Dio Cassius, XXXVIIL
ne l'en priait. César l’excitait à bavarder, à brandir contre les assassins du peuple un bouclier imagipaire; mais le Consul dut maintes fois sourire en lui-mème de l’allié inattendu que lui avaient ménagé le bonheur des circonstances et sa science des caractères.
La place publique fut envahie par le peuple, au jour des comices. Bibulus, qui voulait parler, fut jeté en bas des gradins et dut s'enfuir : deux tribuns, ses partisans, furent violentés. Avec un courage qui l'honorait, Caton essaya de lui succéder; il fut expulsé du forum. Présentées en bloc, les lois de César furent votées d'acclamation : les
publicains, Pompée, la plèbe faisaient alliance contre le Sénat ’.
Le lendemain, Bibulus tenta de faire abroger, par les Sénateurs, les dispositions acceptées par la foule. Mais personne n'osa le soutenir. Sur cet échec, Bibulus déclara qu'il s’enfermait dans sa maison jusqu'à la fin de l’année administrative, et qu'il avait l'intention d'observer les signes du ciel
1. Une disposition, empruntée à la loi de Saturninus, obligeait les Sénateurs à jurer de respecter la loi agraire. Tous prêtè-
rent serment, sauf un seul : Laterensis. — Dio Cassius, XXXVIL, 7; Cicéron, ad Atlicum, II, 18.
CAÏUS JULIUS CÆSAR. 233 aux jours d’assemblées populaires : une vieille loi religieuse empêchait les débats publics quand un magistrat politique contemplait les phénomènes de l'atmosphère.
César, délivré de Bibulus, se consacra paisiblement à l'exécution des partages. Les vingt commissaires, en y procédant, rencontrèrent quelque résistance, s’il faut en croire la correspondance de Cicéron, qui prétendait être, à Antium'', le seul qui ne voulüt point les tuer. Désireux de se le concilier, mal accessible à la rancune et la jugeant impolitique, César offrit à Cicéron les fonctions de répartiteur, quand survint la mort du commissaire Cosconius. — Mais Cicéron n’accepta point? : il éprouvait une répugnance instinctive, absolue, sincère, pour les opérations en cours; son refus ne fut pas sans dignité.
Les anciens soldats furent traités avec faveur et reçurent des terres en Étrurie, en Campanie, dans le Samnium. D'après le biographe de César,
vingt mille pères de famille furent compris dans