Pline l'Ancien, XVIII, 7, 3 (Édition Littré
conscient de sa propre détresse et tout frémissant de l'avenir. Car nul ne peut dire si la société où il vil va périr, se transformer, subsister telle quelle, — mais il est naturel que chacun cherche un avertissement, même incomplet, même incertain, et par suite une raison d'espoir, de révolte ou de résignation active dans les expériences de l'antiquité. Toutefois ce problème historique est moins simple que n’imaginent les adversaires intransigeants de la grande propriélé : unanimes à proclamer que le régime des latifundia appauvrit forcément la terre et les habitants de la terre, ils varient jusqu'à se contredire en termes exprès sur le choix des décisions à prendre, du régime agricole à instituer; et ces errements de doctrine, négligeables s'ils avaient pour seule cause le hasard des esprits, sont plus graves en ce qu’ils accusent un examen fragmentaire du présent et du passé.
Que le vrai latifundium, énorme domaine laissé par son maitre à quelque intendant voleur, sol mal cultivé, capilal mort, soit une monstruosité ruineuse, — qui le conteste? Personne au monde.
Plus difficile à faire valoir que la petite propriété,
la grande est souvent plus mal gérée; et cela est trop naturel : le propriétaire patricien connaît rarement cet attachement pieux, cette tendresse insatiable et féconde que voue à la terre le propriétaire paysan; il dépense à la ville ses revenus, le sol n'est pour lui qu’un capital, la vie rurale ne le retient guère. Napoléon aimait à dire qu'il faut retirer son champ au laboureur qui le laisse en friche. Mais la négligence a ses effets les plus apparents sur les grands domaines; el comme le dépérissement des terres inspire une colère, un effroi d'autant plus intenses que ces terres sont plus étendues, l'opinion confond les choses, — elle généralise des exemples vrais, mais partiels, découvre partout l'influence néfaste des /atifundia, et, pour finir, condamne en bloc la grande propriété. C’est une conclusion fort injuste : administrée avec soin, avec sérieux, la grande propriété rend des services dont la petite est peut-être moins capable. Mème en Irlande, tel grand domaine, bien cultivé, profite à tous, artisans et propriétaires. — M. Trench conduisit un jour M. de Mandat-Grancey, son hôte, sur les terres irlan-
daises de Lord Landsdowne, alors gouverneur du