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De l'obstruction de la trompe d'Eustache.
Ce conduit peut être rempli de sang, de mucosités, ou d'une matière semblable à la craie. J'e metlrai au rang des causes qui obstruent le pavillon et le conduit de la trompe d'Eustache, la tuméfaction de la pituitaire qui tapisse ces par- ‘es, pourvu toutefois que les parois de ces mémes parties ne soient pas adhérentes; car alors ce n'est plus une obstruction, mais une véritable oblitération, ce qu'il estessentiel de ne pas confondre.
1.9 Des Mucosités. Guyot (1), maître des postes de Versailles, était attaqué d'une cophose causée par du mucus qui obstruait les trompes d'Eustache.
Herhaldt, chirurgien à Copenhague, s’est convaincu par des recherches anatomiques faites sur des animaux morts avant la naissance, que la trompe d'Eustache, lorsque le fœtus est encore contenu dans la matrice, est remplie de la liqueur de l’amnios et de mucus, en sorte « (disentles rédacteurs de la Bibliothèque germa- « nique,)qu'il s'établit un équilibre entre lesflui- « des extérieurs et ceux du dedans, sans lequel « la membrane du tympan souffrirait une com- « pression violente de la part de l'eau dans la- « quelle nage le fœtus (2). »
Quoi qu'il en soit de l'explication des rédacteurs, l'observation de Herhaldt est importante, elle éclaire sur une cause de surdité congéniale beaucoup plus fréquente qu'on ne le pense.
Au reste, Herhaldt n’est pas le premier qui ait fait cette découverte; il y a plusde trente-huit ans que Jj ai entendu le célèbre Desaults, dans ses Lecons d'Anatomie, dire que le fœtus dans le sein maternel avait les cavités de la bouche,
(1) Mém. de l’Acad. royale des Sciences, ann. 172
(2) Bibliothèque Germanique, t. 1, p. 527.
l'œsophage, l'estomac et les intestins, le larynx, la trachée-artère, les narines, les trompes d'Eustache et les conduits auditifs externes remplis de l’eau de l’amnios. Ce grand hommene se bor»ait pas à un simple énoncé, il le démontrait lorsqu'il parlait des particularités anatomiques du fœtus avant que celui-ci ait respiré.
Jonatham Wathen, chirurgien de Londres, a trouvé sur le cadavre d’un homme que le froid avait rendu sourd, la trompe d'Eustache obstruée par du mucus congelé (1). Les auteurs des Commentaires de Leipsick rapportent ce fait en ces termes: Repererat autor in cadavere viri, quem frigus auditu privaverat , tubam eustachianam congelati muci plenam (2).
Tinka rapporte le même fait d’une manière un peu différente, avec plus de détails et plus de vraisemblance. Voici ses propres expressions : Wathenrefert historiam viri Xxxr annorum utraque surdi, cui rei oecasionem refrigeratio corporis dedit, nec varia per plures annos adhibita malum tollere quiverunt , donec tandem homo ex variolis decessit. À morte nihil usptam in organtis est repertum , prœterquam in solis tubis, quas mucus densatus ex toto
(1) Sans doute que le sujet de cette observation est mort peu après avoir éprouvé ce froid rigoureux.
(2) Comment. Lipsiæ, anno 1749,
opplebat ( Historia cophosis ; Vindobonæ , LEA) «
2.9 Une matière ressemblant à de la craie obstrue quelquefois la trompe d'Eustache, comme elle remplit la caisse du tambour et les cellules mastoïdiennes. Arnemann en a vu un exemple ; nous l'avons cité, Notre pratique nous en a fourni un autre dansla personne de BerthonD..; nous en avons parlé dans le (.II. de la deuxième section.
3.9 A la suite de coups, de chutes sur la tête, une hémorragie peut produire un épanchement sanguin A l'intérieur de l'oreille, s’y coaguler et obstruer la trompe d'Eustache, la caisse du tambour et les cellules mastoïdiennes .C'était l'opinion de Sténon et de Morgagni. Cooper en rapporte un exemple qu'il accompagne de détails qui ne laissent aucun doute sur l'existence de cette cause de surdité.
4.9 La tuméfaction de la pituitaire qui tapisse le pavillon de la trompe et l'intérieur de ce canal, occasionnée par des rhumes fréquens et opiniàtres, donne lieu à une surdité momentanée qui souvent devient permanente chez les enfans du premier âge. Cette cause de surdité est, dans ces jeunes sujets, plus commune qu'on ne le croit. Le fait suivant prouve que les personnes d'un âge plus avancé peuvent étre atteintes de cette affection, qui leur procure une dysécée plus ou moins considérable , avec des gonflemens très incommodes :
Un gonflement squirreux de la trompe, qui serait produit par le vice vénérien où par quelque autre cause, pourrait produire le même effet.
