EX M
De l'engorgement inflammatoire ; des abcès
des glandes amygdales et des piliers du voile du palais.
Les abcès des amygdales, des piliers du voile du palais et l'engorgement inflammatoire qui les précède sont la suite des esquinancies gutturales.
Les causes, les signes et le traitement étant décrits dans tous les ouvrages de médecine, ce serait en quelque sorte sortir de notre sujet que de nous y arrêter.
Nous considérons néanmoins ces maladies sous le rapport de l'influence qu'elles peuvent avoir sur l'organe de l'audition et sur l'audition même. En effet , si l'engorgement inflammatoire attaque principalement le pilier postérieur du voile du palais, cela peut se propager jusqu'à la trompe d'Eustache, comprimer ce canal et déterminerune inflan:mation qui occasionnera la surdité. L’abcès venant à s'ouvrir spontanément , le pus peut se faire jour à travers les parois de la trompe, refluer dans l'intérieur de l'oreille et y produire les plus grands désordres.
Il importe donc de bien distinguer le cas où l'abcès du pilier postérieur du voile du palais appuie sur la trompe d'Eustache. La dureté
d'ouïe , les bourdonnemens , et souvent une douleur aiguë qui se propage dans l'oreille interne, sont les signes auxquels on connaît que l’abcès est très près de la trompe. En portant le doigt indicateur sur la tumeur , la fluctuation plus ou moins manifeste sera la raison déterminante qui portera à hâter ou à différer l'ouverture de l’abcès; au reste, on doit pratiquer cette ouverture le plus tôt possible.
On ouvrira cet abcès à la partie la plus déclive. La manière de l'ouvrir et les instrumens dont on se sert sont décrits dans tous les traités de médecine opératoire.
Je finirai ce paragraphe par quelques exemples de ces espèces d’abcès; je les puiserai, surtout, dans les Œuvres posthumes de notre Jean- Louis Petit.
Cet auteur, après avoir parlé des abcès des parties qui environnent l'oreille, dit:« Mais il y « en a de bien plus fâcheux, dont le pus attaque « l'oreille interne, perce la membrane du tam- « bour, fait son foyer de la cavité qu'on nomme « la caisse, détruit les attaches des muscles du « marteau, de l’étrier et de l’enclume Je crois « bien que le pus ne se forme pas d'abord dans « cette cavité; mais celui qui s’est formé au de- « hors y entre, soit par la trompe d'Eustache, « soit par le conduit auditif de l'oreille externe, « ou par les deux ensemble. Dans ce dernier cas,
le pus sort, et paï la bouche et par l'oreille, mais ce n’est qu'après avoir causé des accidens affreux, des frissons etdesfièvresirrégulières. » PR Suivant ce que j'ai dit ci-dessus, il semblerait, continue cet homme célèbre, que les äbcès dont je parle, ayant une double issue, devraient être moins fâcheux, ce qui n’est pas, parce qüe dans ceux-ci le pus séjourne dans des cavités osseuses dont les parois ne peuvent être rapprochées; il est à l'abri de toute compression, 1l y séjourne , carie les os; et cette carie ne peut être soignée par aucun topique; elle est même inaccessible à touté opération efficace; il n'y a que les injections dont on puisse tirer quelque secours(r); mais l'exfoliation qui est le plus grand bien qu’on puisse souhaiter dans le traitement des caries des autres parties du corps, est infructueuse dans celle-ci, par la difficulté de tirer les pièces exfoliées. Elles deviennent en quelque facon, nuisibles, comme on va le voir dans les observations suivantes(2). »
Le sujet de la première obsérvation est un
(1) Les injections telles que nous les prescrivons,
et faites dès les premiers jours que le pus est épanché dans la caisse du tambour et les cellules mastoïdiennes,
préviendront les accidens dont parle ce célèbre chirurgien,
(2) Petit, Œuvres posthumes, t. 1.
seigneur d'un âge adulte; il y avait quelque temps qu'il était malade; il avait été traité par plusieurs chirurgiens qui avaient déclaré la maladie incurable. |
Après un examen attentif, Petit reconnut que la membrane du tympan était détruite; que la surface du tambour était dénuée de son périoste; que les osselets étaient détachés et cachés dans un coin de la caisse et inaccessibles à la sonde, à tel point que Petit crut que la suppuration les avait entrainés. Mais un jour, comme il faisait des injections, l'enclume et l’étrier sortirent ensemble; le petit os lenticulaire, Jl'étrier et la longue branche de l’enclume étaient enkilosées, de ianièré que ces trois osne faisaient qu'une seule pièce.Quelques jours après le marteau sortit à la faveur d'une injection poussée avec plus de force qu'à l'ordinaire(1).
