DES AFFECTIONS DE LA TROMPE D'EUSTACHE
Ces conduits sont des parties essentielles à l’organe de l'ouïe ; ils ne peuvent être affectés de maladie ou seulement comprimés par l'engorgement ou par une excroissance des parties environnantes sans que l'audition soit altérée.
Je diviserai les affections morbides de la trompe d'Eustache , 1.° en celles qui l’attaquent d'u ne manière immédiate , telles que l'imperforation du pavillon , l'obstruction et l’oblitération du canal , l'engorgement catarrhal de la même partie.
2,° Les maladies qui affectent d’une manière moins intime la trompe d'Eustache, et qui don: nent cependant lieu à la surdité et souvent à des maladies graves de l'oreille interne , feront le snjet de Ja section suivante,
De l'imperforation du pavillon de la trompe d'Eustache et de l'oblitération du canal.
Il y a des enfans qui viennent au monde avec le canal de l'urètre imperforé, d’autres l'anus, d’autres le vagin, l'orifice de la matrice; de méme aussi il y en a qui naissent avec les trompes d'Eustache imperforées; dans ce dernier cas, les sujets sont sourds-muets.
Un autre cas d'occlusion de ces conduits, qui est très fréquent, c'est celui qui arrive à la suite de l'inflammation de la gorge, comme dans la fièvre scarlatine. Je connais deux personnes dans ce cas : l’une, âgéedequaranteans, complètement sourde de l'oreille gauche depuis l’âge de neuf ans; l’autre, âgée de vingt-sept ans, absolument sourde des deux oreilles à la suite de la même maladie, qu'elle essuya à l’âge de treize ans.
La petite-vérole donne quelquefois lieu à cet accident; on en voit un exemple dans les Éphémérides des Curieux de la Nature: une jeune fille eut, à la suite de la variole, un ulcère à la luette et successivement un ozène aux narines, qui attaqua le pavillon des trompes et delà l'occlusion de ces canaux.
« Il arrive souvent, dit Cooper, que la ci-
« catrisation des ulcères vénériens de la gorge « ferme le passage de la trompe d'Eustache, et « fait perdre l'ouïe du côté qu'elle affecte ».
« J'ai vu, dit Swédiaur, plusieurs exemples « de surdité et de violentes douleurs dans les « oreilles, produites par des ulcères vénériensqui « affectaient l'orifice des trompes d'Eustache dans « l’arrière-bouche (x) (2). »
Si en fermant la bouche et le nez, puis faisant une forte expiration, le malade ne sent pas l'air passer dans les trompes, ni frapper la membrane du tympan, on pourra conclure que les trompes sont fermées; ce signe est commun à l'imperforation de naissance et à celle qui est due à quelque maladie de la gorge et des fosses nasales, de même qu'à l'obstruction complète de ces mêmes trompes. |
On peut aussi s'assurer de l'occlusion de ces canaux, en les sondant par la voie des narines. Si l'on ne rencontre pas l'ouverture du pavillon, c'est une preuve que l'obstacle est placé sur l'orifice; mais souvent la cloison ou la cicatrice qui intercepte le passage de l'air, se trouve plus
(1) Traité des maladies vénériennes.
(2) Le même auteur a rencontré un cas de surdité absolue, qui fut la suite d’une gonorrhée supprimée par l’usage intérieur de la térébenthine. Le malade n'avait ni chancre, ni aucune affection vénérienne aux narines, ni au fond de la gorge,
profondément placée, etalors il y a une espèce de cul-de-sac dans lequel le bec de l’algalie s'engage, et l'on éprouve une résistance invincible. Si à celte résistance se joignent l'élasticité et une légère douleur de la partie que l’on touche, alors il n'y a pas de doute qu’une cloison mem: braneuse est l’obstacle qui empêche l'air de pénétrer dans la caisse du tambour; si l’on pousse une injection, 6n éprouve de Ja résistance, et d’ailleurs rien ne passe dans l’intérieur de l'oreille :
J'ai rencontré un cas parfaitement. semblable : sur la personne de M. D, des A., la trompe d'Eustache gauche est bouchée au niveau du pavillon, tandis que la droite a un cul-de-sac d'environ une ligne et demie de profondeur.
Dans les cas que nous venons d'exposer, l'ouïe peut-être rétablie si l’obstacle à la perception des sôns n'est qu'au pavillon de la trompe ou même dansun point de l'étendue du canal, pourvu toutefois que l'organe immédiat de l'ouïe ne soit pas trop lésé; car alors la faculté d'entendre est irrévocablement perdue. |
TRAITEMENT. La chirurgie présente deux moyens propres à rétablir l’audition : la ponction de la membrane du tympan, et la perforation de la cloison membraneuse qui bouche le canal d'Eustache. Ars LE
. Quant à la perforation de l'apophyse mastoide, je pense qu'elle doit être rejetée comme inCCLe taine et dangereuse.
