte, avaient déjà été considérablement transformés par rinfluence des Châmites des riions méridionales de l'Asie (Voy. ci-dessus, p. 586). — 4. Id., p. 586. — 5. Voy. ci-dessus, p. 292. — 6. Id., p. 558.

dans laquelle les intervalles vides sont ordinairement remplis de fouillis de broussailles ou de pierres, qui interdisent assez convenablement, du reste, l'accès direct dans l'intérieur de ces campements. Il était donc tout naturel que les Sémites, dans l'établissement de leurs cités, conservassent les dispositions ordinaires de leurs stations de la vie pastorale et qu'ils adoptassent, en conséquence, les formes dont il s'agit. Dans ces conditions, les habitations faisaient elles-mêmes Toffice des tours des places fortes, et c'est pour cette raison sans doute que les plus anciennes villes sémitiques de la Palestine étaient privées de ces accessoires des enceintes défensives, comme on peut l'induire du silence de la Bibk à leur sujet jusqu'à l'époque des Rois^

Avant ce temps, il est bien question de quelques tours, dans les Livres saints; mais celles-ci ne faisaient pas partie des enceintes des villes. Elles constituaient seulement à Tintérieur des places fortes des espèces de réduits, comme celle de Thèbes (Tebez), devant laquelle périt Abimélech*. t L'usage de ces t tours, placées comme des donjons au milieu des villes, dit c M. DE Saulct, s'est perpétué pendant la durée de la dynastie < de Juda, et j'ai pu en retrouver un exemple au centre du vilc lage d'£l-Azarieh , l'antique Béthanie^.» D*après le même auteur^, la tour de David, à Jérusalem, aurait été, dans le principe, bâtie, comme les précédentes, pour servir de refuge à la population de la ville, en cas de revers, ainsi que cela eut lieu plus tard pour les châteaux du moyen âge.

Comme on le voit , l'usage de ces donjons , en Palestine, remontait à une très-haute antiquité, et je pense qu'il faut encore en faire remonter l'origine à l'époque où les Sémites, dans les régions asiatiques, vivaient k l'état de pasteurs. 11 leur fallait alors, pour la sécurité des troupeaux et des bergers, comme pour tous les peuples pasteurs cantonnés dans des régions fixes, des postes élevés d'observation destinés à en éclairer les approches et à servir de refuges en cas d'attaque. Puis, au fur et h mesure que les Sémites devinrent plus sédentaires^t se livrèrent davantage à l'agriculture, ils vinrent, comme des colons qui

1. Yoy. ci-dessus, p. 300. — 2. Id., p. 299. «- 3. De Saolcy, Art judaïque, p. 90: — 4. Id., p. 146.

réclament un« protection, s'établir au pied de ces tours et y constituer des groupes d'habitations ou cités, dont les réduits, Suffisamment restaurés et réoi^anisés, devinrent les premiers noyaux. C'est ainsi, sans doute encore, que les tours.des gardes de la Palestine S les outoums de T Arabie^ et les minarets des Arabes ^ tirent leur origine des nécessités de la vie pastorale. " Aujourd'hui, du reste, ces espèces de beffrois sont encore trèsrépandus chez les peuples pasteurs de l'Asie *. On se rappelle d'ailleurs que la première constraction dont les Sémites babylo niens avaient conservé le souvenir était précisément celle d'une simple tour, la fameuse tour de Babel*.

A Babylone, les Sémites s'étaient plus ou moins fondus avec des Chamites, des Touraniens, des Aryans, en un mot avec des hommes de toutes les races humaines '^. Il en résulta, pour la fortification, une espèce de promiscuité de principes et l'application de nombreux procédés divers. Ainsi s'élevèrent, à Babylone et à Ninive, les terrasses et les monticules aitificiels, qui rappellent, d'une part, les tumuli des Touraniens ^, de l'autre, les digues chamitico-sémiliqaes des villes égyptiennes ^. Quant aux soubassements des murailles et aux revêtements extérieurs des terrasses, ils furent dressés, soit en briques, suivant la méthode sémitique, soit en grosses pierres, à la mode aryane, ce qui, dans ce dernier cas, leur donnait des apparence; pélasgiques ou cyclopéennes ^. On doit encore à la population de mélange de Babylone l'application aux places fortes, sur une grande échelle, des enceintes multiples de forteresses", dont tous les constructeurs de l'Orient firent un si grand usage dans la suite, et que les Byzantins, en particulier, employèrent si universellement plus tard dans la construction de leurs villes fortifiées. Ces enceintes multiples, dont la conception, du reste, est tout autant aryane que sémitique ", mais que les Sémites

