T BIOGRAPHIE
comprit quand il l'eut connue, et (tien pins tard» vers la Gn de sa vie, il diuit d'elle à un ami : « Je sais, moi, tout £8 que j'ai dû h ses oonaeils» à son esprîti pendant les terribles années de 1811 k lfi9, h
AustitAt après son marîage, Humboldt se retire k Bui^wrner dans le comté de Mansfeld, et là se livre pendant deux ans h des études de philosophie politique. Puis, sous l'influence ds Wolf, qu'il avait connu chfli son beau-père, il quitte peu à peu la politique pour étudier l'antiquité. Sa liaison avec Schiller, commencée depuis longtemps, devient intime ; les longues lettres se succèdent à de courts intervallae; bienl6t elles ne suffisent plus à leur amitié. Humboldt vient avec sa famille s'établir à léna, afin de vivre près de Schiller. Vambagen, sa femme, si connue en Allemagne, l'indépendante llabei(t), tient! , esprit frivole ^ mais charmant, formaient le eercte accoutumé au milieu duquel, Qœthet «tors en résidence à Wefmari apparaissait quelquefois,
(1} Dn a publié là correspondance et \e» journaux decelte femme, qui, dani un âge fort mûr, ayanl une figure uni beauté, une tailla Mn9 régularité, inspira à Varnhagen, bien plus jeune qu'elle, un amour proflind. (Adhal, tin bueh dm Ândmfims fur ihr» Fntmûei Berlin, 183A, chez Duncker et Bumblot. — Voyei aussi les curiei lettres du prince Louii-Perdlnand de Pruiae I Paulltie Wlesel, ( desleltres ^'Alex. de Humbuldt, Rahel, Vambagen, Gentz, Mari< Hérls, publiée* par M. Alexandre BUchne^. Lelpilg, 1869.)
■.8.liMD.COOl^le
DE GUILLADIÉE Dt HUMROLDT. XT
Humboldt couneiatait itiiiiDleoant tout ce que son |Ni;i pAUédait dliommes émlnents. Un i-apide voyage à P«riii, bit dans un temps oti H tetn|)éle déchâlDéei remuani les choses et les hortimei eti Praube, enlevitit à tous leur physionomie propre pour leuf donner un aipefit fistraordidaire, ne pouvait sùfBte àce sentimetif de burioiité immense qui parlait nu cœur de HUniboldt. D'Hilleun 11 voulait voir de près les oraleurs» lel éérivBiiHi les aTtlstes, que sa jeunesse et eon obsciitité rib lui evaient peniiii autrefbis de ne voir que de loin. Il revint donc à Pari§> y passa quelques années, les dertoièrèt du Directoire, et ptirlagea son tempa tintre ses travaux et le savante compagnie qu'il éult vetld Chercher^ Pendant les deux premières années du donsuiat, Humboldt parcourut le nord de l'Espagne, d'ob il rap" porta ses intéressantes études sur l'antique nationalité basque. Revenu ft Berlin, il sollicita et obtint l'ambas* udo âe Ih-uise ft RomR. li 6*y rendit, et peudant sik Mimes années, il étudia, U cultiva de lolo ses grandes amitié* d'Allemagne, il se lamenta avec les cardiuamt des eôupB portés par Bon&parte h la Prusse et ft l'Église. De politique ttctive, il s'en occupa fort peu, et comment l'efit-il pu faire T Dans les premierajours de 1609 tiiimboldt fut attaché
XVI vu POLITIQUE
au minjslëre de l'intérieur. Alteostein, le président libéral de ce cabinet, lui conlla les sections du culte et de l'enseignement. Pendant son passage au pouvoir, Humboldt trouva l'occasion d'appliquer les idées qu'il avait autrefois développées dans l'écrit que nous publions aujourd'hui. Sut-il, voulut-tl la mettre à profil? Des esprits étroits se bâteraient de rechercher les contradictions isolées qui existent entre l'action publique de Humboldt et les principes théoriques qui furent les siens ; puis, après en avoir relevé quelques-unes, plus apparentes que réelles, ils entotmeraîenl le vieux refrain : faiblesse et vanité des convictions humaines ! Admettons ce triste plaisir de ceux dont la destinée est de rabaisser la grandeur et mesurons toute la petitesse de ces misères déjà si petites en apparence.
