FIN DU DEUXIEME ET DERNIER LIVRE
Parvenu aux limites de la carrière qui était ouverte devant moi, il ne me reste plus qu'à rassembler les traits qui caractérisent Tépoque dont je viens de m'occuper.
Les seigneurs humiliés, affaiblis par les règnes de Louis-le-Gros et de Philippe-Auguste, ouvrent enfin les yeux , et voyant que leur puissance touche à sa ruine , ils oublient leur8 querelles particulières, et s'unissent pour tourner leurs efforts contre le trône. L'occasion est propice; le faible Louis viii vient de mourir, et le gouvernement est déposé dans les mains de Blanche de Castille son épouse. L'étendard de la révolte est donc arboré. Blanche lutte avec courage contre une sédition toujours renaissante; elle obtient la victoire. Saint Louis, parvenu à la majorité, / prend les rênes pe l'empire : mais celle qui / lui a conservé la couronne , dirige encore ses
pas; il frappe quelques grands coups, ne cherche pour le moment qu'à se faire redouter de ses barons , il les effraie , les dompte , et leur im*
pose un joug que, durant tout son règne , ils portent avec une étonnante docilité.
Ayant conquis la paix , saint Louis voulut la faire tourner au profit de son peuple, et s'attacha d^abord à fonder en France une administration régulière , dont, avant son règne, il n'y avait pas la moindre trace dans ce pays : toutes les relations sociales se bornaient, pour le peuple, à marcher à la guerre et à payer des impôts, et pour les chefs, à combattre et à juger. Saint Louis s'entoure des députés des villes, les consulte, lesadme ta la discussion des intérêts publics. Il ferme les blessures faites au Languedoc, par l'affreuse croisade contre les Albigeois; change plusieurs chartes de communes, les modifie d'après les nouveaux besoins des villes , et règle avec ur e sagesse rare , ce qui a rapport à l'administration des communes et à la nomination des maires. Il favorise la bourgeoisie, prévoyant l'influence que ce corps devait prendre un jour dans la monarchie; enfin, il parcourt plusieurs fois son royaume, et comme, malgré son zèle infatigable, il ne peut tout voir, il rétablit sous un autre nom, ces fameux nUssi dominici, fondés naguère par Charlemagne, et dès lors il con* naît, quand il le veut, l'état de son royaume, ce qu'il faut ou favoriser ou réprimer. Mais il
44o CONCLUSION.
sent Tinévilable insuffisance de ses efforts personnels pour fonder le bonheur de son peuple; il cherche donc des auxiliaires ; partout il ne trouve que des hommes imbus des maximes féodales, et par conséquent, incapables de coopérer avec lui à un système dont le résultat devait être la chute de la féodalité. Cependant il remarque les baillis , magistrats peu distingués avant lui ; il conçoit qu'ils peuvent servir ses desseins; il les fait instruire dansFétude des lois romaines, les initie à son plan de politique, et bientôt ces officiers se signalent comme les implacables adversaires de la puissance seigneuriale. Rien de plus sage que la conduite de saint Louis à l'égard du clergé. Ce corps puissant, et les barons, sont divisés, il sait calmer ces querelles et prendre par cela même une sorte d'empire sur chacun des deux partis ; puis attaquant directement le clergé , il le repousse dans la ligne d'une autorité légitime , arrête l'usage ou plutôt l'excès des interdits , jette les premières bases de l'appel comme d'abus y procédure qui prévenait tous les écarts de la puissance ecclésiastique , et surtout arrêtait ces vains débats entre le sacerdoce et l'empire , qui dans des états voisins, avaient avili l'un et l'autre. Rome, cette fois prudente, circonspecte, ne cherche pas à interve-
nir dans les rapports de saint Louis et de son cierge, ce prince d'ailleurs ne Taurait pas souffert, car nul mieux que lui n'a su unir les deux caractères de prince chrétien et de roi de France; révérant le successeur de saint Pierre, dédaignant le pontife ambitieux, il a su suivre fermement cette route glissante, ne jamais s'en départir; toutefois ce que l'on serait tenté de prendre pour une conduite pleine de finesse et d'habileté, n'est que le noble courage d'un monarque , qui trouve dans son cœur la ferme volonté d'accomplir ses devoirs, et de faire respecter ses droits. Aussi , les pontifes les plus ambitieux , les innocent iv, les Grégoire ix prodiguèrent à saint Louis leurs faveurs; par d'innombrables bulles , 'ils prévinrent jusqu'à ses moindres désirs ; pour lui, Rome n'eut plus de foudres, et les excommunications ne furent plus qu'un vain mol. Remarquons enfm qu'à aucune époque de la mcmarchie , la couronne de France n'exerça autant d'influence sur le reste de l'Europe : saint Louis, sans employer la force des armes, ou les ruses diplomatiques presque inconnues alors , amena toutes les puissances voisines à \v. regarder comme leur chef et leur arbitre commun.