Diemerbroeck, pour reconnaitre l’obstruction, ou l’oblitérationdela trompe d'Eustache, propose le moyen suivant: « Lorsqu'après avoir bouché « exactement les deux oreilles, on prend un « archet entre les dents, qu'on en touche les « cordes d’un violon sans en entendre le son, « c’est un signe, dit-il, que les trompes sont obs- « truées. »
C'est aussi l'opinion de de Haller: « Un autre « chemin, dit cet illustre physiologiste, par le- « quel l'air chargé des oscillations sonores peut « pénétrer jusqu'à l'organe de l'ouïe, c’est la « trompe d'Eustache; elle paraît même, dans les « quadrupèdes à sang-froid , être le chemin prin- « cipal des sons(r). »
IL est possible que cela soit ainsi dans ces derniers animaux; mais chez l'homme, des expériences et des observations ultérieures portent à refuser cet usage aux trompes d'Eustache, comme aussi de ne pas admettre pour signes de leur obstruction ou de leur imperforation, les résultats de l'expérience indiquée par Diemerbroeck, ni ceux de la montre tenue entre les dents incisives; car dans l’une et l’autre expérience, si le ma-
(1) Dictionnaire des Sciences, {. XXIX, in-4.°,p. 175.
Jade entend, c'est une preuve que les nerfs auditifs sont en bon état, et non que la trompe est libre. Les faits suivans viennent à l'appui de ce que J avance.
Un homme âgé de cinquante- -neuf ans a les trompes d'Eustache, la caisse du tambour libres, c'est ce dont } Je me suis assuré par les expériences suivantes : d'abord en lui faisant fermer la bouche et le nez, ensuite poussant une forte eXpiration, il sent l'air passer dans l'oreille et frapper la membrane du tympan. Il éprouve la même sensation lorsqu'il se mouche. J'ai injecté les trompes, le liquide a pénétré jusqu aux cellules mastoïdiennes. Toutes ces expériences prouvent bien que les trompes d'Eustache sont libres; cependant il n'entend pas les mouvemens de la montre lorsqu'il la tient entre les dents incisives. D'ailleurs M. Perole a fait des expériences qui prouvent jusqu'à l'évidence, que la trompe d'Eustache ne sert pas à la propagation des sons. Nous les avons citées dans Ja note du (. IT. de la deuxième section (1). | |
(x) Lorsqu'après s'être bouché le plus exactement possible le conduit auditif externe , on place entre ses dents un conducteur solide en contact avec un corps sonore en vibration, on perçoit alors les sons légèrement modifiés; cette expérience a pu faire croire que dans ce cas, la trompe d’Eustache pouvait transmettre à l'oreille les ondulations sonores. On peut ce-
Diemerbroeck donne aussi, comme signes de l'obstruction de la trompe, le bourdonnement et le tintement des oreilles. Le bourdonnement n'est point un signe de l'obstruction des trompes; la personne dont j ai fait mention il n'y a qu'un instant, éprouve des tintemens ct des bourdonnemens considérables, quoique ces conduits soient parfaitement libres. Je pourrai citer un nombre considérable de faits de cette nature.
Cooper a sur ce point une opinion contraire à celle de Diemerbroeck : « Lorsque le défaut
pendant rendre raison de ce phénomène sans recourir à cette explication. Les sons peuvent agir sur nous de deux manières, 1.° par la vibration des corps sonores; 2.9 par le mouvement ondulatoire que les corps vibrans impriment à l’air, Ceci posé, on conçoit que les dents, ou tout autre partie ossense en rapport direct avec, Pappareil auditif, peuvent, étant en contact avec un corps en état de vibration, communiquer ce mouvement jusque dans l’intérieur de l'oreille et faire entendre des sons. Mais les ondulations sonores communiquées à l’air par ce même corps, ne pourront être perçus par l'oreille que par le conduit auditif externe, la trompe d’Eustache ne paraissant avoir d’autre usage que celui de renouveler l’air dans Pintérieur du tympan,
On peut donc présumer que la personne dont parle M. Saissy, qui n’entendait pas le mouvement de la montre placée entre les dents incisives, avait une altération profonde de l'organe de l’ouïe, peut-être même une destruction complète des osselets ou des nerfs concourant à former l’appareil auditif,
Tx. P,
« d’oute, dit Cooper, tient à une obstruction de « la trompe, on n'éprouve point dans la tête ce « bourdonnement qui accompagne la surdité « nerveuse (1). » J'ai des faits qui prouvent le contraire.
