‹ Essai sur les limites de l'action de l'étatChapitre 2 sur 77 · SON TEMPS. III · texte numérisé non relu

SON TEMPS. III

On ne trouvera pas dans Schttter un drame qui déborde de plus de passion et de TÎe que Phèdre. Hacloe n'a pas de piiee plus pure qae £e 7\me ou ï'/phigénie en Tbwride. Le 6uiHawne f^tl est aussi grand que le Cid. L'exolushisme élroit du goût et les préjugés nationaux peuvent seuls détnlire l'égaKté d'admiration dans l'ftme de celui qui contemple ces œuvres, diverses de caractère, égales en magnificence.

Mais si aucune des deux époques n'a surpassé l'autre dans l'application des lois du beau et du vrai, pour ce qui est de la recherche théorique de ces lois au contpalre, ta période allemande dépasse de cent coudées le siècle du grand roi. Tandis que la critique ft-ançaise, reppésentée pourtant par des écrivains d'un gofit pur, par des émdits aux connaissances phltologlquesexaetes, n'était point parvenue à se dégager du pédantisme ou deh puérilité, et s'était bornée à combiner quelques r^es de rhétorique avec le principe des trois unités, l'Anemagne découvrait I& toute une science, et se mettait hardiment & l'œuvre, rassemblant les maté^ rlaux nécessaires pour poser les assises de cet édifice DbUft^phique «ULCor» it^cbevé, que l'oa «pp^le VtstMti^ue^ Eï) face (je M. et S^* Dacier, de l'excellent BoUin, de Charles Perrault, nous voyons,

D.Cooi^le

iV (iUlLLAUHE DE HUUBOLDT.

pour lie parler que des plus grands, Lessing, les deux Scblegel, Herder, Schiller, 'Winckelmann, et ce Jean- Paul eu qui se trouvaient réunis un humoriste incomparable et un théoricien perspicace (1). Au lieu de la Querelle det anciens et des modernes, nous pouvons lire le Laocoon, le recueil tAthénêe et surtout l'Histoire de l'art chez les anciens. Non-seulement la critique littéraire, surtout sous la plume de Lessing, revêtit le caractère scientiQque, mais on entrevit le lien qui certainement rattache les principes esthétiques de l'art à ceux de la littérature, et l'on s'efforça de le déterminer. La recherche du beau se généralisa. Une science s'éleva, là où il ne s'était élevé qu'une dispute.

Et faut-il nous étonner que sur ce point l'Allemagne d'il y a cent ans l'ait emporté sur la France d'il y a deux siècles? Pas plus qu'il ne nous faudrait en être humiliés. Cette supériorité de la critique littéraire chez nos voisins tient à l'état si différent de la philosophie aux deux époques et dans les deux pays. Dans le xvii' siècle français oo ne trouve pas un seul philosophe dont l'esprit ait été vraiment lihre. Non, pas un seul.

(1) Atùourd'hui nous conniiseons le théoricien, gr&ce au travail exMllent de MH. Alexandre Biichner et I/éaii DumonL Cet deux écrivains ont publié en 1862 la traduction de U Poétique de lean-

SON l'EUPS. V

Tous sont nés et sont restés enchaînés k un poteau. Tous ont recherché les conséquences d'un principe commun, accepté comme vrai; pas un n'a recherché le principe lui-même. Quelques-uns ont proclamé la souveraineté de la raison, l'indépendance de la philosophie; mais ils n'ont usé de celte souveraineté que pour l'abdiquer bien vite et bien humblement (1). Descartes, qui fut le pliis libre de tous, mais qui le Tut par l'imagination plus que parle jugement, et après lui Pénelon, n'ont conçu le doute philosophique qu'à l'étal d'hypothèse impie. Ils ne l'ont construite que pour la renverser aussitôt. Ils ont reconnu l'entrave qui empêchait leur marche ; ils l'ont dépouillé un instant, puis en ont volontairement chargé leurs inembres. Quelle servitude d'esprit n'apparaît pas au fond des éloquentes rflveries de Pascal ou des hymnes de Bossuet !