i. Voy. ei-dessus, p. 601. — 2. Id., p. 196. — 3. Id., p. 538. — 4. Dubeux, Tartarie^ Univ. pitt, p. 103. — 5. Voy. ci-dessus^ p. 138. — 6. Id., p. lae. — 7. Id., p. 530. — 8. Id., p. 527. — 9. Id., p. 147.— 10. Id., p. 1 'i3. — 11 . Les livres sanscrits font souvent mëntîoti de villes fortes défendues par des enceintes multiples. Ainsi le Ehàgavata-Putàna repfèseiAe le riel de Yichaeu comme une ville ^feôdoe fRir ëept enceintes successives. C'était là^ certanaerneot^ une fiction trôMiiciinÉe

paraissent cependant avoir appliquées plus généralement que les Aryans à leurs premières places fortes, se retrouvent également dans la plupart des cités sémitiques du Soudan, comme je l'ai déjà signalé précédemment ^

A Toccident de l'Asie, c'est par leur mélange avec des Touraniens autochlbones que les Sémites semblent avoir donné naissance à tous les Syriens mentionnés dans les inscriptions égyptiennes, les Sati, les Hycsos, les Rotennous, les Tahis, les Ghétas et tous les peuples antiques qui, venant des régions asiatiques, firent si souvent la terreur de l'ancienne Egypte. Mais ceux-ci paraissent avoir été également grossis d'éléments ethniques aryans dans une assez haute antiquité, ce qui explique le certain air de mélange sémitique et aryan que présentent, ce me semble, les constructions militaires figurées sur les tableaux du Ramesséum et du spéos d'Ipsamboul. L'influence aryane se reconnaît du reste encore, comme je l'ai déjà dit, dans l'exécution des murailles chananéennes d'Aradus^ et dans le goût que les Chananéens-Pfaénicieas montrèrent de bonne heure pour les constructions massives en pierres, tandis que leurs frères de Palestine ne possédèrent, vraisemblablement, jusqu'aux temps de David et de Salomoû, que des monuments d'une solidité douteuse.

C'est de la Phtoicie, du reste, que i'usage des appareils à refends et bossages passa à cette époque dans la Judée, où il se maintint au moins jusqu'à la ruine de Jérusalem par les Assyriens. 11 fut d'ailleurs repris, au XII* siècle de notre ère, par les Croisés, dont la plupart des constructions militaires conservèrent ainsi lé cachet des plus anciens monuments phéniciens de l'antiquité *.

En ce qui concerne les constmctions phéniciennes ou puniques, dans les colonies africaines, nous avons vu qu'elles eurent avec celles de la Grèce hellénique les plus grandes analogies *. Les mmbreûses relations des Phéniciens avec les nations euro-

chez les Br&hmanes. On se rappelle, d'un autre côté, que c'était aussi avec sept enceintes qu'Hérodote décrivait la vilte médftjue d'Èéba- Une. Voy. E. Burûouf, 1. 1, p. A^.

1. Voy. ci-dfl88U8, p. 857.-2. Id., p. 288.-3. Voy. ci-dessus, p. 404. — 4. Id., p. 74, 75.

péennes expliquent suffisamment ces rapports de formes; d'aî*leurs, Phéniciens et Grecs-Hellènes, tous eurent probablement les mêmes maîtres en architecture militaire, les Pélasges et peut-êlre aussi les Egyptiens K 11 serait du reste difficile, en comparant les murailles de la Byrsa de Carthage à celles des plus anciennes villes de la Grande Grèce, de décider à qui, des colons grecs et phéniciens, revient l'honneur d'avoir été copiés par les autres. Il est assez probable qu'ils ont puisé leurs ensei* gnemenls à la même source, et, qu'obéissant aussi aux mêmes influences, ils ont exécuté des constructions analogues, séparément et sans s'imiter.