Si nous avons montré saint Louis dirigeant ,
par de grandes vues, la marche générale de son état, il ne nous sera pas moins aise de le présenter descendant dans les plus petits détails de l'administration , et y donnant , à la fois , des preuves de son amour pour ses peuples, ainsi que deTélévation de ses idées. Les impôts étaient intolérables sous la féodalité , puisqu'une partie considérable de la population se condamnait alors à ne rien produire. Saint Louis sup* prime dans ses états toutes ces redevances injustes, qui variées sous mille formes diverses , ne représentaient toujours qu'une basse rapa^ cité; il conserve peu d'impôts; ce sont ceux dont la perception est la plus facile ; il sait, en établissant l'égalité dans la répartition , Ie9 rendre encore moins pesants ; bientôt il re*cueille les fruits de sa sagesse , ses trésors se remplissent ; mais rarement il se départ de cette économie , qui décore mieux les rois que la trop commune profusion. L'état da commerce en France, fixe ses regards, et il veut, sinon le faire fleurir, au moins en développer les premiers élémens; pour cela, un abus doit d'abord être réformé , c'est l'altération des monnaies seigneuriales , qui détourne les com* merçans étrangers d'apporter leurs marchanr dises dans un pays où ils ne sont soldés qu'avec
une monnaie que personne ne veut recevoir.
Saint Louis , en cette partie , ne laisse rien à désirer , il proscrit les monnaies seigneuriales en leur opposant les siennes qui n'avaient pas été altérées ; alors il peut s'occuper du commerce intérieur, faire réparer les routes, les rendre sûres, donner des encouragemens à Fagriculture, en prenant sous sa protection les laboureurs , que le gouvernement féodal avait honteusement repoussés aux derniers rangs de la société ; il dicte aux artisans de Paris, des lois que le temps n'a presque pu détruire ; frappé du besoin d'une marine , il rassemble des matelots , fait réparer ses ports , et il a la gloire d'être Je premier roi de France , sous le règne duquel on ait construit des vaisseaux capables de tenir la mer, et de combattre avec quelques avantages. Aussi, tant qu'il régna, les côtes de France furent respectées , et les Anglais cherchèrent vainement à venir s'y venger des nombreuses défaites qu'ils éprouvaient sur terre. ' Voilà le rapide tableau des efforts tentés par saint Louis pour améliorer la situation de la France , et fonder dans ce pays une administration régulière, qui pût remplacer désormais les faibles services que rendaient à la civilisa-
tion ce système féodal , dont la destruction fut ridée dominante qui dirigea toutes ses actions: mais c^est surtout dans la législation que Ton voit cette grande idée prendre ses développemens ; portons - nous donc sur ce terrain nouveau.