On peut signaler deux différences entre les idées de l'homme d'État et les idées du jeune philosophe. En 1 792, Humboidt accordait aux gouvernants, quels qu'ils fussent, une part d'initiative presque nulle; en 1809, au contraire, il déploya une aclivité positive considérable. Mais ce que l'auteur écrivait en 1792 ne devait s'appliquer, il a soin de le dire, qu'aux États qui se trouvent dans une situation normale. En 1809, une oppression affreuse pesait sur la Prusse ; l'esprit national s'était
De eUlLL&DME DE HUUBOLDT. XVII
engourdi sods des humiliations telles qu'il paraissait à peine possible de prolonger la vie de l'État. C'est dans de pareilles conjonctures que Humboidt fut appelé au pouvoir, et on lui reprocberait le soin qu'il prît de l'avancement intellectuel du peuple, l'activité toujours croissante au moyen de laquelle il parviut à remettre de la vie là oïl il n'y avait plus qu'une douloureuse torpeur, sut fonder des institutions durables, fournit h la nation les conditions intérieures et extérieures d'une existence saine, libre, susceptible de pn^rès I
L'autre contradiction,qui pourrait émouvoir certains l<^iciens sévères, tait plus d'honneur encore à l'esprit et au caractèredeHumboldt. fin 1792, il avait exprimé une indiiférence profonde pour les formes politiques. C'était une erreur dont la responsabilité revient bien un peu à la censure. Quoi qu'il en soit, Humboidt en 1810 écrivit quatre-vingts pages Sur l'organiialion conslitulionnelle de la Prusse (1). Dans les deux œuvres, celle du jeune homme et celle de l'homme fait, mêmes efforts pour donner k la force morale de la nation plus de vigueur, & la vie individuelle plus d'importance,
(1) C«t écrii eit daU de Francfort le i février 1819. PerU la publia poDr la première Ibis à Beriio en 18A8, dans l'ouvrage d'un autre écrivain, lu Denkschriflen Oiw dtuische Verfaisungea, parte ■ninittre VomStein.
pàm BimplIAer le ^vcrnétirtntt pMr imttn llftettvlté «t l'doeî^ié ft U pUiïe de llipftthfe et ite la pcMW«. MAniB sur eferUtinës qiiesUDm isolées^ on troUre entft Ifeh deux éerite une eoneordance frappante. Dails l'ub et dan» l'*ut!*e rasptra niue «gale haine contre «el immenw et teat^puittant matinn[uln Appelé Iti tmmmwàtie. tMs daâs IH t»^ de Ui9 du tttlt l'IintMH&née âte formas constitntionnfellel eotnibe gAmoUes du 16 liberté^ sppr^iées k leur Tmie et incontestable nléw. Ce changement netis est attesté non'^enlemetit pAr Vm éérltet niKlB eticàre par la Yte et la ttondiiite d« Hilmbeldt. Aprts avoir pHi pend&nt dix ans l'habitude dti peuveir, n rabaadoQtla par attaclietnËiit pour ces f^nUëfe Ottistitutionnelles que sa Jeunesse anit si dé>daigiieusement tratMeê. Suceessivemettt embssBadeut h Vienne, après la ftliMite d'Mtensteiil-, tnetnbre an eongrte de Prague en 1S18; membre du congrès de Qhatlllon et signataire dé la première paii de Parïs éâ 181A, membre du ooilgrès dé Vienne en 1815 ; «gari dàfis cette commission de Francfort, t]ul, ebftrgée d6 réDlfianiBer l'Allemagne, la disloqua * puis C6bSèliiet^ d'État, ambassadeur à Londres, membre du congrès d'AJH-la-Ohapelle en tSIS j enftu rappelé au minist^ en 1819 par Hardenberg, Humboldt y rentra pour
n tttnuAcn m hoiiowt. kik
flki^sM-hefl tnivKll tCétouCfentfentbDndaU |Mir M diplo^ mntie euti^tennfe contre tbuteidée liMMfe^ HutnboMt n'y put tenir. Après nvtrir lutfé nînéihsDt il itiffiUv ainsi gtie em collègues Beyme «t Boyeli, avec lequel il s'était battu naguère t« duel, une piMtfestBUo* indi^ gnM irontré lei fiùMuns réseluttens de QaHBba<cl> Gttttit BsrnMerff i|ui iMt le P^dK^tetir lie oet a«t« ttè «oalition fïatiduletlBe CïMtre MuM« l«9 libertés ^réM)l«6 «olen»e]teMeat (t l'AtletM^. Humboldt déibatida xa mite «H accuaalîon. Ëtaitt repoussé, U sortit de i<e eoiiiciliabute ea sMMtcAit ta potassiAM de ses wulKn wr ift t6te «te l'i^MOtafistné pamMt triomphant
Voilà leé eotifradiettoHb qui existent fmveé I^vh et la «t^adutie d« ifumboliK. Qae l'oa ^noïute lïïaiH»^ nant entre lui et ses détracteurs ; ear il en a eu dans et)» pAvsi ftetirA depuis longues anniiefi bors du ehamp de la lutte, revenu à ses calm«tt «lude», vo^fliit approcher la Rh àe la 'f% n'«'t^ll pM eu raibon de dire flètêifiënt dallé Qh l!è HêB beauk St)A»etH « ^U'il avfttt toujours laissé, avec joie et confiatliie, le géhîe de sa JmttHtstt «çtiduit» 86h «œur » (1).
