‹ Essai Sur Les Lois Agraires Sous La République RomaineChapitre 74 sur 75 · Cf. Garsonnet, loc. cil., p · texte numérisé non relu

Cf. Garsonnet, loc. cil., p

qu'elles coexistent. Reste à savoir si cela est possible. On l'a nié, mais les faits protestent, avec l'exemple de la France.

Il y a dans la France agricole, comme dans ja France industrielle, beaucoup de richesse et beaucoup de misère. Mais la vente des biens nationaux et le régime du Code civil ont produit une diversité remarquable dans la répartition de la fortune foncière. La vente des biens nationaux n'a pas servi les seuls spéculateurs bourgeois : les paysans en ont profité pour une part moindre sans doute, mais qui n'est pas sans importance ‘; et, depuis la Révolution, le nombre des propriétaires n’a cessé de s’accroitre en France, passant de quatre à huit et presque à neuf millions. Cette continuité d’'accroissement a plusieurs causes; mais la plus efficace d'entre elles est notre droit successoral. Sitôt que fut adoptée la règle du partage égal entre héritiers du même rang et sitôt que furent abolies les anciennes recherches sur

1. Cf, par exemple, le décret du 14 août 1792, cité par M. Paul Deschanel, Journal officiel du 41 juillet 1897 (Chambre des Députés, p. 1940, col. 3). — « Le paysan, dit Balzac (Curé de village), n'a pas d’autre passion, d'autre désir, d’autre vou-

loir que de mourir propriétaire. Ce désir est né de la Révolution; il est le résultat de la vente des biens nationaux. »

l'origine des biens de famille, les progrès de ce morcellement n'élaient pas difficiles à prévoir : l'agronome anglais Arthur Young prophétisa même que la France allait devenir une garenne de lapins; et cette prédiction n'était pas invraisemblable, — mais l'événement l’a démentie. Actuellement, la hiérarchie de la richesse foncière n’est nulle part si variée qu’en France : la grande, la moyenne, la petite, la très petite propriété y sont représentées dans des proportions plus harmonieuses que dans aucun autre pays.

Dans l'intéressant débat récemment soulevé devant le Parlement français par M. Jaurès , auquel répondit le premier M. Deschanel?, l'orateur socialiste affirma pourtant que la petite propriété allodiale disparait en France, s'absorbant chaque jour dans la grande propriété capitaliste. Après quoi l'orateur républicain entreprit de montrer le contraire et cita les cas nombreux où l’allotissement de domaines considérables aide au développement de la culture parcellaire. — Quand les faits allégués de part et d'autre seraient vrais

1. Journal officiel des 20, 27 juin et 4 juillet 1897. 2. Journal officiel du 11 juillet 1897.

simultanément, — ce qui n’est pas impossible, — qu'indiquerait leur rapprochement, sinon l’existence d'un mouvement double et peut-être désirable? Fourier n’estimait-il pas que l’étendue de son phalanstère devait être d’une lieue carrée, exploitée par quinze cents personnes? Au contraire, tel positiviste contemporain propose à la France le modèle de la Chine, paradis de culture maraîchère ‘. Mieux vaut accepter le désaccord qui sépare les exigences de la nature et ces vœux d'uniformité. Le bonheur matériel d’un peuple ne dépend pas de l'égalité, mais de l'équilibre des richesses. Or, en France, les très grands propriétaires, ceux dont les revenus terriens atteignent ou dépassent vingt mille francs, détiennent à pèine, à ce qu'il semble, la vingtième partie de

la valeur totale du sol ?; et deux millions de jour-

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