Tandis qu'à celte époque les penseurs étaient forcés dtt partir d'un point de départ commun qu'ils n'eurent le pouvoir ni de changer, ni à plus forte raison de répudier pour en choisir un autre, les philosophes allemands du dernier siècle se placèrent où ils voulurent et tournèrent leurs regards dans la direction que

n LE CYCLB MULOSOPfflQUE

chacun d'eux jugea être la meilleure. PrMque fous éld^ dièrent d« préférence l'homme. La distiitction entre li Théodicée et la Philosophie proprement dite^ fMét théoriquement par Bossnet lui-mêmâ, mais to^joul:« repouesée en pratique par ses coDtemporftiDSt s'aeeeraplit et dégagea l'une et l'autre ficienee de l'ancUone confusion.

Herder seul s'obstina et continua de les réunir.

R^nt fut l'auteur d'une révolution philosophique aussi importante que éelle dont René Descartes avait été le ohaf. 11 définit la personnalité intime de l'hommis et mit en face d'elle les éléments étrangers qui, sans entrer dans sa composition, exercent sur elle une iil* fluence continue et infiniment variée. Au reboars de ce qui se produit d'ordinaire, ce grand esprit trouva le premier un éclectisme que ses successeurs rejetèrent pour choisir et développer des systèmes absolus.

Hegel, frappé surtout du lien qui existe entre le monde extérieur et le moi humain» alla jusqu'à nieiF radicalement la distinction de Kant pour soutenir t'en 3 tièra identité des deux termes déterminas par len devancier.

Fichte étendit l'un et nia l'autre. H soutint, non plus eur identité, mais l'existence exclusive du premier, le

it«6tit(IUBé<ïStHi'. Poui-mUa persntttiallK humaine est nniveraellè; «Ite embrasse tout. C'est en elle, et en elle Kule que tout pi^nâ l'esistence et la rie. Fichte fut dépuBâ dans c«t IdiAlisme tout subjectifpar Frédéric- Henri 4waitu Gm deut ^ilétHJpbes virent tout dans rfranmét oeoiAe Mtilitbnnctbe avAtt tu tout ë» Dieu. n eel impèsafble tct de juger et rafime de dépeindre fins «midement les détails de ce cycle philoso- * {Ai^e \i)^ Ifais on t»eut cb voir fiettement ta beaut§ priat^le^ Elle est Wal entière daàs l'émancipation inlelleetuelle de ces hommes qui, dans la teeherchc de la léritéi ne se laies^-ent aveugler ni par les suggestions d« l'àmour-propre, ni par aucun axiome étranger à la raison. Ua reconnurent loTalement des erreurs lonfftemps défendues par eux ; ils r^teèrent, dès le seuil lA dans tctut le csnn de Ibun études, d'admettre l'interrention d'aocun principe présenté d'ayance comme supérieur à l'examen ou à la discussion.

e'esl Surtout par cette indépendattce d'tesptit que la grande é^que Httéraift de l'AIlKmagne in rapproche de notre xTni' siècle. Les dfeui phalanges, également bardiez, l'une plus calme dans son attitudei l'aube plus

[{) V07. Vltm, Bislofn ie h phOosoplUè vamaniê.

Vlll MOOTEHENT PHILOSOPHIQUE

agitée, ont la mdme dispositioD. Elles ont à leur tdte deux hommes de génie, aux facultés multiples, mais en qui l'imagination prévaut : Voltaire el Rousseau, Gœthe et Schiller. Derrière eux une armée ou une réunion d'hommes éminents tout pleins de puissance ou de charme, des créateurs, des vulgarisateurs. D'un cbié le vieux KIopstock, Ëuler, Wieland, Jean-George Jacobi, les deux Humboldt, sans parler ici de ceux que nous avons déjà nommés ; de l'autre côté d'Alemberf , ' Diderot qui fait pendant à Lessing, Helvetius, Gressel, Buffon, TurgoL, Condorcet. Dans les deux troupes .alliées, car leur mission était la même, chaque personnalité présenlait une richesse inconnue des siècles passés, une variété de forces telle qu'en vérité chaque homme était une légion.

Toutefois il existe entre la France et l'Allemagne du xviir siècle deux différences importantes. La première est tout à l'avantage de nos voisins. Tandis que les plus grands parmi nous se détournèrent trop souvent de l'œuvre commune pour se livrer entre eux à des luttes mesquines et honteuses, les illustres Allemands ne cessèrent de présenter en exemple à la foule le spectacle moral le plus pur. Tandis que Voltaire et Rousseau, en échangeant les plus ridicules injures,

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