‹ Essai sur les hiéroglyphes égyptiensChapitre 40 sur 48 · TRACES DU PROGRÈS DES ARTS · texte numérisé non relu

TRACES DU PROGRÈS DES ARTS

ATiJrr LB DELVGI.

Lorsque les anciens Egyptiens écrivaient rhistoire de leurs rois , leur premier soin était de faire connaître quelles avaient été les proportions de ces hommes célèbres.

L*on trouve dans les dynasties des rois d'Egypte ^ tirées de Manethon^ que Sésochris avait cinq coudées de haut et trois de large, c'est-àdire > de circonférence; que Sésostris, le célèbre Sésostris^ avait quatre coudées trois palmes et deux doigts de hauteur.

Cet usage peut paraître singuliei* ; mais on découvre facilement qu'il a quelques rapports avec les soins qu'on prenait dans chaque famille pour conserver la forme j les traits et le corps entier des personnes décédées.

Il me semble que l'examen de ce fait pourrait être le sujet de quelques recherches intéressantes i mais elles seraient déplacées dans

( aag ) ce fragment déjà trop long ^ malgré m'es soins pour l'abréger. Ce qu'il nous importe est de savoir si^ à l'époque où l'on place le déluge ^ les hommes avaient déterminé les proportions générales qui conviennent à la beauté du corps humain , et quelles étaient ces proportions*

Paul Lomazzo paraît les avoir retrouvées dans celles que Moïse donne à l'arche : j'ignore s*il doit la connaissance de ce fait à quelques rabins ; le voici : « De même , dit-il ^ que le m corps humain a de longueur trois cents mi- D nutes^ cinquante de large et trente de hau- » teur , de même l'arche de Noé avait trois » cents coudées de longueur ^ cinquante de » largeur et trente de hauteur (i) »•

Quelques observations prouveront qu'on ne peut attribuer ce rapport au hasard.

Les hommes des temps anciens n'ignoraient point que Tarche avait eu des proportions symboliques; de là vint la forme qu'ils affec-*

(i) Si corne il ùorpo kumano , e in longhezza di trc" eento minutiy in larghezza di cinquania, ed in aliezza ditrenta; cosi parimenie fArcafu diionghezza^ ditre* cento cubitiy cinquania dilar^iezza, e trenta d'aUezza*

P. Lomazzo , traftato daltarle deUm pUtura etc. , a carte 95.

( ^3o ) tèrent «le donner & lenrs Taisseanx.. Ce fut pour faire allusion à ces proportions prisés du corps humain^ que Ton construisit les Mtimens maritimes ^ con^me s'ils eussent dû renfermer un grand corps de forme humaine^ et représentant le genre humain. Ce fut dans, les mêmes vues qu'on mit à leur partie an* térieure une grande tête d'homme ', et qu'on termina l'extrémité opposée par des pieds oii par une queue de poisson , pour désigner hà homme de mer , un marin. ( Yoy. pi. 13).

Cest à cet usage que nous devons l'existence mythologique des tritons et des néréides; c'est de cet usage que naquit l'histoire prétendue de Varchcp du navire JtJrgos^ lequel parlait et rendait des oracles. C'est par cet mv vit usage que le mot hébreu TZIÉ , crier , voci» férer, signifia par la suite ^ vaisseau, navire} car les têtes qu'on mettait devant ces bâti* mens ^ avaient la bouche excessivement ou-

•pn verte. C'est par cet usage que le mot DaBeR> parier, parole, enseigner , instruire, a signifié

t)SM vaisseau ; que le mot ALePH , parler, en-seigner , instruire de vive voix , signifie , en chaldaïque et en syriaque, navire ou vais* seau. Les Phéniciens exprimaient même le double sens de ce mot , en mettant à la par*

jpàifivA^ xir.

'^/^J/'accu^yc.

(a3i) lie antérieure de leurs vaisseaux une tête de bœuf ou de taureau ; car un des noms du taureau était aleph; et c'est ce qui donna lieu à la fable d'Europe enlevée par Jupiter changé en taureau. On sait que cet animal était le symbole de la force et de la puissance divine.

Dans la suite » on remplaça la tête d'homme qui ornait ces bâtimens par celle de quelque animal ou terrestre ou marin; et c*est ici que se trouve l'origine et l'explication de la fable d'Arion. (Yoy. pL la )• Enfin > traversant les siècles > cet usage est venu jusqu'à nous.