Trois circonstances exigent impérieusément dans le cas dont il s'agit, la ponction de la membrane du tympan: 1.° lorsque la cloison qui bouche la trompe est placée au niveau des bords du pavillon de cétte même trompe; 2.° quand le conduit d'Eustache est oblitéré dans toute son étendue; 3.° quand la membrane du tympan est ossifiée et que d’ailleurs les autres parties de l'organe sonten bon état. On pratiquera cette opération de la manièredécritedansla premièresection.
La seconde opération consiste à rétablir la trompe d'Eustache dans son état naturel. Pour la pratiquer, il faut avoir un stylet d argent dont une des extrémités sera armée d'une pointe d'acier en forme de trocart; l’autre sera afhlée, ainsi que le reste de l'instrument, de manière qu'il puisse entrer dans l'algalie qui sert à sonder la trompe. On l'introduit par le-bec de cette même algalie; on le retire par le-pavillon de cet instrument, jusqu à ce que le trocart soit caché; l'algalie ainsi armée, on la porte dans la fosse nasale, comme pour injecter la trompe; lorsqu'elle est parvenue à l'obstacle ( ce que l'on connait à la résistance qu on éprouve, à la profondeur où la sonde est engagée; à la direction de la pate qui est au pavillon de cette même algalie), on pousse doucement le stylet jusqu'à ce que le défaut de résistance annonce que l'obstacle est vaincu; ensuite on reure le stylet pour faire rentrer le trocart dans
l'algalie qui lui sertde gaîne; on dégage cette dernière en lui faisant faire des mouvemens inverses à ceux qu’on avait donnés pour l'introduire.
L'ouverture qu'on vient de faire serait bientôt fermée si on l'abandonnait à elle-même, On portera donc une tente jusqu'au-delà du point où était l'obstacle, on l'y laissera vingt-quatre heures; à celle-ci en succédera une seconde, une troisième, etc., jusqu à ce qu'on présume que les parois de la trompe d'Eustache sont cicatrisées.
Pour cet effet, on substitue au stylet une corde à boyau; on l'introduit jusqu'à l'extrémité boutonnée de l’algalie, qu'elle ne doit pas dépasser; on marque avec de l'encre, sur la corde à boyau, en decà du pavillon de la sonde, l'étendue que l’on veut introduire au delà de l'obstacle.
La sonde ainsi armée, on l’introduit de nouveau dans la trompe, parvenue où était l'obstacle; on enfonce doucement la corde à boyau jusqu'au point marqué; ensuite on retire l'algalie, et on laisse la corde à boyau. Pour laisser cette corde en place, il faut la tenir fixement à la distance d’un pouce du pavillon de l'algalie, imprimer à celle-ci des mouvemens inverses à ceux qu'on avait faits pour l'introduire. Quand on à fait parcourir à l'instrument la partie de la corde qui se trouvait entre les doigts et le pavillon de la sonde, on cesse un instant les tractions, on recule les doigts qui tiennent la corde, pour le nouvel es-
pace que l'instrumentdoit parcourir, enayant soin de tenir toujours fixement la corde à boyau. L'instrument étant dégagé de la narine, on coupela corde près du nez , on la fixe en tamponnant légèrement la narine avec du coton ou de la charpie,
Cette opération, minutieuse par ses détails, est plus facile à exécuter qu'à décrire (1).
(1) Le procédé que l’ingénieux Ducamp a mis en usage pour les rétrécissemens de l’urètre , pourrait trouver ici une heureuse application. L'emploi du caustiqne est moins à redouter dans ceite circonstance que celui de l'instrument piquant ; il agit, ilest vrai, d’une manière plus lente, mais aussi beaucoup plus sûre. Une algalie armée d’un trocart, portée à cette profondeur, peut se frayer une fause route, intéresser des filets nerveux et causer de graves accidens, léser un rampau artériel et donner lieu à une hémorrhagie qui pourrait nuire à la réussite de l'opération. Ce procédé d’ailleurs est moins douloureux, et il dispense de recourir à l’introduction de la corde à boyau destinée à empêcher le recollement des lèvres de la plaie, pansement difficile pour le chirurgien , fatigant et incommode pour le malade.
Comme ce n’est point ici un vétrécissement qu’ils agit de combattre, mais bien une imperforation de latrompe d’Eustache qu’il faut détruire, il est nécessaire de faire subir quelques modifications à l’instrument : au lieu de placer le caustique sur les parties latérales de la douille de platine, comme dans l'instrument de Ducamp, il faut se servir d’une douille creusée à son extrémité, et placer dans cet endroit le nitrate d’argent, qui doit être employé ici, non pour détruire un rétrécissement latéral, mais bien pour rétablir une route complètement. oblitérée. Tux. P.