Enfin, pour en finir avec les Sémites, j'ajouterai que, déjà cbamitisés sans doute en Asie, ils pénétrèrent en nomades dans les régions orientales de l'Afrique, en s'avançant par la vallée du Nil, où ils fondèrent la civilisation égyptienne; puis, continuant à s'avancer vers le Sud, ils gagnèrent de proche en proche les contrées soudanienncs, tout en se chamitisant de plus en plus et en se raréfiant d'autant plus qu'ils s'éloignaient ainsi de leur point de départ. Ils laissèrent donc sur la route un trèsgrand nombre de leurs tribus, déjà brunies par la fusion, et celles-ci, abandonnant en partie la vie pastorale, s'installèrent dans des demeures fixes, jetant ainsi, en Egypte et au Soudan, les fondements d'un très-grand nombre de villes populeuses.

Là, toutes les fortifications prirent essentiellement le cachet sémitique, avec leurs murs de terre ou de briques crues, leur division en quartiers, leurs maisons faisant parfois partie des enceintes murales, leurs enceintes multiples et leurs portes de ville basses, étroites et destinées seulement au passage des hommes et des bêtes de somme. Cet aspect, les fortifications africaines le conserveront longtemps; car c'est là surtout que la famille sémitique semble avoir été appelée à exercer presque sans partage toute son action civilisatrice. Aidés de l'islamisme, les Sémites auront fait un jour le tour de l'Afrique, tandis qu'ils auront ^ans cesse, en Asie, reculé devant le bouddhisme !

139. .Les fortifications aryanes. — Les Aryans, s'étant très-multipliés dans les régions montagneuses de l'Asie centrale,

i . Voy. ci-dessos, p. 55.

se répandirent par fractions dans l'univers, et, s'éloignant dans toutes les directions, ils marchèrent ainsi à la recherche de nouvelles patries.

Toutefois, lancés vers des climats difierents et soumis à des épreuves inégales, ils n'arrivèrent que successivement et par degrés à la civilisation. Les uns, en effet, avaient déjà eu le temps de voir les grandes capitales de l'Asie s'écrouler sous eux, quand les autres, à l'occident, se laissaient encore rencontrer par les légionnaires, à Tépoque de la conquête romaine, dans de sombres et épaisses forêts, où ils vivaient à peu près à l'état sauvage.

Ceux qui, comme les Aryas-Chinois, les Aryas-Indiens et les Aryas-Iraniens, s'avancèrent vers le sud, ne rencontrèrent sur leur route que des Chamites chasseurs plus ou moins mélangés de Touraniens; ils les absorbèrent assez facilement, ou ils les refoulèrent progressivement. Marchant comme des émigrants qui n'ont à craindre que le soleil et la chaleur, n'ayant que peu de bagages, des tentes S des bêtes de somme, ils arrivèrent assez rapidement dans les pays qu'ils devaient occuper. Ils purent aussi, se trouvant assez faiblement contrariés sans doute dans leur installation, donner naissance à des civilisations recherchées, fonder de grands empires et amener chez eux, par l'agriculture et le commerce, une prospérité qui devint bientôt sans égale, si ce n'est peut-être celle de l'ancienne Egypte.

