USAGE DES NOMS SIGNIFICATIFS
Nous avons vu que vers Tépoque où les hommes érigèrent^ pouf la première fois ^ les bornes ou colonnes dont on a fait depuis les colonnes hermétiques > et qu*on a consi-^ dérées ensuite comme les premiers essais de Tart statuaire > on avait des idées assez exactes et assez raisonnées des proportions qui conviennent au corps humain , en sorte qu'il n'est pas possible de croire que ceux qui érigèrent ces bornes ou ces colonnes eurent la prétention d'imiter la figure humaine.
OU :iW, SOB. La diffifrence de ces deux mots est dans la prononciation ; l'un est chaldaïque et l'autre h^reu.
THOB désigne le repos que suit un changement en mieux dans la manière d'être , soit physiquement, sôit moralement. Il peint la récréation , la régénération du corps et de Came, Il signifie se repentir, res^eniràDieu, se convertir^ appaiser la colère de Dieu, la retourner; car ^ en bëbreu, retourner la colère de Dieu, c'est, suivant la circonstance , l'appaiser par le repentir ou la pro« voquer par la rébellion.
Quels furent donc les motifs qui firenl néanmoins adopter celte forme singulière pour représenter l'homme ? C'est à quoi je ▼ais essayer de répondre.
Ec développant le sujet de ce fragment , j'ai dit que le choix des formes hermétiques , dans les premiers monumens de Tart statuaire , pouvait provenir de quelque usage primitif commun à tous les anciens peuples^ ou existant antérieurement à la dispersion de ces peuples. Cet usage me paraît être celui de ne donner aux hommes que des noms significatifs. Par ce moyen > on conservait dans les familles le souvenir de ce qui avait eu lieu lors de la naissance de la personne nommée.
Gehii des événemens remarquables dont, par par la suite , elle devenait la cause ou l'acteur principal ^ était trans'rals par un surnom. On conçoit 9 qu'à Tépoque oh récriture n'était que l'imitation des objets , un véritable dessin , on ne devait point donner aux hommes des noms insignifians qu'aucun objet ne rappelait à la mémoire , qu'aucune image ne peignait, et qu'on pouvait oublier le jour même de leur invention.
L'usage de ces noms significatifs a donc précédé Tinvention de l'écriture alphabéti-
que. Moïse s*y conforme sans cesse dès les premières pages de la Genèse; et soit que son outrage ne contienne^ dans cette partie ^ que des récits allégoriques ^ soit qu'il faille expliquer ces récits seulement dans un sens historique 9 ces exemples méritent d'être remarqués*
L'homme est formé du limon d'une terre rouge. Son nom transmet le souvenir de cette origine 9 et la terre entière > ADaME> est hqim l'objet qui rappelle ce nom.
Le nom d'Eve marque la vie , parceque , dit Moïse , étant la première femme ^ elle est la mère de tous les vivans ; le nom de l'existence Eve ou Eie empêche que ce nom soit rw rm ouhlié.
Le premier homme , né du sein de la femme , est un bien acheté par la douleur de /'c?nfantement. Le nom qu'elle lui donne désigne ce bien précieux , et le travail douloureux par lequel il est acquis. 11 faut un objet dont le nom rappelle le souvenir de celui donné à Coin ^ à rétre engendré ; le nid où Toiseau ^*|p p donne le jour à ses petits est cet objet.
Le premier nom d'Abel n'est pas connu.
Abel est un surnom qui conserve le souvenir d'une mort prématurée ^ d'un anéantissement
( ^38 ) dont les hommes n'fiTaient encore ancnn exemple. Il exprime V existence passagère j Vanéan^ San tissement qui la suU et le dpuil qu^elle laisse. L'objet Vlont le nom rappelle celui d' Abel , est la ^vapeur làgère que le moindre vent em* porte ou détruit; le météoi^ qui brille un moment 9 et qui disparatt en laissant la nature dans les ténèbres , sorte de deuil physique.
Lorsqu'un troisième fils Tient consoler Eve ou la femme de la perte qu^elle a faite y ce fils lui parait accordé par la Providence pour remplacer Abel ; par une conséquence naturelle de cette idée y elle ne doute pas que l'existence de ce fils ne soit longue ^ stable y afiermie contre4es événemens; le nom qu'elle lui donne garde le souvenir de cette pensée»
de cette espérance consolante ; et l'objet qui le rappelle désigne le repos» la fixité»
la stabilité. GVst la borne j c'est la colonne j
c'est tout ce qui est fixe et stable»
Ici » le mystère qui couvre l'origine des colonnes hermétiques » doit commencer à se dévoiler aux yeux du lecteur; mais avant de rendre & cette origine toute son évidence» je ferai quelques remarques sur l'usage des surnoms et sur les abus qui en furent la suite. Les meilleures institutions ont leurs incon*
▼éniens. Lorsque le nom primitif étaitchangé^ il devenait facile de Toahlier. Il devait résul* ter encore de ces dénominations différentes^ qu'un personnage connu dans un 'pays sous son nom primitif , ne Tétait^ dans plusieurs autres , que par les surnoms qu*on lui avait donnés y ou même par la traduction de ces noms et de ces surnoms. De là vint la multiplication des êtres historiques^ les fables mythologiques , Tobscurité de l'histoire et Toubli de la vérité.
Expliquons cela par des exemples.
Plusieurs savans ont pensé que les païens avaient fait des divinités de difiérens person-* nages que les écrits de Moïse ont rendu célèbres. Sans prononcer pour ou contre ce système , observons que cette méprise était facile. Serait - il étonnant qu'en interprétant mal ces mots , ego sum Deus Abraham , on fit d'Abraham un Dieu ? Ëh bien ! dans l'inde ^ Brama n'est-il pas le nom même d' Abram ou Abraham ^ et sa femme Sara-Wedi ^ la dame Sara , u'est-elle pas évidemment la même que Sara?
Moïse donne à Noé , dont le nom s'écrit NYCH, le titre de TIM, c'est-â-dire , de par- ^^ ^ fait. Les Grecs ne font qu'un mot de ces
Ca4o) deuT , et nous apprennent qu*an délage eut
lieu du temps de JNYCTIM.
^rVH-r^T Le mot DeuCI-ALION , dont ils font le nom
d*un personnage , est oriental y et signifie grande intumescence des eaux , grande agitai' tion des eaux excessivement élevées . Ainsi ^ lorsque ces mêmes Grecs > pour compléter le trait hîslorique y nous disent que le déluge de Deucalion eut lieu du temps de Nyctim , cVst nous dire y mot i mot, qu* une grande agitation et élévation des eaux eut lieu du temps de Noé le parfait.
On se ferait difficilement une idée des er« reurs et des méprises que pouvaient amener des interprétations fausses-, et qui semblent bien moins importantes. En voici un exemple : Moïse dit que le serpent d'Eden était Q'yf ARIM^ c'est à-dire^ doué d*intelligence« Les Perses conservent ce mot comme un nom propre y et en font celui d'ARIM-anes ; tandis que les anciens Grecs et Homère le prenant pour le nom d'un peuple, font périr Typhon, le génie du mal y dans le pays des Arimes (i)«
(i) Eiv Apt(iotc 9 oOi ^affi, Tu^«>eor e(i.(isvai euvar- Chez les Arimes o& Ton dit qu'est le tombeau de Typhon, Iliad. a , t. 783.