CI-DESSUS DÉVELOPPÉE
Cette règle fondamentale découle précisément de ce qui a été dit plus haut à propos de toutes les réformes (p. 242 etsuiv., chap. xvi). En effet, aussi bien quand il manque encore quelque chose pour que la nation soit prête à la liberté, que quand les résultats nécessaires dont on a parlé en souffriraient, la réalité empêche les règles de la théorie pure de produire les conséquences qu’elles produiraient toujours si aucun élément étranger ne venait s’y mêler. Je n’ajoute donc rien, et je ne développe pas davantage le principe que j’ai posé. A la vérité, je pourrais classer les situations possibles que présentent les faits, et démontrer comment la théorie s’applique à ces faits. Mais, en le faisant, j’irais contre ce que j’ai dit moi-même. J’ai dit, en effet, qu’une pareille application exige l’étude de l’ensemble et de chacune des parties qui le composent dans leurs rapports les plus exacts ; or, on ne peut présenter un tel ensemble au moyen de simples hypothèses.
Si je rattache à cette règle sur la conduite pratique de l’État les lois que la théorie ci-dessus développée lui imposerait, il en résulte qu’il ne. devrait jamais permettre qu’à la nécessité de déterminer la sphère de son activité. En effet, la théorie lui permet seulement de prendre soin de la sûreté, parce que c’est là le seul but que l’homme ne puisse pas atteindre à lui seul ; ce soin est donc le seul qui soit nécessaire. La règle de la conduite pratique le lie étroitement à la théorie, en tant que les circonstances actuelles ne l’obligent pas absolument de s’en écarter^ Le voilà donc ce prtn-
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cipe de la nécessité, auquel tendent, comme à leur but suprême, toutes les idées exprimées dans ce travail. En théorie pure, le caractère propre de l’homme à l’état naturel détermine seul les limites de cette nécessité; dans l’application, la personnalité de l’homme, tel qu’il est en réalité, vient s’y ajouter. Ce principe de la nécessité devrait, suivant moi, servir de règle suprême à tout travail ayant l’homme pour objet Car c’est le seul qui conduise à des résultats certains et infaillibles. L’utilité qu’on pourrait lui opposer ne permet aueun jugement clair et sûr. Elle exige des calculs de probabilité qui forcément ne peuvent point être exempts d’erreurs, et qui, de plus, courent risque d’être déjoués par de petites circonstances imprévues. Au contraire, la nécessité s’impose à l’âme avec puissance, et ce qu’elle commande est toujours nou-seulement utile, mais encore indispensable. L’utilité, ayant un nombre infini de degrés divers, rend nécessaires une foule d’institutions nouvelles qui se succèdent, tandis que, tout au rebours, quand on s’en tient à ce que la nécessité exige, tout en laissant plus de jeu à la force proprement dite, on diminue le besoin que l’on en peut avoir. Enfin, la préoccupation de l’utile conduit surtout à des dispositions positives, la préoccupation du nécessaire à des dispositions négatives ; en effet, en supposant l’homme doué de quelque force personnelle et spontanée, la nécessité ne conduit presque jamais qu’à la délivrance de tout lien qui le comprime. De toutes ces raisons, — qu’une analyse plus ^détaillée pourrait accompagner de beaucoup d’autres