Isolés du reste du monde par des obstacles naturels imposants, par de grands fleuves ou des montagnes couvertes de neiges éternelles, les Aryas-Chinois et les Aryas-Indiens demeu. rèrent, pendant toute l'antiquité, presque complètement étrangers à l'Occident*.

i. Voy. ci-dessus, p. 20, pour l'architecture primitive de la Chine. — â. Les Romains ne connaissaient la Chine que sous le nom vague de Sérique, pays de la soie. On lit toutefois dans les Annales chinoises que a sous le règne de Tai-Wou (1637?), des ambassadeurs interprètes, « partis de régions éloignées, de soixante-seize royaumes, vinrent à la « cour de l'eroperear chinois » (Pautbier, Chine, Univ. pitt., p. d7}. D'un autre côté, on trouve encore dans ces Annales que « des hommes a du royaume de Nili vinrent à la cour, à la troisième année du règne « de TchingWang (1113). Ce royaume de Nili, dit M. Pauthier (id.,

- eu-

Qaant aux Aryas-Iraniens, qui touchaient de très-près aux grands États sémitiques de VÂsie centrale, ils se mêlèrent davantage aux mouvements qui agitèrent le monde occidental à certaines époques. En conséquence, outre le soin qu'ils durent apporter à assurer leur conquête sur les Cbamites autochlhoneSy il fallut encore qu'ils songeassent à se prémunir contre les agressions des Sémites babyloniens ou assyriens > dont ils étaient devenus les plus près voisins à l'occident.

Pour tous ces peuples, du reste, — et cela est assez remarquable, — l'histoire ne commence véritablement qu'à l'époque de la fondation des premières forteresses.

Chez les Chinois, c'est Fou-hi, le premier empereur semihistorique, qui f^it construire des murailles pour ceindre ses villages (3468 ?) ; c'est aussi le roi Hoang-ti, preoiier prince des temps historiques, qui bâtit des murs d'enceinte autour de ses villes (2698 î) K

Chez les Indiens, d'après les traditions brahmaniques» c'est Prithu, neuvième incarnation de Brâhma, qui apprend aux hommes à dresser des enceintes défensives : « Avant PrithUi dit u en effet l'auteur du Bbagavata-Purana^, on u'avait pas bâti i sur la terre de villes ni de villages ; les hommes s'y établirent c comme ils l'entendirent et y vécurent sans sécurité. Ce roi a bienheureux construisit en divers lieux des habitations selon « ce qu'il convint à chacun, des villages, des cités, des villes, c des forteresses de divers genres, des demeures pour les berce gers, des parcs, des champs» des mines, des hame^ux^ des c bourgs. »

Chez les Iraniens, ce sont aussi les premiers rois, Kaïoumors et Houschenc, qui élèvent Bactres (Balkh), SuS\e0tReïj c'est, d'un autre côté, Djemschid qui construit la fameuse forteresse de Ver, « dont la forme était carrée et qui élait entourée

« p. 85), était sans doute FEgypie, désignée par le nom de son grand « fleuve qne l'on appelait déjà ainsi à cetle époque. » Du reste, des poteries chinoises, retrouvées dans des tombeaux égyptiens d'une haate antiquité, semblent justifier pleinement cette hypothèse (Voy. Rieh^ Dlot. antiq., p. 419).

1. Pauthier, id., p. 85, 29. — 2. B. Burnouf, BhâgavaU-Pttfâtta, t. II, p. 173.

(f eau » ; i\ exéeute ce travail avec des hommes arrivant des montagnes et connaissant à peine « Tart de se vêtir et de se nourrir » *.

L'époque de la fondation des premières forteresses, en Orient, correspond donc à l'inauguration d'une ère nouvelle, qui donne Heu dès lors à une histoire; c'est l'ère de l'installation qui s'accomplit et de la civilisation qui commence. Jusque^là^ les Aryas avaient marché en hordes désunies ; à partir de ce moment, ils se fixent dans des demeures ; ils apprennent « à se vêtir et à se nourrir », c'est-à-dire à cultiver la terre et à vivre de ses produits; ils deviennent agriculteurs et commerçants t; ils ont besoin de protéger leurs nouvelles richesses contre leurs agressions réciproques ou contre les déprédations des autochthones; ils bâtissent des asiles sûrs et ils fondent ainsi des cités fortifiées.

