De la mouche à blé
Tipula tritici, Spence ; et Cecidomya tritici, suivant d’antres.— La mouche à blé est un insecte de l’ordre des diptères némocères. D'une belle couleur fauve, plus petite que nos mouches de maisons, au corps droit et allongé, aux pattes longues et grèles, elle a la tête ronde, les ailes étroites, sa bouche est munie d’une pompe de longueur variable et d’un suçoir très court; le mâle est un peu plus petit que la femelle et ses antennes sont garnies de poils. L’insecte à l’état parfait n’a rien qui doive le faire redouter, et n’étaient les immenses dégats causés par sa larve depuis plus de trente années, tant en Europe qu’en Amérique, il ne serait encore l’objet des attentions que de ces rares érudits que l'amour de la science porte à observer la nature jusque dans ses plus menues opérations pour en saisir les secrets et les mystères présentés par le Créateur à l’étude et à l'observation de l’homme, afin qu’il en puisse tirer quelque sujet d’utile instruction.
Ce fut vers 1825 qu'on remarqua pour la première fois dans les Iles Britanniques la présence de F stits vers dâns l’épi du blé ; et dès 1827 les trois quarts de la récuite de l'Irlande étaient perdus par suite des ravages de cet insecte. En Canada ce n’est qu’en 1834 que, dans le district de Québec, on pût remarquer sa présence pour cause d’un grand déficit dans le rendement de la récolte. Et, depuis cette époque c’est-à-dire en moins de 25 ans, ce serait rester
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encore au-dessous de la réalité que de porter les pertes qu’il a causées à l'énorme somme de £10,000,000,
Le Haut-Canada n’a pas été de beaucoup aussi maltraité que le Bas par la mouche à blé ; c’est à peine si en plusieurs endroits ses dégats ont pu faire remarquer sa présence. Et aujourd'hui que le fléau quoique ayant beaucoup perdu de son intensité ne fait pas périr encore moins de + ou + de la récolte dans le Bas, c'est à peine si ÿ s’en trouve affecté dans le Haut. Cependant on semblerait s’appercevoir que le fléau suit une marche ascendante vers l'équateur. Pendant que les districts inférieurs de la province remarquent que lJ'insecte est de plus en plus rare chez eux, ceux de la partie supérieure observent qu’ilest de plus en plus nombreux. Dans le Haut-Canada, surtout dans les parties avoisinantes des lacs, dans l'état de New-York et jusque dans l'Illinois, on s’est grandement plaint de ses ravages sur la dernière récolte. Puisse t-il nous avoir fait pour toujours ses adieux à nous du district de Québec, et abréçer le temps de sa visite à ses nouveaux hôtes, en attendant qu’il plaise a ‘a Divine Providence de le faire disparaître pour toujours ou du moins de mettre un terme à ses ravages.
Des observations attentives et plusieurs fois répétées, ont permis de vcoustater que la mouche à blé se montrait dordinaire vers le 15 ou le 20 J'uin, et disparaissait vers le 20 Juillet. C’est vers le soir qu’elle va déposer ses œufs dans la glume même du grain de blé, aussitôt qu’une partie de l’épi se montre en dehors de sa gaine. Chaque mouche en dépose de 10 à 15 qu’elle fait adhérer à la glume au moyen d’une matière gluante qu’elle dépose. Le moindre vent où mauvais temps la contrarie dans ses opérations; il lui faut du calme et une température un peu humide. Huit ou dix jours après ces œufs ont donné naissance à autant de larves ou de petits vers rougeâtres, munis de pattes et d’une espèce de serre à une de leurs extrémités, Ces larves, comme je viens de le dire, au nombre quelquefois de 10 à 15 dans le même épillet, trouvent l’aliment qui leur convient dans la substance alors laiteuse du grain de blé et cessent de le ronger aussitôt qu’il commence à se dureir. On voit alors les vers sortir de la glume pour se laisser choir sur le sol, s'y dépouiller de leur peau et reprendre une nouvelle activité pour. s'enfoncer de deux ou trois pouces dans la terre et s'y trans-
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former en nymphes. Ils sont alors dans un état d’insensibilité complète, ayant revêtu une forme ronde sous une couleur cuivrée. C'est en cet état qu'ils attendent le retour des chaleurs du printemps suivant pour passer à leur tour à l’état d'insecte parfait, Il ne faut pas moins qu’une chaleur continue de 11° Rhéaum'r pendant une dizaine de jours pour l’éclosion de la nymphe en insecte parfait. La mouche à ce dernier état passe ordinairement le jour à la racine de l’épi, ou encore sur les touffes d’herbes plus rapprochées du sol, étant trop délicate pour demeurer exposée aux ra: ons du soleil,