Lentin, pour s'assurer si la trompe d'Eustache est bouchée, propose l'expérience suivante : Il fait coucher la tête sur la table, de manière que l'oreille affectée se trouve en haut et dans une position horizontale; il la remplit d'eau tiède, et laisse passer quelques instans pour reconnaître si le tympan est percé ou non. Dans le premier cas, le Jiquide suinte à travers le trou et serend dans la gorge. D'un autre côté, il engage le malade à fermer la bouche et le nez, et à pousser l'air quil à inspiré. Si le tympan est perforé, il s'élève des bulles d’air à la surface de l’eau. Dans le second cas, la membrane étant entière, l'air introduit dans la trompe fait faire à la membranedu tympan, une saillie du côté du conduit auditifexterne, etfaitécoulerautantd’eau du tuyau de l'oreille que la convexité de cette membrane peut en déplacer. Cette circonstance suppose en outre que la trompe est libre dans tout son trajet: si elle est obstruée, l'eau conservera son niveau, ne se répandra pas, et ne laissera échapper aucune bulle d'air.
(1) Bibliothèque germanique, É. VIII, p. 408.
Le raisonnement que Lentin fait dans ce dernier cas, ne me parait pas aussi concluant que cet auteur semble le croire. Je suppose avec lui que la membrane du tympan est entière, la trompe libre , et qu'après une forte expiration, une partie de l’eau contenue dans le conduit auditif externe s'est écoulée ; qui assurera que l’eau écoulée est l'effet de l'impulsion que l'air a imprimé à la membrane du tympan, plutôt qu'un mouvement involontaire de la tête, occasionné par l'expiration forcée ? La même objection reste dans toutesaforcecontre laseconde partiedece cas.
Les signes que nous avons décrits au paragraphe qui traite de l'occlusion et de l’oblitération de la trompe d'Eustache, sont communs à l’obstruction de ce conduit, quelle que soit la matière qui le remplit. Mais outre ces signes, il est des circonstances commémoratives qui annoncent que telle ou telle matière obstrue la trompe d'Eustache (1); par exemple:
Si la personne devient sourde , après avoir éprouvé des rhumes fréquens, des catarrhes optniâtres, on sera fondé à penser que la surdité est produite par un amas de mucosités dans les cavités de la trompe d'Eustache et de son pavillon.
S1 la surdité vient graduellement à la suite de
(1) Ceci s'applique aussi à la caisse du tambour et aux cellules mastoidiennes,
la siphilis, ou de toute autre maladie, sans affection de la gorge ou des arrière -narines ; qu'elle subsiste quoique la maladie qui ya donné lieu aitété guérie ; il sera présumable que cettesurdité procède d'une matière crayeuse qui obstrue la trompe (1). Cette présomption se changera en certitude, si, à la faveur d’une algalie, on porte un stylet boutonné dans la trompe d'Eustache ; la résistance que l'on sentira à l'extrémité de ce même stylet et l'absence de toute douleur pendant cette exploration , feront connaître la nature de la matière obstruante. Si enfin en injectant ce canal, le liquide ne pénètre pas dans lacaisse du tambour, et qu'en même temps, quelques parcelles crayeuses se détachent, que le malade les rende par la bouche ou par le nez, toutes ces circonstances réunies ne laisseront aucun doute sur la cause immédiate de la surdité.
. Si après un rhume, un catarrhe de la gorge ou des fosses nasales, la surdité continue ou succède, et qu'on éprouve de la difficulté à sonder la trompe, on peut être assuré que la membrane pituitaire qui tapisse le pavillon de cette même trompe, est tuméfiée.
Aucune de ces espèces d’obstruction dont nous
(1) La vérole produit souvent une forte dysécée, la cophose même, sans qu'aucune des causes dont je viens de parler y concoure en aucune manière, J'en citerai des exemples dans le cours de ce travail:
venons d'exposer les différences, les causes et les signes, ne résistera au traitement que nous allons prescrire (1).
TRAITEMENT. Nous ne considérerons ici que l'obstruction de la trompe d'Eustache ; nous SUpposerons, comme nous l'avons fait dans d’autres circonstances, que la maladie qui a produit l'obstruction n'existe plus, et qu'il ne reste que le vice local.
On a imaginé plusieurs moyens pour désobstruer la trompe d'Eustache, tels que, 1.° les injections portées dans ce canal en le sondant par la bouche ; 2.° parle nez ; 3.° en introduisant dans ce même canal, à la faveur d’une forte expiration , une liqueur détersive dont on aura rempli la bouche et le nez; 4.° en balayant les mucosités qui s'amassent sur le pavillon de ce conduit et ses environs ; 5.° enfin, on a proposé et pratiqué la perforation de l’apophyse mastoïde , sur le compte de laquelle nous ne reviendrons pas.
Je ne suivrai pas ici d'une manière scrupuleuse, l'ordre chronologique dans lequel ces diverses méthodes ont été proposées ou pratiquées; je décrirai la dernière, celle à laquelle je donne la préférence.