« Quelquefois , dit notre auteur, il sortait « du pus en assez grande quantité. M'étant ap- « perçu au bout de quelque temps qu'il en sor- « tait beaucoup plus que la caisse du tambour « n'en pouvait contenir, et que ce foyer, dont « toutes les parois étaient osseuses , n'en pouvait
(x) Les injections dont Petit se servait, et qu’il variait selon les cas, étaient des décoctions d’orge ou d’aristoloche longue et ronde ,; quelquefois de gayac ou de sassafras, dans lesquelles il mêlait souvent l’eau de chou, l’eau vulnéraire, de plantin, de joubarbe, etc.
fournir par lui-même, je jugeai que la matiere purulente devait venir d’ailleurs ; et comme il n’y à que deux voies par lesquelles le pus puisse entrer dans la caisse, savoir : le conduit dé l'oreille externe , et le conduit d'Eustache : que du côté externe il n'y avait aucun gonflement , qu'en pressant tous les environs, il ne sortait rien par le canal, je ne doutai point que le pus n'entrât dans la caisse par le conduit d'Eustache. Je portai le doigt dans la bouche,
je pressai l'amygdale, il en sortit du pus qui entra dans la caisse, et j'en fis sortir en injectant; ce qui me donna occasion de faire quelques questions au malade. 11 m apprit une circonstance que j avais ignorée, qui est qu'avant son mal d'oreille il était sujet au gonflement de cette amygdale, gonflement qui quelquefois se dissipait de lui-même, et d’autres fois se terminait par suppuration, et auquel il n'était pas sujet depuis la suppuration de l'oreille. Cette circonstance me fit penser, continue Petit, que cet abcès, percé dans la trompe d'Eustache, était la source du pus qui sortait par l'oreille, et ques'ilensurvenaitune assez considérable pour percer du côté du gosier, de manière que les injections faites par l'oreille pussent sortir par cetle ouverture, on nettoierait plus facilement l'oreille. En effet, quelque temps après, l'amygdale gauche se
gonfla de nouveau , s’abcéda el s ouvrit derrière Fe voile du palais, de sorte qu’ on ne pouvait pas voir l'ouverture. Le malade crachait du pus; il en sortait par l'oreille. Pour profiter de cet avantage procuré par la nature, c'est-à-dire de l’ouverture qui s'était faite au gosier, je fis faire une nouvelle seringue dont le bout se terminait en olive, pour boucher si exactément le canal extérieur dé l'oreille, que la liqueur injectée ne peut sortir ; de manière qu ‘étant poussée avec force, elle peut se faire passage far le canal d'Eustache, et sortir par la bouche; ce qui réussit parfaitement pendant quinze jours,
après lesquels l'injection passa difficilement, et peu-à-peu, ne passa plus du tout, et le malade
guérit (1). »
Le même auteur rapporte une autre observa-
tion ; la personne qui en fait le sujet estun enfant qui avait été tourmenté d’une douleur d'oreille, avec perte de l’ouïe de ce côté (il ne ditr pas lequel). Après un an de souffrances, le malade fut surpris tout-à-coup d’un frisson considérable à la suite duquel il eut une fièvre accompagnée de délire. On lui fit une saignée du pied dans le fort de son accès; 1l s'endormit ; on le réveilla parce qu'on apercut son oreiller couvert de sang et de pus; ilse trouva sans douleur , et peu de temps
après sans fièvre.
(1) Ouvrage cité.
Les infusions d’eau d'orge auxquelles on faisait entrer un peu d’eau vulnéraire, ont été employées jusqu'à la terminaison de la maladie. Au bout de quinze à vingt jours de leur usage, les osselets de l'oreille , une portion osseuse du conduit auditif externe et un fragment de la fenêtre ovale sortirent successivement. « Ces maladies, dit ce « grand maitre , sonttoujours très longues, mais « elles ne se terminent pas toujours aussi heu- « reusement (1). » |
Les faits dont je viens de donner l'extrait détaillé sont très intéressans sous tous les rapports. Dans le premier on voitune maladie grave, ayant son foyer dans la partie postérieure de l’amygdale gauche et du pilier externe du voile du palais. Cet abcès , apres s'être ouvert et fermé plusieurs fois , se fit jour à travers les parois de la trompe d'Eustache; le pus s’épancha dans Ja caisse du tambour, y détruisit la membrane qui le tapisse, désorganisa, détacha les osselets, et rompit enfin la membrane du tympan.