.\vant saint Louis, on remarquait dans les mœurs de nos pères , les traits farouches de ces peuples indomptables, qui, descendus des limites du monde , étaient venus arracher les Graules à l'empire des Romains; partout on retrouvait leurs goûts, leurs préjugés , leurs superstitions, mutilées , il est ^Tai , par la main du temps , mais conservant encore dans leurs débris, une sauvage originalité qu'il était impossible de mé- , connaître. Les guerres privées, le combat judi- . ciaire , ces bases du gouvernement féodal n'annonçaient-elles pas qu'une troupe de guerriers lui avait donné naissance ? L'ignorance et le mépris des principes d'ordre public, disaient aussi que l'esprit guerrier animait uniquement cette nation ; mais l'esprit exclusivement guerrier renverse les trônes , et ne fonde pas les sociétés: aussi , quand nos ancêtres eurent vu leurs eipéditions militaires couronnées par une constante victoire , quand leurs étendards se furent lon^ temps promenés chez leurs voisins; il fallut
toujours rentrer dans la France, et cet esprit de violence et de destruction rapporté au sein de l'état, conservé dans des jours de paix, devait produire d'affreux déchiremens. Il n'en arriva pas ainsi; ces tristes résultats furent prévenus par un de ces événemens extraordinaires , que la Providence se plaît à jeter au milieu des hommes pour troubler leurs combinaisons, et comme pour se jouer de leurs misérables calculs: nous voulons parler de la naissance du gouvernement féodal, qui rattacha l'esprit exclusivement militaire des Français à quelque apparence d'institution sociale ; mais le mal n'était qu'ajourné ; cai' dès l'instant où le gouvernement féodal devait s'affaiblir, l'esprit militaire reprenait toute sa force, et d'autant plusà craindre que la féodalité l'avait empêché de vieillir, il faisait présager de grandes catastrophes , à moins que les rois , en renversant le gouvernement féodal, ne le détruisissentavec lui. Saint Louis, par une politique que nous ne pouvons trop admirer, unissant la. sagesse à la fermeté , devançant de plusieurs siècles le siècle où il vivait, parvint à confondre dans une ruine commune et le système féodal ,et l'esprit militaire; mais, trop sage pour dépouiller une nation de ses idées dominantes , sans les remplacer par d'autres , il profita de la
liberté dont il jouissait pour introduire dansia nation une puissance tout-à-fait nouvelle, celle qui fonde les empires, qui seule les consolide, la puissance légale et judiciaire. Avant lui, les souverains dédaignaient de faire des lois , il en publia un code complet; pour appliquer ces lois, il institua de grands corps politiques, qui, revêtus de gloire et pleins de force, imprimèrent le caractère de leur dignité à la nouvelle puissance ; accoutumèrent le peuple à la connaître , à la respecter : lui-même il rendit la justice au pied du chêne de Vincennes , et bientôt la loi, divinité jusque-là dédaignée, reçut des hommages universels; forte de cette vigueur . <iu'elle ne perd quau sein des factions , partout ; elle remplaça la violence par la justice , le î combat par la discussion , l'usurpation par le * droit. Elevée au sommet de l'état, elle donna à la société une face nouvelle, détruisit jusqu'au dernier levain de cette esprit turbulent, qui mettait à chaque instant la civilisation en péril , ^et ouvrit cette carrière de gloire et de prospérité, que la France a parcourue pendant tant de siècles. Ne ci*aignons donc pas d'entrer dans q^jelques détails sur la législation de saint Louis.
Les Établissemens sont un vaste recueil , où une foule de matières sont réunies , avec moins
d^ordre, il faut le dire, que d'abondance ; mais on y découvre une législation civile clairement séparée de la législation féodale ; distinction importante, et qui doit être soigneusement remarqua. Avant saint Louis il n'y avait en France qu'une législation, qui étaitlalégislationféodale; elle seule devait suffire à tous les besoins , administrer tous les intérêts; et comme elle était dans la réalité , entièrement à l'avantage des possesseurs de fiefs, ou même , qu'elle ne pouvait s'appliquer qu'à eux seuls , il en résultait que les non-possesseurs de fiefs , c'est-à-dire l'immense majorité de la nation n'avait aucune loi civile , que le pouvoir despotique des seigneurs était la règle commune. Saint Louis fit disparaître ce ^ddc inexplicable , et il publia des lois purement ci-, viles qui devaient protéger les non-possesseurs | de fiefs; guidé par le droit romain, il parvint à \ opposer une rivale à cette législation féodale, qui jadis régnait seule et sans contestation. Une autre innovation de saint Louis fut l'établisse ment d'une procédure civile dans le système * féodal : les principes sur lesquels reposent toute procédure, sont une sage lenteur, un respect ' inviolable pour les moindres formes; choses i qui toutes , peuvent être regardées comme in- \ compatibles avec cette violence et cet emploi '
