‹ Essai sur les limites de l'action de l'étatChapitre 9 sur 77 · LTIU LA LIBERTÉ INDIVIDUELLE · texte numérisé non relu

LTIU LA LIBERTÉ INDIVIDUELLE

entre la liberté qu'il aime et les misères sociales qu'il voudrait à tout prix éteindre, représente assez bien la situation des différents partis politiques que la révolution de 18&S mit en présence.

Ce renversement bruyant, accompli au nom de la liberté, fit place à un gouvernement dont il serait injuste, ingrat et lAcbe, de méconnaître aujourd'hui les intentions excellentes.

Mais si la démocratie et la liberté politique devaient gagner & ce mouvement, il est certain que la liberté individuelle fut considérablement négligée. A. ce point de vue, les traditions de la première Assemblée constituante de 1789 furent presque entièrement oubliées, La théorie qui tend à faire à l'Ëtat une large part de devoirs et de droits prévalut.

Le peuple reconquit des droits importants dont on l'avait depuis longtemps privé ; l'individu Pesta soumis à la souveraineté du nombre.

Les hommes chargés du pouvoir, ayant en face d'eux, pour ebnemis plus que pour auxiliaires, les tirganes de la démocratie absolutiste dont nous avons reproduit les doctrines, comprirent que si les privilèges étaient menacés, la liberté l'était aussi. Us ne voulurent pas se dessaisir d'une puissance que l'agitation du

ET LA HËTOLUTION DE 18f|8. LU

temps rendait nécessaire pour la conservation de la sûreté,

N'est-ce pas à cette époque que Proudhon engageait le gouvernement à porter aux droits privés, pour cause d'utilité publique, un coup injustifiable? Diviser toutes les créances en trois parts égales, <;onserver la première aux créanciers, faire cadeau de la seconde aux débiteurs, attribuer la troisième à l'État !

Par cette conduite du grand adversaire de l'Ëtat, on peut juger quelle dut être celle des réformateurs qui ne se piquèrent jamais du même respect pour les droits de l'individu.

L'ardeur fort concevable des discussions jeta l'alarme ; et ceux qui avaient cru fout d'abord assister il l'avéuement de la démocratie libérale, n'eurent bientôt sous les yeux qne la lutte ouverte de plusieurs dictatures en compétition.

L'une d'elles l'emporta.

Après 1851, les philosophes purent réfléchir tout en paix à la nature et au caractère de la liberté. Sa présence be gênait plus ceux qui avaient à dire d'elle du bien. Elle demeura quelque temps à l'étranger.

Elle revient vers nous, à pas prudents, mais d'une marche continue. De 1859 à 1867, nous avons compté

LX SOLUnON DOHNËe PAR HDUBOtDT

avec joie chacune de ses étapes. L'accueil que nous lui faisons à son approche doit encourager la diviaité un peu sauvage, qu'un po6te appelait, il y a vingt ans, cette belle ïMonnue. Qu'elle s'enhardisse, qu'elle ose s'asseoir à notre foyer. Nous savons aujourd'hui que les clameurs lui sont odieuses, qu'elle exige une hospitalité paisible. Celle que nous lui préparons est calme et en tout digne d'elle. Longtemps nous l'avons aimée en amants plus enthousiastes que sages. Les ardeurs et les ignorances de notre passion l'ont effarouchée. Aujourd'hui notre amour est plus profond el plus maître de lui. L'heure de la possession a sonné. Nous sommes prêts pour les épousailles indissolubles.

Telle estjnsqu'en 1851 l'histoire de celte grande question de la liberté que Humboldt s'était silencieusement posée à la fin du siècle dernier. Voyons comment il l'avait résolue, et reconnaissons la part d'io- Duence directe et indirecte que sa solution a exercée depuis qu'elle est connue, sur les idées libérales en Europe.

Voici comment elle est formulée par l'auteur : L'État doit ne jamais se préoccuper de donner aux citoyens le bonAetir, le bien positif, le bien-être ; il doit leur assurer le bien négatif, la téeurité, unique

iV PROBLËHE DE LA UBERTë IMOITIDOELIB. LU cbosc qu'ils ne puissent pas se procurer tout seuls.

De cette double proposition fondamentale, justifiée dans la première partie du livre, et qui, on te voit, est le contre-pied de toutes 1< s théories socialistes, découlent comme autant de conséquences les solutions diverses contenues dans la seconde partie (chapitres X à iiv). En les donnant, l'auteur s'est efforcé de déterminer et d'assurer l'applicalioD de son grand principe Ubéral.

Selon la juste expression de M. Laboulaye, ce livre, qui était vieux de soixante ans, se trouva être unenou* veaaté. Les idées qu'il contient attirèrent de toutes parts l'attention, et Humboldt, si préoccupé pendant sa vie de faire paraître ses ouvrages au moment propice, n'en eût pas choisi de plus favorable pour le succès de celui-Ib. Ces idées ne furent pas universellement adoptées en Allemagne ; et celui même qui les avait recueillies et publiées avec un soin si pieux, s'en sépara avec une digne et respectueuse indépendance. Après avoir constaté la valeur de l'oeuvre retrouvée, et comme document pour servir à l'histoire de la vie intérieure de Humboldt, et comme ornement pour la littérature allemande, M. Cauer continue : « Ce n'est » pas que le niveau politique de cet écrit puisse satis-

LXll INFLUENCE DBS lOÊES DE BUHBOLDT

» faire en quoi que ce soit la sociologie actuelle. Cette » idée, de ae considérer l'État que comme un mal ji nécessaire, que l'on doit ramener aux proportions s les plus étroites qu'il se peut, a été remplacée de- » puis longtemps par une idée plus profonde et plus » vraie. Si la route scientifique que Humboldt a suivie, » d'accord avec son époque, le conduit k lutter coutre » l'État, et à le considérer comme un ennemi, ce conn Ait s'est terminé par une grande victoire théorique : GrjLce à celte victoire, noire puissance à nmts est sorlte de la puissance même gui nous combattait. Notre » idéal politique est tout autre que celui de Humboldt. » Notre but n'est pas de mettre notre volonté à Vabri de » la puissance de l'Èlid ; notre but est di la faire passer Il dans cette puissance. »

Ces lignes nous prouveraient, si nous ne le savions àéjh, qu'il existe encore en Allemagne des esprits favorables aux dictatures. C'est la douleur causée par le morcellement séculaire de leur pays, c'est la haine du particularisme égoïste et intrigant qui égare ces hommes bien intentionnés et les pousse à leur insu au delà de la voie gui conduit les peuples à l'unité et à la liberté. Mais si l'œuvre posthume de Humboldt n'a point modifié les opinions autoritaires de son éditeur,

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