Faut-il leur demander comment ils dressèrent ces premières places fortes, à une époque où la potiorcétique, sans doute, n'avait pas même encore de nom, et où les indigènes étaient vraisemblablement encore les seuls ennemis à redouter? Certainement, les fortifications primitives de ceà cités ne consistaient qu'en de simples clôtures, généralement carrées • , et percées seulement de portes ; on les construisait avec les matériaux du pays, de la pierre, parfois de la brique *, et souvent de la terre battue ^ ou du bois ^. Quelquefois même, sans doute, un simple

1. Voy. cNdessttâ, p. 150, 151. — *. « L'empereur (chinois) Chiner nonng (laboureur divin) succéda àFon-hi, 3S18 ans environ avant « J.-*G. Il inventa la charme et apprit aax hommes k cultiver les

a champs 11 établit des marchés publics, y fit arriver tous les peu-

a pies du monde et y ramassa toutes les marchandises de Tunivers. » (Pauthier, id., p. 25). — 3. On vient de voir que la fameuse forteresse de Ver, chez' les Iraniens, était carrée. Pour les Indiens, la ville fabuleuse de Bràhma, située sur le Méru, passait également pour être « parfaitement qnadrangulaire et entièrement d'or » (Voy. E. Bamouf, id., t. II, p. 429). Les villes modernes de la Chine sont encore, de même, généralement bâties en carré. C'est une tradition essentiellement aryane qui s'était conservée également à l'ocddent ; on la retrouvait dan» les camps romains, dans la basse antiquité. — i. Nous avons vu précédemment (p. 158) que Djemsehid apprit aux Iraniens à faire des briques.-— 5. Voy. ci-dessas, p. 154. — 6. La grande muraille de la

rempart de terre précédé d'un fossé, comme savaient en construire les Perses * et les Chinois « de l'antiquité, constituait toute la défense de ces espèces de campements fixes des premiers Aryans des régions orientales.

Il est plus que probable que les enceintes primitives ne portaient pas de tours. Du reste,. cet accessoire des places fortes devait être bien inutile alors, à une époque où ces forteresses n'avaient évidemment à craindre que des surprises et non des sièges réguliers.

Je ne crois pas d'ailleurs que les livres sanscrits, parmi ceux se rapportant aux plus anciennes traditions brahmaniques, fassent mention des tours ; encore moins en est-il question dans les Védas. D'un autre côté, nous savons qu'en Chine, du temps de Confucius (Khoung-tseu) (551), il n'y avait encore que les villes royales qui pussent posséder des tours. On lit en effet dans les Annales chinoises' : a Nos lois ont fixé la hauteur des c murailles qui entourent les villes des différents ordres; sans « aucun respect pour ces lois, trois Tai-fou (grands officiers « de la couronne) ont rendu leurs villes tout à fait semblables < aux villes royales; de hautes murailles, avec des créneaux I et flanquées de tours, les font prendre pour le séjour d'autant t de rois. Ordonnez que l'on rase le surplus de ces murailles r et que l'on abatte ces tours i, disait Confucius au roi deLou,

Chine, qui est d'une date relativement récente, comporte encore dans «a vaste étendue l'emploi de tous ces modes de construction. On y trouve des murs de belles pierres, des murs de briques, des murs de pierres et de boue et même des portions en pieux ou pali^des. Voy* ci-dessus, p. 84; Cs. Paulhier, id., p. 10; Poussielgue, Voyage de Shanghaï à Moscou ; Durour et Davotenay, Atlas historique^ carte 34, notes.

i. Le Ver des Iraniens était bordé d'un fossé plein d'eau (voy. cidessus, p. 451). Nous savons du reste que les Perses, à toutes les époques de leur histoire, ont conservé l'habitude d'entourer leurs camps de fossés et de levées de terre (Voy. id., p. 574). — 2. Les Chinois furent de bonne heure très-versés dans l'art des terrassements. Les aanales chinoises nous apprennent, en effet, qne^ sous les premières dynasties historiques^ on lit dans le pays de très-grands travaux de canalisation et d'endiguements, et qu*on perça môme des tunnels, Voy. Paulhier, id., p, 39, 50. — 3. Id., p. 155.

dont il était le sage ministre, < j'irai, s'il le faut, exécuter moi- « même vos ordres.»