(1) Nous exceptons cependant l’engorgement de la pituitaire, qui devra être combattu par les purgatifs réitérés , les vésicatoires et même le séton à la nuque.
a De la méthode d'injecter la trompe d'Eustache par la bouche. Cette méthode date du commencement du siècle dernier ; c’est à Guyot, maître des postes de Versailles, qu'on la doit.« Il « avait, dit le célèbre Sabatier, des connaissances « en anatomie, acquises par un simple motif de « curiosité ; son propre besoin le porta à étudier « attentivement la structure de l'oreille. Après « avoir concu l'espérance de se guérir par les in- « Jections dans la trompe d’Eustache , il fit fa- « briquer un instrument conforme à ses vues, et « par l'usage duquel il recouvra la faculté d’en- « tendre (ar
Guyot présenta en 1724, la seringue de son invention à l’Académie royale des Sciences de Paris.
Cette machine est une double pompe avec un réservoir commun, mue par deux manivelles disposées en sens contraire et menées par une roue dentée que fait tourner un pignon. Du milieu du réservoir part un tuyau en cuir; à celui-ci est adapté un autre tuyau en étain, recourbé. « La « pièce principale de cette pompe, disentles com- « missaires de l'Académie, est un tuyau recourbé « qu'on insinue au fond de la bouche , derrière «et au dessus du voile du palais, à dessein de « l'appliquer au canal de communication que l’on
(1) Heister, Institutions de Clururgie, t, v. p. 267,
« veut injecter. On n'avait point encore d'instru- « ment propre à seringuer ce canal par cette voie. « Celui que M. Guyot a inventé nous a paru très « ingénieux, et peut servir à laver au moins l’em- « bouchure de la trompe d'Eustache ; ce qui le « rendra très utile dans certains cas (1).»
I paraît, d'après ce rapport, que les commissaires de l'Académie ne croyaient pas trop à la possibilité d'injecter un liquide dans l'intérieur de l'oreille, en sondant la trompe par la bouche, et surtout avec un pareil instrument , puisqu'ils disent « qu'il peut servir à laver au moins l'embouchure du canal nomméla tromped'Eustache. »
La)
Pour moi, je pense que c'était là que se bornait l'usage de cette machine. En effet, pour se convaincre combien il doit être difficile de rencontrer le pavillon de la trompe avec la canule d’étain, et combien il est plus difficile encore de la fixer dans ce canal, il suffit d'examiner, sans prévention, l'instrument de M. Guyot, et de faire attention que l'ouverture du pavillon de la trompe d'Eustache est dirigée endevant, et que cette direction rend , sinon impossible, au moins très difficile, l'introduction de la sonde portée par la bouche.
Outre ces inconvéniens, 1l yena d'autres La sont inséparables de la méthode de Guyot :
sont les nausées , les vomissemens que CARE
(1) Mém. de Acad. royale des Sciences, année 1724.
le chatouillement exercé par la sonde sur l'arrière-bouche et le voile du palais.
Nonobstant tousles inconvéniens dont cette méthode est entourée, son auteur n’en mérite pas moins notre reconnaissance. Les éloges que l'Académie royale des Sciences de Paris et les hommes les plus distingués dans notre art ont donnés à son invention sont aussi justes que mérités.
Sauvages parle de la méthode du maitre des postes Fa Versailles, mais d’une manière à faire croire qu'il ne connaissait n1 l'instrument , ni le mode de l’'employer ; car voici comment il s’explique : « Cet instrument est fait avec un tuyau « de plomb plié avec adresse; on l'introduit dans « les narines(1), et l'on fait entrer par ce moyen « des médicamens résolutifs dans la trompe et « dans l'oreille ; ce qui dissipe l’hydropisie de « cet organe (2).»
Le célèbre Sabatier pensait qu'il fallait de nouvelles recherches pour savoir si les injections peuvent réellement être portées dans la trompe, ousi, comme le disent les commissaires de l’Académie , leur usage ne se bornerait pas à en laver l'embouchure. Le traducteur des Institutions de Chirurgie d'Heister, dit à ce sujet : « La difhculté
(1) On sait que Guyot introduisait le syphon par la bouche,
(2) Nosologie, t. 11, p. 219.
« de trouver l'orifice de la trompe d'Eustache pour « adapter le syphon d'une seringue, avait donné « lieu à cette conjecture ; on pourrait même « penser que l'orifice étant trouvé, la liqueur « pourrait fort bien ne pas pénétrer, à raison de « l'obstacle qu'y apporterait l'air renfermé dans « l'oreille interne (1).»
L'air contenu dans la trompe, dans Ja caisse du
tambour et les cellules mastoïdiennes, n’est nullement un obstacle à l'introduction de la liqueur injectée ; la pesanteur spécifique de cette dernière, la force avec laquelle elle est poussée, quelque légère que soit cette force, sont bien capables de chasser l'air qui se fait jour entre les parois de la trompe et l’algalie. Je pousse tous les jours dans les orcilles des injections tièdes, soit d'eau minérale, soit d’eau simple, ou toute autre liqueur que je juge convenable, et toujours par un effort très modéré. Jamais l’air ne m a présenté le moindre obstacle.
