‹ Essai sur les monnaies de Charles 1er, comte de ProvenceChapitre 100 sur 183 · ARMES · texte numérisé non relu

ARMES

Après avoir énuméré les prix des animaux, des vêtements et des maisons, je passe à ceux des armes.

Je n'ai rien à dire sur les armes défensives corporelles : je n'ai trouvé aucun renseignement sur leurs prix ; j'en ai quelques-uns sur les armes offensives.

La principale était l'arbalète.

(1) De loquerio cuiasilam domus dicli Britoni, in qua manobant seu lenebant pro pignore Pla'entini, pro prima pagua Irium paguarum anni presenlis, a feslo sancli Micliaelis citra, xi l. ; — pro loquerio domorum Bealricis Borre, XV s.; — de loqvierio domorum Symeonis Lageti u>que ad fesium Beau Jlichaelis ultime preterito, xix 1.; — de loquerio domorum Britoni, pro duabus et ultimis paguis usque ad festum Sancli iMichaelis ullimo preterito, X 1. X s. ; — de eodem, pro prima pagua irium paguarum anni presenlis, V 1. VIII 3. un d.; — de loquerio quaruradam domorum Joliannis dirti Magislri, pro anno, in festo Sancli Michaelis, xiii I. ix s.; — pro loquerio domorum l^oncii, candelarii, usqu>' ad festum Sancli Michaelis uliimo preierilo, II 1. XIX s.; — pro loquerio domu> Martini Joliannis et Dulcie ejus fiiie, usque ad festum Sancli Michaelis uitimo preierilo, i I. xiii s,; — de loquerio domus Hugonis de Veringono, pro duabus irium paguarum anni presenlis. a Pascha citra, il.; — pro loquerio alterius domus ejusdem Hugonis, pro anno conpleto in festo Sancli Michaelis ullimo preterito, il.; — pro loquerio domorum Dulcie Bonifacii, i 1. vi s.; — pro loquerio domus cujusdam orli cum facheria cujusdam terre Ermesendis de Portu, ii 1. x s. et annone xxxu emine; — pro loquerio domorum Pétri Durandi, cum facheria cujusdam vinee ejusdem, i l. xvii s.; — de loquerio domorum cum facheria cujusdam vinee Hugonis de Cheraco. i 1. ix s. vi d. ; — pro loquerio domorum cum facheria cujusdam terre, eslimalarum et datarum in paguam Curie a Johanne Jordano, pro dote Auriane. uxoris sue, ii 1. ; — item, pro loquerio cujus'lam orli ejusdem Dulcie pro aono conpleto et finito in carniprivio ultimo preierilo, vil. XV s.; — item, de eodem orto, pro prima pagua Irium paguarum carniprivio citra, ii 1. m s. m d. (B. 1501, folio 36.)

Une arbalète commune valait environ 8 s. = 7 fr, 48. (1) L'arbalète était manœuvrée à l'aide d'un croc avec lequel la main droite tirait la corde, ou bien à l'aide d'un mécanisme àmanixelle nommé tour.

Le croc neuf (2) coiÀtait de 4 s. Vj à 5 s. = 4 fr. 21 k 4 fr. 6R.

L"arc de l'arbalète était en corne dans les meilleurs engins de ce genre nommes, pour ce fait, arbalètes de corne.

Les arbalètes de coine, très recherchées en Provence, sous Charles I"", n'y étaient généralement pas fabriquées, mais y venaient d'outre-mer : de Syrie et d'Egypte ; peut-être aussi de Baibarie. Chaque navire, en arrivant de l'im de ces pays au port de Marseille, était tenu de fournir à la commune une arbalète de corne, soit de deux pieds, soit à tour, selon son tonnage.

Le tour avait un prix supérieur au croc : il coiÀtait environ 6 fois plus. (3) Comme l'indiquent clairement les textes, le tpur proprement dit n'était pas fixé à l'aibalète provençale : c'était un engin indépendant auquel l'arme s'adaptait par un appendice. Cet appendice faisait partie de l'arbalète et, mis en mouvement par le tour, il amenait sans peine l'enroulement de la corde, et, du coup, le bandage de l'arc. Une aibalète à tour avait ou pouvait avoir plusieurs fois la valeur d'une arbalète à croc, même à deux pieds. (4)

(1) Pro una bnlistaempta et posila in turri Tholoni, viii s. (Ibid. folio 6'.)