Si réellement les livres indiens du brahmanisme passent les tours sous silence, il n'en est certes pas de même des portes de villes. La cité d'Ayodhâ (Oude), dît en effet M. PmLiBBRT Soupé dans une analyse du Râmâyana ^, c se montre à nous comme le « centre d'un formidable empire, et rien n'est épargné pour a nous la faire admirer. Elle a si!c lieues de largeur sur vingt-

< quatre de longueur, des murailles imprenables, des fossés « profonds, des portes nombreuses et garnies d'archers, des c arsenaux encombrés d'armes, des machines de guerre, etc.» Dans cette description, enflée sans doute, mais qui, réduite à des proportions moins exagérées, donnerait certainement l'idée d'une ville indienne de l'époque brahmanique, les portes de ville ne sont pas oubliées ; mais il n'y est pas question des tours.

Ailleurs, dans le Bhâgavaia-Paràna, les portes de ville nous apparaissent armées de guirlandes et de tapis dans les grands jours de la nation. Dhruva, tils d'Uttânàpâda, rentrant dans la ville de ses pères, franchit les murs de la cité, trouvet-on dans ce gigantesque ouvrage de Vyasa » : « Toutes les portes

< étaient surmontées d'arcs de triomphe au-dessus desquels « se jouaient les images de Makara et ornées de tiges de musa « et de jeunes troncs de jaquiers portant leurs grappes.

< Les murs d'enceinte, les arcades et les maisons étaient c tendues de tapisseries d'or et brillaient de feux semblables à c ceux que lancent les toits des chars célestes.»

Et encore dans le même recueil, à propos de l'arrivée de Krichna (vingtième incarnation de Brâhma) dans la ville de Dvarakâ : « Aux portes de la ville, à celles des maisons et dans « les rues, la joie des habitants avait élevé des arcs de triom- € phe '.» f

Puis, quand il s'agit du roi Puramdjana parcourant la terre pour chercher une retraite: « Un jour, sur les sommets de c THimavat qu( regardent le sud, il (Puramdjana) aperçut une c ville ayant neuf portes, et à laquelle il ne manquait rien de ce

1. Philibert Soupe, Kev. contemp. 1866, 1. 1, p. 401. — 2. E. Burrmt, t. II, p. iOl. ^ 3. Id., 1 1, p. 103.

c qill ooDtilîtQe une crté. On y voyail des maisons entourées de t remparts, de fossés ^ et de jardins, munies de fenêtres, de i portiques et surmontées de pavillons et de toits d\>r, d'argent t ou de fer.»

Quoique eette description, paralt-iP, s'applique à fhisloïre allégorique de Tâme dans le corps de l'homme, il n'en est pas lâoins vrai qu'elle peut servir à fixer parfaitement les idées sur l'aspect défensif des villes de l'Inde aux époques les plus reculées du brahmanisme. Dans ces temps les autochtbones, appelés Dasyous dans le Rig-Véda, Rakchasas dans le Mmânaya, et Dânavas dans le BMgavata-'Purâna, accomplissii^it encore très*lréquemment leurs ravages dans les colonies aryasindiennes : « Les Dânavas, amis de la destruction, commeiit cèrent à détruire les créatures, » dît Vyasa *.

c Ils anéantirent par le feu les capitales, les villes, tes bourgs, a les parcs, les vergers, les champs cultivés, les jardins, les (X ermitages, les mines, les villages dé laboureurs et de pâtres i et les hameaux situés au pied des montagnes.

