Cicéron, in Calilinam, IV
l'illégalité commise : elle fut une leçon pour
César.
Cicéron était satisfait; mais ses beaux jours étaient passés. Il vécut désormais dans un mauvais rêve, comparant sans cesse aux souvenirs de son triomphe la suite hostile des événements, — toujours déçu dans son attente d’un retour de félicité. IL aspirait à l’ordre, au calme, et, fidèle à son système, voulait le maintien de l’alliance des Chevaliers et du Sénat. La province d'Asie, source de richesses intarissable, était rendue à ses amis les publicains. Cicéron, qui avait des parts dans toutes les grandes entreprises de cette époque, devenait riche, puissamment riche; :1l
accumulait les millions ‘. Toutes les classes de la
4. M. Antonin Deloume, dans son curieux livre sur Îles Manieurs d'argent à Rome (p. 79), évalue à 25 millions la fortune totale à laquelle parvint Cicéron, — la valeur de l'argent n'étant pas très différente à celte époque et à la nôtre, comme cela peut s’induire de l’édit de Dioclétien sur le maximum des prix. Or, les avocats, à Rome, ne recevaient point d'honoraires proprement dits. D’autre part, Cicéron n’était pas concussionnaire, malgré ce qu'a pu dire Mommsen (loc. cit., t. VI, p. 387) sur ses relations avec César, dans les derniers temps de sa vie. Sa fortune venait apparemment de sa participation aux affaires des publicains., — Il ne négligeait d’ailleurs aucune occasion de bénéfices, même peu délicats : par exemple, lorsqu'il racheta les biens de Milon, — son ami,
sociélé, dans la métropole et dans les provinces, avaient, jugeait-il, avantage à ce que la paix générale fût observée. La Mysie se purgeait de brigands; les colonies helléniques d'Asie Mineure retrouvaient leur prospérité *; les commerçants romains pullulaient en Gaule : pas une pièce d'argent ne circulait dans la contrée qui ne figurât sur leurs livres *; et, dans Rome même, les artisans, s'ils étaient sages, devaient souhaiter que l'avènement d'une période tranquille fit renaître enfin la confiance, nécessaire à leur industrie *. Ce que disait l’ex-Consul à ce propos eût été tout à fait raisonnable s’il avait eu moins d'indulgence pour les rapines de l’ordre équestre, et moins d'indifférence aussi pour les crises de l’agriculture italienne, plus de pitié enfin et d'intérêt pour la petite plèbe, multitude affamée et vorace,
— misera ac jejuna plebecula, — que ses lettres
exilé pour avoir tué Clodius, — son adversaire. Cette opération équivoque lui rapporta 2 millions et demi de serterces (625 000 francs) et lui valut les reproches justifiés de Milon. Cf. Cic., ad Allicum, N, 8; VI, #; et Dureau de la Malle, Économie polilique des Romains, t. 11, p. 293-294.