rapide de la force , qui étaient l'âme du système féodal. IS 'é lait-ce donc pas donner la mort aux lois féodales, que de les astreindre aux: principes i d'une procédure civile ? Et saint Louis n'agit-il ; pas autant en profond politique qu'en législateur : conséquent , lorsqu'il déposa dans ses Établis- \ semens les premiers principes de procédure ? Peu de choses sont à dii'e sur les lois criminelles de saint Louis. En général les princes ne peuvent pas , pour la punition des crimes, suivre l'impulsion de lem- sagesse ; ils sont dominés par l'esprit de leur siècle , qui est toujours porté à prendre pour des innovations dangereuses, des changcmens trop marqués en cette matière délicate : cependant, si l'on compare la législatioii criminelle des divers peuples de l'Europe au treizième siècle,avec la législation criminelle de saint Louis , on trouve dans cette dernière une modération, qui certes ne fut guère imitée, et qui, pour l'époque , est digne de remarque. Cherchant à donner une idée juste de la législation de saint Louis, ometterions-nous la Pragmor tiqiie sanction , bonne et courageuse loi , mais surtout digne de nos hommages en ce qu'elle est le premier acte des rois capétiens , où Ton voit l'autorité civile régir des intérêts religieux; ce qui prouve que la puissance royale replacée
en son rang, dominait toute la société , et faisait par son éclat disparaître ces tyrannies subalternes , qui seules s'opposaient en France au retour d'un gouvernement monarchique et national. Le règne de saint Louis est le moment où le triomphe de la royauté et du peuple sur l'aristocratie féodale parut inévitable. Encore bien des combats devaient être livrés pour parvenir aune victoire complète; mais le règne de saint Louis laissa entrevoir que le trône sortirait vainqueur d'une lice où tant de rois devaient encore entrer. Ne cachons pas que ces glorieux succès se firent long-temps attendre , et disons que la cause de ce retard fut la guerre contre les Anglais ; guerre qui s'acclimata en France comme si jamais elle ne devait cesser , et qui ôta aux rois, le temps et les moyens de faire le bien. Pourquoi faut-il que l'inexorable histoire reproche à saint Louis d'avoir en ouvrant la France à nos ennemis acharnés, été la cause de tant etdesigrandes infortunes? Pourquoi cette ombre fâcheuse vient-elle obscurcir notre tableau? Puissent les rois, avertis par cet exemple mémorable , se défier de ces mouvemens de grandeur et de générosité , que souvent les générations suivantes paient du plus pur de leur sang!
45o CONCLUSION.
Peut-être désirerait-on connaatre le sort des institutions de saint Louis, savoir comment elles se sont perpétuées , par quelles causes elles ont perdu leur vigueur : nous ne pouvons entreprendre un pareil travail; il nous forcerait de tracer Fhistoire d^une foule de princes qui , par leur faiblesse , ont contribué au dépérissement du noble héritage qui leur était confié. Mais une observation que nous serions coupables dV mettre , c'est que long-temps après la mort de saint Louis, la sagesse du gouvememfuit de ce prince fut sans cesse offerte aux rois comme un modèle qu^ils devaient imiter, et que pendant presqu'un siècle ils suivirent en effet avec une exactitude scrupuleuse. Philippe-le-Bel , dont Tesprit fut si élevé , et le règne si utile à la France, sembla s'être imposé la loi de' rétablir l'administration publique tellequVUe était sous saint Louis. £n 1291, il ordonne que les bailHs et les sénéchaux prêteront le serment de saint Louis (i). Il rétablit , en 1299, une loi de saint Louis sur les Juifs , piis vestigiis inhœrere Wh lentes (2). « Nous voulons, dit-il en i3p3<(3), » que les privilèges , libertés , franchises > coo-
(i) Ordonn. des rois, t. i , p. 3ai< — (a) Id, , p. 333.' — (3) M* p. 357.