« Quelques-uns renversërent à coups de pioche )es chaussées, a les remparts et les portes des villes; d'autres, la hache à la « main, abattirent les arbres fruitiers; d'autres enfin, avec des c torches enflammées, mirent le feu aux maisons des hommes. »

Telles étaient les pilleries et les dévastations auxquelles les colonies de l'Inde restèrent exposées longtemps encore après la conquête. Aussi, distinguait-on déjà, dans ce pays, à une époque reculée, un très-grand nombre de villes fortifiées, dont les plus célèbres chez les Indiens se nommaient Hastinapoura ^ , Âyodhâ', etc., etc. C'étaient, vraisemblablement, de vastes camps retranchés rectangulaires S où s'abritaient de nombreuses populations de pasteurs et de colons agriculteurs. Ces places, s'il faut en croire les auteurs des épopées indiennes, occupaient des étendues considérables de terrain, comme actuellement Paris, Londres ou Péking ^.

i. Getie citation justifie ce que nous avons dit précédemment de l'emploi des fossés et des' levées de terre; voy. ci-dessus, p. 615. — 2. E. Burnouf, t. Il, p. 243, 247. — 3. Ifl., t. III, p. 19.— 4. On voit encore les mines de cette ville dans les environs de Dehli ; voy. Philibert Soupe, id., 18(^, I. U, p. 5197. -. 5. Voy. oi-denos» p. 6i7. » 6* Id. — 7. Philibert Soupe, Id., iSQfd, U I> p. 4aL

BriBanles de monuments splencHdes, habitées pardeMn* breuses populations et déjà pourvues, à Tépoque brahmanique la plus reculée, d'une civiKsatîon distinguée, les poêlas comparaient leur prospérité à celle de l'âge d'or. Mais toutes ees capitales souffraient déjà cependant du mal des nations civilisées; la division régnait dans les plus grandes familles el î) ert résultait des querelles interminables et les guerres les plus déplorables. Ainsi la fameuse lutte des Pandous et des Gourous, deux dynasties riviiles qui se disputent la prépondérance dans le territoire d'HasIinapoura et dans la ville même, tel est le seul sujet du Makàihdrata, œuvre d'une étendue tellement coDâidérableque YlHade et l'Oef^Mët d'Homère disparaissent c<»Bplétement, sous le rapport du volume, devant lyie si colossale production.

Avec cet élat de choses, les villes fortifiées ne pouvaient manquer de se développer dans l'Inde, et l'art de la construction des forteresses devait y progressa. Dans l'Iran, une cause analogue fut déterminante de l'extension du nombre des villes fovtes ; ce fut l'inauguration du régime féodal. Il avait été la conséquence même de la conquête, comme je l'ai signalé précédemment ^

II en avait été, du reste, de même en Chine. On lit en efièt dans les annales de ce pays que le roi Wou-Wan^ (XII^ siècle), voulant récompenser les principaux personnages de son royaume, leur donne pour prix de le^rs services : « de petites c souverainetés vassales qui relevaient de Ic^ sienne, mais qui^ « par la suite, étant devenues de petits royaumes indépendants, c furent la source de nombreuses guerres civiles qui déchi- « rèrenl l'empire ^. »

Dès lors, les rois furent obligés de multiplier leurs sûretés ; ils construisirent de nombreuses forteresses et ceignirent de murailles un plus grand noçabre de leurs cités. A partir de ce moment, les querelles de l'empereur avec les seigneurs et celles des seigneurs entre eux remplirent, dans l'histoire, tous les intervalles que les Tartares, de plus en plus menaçants, voulurent bien laisser libres. Les Tai-fou eux-mêmes se rendirent redoutables à leur maître ', et, pendant huit cents ans que la

i . Voy. ci-dessus, p. 1»3.— 2. Pauthler, Chine, p. 83. — 3. Voy. cidessus, p. 616.

dynastie des Tchéou occupa le trône du vieil empire chinois (4122-248), celle-ci dut lutter contre ces vassaux qui s'étaient rendus presque indépendants, de sorte qu'à l'époque de Coaf ucius (Vl« siècle), les Tchéou en étaient arrivés à ne plus régner que de nom. Huit autres princes, en effet, vivaient sous leurs propres lois dans leurs domaines ; c'étaient les rois de Yan, de Weï, de Tchao, de Han, de Thsin, de Tai, de Tsi et de Tcbou».