La méthode que nous proposons a l'avantage de rétablir l'audition, sans porter atteinte à l'organe. Elle est praticable lorsqu'il y a un cul-desac dans le pavillon de la trompe, ne fût-ce que d'une ligne de profondeur. Mais elle ne peut être mise en usage, si le pavillon de la trompe est fermé jusqu'au niveau de ses bords, parce qu'alors on ne peut ni fixer l'instrument, ni savoir d’une manière positive, le lieu où il faut pénétrer.
Cette méthode est également impraticable quand la trompe est oblitérée dans toute son étendue. Il est présumable que cette oblitération a lieu si, après avoir enfoncé le stylet quatre à cinq lignes dans la trompe, on rencontre toujours là même résistance.
L'opération que je viens de décrire, je r ai tentée, dans le courant de juillet 1813, sur la personne de M. D. des A., dont j'ai parlé à la section deuxième, (. II.
Après avoir pris des renseignemens sur rt circonstances qui avait précédé et suivi la surdité, j'examinai, mais non assez scrupuleusement, les conduitsauditifs externes; comme ilsétaient, chez ce sujet, parsemés de petits poils qui ne permettaient pas d'en apercevoir le fond, je ne poussai pas plus loin mes recherches extérieures.
Je dirigeai ensuite mon attention sur les trompes d'Eustache. Par l'exploration de ces conduits je découvris que la trompe gauche était bouchée
QI jusqu'au niveau de l'orifice du pavillon, de sorte qu'il n'était pas possible de fixer la sonde pour déterminer le point où il faudrait enfoncer le trocart, Aussi me suis-je abstenu de toute tentative de ce côté-là. |
Du côté droit, an contraire, Je pavillon de la trompe présentait nn godet d'environ une ligne de profondeur; la sonde s’y en gageait et s'y arrêtait facilement.
D'après cette découverte, je ne doutai plus que ce ne fût Ià la canse de la surdité. En conséquence, je me déterminai à pratiquer sur la trompe droite l'opération telle qure je l'ai décrite. J'enfoncai le stylet à quatrelignes de profondeur dans l'obstacle sans avoir pu le surmonter. Je retirai le stylet, et je placai la corde à boyau. Le lendemain je fis une seconde tentative en enfoncant le stylet de deux lignes plus profondément, mais sans aucun succès. Au reste, cette opération a élé peu douloureuse et n'a été suivie d'aucune espèce d'accident.
Cette tentative, tout infructueuse qu'elleaété, ne sera pas, je l'espère, perdue pour la science: elle es th 1.° Ja possibilité de l'opération que j'ai décrite; 2.9 qu'elle est peu douloureuse; 3.0 qu on Wie parcourir, au travers de la trompe d'Eustache oblitérée, un trajet de six à huit lignes sans craindre aucun accident grave.
Désespérant de rétablir l'ouie par ce procédé,
je pensai à l'opération de M. Cooper. Pour reconnaître l'état de la membrane, je portai un stylet boutonné dans le conduit auditif externe; la profondeur à laquelle cet instrument était parvenu et le son qu'il rendait en percutant la partie sur laquelle il appuyait, me firent connaitre que J'étais dans la caisse du tambour et que la membrane du tympan était détruite. L'orcille gauche était dans le même état. |
Je crois être le premier qui ait décrit et pratiqué l'opération de laquelle je viens de parler. J'ai fait avant, de la tenter, plusieurs expériences sur le cadavre, de la manière suivante: Après avoir préalablement percé la membrane du tympan, je mettais dans la trompe d'Eustache un petit cône de cire, creusé et ouvert au sommet ; la base était fermée et tournée du côté du pavillon. Il faut que ce cône se moule à la trompe, et qu'il soit assez enfoncé pour faire avec le pavillon un cul-de-sac d'une ligne et. demie de profondeur. Le cadavre placé convenablement, .je pratiquai l'opération décrite ci-dessus. Le défaut de résistance m'annonca que) étais parvenu dans la cavité du cône, Pour m'en assurer d’une manière plus positive, après avoir retiré l’algalie, sorti le stylet , je portai de nouveau la sonde dans le nez; celle-ci étant parvenue dans le godet, je poussai une injection qui sortit par le conduit auditif externe.
Du catarrhe de lu trompe d'Eustache.
Cette maladie est absolument la même que celle qui affecte la caisse du tambour et les cellules mastoidiennes. Il est rare, lorsque ces dernières parties sont en proie à la fluxion catarrhale, que la trompe d'Eustache et son pavillon n'en soient pas atteints.
Les causes, les signes étant les mêmes que dans le catarrhe de la caisse du tambour, le traitement doit aussi être le même; en conséquence nous renvoyons au (.[.° de la seconde section.