Députa 1819 il demeura presque cOftMatnhieUÏ loiA
(Il tromm und lieu âer Jugènd Genius wfn Bert /tiKtwi tasstn.
D.8.i.MD,Googlc
XX PHEHIKBS ÉUaiTft POLITIQUES
des villes, retiré soit à Tegel, le château de sa famille, soit k Ottmachau, le beau domaine de Silésie, que ses concitoyens lui donnèrent en récompense des services qu'il leur avait rendus en des temps difficiles. Les événements de 1830 survenant, le gouvernement prussien, par esprit de concession, rappela le vieil ami de la liberté en réveil. On lui rendit son siège :iu conseil d'Ëlat. Mais il le laissa presque toujours vide. II avait dépassé l'Age des revanches politiques. Ses études philologiques et littéraires, la poésie et l'amitié remplirent son existence jusqu'au 8 avril 18?5, jour de sa mort.
Après l'histoire de l'homme, l'histoire bien moins connue du livre pourra oifrir quelque intérêt. Nous verrons ensuite quel est le problème capital dont l'auteur a tenté la solution, cette solution elle-même, le caractère de l'œuvre, sous quelles iniluences elle est née, quelle action elle a exercée.
Sachons d'abord comment ce livre, écrit en 1792, a pu n'être publié qu'en 1851, plus de quinze ans après la mort de l'auteur.
Immédiatement après son mariage, Guillaume Ae Humboldt, avons-nous dit, alla se fixer au cb&teau de Burgttrner qui lui venait de sa femme. Dans les heureux loisirs qu'il y trouva, il se livra surtout à des études de
DE L'AUTCtltl. Xll
philosophie |H>liliquc. Les questions qui le préoccupèrent sont déjà indiquées dans sa correspondance de GoQttingen avec Forsier. La Révolution française y est jugée dans tous ses développements avec intelligence et avec cœur. La rédaction de la première Constitution française fournità Hunaboldt l'occasion d'exposer d'une manière générale ses idées sur les gouvernements et sur les loi» suivant lesquelles ils se développent. Il le fit dans une lettre à un ami (1). Cette lettre, réimprimée depuis dans ses œuvres complètes (t. 1, p. 301). fijl publiée pour la première fois par la Nevue de Berlin, dans son numéro de janvier 1792. Elle tomba par hasard sous les yeux du coadjuteur Dalbei^, qui résidait it Erfurt, comme représentant du prince électeur de Majence, el qui profita de son séjour dans cette ville pour se mettre en rapport avec Humboldt. On n'a point à parler ici de l'influence de ce personnage sur les let* 1res allemandes en général, mais seulement de la part qui lui revient dans la création du livre que l'on public aujourd'hui en français.
En 1793, Humboldt était venu avec sa femme passer quelque temps à Erfurt pour des raisons de famille.
\xu coMPQ^noH ai lassai
Ikiberg le vit, lui parla de sa lettre, imprimée dans la A<vuf àe Bwli», «t l'eagagea W ooDtinuer ces essais. Huinboldt Và parle dans une leilre à FoFiler, U de«> niàre que l'on possède : « A ee propos, dit-il, Dalberg D a Hi que je m'oooupaia d« travaun d« ce g«are. Peu » de jours après qiob arpivéfi ie), U ne pna de atettre u par^U>iM>idéeasiipiMjûiu'erde^'<wfMIN4'eJ'^<«(i » i«i saftlia blut qu» l« ^\^ i^ait tro» wportaat |Ki«ir » èup tTiûtè aai«i vit« qqHI l'ettt désira II «« vMikH » poïDi qu9 je> latsattaw l'idite dâwùr «iviUft. iâ lu^ » parai donc «ae|q^« cb«ii» »t «m »ia ^ )'«wnw. » a'aswti «Boara qw dw vati^MM» dans )» tèt#^ Ufw u pf)ti(oitvragea8Nluti«(HUiPMman,UyapUNi«ttM » Keii9J|ipHqu'il«<dSiii.Ci'«rtwmt^AatuAa«a«ibMi u wliwâ. u Humbol^ âwit wli^ l« i" jiHD 1 U « deM Wt fAW pMaebevM m Uv»e> k ^iae tr«K ««». du o'«8t Uea ««lui dm( U pvle ^ VskIw. Bt il s'il r n>. onamoréi «xclu«iiv«maat «« t^wp*. U étMtiia<M»« MeuM deli^uctioitdftUiecwdttQtjfaiiÀqa^dfi KndtiMb qu'il envoyait le 3 mai à ScIiillËE.