Quelles conclusions naturelles devons-nous tirer de ces faits ^ et de Tinfluence si an« cienne de cet usage sur la langue hébraïque ^ sinon que les proportions de l'arche ^ telles que Meuse nous les a transmises ^ méritent quelque attention ; qu'il ne les a point écrites au hasard y telles que son imagination aurait pu les lui donner ; mais qu'il les tenait d'une tradition soigneusement conservée^ soit chez les Hébreux^ soit chez les Égyptiens. Et qu'on ne dise pas que ces propor»

tiens étaient cçlles employées dans les constructions maritimes chez les anciens du temps de Moïse > les monumens égyptiens prouvent

(:»3a) le contraire , et d'ailleurs ces proportions , bonnes pour l'arche , ne le seraient pas ailleurs. Aucun bâtiment ou navire ancien n'a eu la forme tumulaire de Tarche , et par conséquent les mêmes proportions. Qu'on ne dise pas non plus que les prêtres égyptiens , ou que Moïse , leur disciple^ avaient calculé ces proportions après coup. Leur ^stème de proportion pour le corps humain , employé probablement bien avant Moïse, élait fort différent (i). D'ailleurs , l'influence de ces proportions symboliques de l'arche , tant sur la forme des vaisseaux anciens » que sur la langue hébraïque par les mêmes vaisseaux, prouve que l'observation serait peu juste.

Enfin , qu'on ne dise pas que le mot TZIE a toujours signifié crier, vociférer el nasnre^; que ces deux significations si éloignées lui sont cependant naturelles ; nous pourrions k la rigueur affirmer que ce mot n'avait point la dernière de ces significations à Tépoque du déluge. En effet , il devrait être le nom de Tarche , et il ne l'est pas ; le souvenir de cet immense tombeau s'est conservé sous une

(0 Voyez Diodore de Sicile , et le Tojage en Egypte par M. Denoiu

( a33 ) aatre dénomination ^ abandonnée après le déluge y lorsque l'arcbitecture marilime fut plus perfectionnée^ et que l'usage dont nous Tenons de parler eût été adopté. Aussi le nom de l'arche THoBÉ n'est-il employé que ^^ dans cette occasion y et dans celle où Motôe^ enfant^ fut exposé sur les eaux du Nil dans une THOBE ou THomBE d'osier , qu'on devait naturellement comparer & l'arche , tu ^ les circonstances qui avaient contraint les juifs à faire périr leurs enfans mâles ; car c'était de la THomBÉ qu'était sorti le sauveur de la race humaine , lorsque les hommes furent condamnés à périr dans les eaux du déluge ; et c'était également de la THomBE d'osier qui renfermait Moïse , qu'était sorti celui qui sauva la race des juifs condamnée à périr dans les eaux du Mil (i). C'est de ce mot TH0BE9 prononcé avec un son nazal THomBE , et désignant un monument de mort et de forme tumulaire^ rappelaqt le souvenir de la perte du genre humain ^ que vint le mot grec TUMBOS, et le irançais Thmbe on Tombeau , étymologie remarqua-

(i) Il est remarquable que le mot TZi ou TZIË, nom

du navire , de la barque , a servi de racine au mot TZI YN

qui désigne un tombeau.

(a34) ble par la beauté da sens moral qu'elle présente 9 et qui prouve que les anciens Hébreux ^ si souvent accusés de matérialisme^ considéraient la tombe comme une arche de salut, de laquelle rhouiMe dent sortir régénéré , purifié de toute souillure. G*est mot à mot ce que signifie THomBE. Je ne ferai point ici le rapprochement de la mort simulée dans les mystères égyptiens , et encore moins du fait sur lequel reposent le mystère et la sainteté de notre religion , j* observerai seulement que chez les anciens , le salut du genre humain a toujours été considéré comme un des fruits de la Tombe. Sans parler des mystères et de nos initiations modernes , il suffit de remarquer que même aujourd'hui la foi-nous oblige à croire que , des débris du monde et de la mort de Tunivers , le chrétien verra naître le règne de la justice et de la vertu.

Enfin j si ces étymologies paraissent fausses et dues au hasard^ qu'on explique comment •^ il est arrivé que le cyprès, gfpré, dont le bois fut choisi pour là construction de l'arche , est devenu l'arbre consacré à la mort^ l'arbre ou le bois des tombeaux (i).

(0 ron^ThoBÉ , nom de Tarclie» Tient de :w, THOB

( a35 ) RECHERCHE DES MOTIFS

^UI FlftEHT ADOPTER LA FORME DE LA GOLOKNE DAITS LES PREMIERS MONVMEirS DE l'aRT«

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