Les rédacteurs du Journal de Médecine de Paris disent : « Quoique Bell et d’autres chirurgiens « regardent comme impossible d'atteindre par « la bouche à la trompe d'Eustache, cependant « on voit dans le cinquième volume des Mémoires «de Rotterdam, que Hoaf y est parvenu. Il « abaissait la langue tandis que le voile du palais
(1) Heister, Constitutions de Chirurg., t. v, p. 268.
« était fortement poussé en haut au moyen d'une « violente expiration, les narines étant bouchées ; « il'introduisait dans la bouche un tube un peu « recourbé, adapté à une petite seringue qu'il di- « rigeait supérieurement vers la trompe. Il est « cependant possible, ajoutent les rédacteurs , « que l'injection n'y ait pas pénétré, et qu'elle « ait seulement lavé la mucosité extérieure (r).»
On voit par tout ce que nous venons de dire, que cette méthode est impraticable, ou au moins trés incertaine, soit, nous le répétons, par les nausées, les vomissemens qu'elle provoque, soit par la difficulté presque insurmontable de rencontrer l'orifice de la trompe, soit par le défaut de fixité de l’algalie, en supposant qu'on soit parvenu dans la trompe. Toutes ces difficultés ont fait douter, même à ceux qui ont jugé le plus favorablement cette méthode, si, par ce moyen, on parvenait à porter des liquides dans l'intérieur de l'oreille. Tous s'accordent à croire que les injections se bornent à laver l'orifice de la trompe d'Eustache.
b Dans le Recueil des thèses de chirurgie publié par Haller, on en trouve une, soutenue à Paris, en 1748, qui a pour sujet une autre manière de faire des injections dans la caisse du tambour. Cette espèce d'injection, si l'on peut
(1) Journal de Médecine, février 1793.
l'appeler ainsi, consiste à remplir le nez et la bouche du malade d’une grande quantité de vapeur d'hydromel ou de quelque autre liqueur détersive, et à pousser ce liquide dans les trompes en faisant faire au malade une expiration, le nez et la bouche étant fermés. On sent de reste toute l'insuffisance et la défectuosité de ce moyen: je ne m'y arréterai pas davantage.
c En 1793, Lentin publia un opuscule latin intitulé Tentamen vitiis auditäs medendi, inséré dans le deuxième volume des Commentaires de la Société de Gottingue. Il ÿ rend compte d’une méthode pour nettoyer le pavillon de la trompe d'Eustache de la mucosité collante qui l'obstrue. Pour cet effet, il a imaginé une sonde munie à l’une de ses extrémités d'une éponge, et d’une figure adaptée à la fin désirée. L’intention de l’auteur était d'introduire l'éponge derrière le voile du palais, sans le toucher (chose impossible) , jusqu'à l'orifice de la trompe, et de passer à différentes reprises, du haut enbas, sur son bord, cette éponge préalablement humectée d'esprit de savon ou de vin aromatique. Par ce moyen il croyait parvenir à emporter les mucosités, |
À l'éponge, M. Lentin a substitué un petit morceau de viande de veau, et a obtenu, à ce qu'il dit, le succès le plus complet, sans éprouver le même désagrément, c’est-à-dire la dou-
leur et Finflammation que causait l'éponge par ses aspérités.
Cette méthode a tous les inconvéniens de celle de Guyot, sans en avoir les avantages: cette dernière lave au moins le pavillon de la trompe et ses environs; celle de M. Lentin, d'après son aveu, irrite beaucoup les parties si l’on se sert de l'éponge, et le morceau de veau qu’on lui a substitué glisse sur les mucosités sans Les entrainer (1).
(1) La correction que M. Lentin a faite à sa méthode, est consignée dans le 2.° volume de ses Additions à la Médecine pratique. Dans ces mêmes additions, M. Lentin conseille de faire des injections dans le conduit auditif externe de la manière suivante : on fait coucher la tête sur la table, de manière qu’elle repose sur l’oreille qu’on n’injecte pas; on remplit celle qui est à injecter d’un liquide approprié , et, après avoirintroduit le bout de la seringue au dessous de la surface du liquide , on pousse le piston avec plus ou moins de force. M. Lentin assure que londulation causée par cette manipulation produit des effets supérieurs à ceux de la manière ordinaire d’injecter.
Le liquide dont il se sert le plus communément, est composé de trois onces d’infusion théiforme de mercuriale ou de saponaire, d’un gros de fiel de veau, et de quinze à vingt gouttes de lait ammoniacal.