AMtiiM 4tte l'ouwtitt fui kwnùit^ w te mit sms les jftMta d« DtallMxg, qui ht lut d'abord seul, pwa !• relut chapitre par chapitre avec Humboldt. Celui-ci avait recherché la ^âcUé Vi^ iad^[t»«>(UWA et BMV
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SUB LES LUUT«i OB i'ACTlÛII OK L'ÉTAT. XXUl
eUe-méute. Il s,'6UH •ocwe propoté m but fort pratiqua : pùftt, vQw k Wi*t9t au ïuhir tigesA de l'aroh&- ^6ohi da tCaywofl, oqiobiaa est ftiiMto 1« buiu* d» gouwraw. Il u'y i6(tMit que biea mal, ainsi qa'oa le wi^ dans k ta6»* kMr« à Vanter. Uiunboldt loi éerit QtteQKlbemK'a pdiiv«wlHi)eoiuaiHtltr«iajusteuede*ea vues. ^ QuHl itead tàea idw <|m toi la ifbà» dei pauwùnst ^i'ftfitioq â« l'Ëbtk
âa iMiil voi» ««ntûea Hiunttoldt et DattMf^ iMlèpaM M MuMtord, dwM ua twwl d« quapaatfiBeJHq pa^ei, peut \Br^ d'une exéoHtw» typûfia^bique sple^ide, publié Sûus e« titre t Jim vaws ttmlM de i'attiem ir i'i^ AM/HM*(^>fQtài aat/t mê tmairtti ^\, Oett*bift> chofe, (fui parul wm t''aBaftïn« en im, k la tibnùia SMOiner de Leqi»0, »'« fm #M)tce »ul«ir ^u» Biiki Img loi-atèm». Qe travail, dit le d****** Caoer, repift- Mk «W«lttMi4 U HMn^ de Hu«»b(adt H W Miit itAtir MMïdiMpMlkpMt^Fettttfais ceB'eatpwvabwt^M •• aoMl ^M dw a^ienalioM ié{iartM> éei it i i due l'Ordre 0* la laottwe du Bawiscrià de ^lUïbaW )m a prateat^ k Vupfit de IWitei». Ajuukk^ï ^wtindbMg mt realé h»ea M» â«6«ttik pr^isioaet d« Mtta (ogique
(1) Von dm viahren Grenxea der Wirksamkeil dts Staalt in
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XXIV Lt COADJUTEUB DALBEBG.
remarquables qui font du livre de HumboMt un tout si bien coordonné. t« principe de futilité est confondu par le coadjuteur avec le principe de la nécessité, les principes du droit naturel avec un respect timide pour la tradition historique, les théories de Rousseau avec le despotisme bienveillant de Joseph II. A chaque instant se trahit une étonnante gaucherie d'expression et de pensée. Suivant l'écrivain auquel nous empruntons ce jugement, on peut dire que dans cet écrit l'auteur fait preuve de bonnes intentions, d'intelligence, d'aptitude à comprendre et à rendre clairement les idées qui remuaient son temps, d'indépendance d'esprit et d'une certaine culture philosophique. En le lisant, on juge assez bien quel était alors le niveau commun de l'éducation politique ; on peut voir surtout, en le comparant au livre de Humboldt, à quelle hauteur celui-ci s'éleva. Malgré ces dissidences, Humboldt résolut de publier son travail, et dans celle intention, envoya une copie de son manuscrit à Berlin. Hais quoique les éditeurs ne lui eussent point manqué dans cette ville, la pensée de s'y faire imprimer dut bîentAl être abandonnée. Dès le 12 septembre Humboldt écrilà Schiller les difficultés que lui soulève la censure : «Un censeur vous refuse H absolument son impritROfur; un autre vous l'accorde