Mais ces princes^ rivaux les uns des autres, avaient aussi à se garantir de leurs mutuelles incursions. C'est pourquoi quelquesuns poussèrent la prudence jusqu'à entourer leurs États de murailles, t Les princes de Weï et de Tchou, disent les Annales*, c firent construire de grandes murailles sur les frontières de « leurs États pour leur servir de barrière contre les Thsin » (vers 425).

De là l'idée des grandes murailles chinoises, dont Thsin-Chi- Hoang-ti devait donner plus tard le modèle le plus complet, afin de séparer son empire du pays des Tartares et de le protéger contre leurs incursions; ce ne fut toutefois qu'après que ce prince eut réduit les autres grands feudataires et qu'il eut rétabli l'unité de la monarchie chinoise (258-220) ^

Pendant que les grands empires de l'Orient, malgré les querelles de leurs dynasties, leurs divisions de famille et leurs luttes féodales, donnaient néanmoins naissance à des civilisations des plus distinguées et multipliaient leurs places fortes, . d'autres fractions de la famille aryane s'acheminaient lentement vers l'Occident.

Celles-ci, comme des hordes qui s'avançaient vers des régions brumeuses et froides, avaient tout à redouter des intempéries des saisons et des rigueurs du climat; elles allaient péniblement en caravanes par faibles groupes sans doute, n'ayant que des chariots comme abris, avec des bœufs comme moteurs. Elles s'usaient sur les chemins, s'y succédant, s'y croisant et y rencontrant de temps à autre des bandes de Touraniens pasteurs qui leur disputaient le terrain.

Les hommes antéhistoriques qui ont construit les forteresses

i. Cs. Paulhier, id., p. 185, 212. -* 2. Id., p. 186. — 3. Id., p. liïk 221.

belges découvertes par M. Hauzbur ' et les habitations lacustres de la Suisse', d'autres qui, plus tard, devaient s'appeler Galls, Celtes, Kimris, Pélasges, Lélèges, Slaves et Sarmates, sortirent ainsi, à différentes époques, des régions de l'Asie centrale. Us marchaient à pas inégaux, entourés de troupeaux, et ils allaient préparer dans les contrées occidentales le passage de la vie pastorale à la vie agricole.

Forts de leur supériorité intellectuelle et féconds en moyens de leur invention, ils pénétrèrent dans la masse des créations antérieures, en marquant successivement les étapes de leur longue route par des établissements fortifiés de toutes sortes. A chaque temps d'arrêt, pour la protection de ces familles errantes, avides de repos, se dressaient ainsi des camps retranchés, ou plutôt des forteresses de refuge, dont on proportionnait les défenses à la difficulté de la situation.

Profitant des lacs, des bois, des positions fortes de montagnes, les uns se contentèrent simplement d'organiser le mieux possible des défenses naturelles ; ils dressèrent des constructions lacustres, coupèrent les routes des bois par des abatis et des lignes de pierre, ou bien ils se retranchèrent derrière des marécages ou dans des lagunes. Jouissant ainsi d'une sécurité relative, ils restèrent à peu près à l'état sauvage, cultivant leurs terres et chassant tour à tour pour subvenir à leur existence. Tels furent, parmi beaucoup d'autres, lesGalls, les Kimris, les Goths, les Germains et les Franks. Poussés vers les régions les plus froides de l'Europe, ils restèrent plus longtemps que leurs frères du Sud dans les ténèbres de la barbarie. Cependant les plus avancés d'entre eux dans l'Occident, les Gaulois, y dominaient déjà au moyen de leurs oppida en terre, en pierre ou en bois, lorsqu'ils furent appelés à partager la civilisation grecque.

Les autres, comme les Pélasges, les Lélèges, etc., jonchèrent leur route d'acropoles redoutables, et au moyen de ces forteresses, ils firent respecter leur droit de conquête* Abordant sous les climats les plus doux de l'Asie et de l'Europe, ils devaient y développer la civilisation plus rapidement qu'ils n'eussent pu le faire dans des régions plus septentrionales.

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