« Il est parvenu par ce procédé ( disent les rédac- « teurs du Journal général de médecine de Paris ), ec à guérir une surdité survenue à la suite d’une suppuration dans l’intérieur de loreille { sans doute l'in- «térieur du conduitauditifexterne ). Les injections ont
d Un moyen qui n'aurait ni les inconvéniens ni les dangers de la perforation de l'apophyse mastoide, ni ceux qu'entraine la ponction de la membrane du tympan, ni les désagrémens, les difficultés et l'incertitude que présentent les procédés de MM. Guvot, Lentin, etc., mériterait sans doute la préférence sur eux tous, Ce moyen consiste à injecter la trompe d'Eustache par la voie des narines. Cette idée n'est pas neuve, je le sais, mais les instrumens qui rendent tout à
« détaché plusieurs membranes, et l’ouie ayant été cc rétablie, la guérison a été confirmée au moyen d’une « infusion théiforme de scordium , avec ou sans ad- « dition d'huile de myrrhe. »
Cette manière d’injecter l'oreille externe ne me sem ble pas aussi supérieure, que M. Lentin le pense , à celle qu’on emploie ordinairement. Il paraît que cet auteur attribue un grand effet à l’ondulation produite par la pression de la seringue sur le liquide contenu dans le conduit auditif externe ; il pense que par cette ondulation les croûtes, les eschares se détachent plus facilement et plus sûrement; cela peut être, comme n'être pas. Mais un avantage que je trouve dans cette manière de laver le conduit auditif externe, et dont M. Lentin ne parle pas, c’est de rompre le jet du liquide qui sort du syphon de la seringue, et par là, éviterles douleurs, quelquefoistrès vives, qu’occasionne l'injection à nu ou ordinaire, dans le cas d’une ulcération avec inflammation intense. Par le moyen que propose M. Lentin; on évite toute secousse, toute impulsion douloureuse ; ce qui est impossible par la méthode ordinaire, quelque précaution que l’on prenne.
la fois cette opération plus facile et plus sûre, sont de nouvelle invention et méritent sous cé rapport l'attention des gens de l’art.
Avant de décrire le manüel de cette opération et les instrumens avec lesquels je la pratique, je donnerai une courte notice historique de cette même opération, ainsi que des instrumens inventés pour l'exécuter.
Douglas, médecin anglais, dit Sabatier, a le premier montré, dans ses Lecons d’Anatomie, la manière d'injecter la trompe d'Eustache par les narines. |
Cléland, chirurgien de Londres, proposa dans les Transactions philosophiques, année 1731, une seringue faite en forme de cathéter flexible pour l'introduire dans les narines, et de là dans la trompe d'Eustache.
Sauvages (1) dit que les chirurgiens de Montpellier se servent de cet instrument. Il est impossible de se former une idée de l'instrument de Cléland d’après ce qu’en dit Sauvages.
Jonatham Wathen, autre chirurgien anglais, injectait, dit-on, les trompes d'Eustache par les narines. Les auteurs des Commentaires de Leipsick parlent en ces termes de l'instrument de Wathen etde la manière dont il s’en servait: Utitur autem fistul& argented, commune specil-
| (x) Nosologie, t. xt.
lum longitudine non superante, apice paulu- {üm incurvato instructé, et eburneæ siringæ, tepid& aqu& rosarum mellit& impletæ aptatd.
Hanc inter alam et septum nasi hoc modo ingerit , ut ejus convexa pars superiorem partem aperturæ narium respi ciat » eamque usque ad orificium ellipticum protradit; tunc illa pars septo obvertitur, ut incurvatus apex tubam facilè intrare possit; quo facto aqua in eam tmpellitur , quæ mucum per nASUM Aut OS, aut per utramque cavitatem eluit. Memorat aliquot surdos , hac ratione sanatos, operandique methodum icone declarat(à).
Ces descriptions, soit de l'instrument , soit de l'opération, sont trop concises pour qu'elles puissent servir de guide aux gens de l'art.
L'illustre professeur Sabatier a inventé aussi un syphon pour injecter la trompe d'Eustache par les narines. Cet instrument a quatre pouces de long, une ligne de diamètre; les six dernières lignes sont courbées et font un angle de cent trente degrés. À l’autre extrémité, lesyphon porte un écrou pour être monté sur une seringue. Une petite pate qui répond à la concavité de l’autre bout du syphon, sert à faire connaître précisément quelle est la situation de cet instrument lorsqu'il est introduit dans les narines.
(1) Commentar. Lipsiæ , anno 17493 £. VIII, p. 147.
