‹ Essai sur les limites de l'action de l'étatChapitre 94 sur 105 · CI-DESSUS DÉVELOPPÉE · texte numérisé non relu

CI-DESSUS DÉVELOPPÉE

peut avoir qu’une des deux raisons suivantes : 1° ou que l’homme, ou que les faits ne sont pas encore mûrs pour la liberté; que par suite, — ce qui peut provenir tout à la fois et de l’homme et de la situation, — la liberté détruirait les éléments sans lesquels il ne peut y avoir aucune liberté, mais encore sans lesquels on n’en peut môme imaginer l’existence; 2° ou bien, — ce qui est une conséquence propre de la première cause, — que la liberté ne produirait pas les effets salutaires qui l’accompagnent toujours quand elle n’est pas artificielle. Cependant, on ne peut juger les deux états sociaux qu’en se les représentant l’un et l’autre , le régime actuel et le régime réformé, dans toute leur étendue, et qu’en comparant soigneusement entre elles leur forme et leurs conséquences. La difficulté s’amoindrit encore davantage quand on considère que l’État lui-môme n’a jamais le pouvoir ou d’opérer une réforme avant qu’il se produise chez les citoyens des signes de réclamation, ou d’écarter des lien? avant que leur vice devienne frappant; elle disparait de plus en plus, quand on songe que, par suite, l’État n’a en général qu’à remplir le rôle de spectateur, cl, si l’occasion se présente, de détruire une disposition restrictive de la liberté, qu’à en apprécier la possibilité ou l’impossibilité, enfin qu’à se laisser guider par la nécessité. En terminant, je n’a! pas besoin de faire remarquer qu’il n’a été question ici que du cas où, en général, une réforme non-seulement matérielle, mais encore morale, est possible à l’Etat, où par suite les principes du droit ne s’y opposent point.

252 application aux faits du la théorik

Seulement, dans ce dernier cas, il faut ne pas oublier que le droit naturel et universel est l’unique base de tout droit positif; qu’en conséquence il faut toujours remonter au premier, et pour citer un axioin^ juridique qui est comme la source de tous les autrés, personne ne peut jamais, en aucune manière, aloir la faculté de disposer des forces ou du bien d’un autre homme sans ou contre sa volonlé.

Cela dit, je ne crains pas de poser le principe suivant :

L’État doit, au point de vue des limites de son action, rapprocher la situation réelle des choses de la juste et vraie théorie, autant que la possibilité le lui permet et que des motifs de vraie nécessité ne T en empêchent pas. La possibilité existe quand les hommes sont suffisamment préparés à la liberté; et la liberté, en théorie, peut toujours produire les salutaires effets qui ne manquent jamais d’en découler quand aucun obstacle ne vient les arrêter (1). Pour qu’il y eût nécessité à ce que l’État s’abstînt de travailler à atteindre ce but, il faudrait que la liberté accordée détruisît les résultats dont l’absence non-seulement étoufferait tout progrès à venir, mais compromettrait l’existence même de la société. Pour apprécier la possibilité ou la nécessité, on doit toujours comparer soigneusement la situation actuelle et - la situation modifiée, ainsi que leurs conséquences respectives.

(1) Ceci peut paraître une naïveté. C’est un axiome hardi. La liberté par elle-même est nécessairement féconde en résultats heureux. Si en fait elle est stérile, il faut s’en prendre non à la liberté, mais à des circonstances étrangères qui sont avec elle en conflit.

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