Cette maladie a duré douze ans. Ce n'a été qu'après un nouvel engorgement de l’amygdale du même côté, qui s’est abcédée , et dont l’abcès s'est ouvert à sa partie la plus déclive, derrière le voile du palais, età la faveur des injectionsdétersives, que le foyer de la suppuration a été tari
(1) Ouvrage cité,
| 250 et le malade guéri, mais avec perte de l'ouie de l'oreille gauche.
Si le célèbre Petit eût donné ses soins à ce malade dès l'invasion des premiers engorgemens, je ne doute pas. qu'il n'eût prévenu la rupture de l'abcès dans la trompe d'Eustache en incisant, avec précantion , la glande amygdale. Par cette opération, qui par elle-même n'offre ni difficulté ni danger, on eût tout à la fois épargné de longues douleurs au malade et conser vé un organé précieux (1).
(x) Le fait suivant va prouver la vérité de cette assertion :
cc Rosalie C..., dit le docteur HE Re ,. avait été « fort sujette à des esquinancies tonsillaires. Depuis « plus d’un an, l'augmentation de volume de lamyg- « dale droite était accompagnée de tintement et de « surdité à l'oreille de ce côté. La malade eut une es- « quinancie en décembre 1899; le mal fut précédé de « frissons, et quelques idées disparates se manifestè- « rent après une saignée du bras. La malade s’endormit « pendant quelques heures, et dans son sommeil sa « coiffe et son oreiller Ééront inondés de pus sanguicc nolent qui s’écoulait par le conduit auditif droit. La « douleur et le délire cessèrent; mais l’oreille conti- « nua de fournir un peu d’écoulement, Quelques mois « après, il survint une nouvelle esquinancie, et l’écou- « lement par le conduit auditif cessa. Malgré les injec- « tions détersives répétées fréquemment , les moyens « antiphlogistiques appliqués à l’inflammation n’em- « péchèrent pas que vers le dixième jour l’amygdale droite ne devint fort grosse, qu’un empâtement ne
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On serait encore parvenu à ce but, si, dès que l'abcès se fut ouvert dans la trompe on eût fait par ce conduit des injections émollientes et détersives dans la caisse du tambour. Si la guérison ne s'en fût suivie, au moins on eût empêché le pus de séjourner dans l'intérieur de l'oreille et d'y causer les ravages dont nous venons de parler
Il paraît que chez ce sujet, la trompe d'Eustache était oblitérée, ou obstruée près de son pavillon, par suite de l'inflammation ; car, si ce canal eût été libre , le pus serait sorti, au moins en grande partie, par la bouché et par le nez, et les injections que l'on faisait par le conduit auditif externe n'auraient pas cessé de passer par ces deux voies; tandis qu'après la cicatrisation
« se formât dans le voisinage, et que la bouche n’exhalât une odeur très fétide. La langue abaissée au « moyen d’unespatule, etla mâchoireinférieure main- « tenue éloignée de la supérieure, par linterposition cc d’un bouchon de liége entre les dents molaires, cc l’abcès fut ouvert avec le pharyngotome; il en sortit « du pus et beaucoup de sang noirâtre. Cette opération « soulagea la malade à l'instant, et quelques garga- « rismes détersifs terminèrent la guérison, Depuis lors, il n’y a plus eu d'écoulement par le conduit auditif, de douleur, ni de dureté d’ouie à l'oreille « droite. La malade fit un usage habituel du garga: « risme prophilactique de Quarin, composé avec l’infusion de feuilles de sauge et de fleurs de roses rouges avec la liqueur minérale anodyne d'Hoffmann. »
de l'ouvertureaccidentelle de la trompe, les injections n'ont plus passé ni par la bouche ni par le nez.
La maladie du second sujet était plus sourde, le siége de l’abcès était dans l'oreille interne mémé, du moins en grande partie ; l’éruption inopinée du pus par l'oreille externe, la sortie successive des osselets, des fragmens du cercle osseux du conduit auditif et de la fenêtre ovale, après quinze jours d’usagedes injections, ne laissent aucun doute à cet égard. ÿ
Désormais on pourra aller au devant de pareils accidens en portant , de bonne heure, dans l’oreille interne , des injections émollientes par la voie de la trompe d'Eustache. Dans ce cas, les injections doivent être poussées avec beaucoup de ménagement, pour éviter d'irriter davantage les parties enflammées et douloureuses à un point excessif; puis à ces injections il faut en faire succéder de détersives, comme les eaux minérales de Baréges, de Balaruc, l'eau rose miellée, etc.