Il est évident, d'après cette description, que l'instrument de Sabatier est droit, recourbé seulement à une de ses extrémités, et qu'il n'en avait qu'un pour sonder l’une et l’autre trompe. Je concois difficilement qu'avec un pareil instrument on puisse sonder la trompe d'Eustache, même sur le cadavre; car sur le sujet vivant je crois la chose impossible. Aussi, le célèbre Sabatier lui-même remarque que « ce qui n'est « pas difficile dans une préparation anatomique, « pourrait être absolument impossible sur l'hom- « me vivant (1). »
Leschevin propose d’injecter la trompe d'Eustache par le nez. « Il n'y a, dit:l, qu'un seul « moyen de porter des remèdes directement « dans la caisse du tambour; c’est d'y faire « des injections par la trompe d'Eustache. Sa « large ouverture dans le fond des narines peut « permettre, sans de grandes difficultés, l'in- « troduction de la sonde. J'ai répété plusieurs « fois cette opération sur des cadavres de diffé- « rens âges; après quelques essais, je n’y ai « trouvé pas plus de difficulté qu'à sonder par « le nez Île canal des larmes. Je me suis servi « dans ces essais d’un soufflet anatomique re- « courbé, que j'introduisais par le nez(2).»
(1) Heister, Institutions de Chirurg., t. v, p. 267 et 265.
(2) Prix de l’Acad. royale de Chirurg., t. IV, in-4., p. 203.
M. Leschevin ne donne aucune description de
son instrument , il dit seulement que ce tuyau est recourbé; mais l'est-il à une ou plusieurs courbures ? c'est ce que l’auteur ne dit pas. Au surplus, Leschevin paraît avoir borné ses essais sur le cadavre seulement.
Bell à une tout autre idée sur cette opération.
On a proposé, dit-il, dans cette obstruction,
d'ouvrir le conduit (la trompe d'Eustache) avec l'extrémité d’un stylet obtus et recourhé,
ou même d'y injecter avec une seringue courbe un peu de lait et d'eau ou tout autre fluide doux; mais quoique ceux qui ont une parfaite connaissance de la structure de ces parties,
puissent , après s'y être fort exercés, exécuter assez facilement cette opération sur le cadavre , 11 n y a guere lieu d'espérer que l’on en tire jamais aucun avantage dans la pratique;
car l'irritation que produit sur ces parties ,méme dans l’état de santé, l'extrémité d'un stylet ou d’une seringue, est si considérable, que toutes les tentatives que l’on fait pour lintroduire sont fort incertaines; et la difficulté doit infiniment augmenter quand l'extrémité du
conduit est obstruée par une maladie (1). »
Bell n'est pas le seul qui soit prévenu contre
le mode de sonder la trompe par la voie des na-
(1) Bell, Cours complet de Chirurg. , t, IV, p. 203.
rines: des hommes du plus rare mérite ont partagé et partagent peut-être encore son opinion.
M. Portal, dans son Précis de Chirurgie pratique , dit: « On a cru pouvoir injecter la trompe « en la sondant par la bouche. Wathen a le pre- « mier écrit sur cette opération (r}); on peut voir « ce qu'il dit dans les Transactions philosophi- « ques, année 1734. Quelques chirurgiens fran- « eais ont cherché les moyens de perfectionner « cette découverte; plusieurs ont cru y avoir « réussi; mais malheureusement les succès n’ont « pas répondu à ce qu'ils avaient avancé, et je « regarde leur tentative comme inutile. . Il n'est « pas possible, ajoute-t-il, d'injecter la trom- « pe d'Eustache, soit par la bouche, soit par le «Mes (2) »
Trucy, médecin à Marseille, dans sa thèse inaugurale soutenue aux écoles de médecine de Paris, sur les avantages de la perforation de la membrane du tympan dans les cas de surdité causée par l'obstruction de la trompe d’'Eustache, après avoir rapporté en peu de mots les différens moyens que l'on a mis en usage pour introduire des liquides dans ce conduit, et de là dans l'intéricur de l'oreille, s'exprime ainsi : « Les injections « de la trompe d'Eustache sont donc un moyen
(1) Wathen sondait la trompe d’Eustache par le nez. (2) Chirurgie pratique, t. 11, p. 481.
« illusoire dont on ne peut raisonnablement at- « tendre aucun suécès (1 1). »
Ce défaut de succès tenait plus à l'imperfection des instrumens employés jusqu'à ce jour, qu'à la conformation particulière et à la sensibilité des parties qu'ils devaient parcourir. C'est cependant à cette même conformation, à cette même sensibilité, qu'on a attribué tous les inconvéniens de cette opération qui l'ont fait rejeter comme un procédé insolite et même impraticable.
J'ose espérer qu'à la faveur des instrumens dont la gravure est à la fin de ce travail, cette opération sera désormais prompte, facile , sûre et nullement douloureuse,
Description.
Ces instrumens sont des tubes recourbés en forme d'S italique irrégulière. L'extrémité qui doit entrer dans la trompe est boutonnée, et l’autre porte un pavillon qui recoit le syphon de la seringue ; sur le côté de ce même pavillon est une petite pale ou plaque.