Le blé ne peut guère courir de dangers de la part de l'insecte pendant plus de trois jours de sa croissance à commencer du moment où un côté do l’épi se montre à découvert, Si donc an moment de l’épiage de son blé, le cultivateur remarque que pendant près de trois jours le vent se maintient assez pour toujours agiter les tiges du grain, ou que la température descend la nuit à 8° ou 9°, ou si le thermomètre ne s’est encore élevé pendant une dizaine de jours précédemment à 11°, il peut être sûr que son grain ne souffrira que faiblement de la mouche, quelque nombreuse qu’il Ja trouve en examinant son champ. Car l’insecte alors ne pouvant déposer ses œufs dans la glume du blé, les déposera, comme on l’a vu faire, sur les feuilles ou sur d’autres herbes, et la larve an moment de son éclosion ne pouvant trouver la nourriture qui lui convient périra aussitôt. La mouche est délicate et ne peut guère se tansporter qu'à quelques. arpents de l'endroit qui l’a vu naître, encore lui faut-il un temps absolument calme. Aussi a-t-on remarqué que le blé semé sur du chaume de blé attaqué de la mouche était toujours plus maltraité ; que les blés semés dans des nouveaux défrichements ou dans des endroits éloignés de la même céréale en étaient rarement attaqués. Un observateur l’année dernière a remarqué une quantité prodigieuse de mouches à blé sur des tiges de patates plantées dans un champ qni avait porté du blé l’année précédente. J'ai constaté moi-même l’année dernière qu'un grand nombre de nouvelles concessions n’avaient pu remarquer la présence de la mouche pendant que, dans les mêmes paroisses, des champs bordant le fleuve en avaient sérieusement souftert,
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La durèe de l'apparition de la mouche est d'environ 30 jours, suivant que la températur” se trouve plus ou moins favorable à la transformation des nymphes, et que celles-ci se trouvent placées dans des conditions de chaleur et d'humidité qui leur conviennent davantage. Si dès la première apparition de ce fléau on avait de suite abandonné la culture du blé, il n’y a pas de doute qu'au bout de 3 ou 4 anson aurait pu la reprendre sans courir de risques de ce côté. Mais bien que les récoltes de 1834, 1835, 1836, presque complètement perdues malgré la plus belle apparence en herbe fissent pousser de toutes parts un cri de détresse, on n’en continua pas moins à semer du blé; et ce ne fut qu'après 5 ou 6 ans de pertes continuelles et ruineuses pour les cultivateurs qu’on se décida en plusieurs endroits à abandonner complètement cette culture. Cependant l'observation de la maladie ayant fait voir qu'en rapprochant ou reculant l’époque de l’épiage du blé de celle de l'apparition de l’insecte, on pouvait en partie se mettre à l’abri de ses ravages, on se mit de nouveau à semer du blé, de manière toutefois qu’il n’épiât que vers le 20 Juillet, » près le passage de la mouche. On reconnut de suite une grande diminution dans les pertes sans qu’elles ne cessassent toutefois d’être encore très considérables. Mais l’insecte qui avant 1850 ne se rencontrait plus après le 20 Juillet, se laissait encore voir au 12 août l’an dernier, si bien que quelques pièces de blé semées au commencement de mai, dans le voisinage de Québec, ne paraissaient presque pas en avoir souffert, s'étant trouvées sans doute trop avancées lors de son apparition. Serait-il disposé à retarder annuellement l’époque de son apparition? C’est ce qu’on serait porté à croire et ce que de nouvelles observations ne tarderont pas de nous permettre de constater d’une manière certaine.
Pour me résumer je dirai donc aux cultivateurs : de remèdes efficaces contre la mouche à blé nous n’en connaissons pas encore, mais voulez-vous vous mettre à l’abri de ses attaques autant qu’il dé; cnc de vous? observez ce qui suit.
14. Semez votre blé en Avril, s’il est possible, si non, attendez aux premiers jours de Juin.
%. Si votre blé a été attaqué de la mouche cette année, n’en semez pas de nouveau dans le même champ ni même dans un voisitage très rapproché.
80. Lorsque par le battage et le vannage vous aurez séparé des grains du blé les vers qui s’y tiennent attachés, ne manquez jamais de les faire brûler, car si vous alliez ies balayer aux portes de vos granges, ce serait une véritable semence de mouches que vous prépareriez à vos champs pour l’année suivante.
40, Plus votre champ sera clair de mauvaises herbes et votre semence nette, moins vous offrirez de retraites à la mouche et moins nombreuses seront ses larves.