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INTRODUCTION

Quand on se livre à une étude clinique suivie et rigoureuse du retentissement des diverses maladies de l'enfance sur le cœur, on ne tarde pas à se convaincre que cet organe, pendant les quinze premières années de la vie, est beaucoup plus souvent compromis, dans sa structure et dans ses fonctions, qu'on ne le pense communément. Aussi ne peut-on se défendre d'un sentiment de surprise en voyant que des auteurs très-recommandables, qui ont écrit, au commencement de ce siècle, sur la pathologie infantile, ont passé sous silence cette classe de maladies. Parmi eux, nous pouvons citer Gardien et Underwood (1), dont le traité a joui d'une certaine vogue et a été traduit sous les auspices d'un des maîtres en cette matière, Jadelot. — Ce délaissement regrettable de toute une classe de maladies, d'une importance et d'une

(1) Traité des maladies des enfants, de M. Underwood, traduit par Eusèbe de Salle, avec notes de Jadelot,

— u — gravité extrêmes, reconnaît plusieurs causes. — D'abord il était presque Je tradition que le cœur ne devait pas devenir malade chez les enfants, et comme les médecins qui pensaient ainsi ne possédaient pas nos merveilleux moyens d'investigation, les troubles fonctionnels qui sont spéciaux aux cardiopathies étaient vaguement décrits et jetés pêlemêle dans les classes si élastiques des dyspnées et des cachexies.

L'auscultation, aidée de la percussion, pouvait seule mettre un peu d'ordre dans ce chaos, et répandre quelque lumière dans tant d'obscurités.

En réalité, l'étude des affections cardiaques ne date que de ces dernières années; elle est pour ainsi dire contemporaine.

Les premières investigations précises sur ce sujet ont exclusivement porté sur les adultes et les vieillards. Il faut ajouter que des difficultés tenant au caractère fugace, difficilement saisissable des phénomènes fonctionnels qui traduisent les altérations du cœur chez l'enfant, n'ont pas peu contribué à perpétuer l'ignorance que nous cherchons à faire ressortir.

Cependant il ne faudrait pas croire que l'esprit de certains observateurs n'eût pas été éveillé dès longtemps sur ces manifestations, qui décèlent un trouble de l'organe central de la circulation dans le jeune âge : il n'était pas possible que de pareilles manifestations échappassent complètement à des observateurs tels que Guersant, Billard et leurs élèves. Si Guersant, en particulier, n'a pas fixé d'une manière spéciale son attention sur ce sujet, il n'en a pas moins dans différentes occasions, et surtout dans ses leçons cliniques faites à l'hôpital des Enfants, que la tradition scientifique a enregistrées, fait ressortir, nous ne dirons pas seu-

lement toute l'importance des maladies du coeur dans certaines conditions du jeune ùge; mais encore (et ceci est plus caractéristique) leur gravité exceptionnelle à cette époque de la vie. Nous donnerons plus tard des preuves évidentes de cette assertion.

Quant à Billard, de tous les auteurs voués à l'étude des maladies de l'enfance, il est sans aucun doute l'un de ceux qui, dans une époque antérieure, ont le plus insisté sur la fréquence inconnue, la gravité et la détermination clinique des maladies cardiaques chez l'enfant. On l'a taxé d'exagération sur ce sujet; mais cette prétendue exagération est aujourd'hui ce qui, selon nous, constitue son principal mérite.

Du reste, n'ouhlions pas que Corvisarl avait apporté déjà, dans cette partie de la pathologie, le riche tribut de ses belles recherches. Après lui, et comme sous son impulsion, on vit paraître les remarquables travaux de Bertin, Bouillaud, Laennec, Andral, etc.

Il est facile de comprendre l'influence que de pareils travaux devaient exercer en peu de temps, sur l'étude jusqu'alors négligée des cardiopathies infantiles. Cette influence, en effet, n'a pas tardé à porter ses fruits; et, dans ces dernières années surtout, la pathologie des enfants s'est enrichie de documents précieux relatifs aux maladies cardiaques, et en particulier aux causes morbides qui président à la détermination de ces maladies.

L'étude si complète du rhumatisme dans le jeune âge, et des relations de la diathèse rhumatismale avec une affection dont la fréquence est si connue à cette période de l'existence, nous avons nommé la chorée, n'a pas peu contribué au progrès réalisé sur ce sujet. Personne n'ignore la remarquable part qui revient dans ce progrès aux travaux de

f. Sée (1), Botrel, Roth et Bright (2) lui-même, auquel n'avait pas échappé cette relation intime entre la chorée et le rhumatisme, et, partant, entre ces affections et les déterminations morbides du côté de l'organe central de la circulation.

Mais il faut l'avouer, malgré ces travaux, bien des desiderata restaient encore à combler dans ce chapitre de la pathologie de l'enfance, surtout au point de vue de l'étude sémio- -logique.

La fréquence réelle et bien appréciée des maladies du cœur chez l'enfant, les modifications des signes rationnels de ces maladies, les caractères bien établis de leur diagnose, laissent un champ libre, qui n'a commencé à être bien cultivé que depuis les intéressantes recherches de notre excellent maître M. le docteur Roger (3).

Aux travaux dogmatiques et classiques de MM. Rilliet et Barthez en France, de M. West en Angleterre, et en Allemagne de MM. Lambl et Loeschner, Friedreich, Bamberger, Gerhardt, etc., revient aussi une part réelle dans les progrès accomplis en cette matière.

Il paraît peut-être téméraire d'entreprendre, après de pareils maîtres, un Essai sur les maladies du cœur chez les enfants. Mais si humble que soit l'ouvrier, il a sa tâche à remplir. Nous poursuivons la nôtre avec persévérance depuis plusieurs années, recueillant au lit du malade et dans les archives scientifiques tous les faits qui peuvent éclairer d'un

(1) Tome XV des Mémoires de l'Académie de médecine; Sée, De la chorée; Rapport du rhumatisme et des maladies du cœur avec les affections nerveuses et convulsives, mémoire couronné. 1850.

(2) London medico-chirurgical Transactions, 1839.

(3) De la chorée^ du rhumatisme et des maladies du cœur chez les enfants (chorée cardiaque); Arch, gén. de méd., 1866, 1867, 1868; H. Roger, Suite d'études cliniques.

jour nouveau ce sujet plus fécond peut-être qu'on ne l'imagine.

Avant d'aller plus loin, nous devons remercier notre ami M. le docteur Charles Mauriac, dont l'excellente thèse sur les maladies du cœur et les bons conseils nous ont été d'une grande utilité.

Qu'il nous soit permis aussi de dire que dans cette étude, nous avons été soutenu par une prédilection spéciale et traditionnelle pour les maladies des enfants.

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