Ces sondes ont quatre pouces de long, une ligne et quart dediamètreet trois courbures, dont Ja première a trois lignes et demie de sinus , et
commence à l'extrémité boutonnée ; cette courbu-
(1) Consid. sur la perfor. de la memb. du tympan. Paris 1803,
re se trouve sur la même ligne que la plaque ou pate. La seconde courbure a trois lignes de sinus; elle est dirigée en bas et à gauche dans la sonde du côté droit , et à droite dans celle du côté gauche. La troisième courbure a une ligne et quart de sinus, et est tournée à droite dans la sonde du côté droit, et à gauche danscelledu côté gauche.
Les algalies que nous venons de décrire sont propres aux adultes et aux jeunes gens de quinze à seize ans ; il est nécessaire d'en avoir de plus petite dimension pour les enfans.
Manière de s'en servir.
Le malade sera placé sur un fauteuil, la tête légèrement portée en arrière. L'opérateur, debout et en face, tient, par le pavillon et comme une plume à écrire , l'instrument de la maindroite, si c'est la trompe droite qu'il s'agit de sonder, la main gauche (ou seulement le petit doigt) posée doucement sur le front du malade; puis il introduit horizontalement lasonde dans lanarine, le becdirigé en bas. Dès que la première courbure est entrée, on baisse le poignet en enfoncant l'instrument avec beaucoup de ménagement. Lorsque la seconde courbure est engagée en totalité, l'extrémité boutonnée du cathéter est près de l'orifice delatrompe;il faut alors faire exécuter au poignet un mouvement de rotation en dedans, en élevant
un peu cette partie, et en même temps appuyer la troisième courbure sur la cloison du nez.
On doit sonder la trompe gauche avec la main gauche, en observant de faire exécuter à cette partie les mêmes mouvemens prescrits pour la droite. |
On est sûr d'être dans la trompe, quand la plaque ou pate est dirigée verticalement en haut , quand l'algalie n'est pas vacillante, et que la liqueur injectée ressort en partie par le pavillon de l'instrument, ou semble en sortir.
Pour sortir la sonde, il faut la tirer doucement à soi, ensuite faire des mouvemens inverses à ceux qu'on a faits pour l'introduire.
Les personnes que l’on sonde pour la première fois, éprouvent seulement un chatouillement pénible, quelques éternumens, un léger larmoiement; mais bientôt les parties s'accoutument à l'algalie, et il n'y a plus de sensation désagréa-
ble,
Les avantages de cette méthode ne sauraient être raisonnablement contestés. On peut par ce moyen, 1.° porter des médicamens liquides dans la trompe d'Eustache, la caisse du tambour et les cellules mastoïdiennes; par là guérir les ulcères profonds et opiniâtres dont ces parties sont souvent affectées ;
4 $ ; 2.9 Débarrasser ces mêmes parties des muco-
sités qui peuvent s'y arrêter à la suite des rhumes et des catarrhes :
5.9 Donner issue au sang qui s'y serait accumulé et coagulé, après un coup ou une chute sur la tête;
4.° Délayer et faire sortir les matièrescrayeuses qui s'amassent quelquefois dans les mêmes cavités.
5.9 A la faveur de l’algalie que nous avons décrite, on peut porter un stylet en forme de trocart, jusque dans la cavité de la trompe d'Eustache, rompre une cloison membraneuse congéniale, ou une cicatrice formée à la suite des ulcères de la gorge et des arrière-narines.
6.9 Enfin, par le même moyen, s’il y a insensibilité du nerf acoustique, on pourra porter des douches jusque dans l'intérieur de l'oreille.
Les partisans de la perforation de l'apophyse mastoïde font le reproche suivant à la méthode d'injecter l'oreille par la trompe d'Eustache, et par une inconséquence inconcevable, ils le détruisent de suite, en se réfutant eux-mêmes.
« Ce moyen, disent-ils, ne suffit pas pour dé- « truire la cause de la surdité, attendu que l'in- « jection faite de cette manière repousse la matiè- « re qui fait l'obstruction dans la caisse du tam- « bour; à la vérité, elle ressort avec la matière « injectée, mais elle n'en est pas rejetée avec la
« même force que si elle avait été faite du côté « de l’apophyse mastoïde (1). »
Voilà, on en conviendra, j'espère, de bien faibles raisons pour faire prévaloir une opération douloureuse , entourée des dangers les plus graves, sur une autre qui n'est ni douloureuse, ni suivie du plus léger accident.
Je crois avoir prouvé d'une manière péremptoire les avantages des injections dans la trompe d'Eustache par la voie des narines, et ceux des nouveaux instrumens qui facilitent ces mêmes injections. Je vais exposer les cas où cette méthode est impraticable, et ceux où elle est inutile. Ces cas sont :