‹ Essai sur les limites de l'action de l'étatChapitre 3 sur 105 · SOIN TEMPS · texte numérisé non relu

SOIN TEMPS

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On 11e trouvera pas dans Schiller un drame qui déborde de plus de passion et de vie que Phèdre. Racine n’a pas de pièce plus pure que Le Tasse ou l’Iphigénie en Tauride . Le Guillaume Tell est aussi grand que le Cid. L’exclusivisme étroit du goût et les préjugés nationaux peuvent seuls détruire l'égalité d’admiration dans l’âme de celui qui contemple ces œuvres, diverses de caractère, égales en magnificence.

Mais si aucune des deux époques n’a surpassé l’autre dans l’application des lois du beau et du vrai, pour ce qui est de la recherche théorique de ces lois au contraire, la période allemande dépasse de cent coudées le siècle du grand roi. Tandis que la critique française, représentée pourtant par des écrivains d’un goût pur, par des érudits aux connaissances phitologiquesexacles, n’était point parvenue à se dégager du pédantisme ou de la puérilité, et s’était bornée à combiner quelques règles de rhétorique avec le principe des trois unités, l’Allemagne découvrait là toute une science, et se mettait hardiment à l’œuvre, rassemblant les matériaux nécessaires pour poser les assises de cet édifice philosophique encore inachevé, que l’on appelle V esthétique. En faee de M. et M mc Dacier, de l’excellent ltollin, de Charles Perrault, nous voyons,

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GUILLAUME DE HUMflOLDT.

pour ne parler que des plus grands, Lessing, les deux Schlegel, Herder, Schiller, Winckelraann, et ce Jean- Paul en qui se trouvaient réunis un humoriste incomparable et un théoricien perspicace (1). Au lieu de la Querelle des anciens et des modernes , nous pouvons lire le Laocoon , le recueil l’Athénée et surtout V Histoire de l'art chez les anciens. Non-seulement la critique littéraire, surtout sous la plume de Lessing, revêtit le caractère scientifique, mais on entrevit le lien qui certainement rattache les principes esthétiques de l’art à ceux de la littérature, et l’on s’efforça de le déterminer. La recherche du beau se généralisa. Une science s’éleva, là où il ne s'était élevé qu’une dispute.

Et faut-il nous étonner que sur ce point l’Allemagne d’il y a cent ans l’ait emporté sur la France d’il y a deux siècles? Pas plus qu’il ne nous faudrait en être humiliés. Cette supériorité de la critique littéraire chez nos voisins tient à l’état si différent de la philosophie aux deux époques et dans les deux pays. Dans le xvu e siècle français on ne trouve pas un seul philosophe dont l’esprit ait été vraiment libre. Non, pas un seul.

(1) Aujourd’hui nous connaissons le théoricien, grâce au travail excellent de MM. Alexandre Biichner et Léon Dumont. Ces deux écrivains ont publié eu I86‘J la traduction de la Poétique de Jean- Paul.

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