‹ Essai sur les limites de l'action de l'étatChapitre 2 sur 105 · SES ÉCRITS POLITIQUES, SON INFLUENCE · texte numérisé non relu

SES ÉCRITS POLITIQUES, SON INFLUENCE

Ce livre a été composé chez un peuple aux instincts profondément méditatifs, à une de ces époques brillantes qui sont dans la vie des nations comme de longues fêtes intellectuelles ; il a été écrit par un homme dont la personnalité magnifique attire aujourd’hui encore les regards enthousiastes de ses compatriotes ; il traite d’une grande chose : la liberté. Pour l’inconnu qui ose offrir cette œuvre aux lecteurs français, ce sont là sans doute de justes raisons de confiance et d’espoir. Mais combien de motifs de crainte viennent s’y joindre ! Un homme de génie l’a dit : le livre le plus difficile à faire est une traduction (1). Et les difficultés de la tâche s’augmentent quand l’original que l’on

(1) Lamartine, Voyage en Orient.

CHRÉTIEN. * * » a

Jl GUILLAUME I)E HUMBüLDI.

tente de reproduire semble à chaque ligne défier, par la profondeur de la pensée et la beauté fruste du style, l’audace du copiste étranger.

Au moment où l’éclat littéraire et philosophique de la France du dernier siècle perdait ses plus lumineux rayons, alors que Voltaire et Rousseau descendaient ensemble dans la tombe et que les hommes de méditation se retiraient l’un après l’autre pourlaisserla place à leurs successeurs naturels, les hommes de tribune et les hommes d’action, à ce momenl-là même l’Allemagne voyait s’ouvrir pour elle une période de plus de soixante ans, qu’elle nomme « sa grande époque littéraire » et que l’humanité placera parmi les plus belles et les plus fécondes. Par les talents elle peut être comparée au siècle de Louis XIV ; par les lumières elle est la digne sœur de notre xvm' siècle.

S’ils vivaient encore ici-bas, est-il un seul de nos classiques, sans en excepter les plus gfands, Racine, Corneille, Molière lui-même, qui refuserait de reconnaître pour ses pairs Schiller et Gœthe? Qu’on se donne le bonheur de relire ces œuvres où ils ont exprimé les affirmations de l’esprit, noté les cris et les chants de la sensibilité heureuse ou souffrante, et qu’on dise lesquels ütit été plus que les autres vrais et pathétiques.

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