CONCLUSION. 45l
» tûmes ^ immunitës des églises , monastères et » ecclésiastiques, soient conservées , tenues et » gardées commeelles Tétaient rigoureusement » au temps heureux où virait saint Louis notre » aïeul. » L'année suivante, il défend les guerres privées, ad instar sancti Ltuhvici eximii confès-" soris , qfùondam régis Francorum ( i ) . En 1 3o6 , il cherche à arrêter l'altération desmonnaies, et dit : flouions que la bonne moîioye du poids et de la lof du temps que le saint rof Louis , /fue nous faisons faire y preingne son cours ancien (2), Il répète les mêmes paroles en i3io (3) et en i3i4 (4)- Louis-le-Hutin, imitant son père, rétablit les libertés de l'église dans l'état où elles étaient au temps de saint Loub (5); eten i3i5, il revint également , pour les monnaies , à* ce que saint Lonis avait ordonné (6). Ce prince cherche-t-il à réformer un abus, « nous ferons » voir y dit-il , avant tout (7) , les registres de n monsieur saint Louis. » Doit-il décider du sort des Juifs , desirans ensuivre , dit-il , les ceuvi*es et les fais du dit monsieur saint Loriis , en ce et en toutes autj'es choses à nostrepoui^oir(S).\eutA\
(1) Ordoan. det roU, t. i , p. Sgo. — (a) Id. , p. 44>* — (3) ta,, p. 447. -. (4) Id, , p. 548. — (5) Id, , p, 555. — (6) Id. , p. 559. — (7) Id. , p. 564. '— (8) id. , p. 596.
régler la juridiction des routes et des fleuTes , il commence encore par ordonner une enquête pour savoir ce qui se faisait sous saint Louis (i). En 1 3 1 5, les nobles de Champagne sollicitent quelques réfonmes dans le gouvernement, et prient le roi de metWe peine comment la monoie puisse reuenir à Vestat où elle estait au temps die saint Louis (2) Louis X, voulant enti'eprendre une refonte de ses monnaies, aionsfait quérir y dit-il , et cerchier par nos escripts et registres anciens ^ les ordonnances y estatuts ^ et comnumdemens sur le fait des monoies de monsieur saint Louis nostre prédécesseur roy de France , qui par tressant excellence tint en grant pais et tranquillité son royaume^ et sagement le gouverna (3). En i3i6, Philippe-le-Long s'exprimait en ces termes :
Quod nos indictoregnonostrojizcere teneri juS' titiam et seivari "vellemus , ipsosque et alium popuiumnostrum subjectum regimini, manutenere et sen^are in tranquillitate et pace , et modo et Jbrma quitus tempore heatissimi Ludovici prowA nostri factum extitit et seivatum (4) . Nous qui voulons^ disait-il en i3i7, remettre au poin et à Vestat ancien y et spécialementdu temps le saintroy
(i) Ordonn. des rois, t. i , p. 57a. — (a) Id.^ p. 574. — (3) M.» p. 614. — (4) Jd.yp, 644-
Loys nostre besciïeul (1). Les ëtats généraux émettaient souvent, et avec énergie, le voeu des Français pour le retour du gouvernement de saint Louis. Edouard m, désirant se rendi*e favorable la nation, écrivait, le 8 fé\Tier i34o, aux états généraux de France : Nostre intention est de reprendre les bons loys et les costumes que sui^ vit au temps de nostre ancestre primogeniteur saint Louis ^ roi de France. Les états de 1484 redemandèrent encore avec instance , la doctrine du fVf saint Lojrs,
Nous croyons qu41 est suffisamment démontré que le bon sens des Français sut assigner au règne de saint Louis la place qui lui convenait. Le gouvernement de ce prince fut regardé comme le type de toute bonne administi^ation ; les peuples le réclamaient sans cesse, les rois le promettaient toujours; et comme il ne reparaissait jamais , on s^accoutuma à regarder ce règne comme une époque fabuleuse, qu^une tradition adulatrice avait embellie de couleurs mensongères. C'est donc une idée belle , que celle qui dirigea l'Académie des Inscriptions de Tinstitut, loi*squ'eIle proposa en quelque sorte pour prix, de montrer que nos pères ne s^étaient pas
(1) Ordonn. des roU, t. i , p. 653.
454 CONCLUSIOîî.
trompés en révérant saint Louis , moins encore comme un guerrier courageux , que comme un monarque habile , qui, par Tétçndue de ses vues, avait fondé un vaste système de politique , et affermi le bonheur de son peuple en le faisant reposersur une sage administration. HonnieuraQ corps illustre qui cherche ainsi à retirer Tërudition des sentiers inabordables , où long-temps elle s'est égarée , pour lui imprimer une direction vraiment nationale et éminemment utile!