‹ Essai Sur Les Lois Agraires Sous La République RomaineChapitre 7 sur 75 · Questions hisloriques, p · texte numérisé non relu

Questions hisloriques, p

2. Institutions juridiques des Romains, L. I, p. 80-81. — Toute

l'argumentation de Fustel s'appuie sur l’emploi du mot virilim par Cicéron (de Republica, I, 14). C'est pour lui le signe

à qui les documents ont suggéré une interprélation différente et sans doute plus proche de la vérité historique. M. Édouard Cuq voit un contraste entre la maison de ville héréditaire (4eredium, hortus), entourée d'un jardin, attribuée à chaque famille, et la terre arable (ager), possession de tous : la cité du Palalin serait l’objet exclusif du partage de Romulus, tandis que le territoire d'alentour, fruit des rapines qui suivirent, reste indivis jusqu'à Numa.

Cette conjecture, si elle est exacte, détruit l'objection que l'on a tirée de Pinsuffisance des lots pour la nourriture des familles. Les historiens de l'antiquité disent que chaque lot était de deux arpents (bina jugera), qui équivalaient à peu près à un demi-heclare !; mais les calculs les plus favorables à la fertilité de l'Italie antique ?

obligent à penser qu'un terrain si peu étendu

du partage entre individus. Or M. Cu observe (p. 81, note 4) que Varron (de Re rustica, 1, 10) se sert du même mot virilim à propos du partage de Romulus. — En un sens, la famille est un individu, et, par opposilion au communisme, l’exploilation familiale est une exploitation privée.

1. La superficie exacte de larpent romain (jugerum) est de 25 ares 28 centiares.

2, Sur cette fécondité de l’ancienne Italie, cf. Achille Loria, Analisi della propriela capilalista, Turin, 1889, t. IL, p. 63.

suffisait à peine à l'entretien de trois personnes : si les ciloyens avaient part à la jouissance des terres communes, on s'explique mieux comment s’assurait la subsistance de chaque famille. Bien entendu, ce n'est là qu’une présomption, non une preuve : l'absence de renseignements précis sur la superficie et la population de Rome primitive ruine ici toute affirmation; et même, ce qui est cerlain, c'est l'insuffisance du territoire, puisqu’à l'intérieur de la cité les forts usurpèrent sur les faibles, — puisqu'au dehors les Romains s'agrandirent tout de suile aux dépens des peuplades voisines, moins aptes à la science militaire, — puisqu'enfin Numa et ses successeurs distribuèrent de bonne heure le gain des conquêtes aux

hommes pauvres.

A défaut de cadastre, l’œuvre des À grimensores confirme de tout point la tradition; et le témoignage de ces praticiens sans ambition littéraire est plus sùr encore que celui des historiens, avec lequel il s'accorde.

L'enfance des peuples invente volontiers ce

mystère d'un lien symbolique entre la topogra-

phie de notre planète et l'univers extra-terrestre. L'Himalaya apparaît aux Indiens vers le nord, — c’est pour eux le point sacré du monde. Chez les Tartares, la porte des maisons est au sud, l'habitation des femmes à l’est '. Dans les très vieux temples latins, la statue du dieu était tournée à l’ouest, — leur façade aussi, — comme fut plus tard le portail des églises romanes et gothiques. Au contraire, les temples de la Grèce élaient disposés vers l’est; et, quand l'influence hellénique eut pénétré l'Italie, un changement, noté par Hyginus, s'introduisit dans l'architecture religieuse : les temples romains regardèrent l’orient. — Chez les Romains des premiers âges et auparavant chez les Étrusques, les Agrimensores étaient des pontifes, des augures : ils examinaient la voûte supérieure, observaient les astres, surveillaient les oiseaux, prenaient les auspices, altestaient les dieux, nommaient Temple l’espace limité que des paroles sacramentelles assignaient aux cérémonies. Plus tard, à l’époque de César, ils cessèrent entièrement

1. Cf. Michelet, Origines du Droil, p. 18. — Cpr. Beaudouin, loc. cit., p. 414 et suivantes.

d'être des prêtres pour devenir un collège laïque de professionnels; et Sénèque déclare que la géométrie enseigne à mesurer les domaines, Mais il y eut identité, dans les temps anciens, entre l’espace limité et le Temple, relation intime entre le bornage et la limitation.

Contemporaine des premières villes, des premières cultures régulières, la limitation signale la naissance de la propriété privée. — Déjà l'haruspice élrusque enterrait sous la borne, frontière des héritages, les os des victimes et la coupe des libations : devenue ainsi un reliquaire, cette borne éveillait la piété, les scrupules de l’usurpateur. — À Rome, une série de peines redoutables, la menace des supplices éternels et l'immolation expiatoire, puis, en des temps plus policés, les travaux forcés, la relégation ou l’exil ont châtié, suivant les époques, la violation des hérilages *. La limitation, qui s’est appliquée aux terres des familles dès le début de la cité romaine, laissait

toutefois en dehors d'elle certaines terres, demeu-

A. « Metiri geometria docet latifundia », Sénèque, Ep. 88. 2. Cf. Charles Giraud, Droit de proprirté, 1838, 1. I, chap. 3; et 1. 21, de Termino molo, xtvim, 1, au Digeste.

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