(2) Pro ilu'jl)us iluodenis crocorum novoriim et vu crociiis veleribas, emplis et po^ilis in clavaria, vi I. xi s. ii d.; — pro du »bii.s crociiis bali'^larum emplis et jjob-tis [in lurri Tiio'oni] x s. (Ibid. folio 41, recio, et 61, verso.)

(3) Pro diiobns ttiinis emplie balistarnm, mnndalo sonescliaici et porlatis Aqnis. lxi s. mi d. luroiiensium; - pro quoi. im Uirno posito [m Castro Sancii Marin li]. xxxv s. ix d. (lliil. folios .'iS el 39, rccIo)

(4) Sii in ipsius [rertoris Massiiic] elictiuiie aul consulum quoi de

duobus jedibus pro una de loruo. (àtof. Mais. I, xlvu.)

Si les arbalètes étaient, en partie, fabriquées outre-mer, les cordes des arcs et les carreaux l'étaient tous en Provence.

Le fil coûtait de 10 à 1 1 d. ^ 0 />. 78 à 0 fr. ><5 la livre. (1) Etait-ce le prix de la grosse ou de la petite livre ? Je ne le sais pas exactement ; toutefois, s'il s'agissait de la grosse livre, le texte en porterait, je crois, le nualificatif La petite livre de Marseille pesait, d'après mes calculs, 381 e""- 89 et Toulon faisant partie du vicomte de Marseille, devait, à mon avis, en avoir le système pondéral.

Le fer et le bois étaient employés pour la fabrication du carreau d'arbalète : le bois, en Provence, sous Charles I'''", en était nommé flèchon; ('2) je ne connais pas le nom spécial au fer de l'arme. Deux quintaux et 31 livres de fer, achetés à cet effet et portés à Toulon, coi^itèrent, en 126 1, poH compris, 11 s. 9 d., c'est-à-dire, sans le port, Il s. environ par quintal de 100 1. = iO fr. '29. Quant au charbon nécessaire à leur mise en œuvre, il coûta 12 s. 2d. = /i fr. 3S. (3)

Quelle quantité de carreaux pouvait-on faire avec ces 231 livres de fer = 88 kilos '/jj environ, car, d'après les statuts marseillais de 1228, le fer était pesé à la petite livre ?

Parmi les statuts siciliens du XIII^ siècle, transcrits dans le Cartiilariiim Nenpolitanum des ïirch'wes de Provence (B. 269, f°xxxvi, r»), il en est un fort laconique, où l'on peut trouver la solution au moins approximative de la question. Voici le texte de ce statut :

(1) Pro XXX libris fili empli et positi [in castro Tholoni]. xxvri s. vi d.j — pro miiibris fili .tI balistas empti el positi 'biilem, m s. ix il ; — pro xxv libris fili empli et positi in caslro de AlauJio, ai cordas balislarum, xxj s. (B. 1501, folios 61 el 39.)

(2) Pro fusia empla ad faciendnm fl-chonos et eisdem faciendis et portandis apud Modium, viii l. x s uii d. (Ibid. folio 53, recto )

(3) Pro 11 quintalibus et xxxi libris ferri empli et portati in Castro [de Thûltino], ad facien lum carellos, xwir s. xi d. ; — pro carbone empto pro opère dicti ferri, xii s. ii d. (Ibid. folio 61.)

« De quolibet cantaro ferri grossi ûiint, ad expensas magis- « trorum, quarelli m. ii. c. ad unum pedem et quarrelli « VIII. M. LX ad duos pedes. »

Le cantaro ou quintal sicilien pesait 250 livres, c'est-à-dire, à 26 s<- 35 l'once ou 316 §■"• 20 la livre, 79 kilogrammes environ. Avec ces 79 kilogr., on fabriquait 1,200 carreaux d'un pied et 8, ('60 de deux pieds. Avec la quantité de fer portée à Toulon (88 kilos */^) on dut fabriquer environ 10,000 carreaux^ soit de l'un soit de l'autre format.

Le charbon nécessaire à la forge du fer coûtait près de la moitié du métal et les prix des autres fournitures et de la maind'œuvre égalaient environ cinq fois le total des prix du métal et du charbon, car 6,000 carreaux coûtèrent 15 1. de royaux coronats, = 254 fr. 08, c'est-à dire 7 d. = 0 fr. 49 la douzaine, ou plus exactement 5 s. = 4 fr . 23 le cent. (1)

Après l'arbalète, la lance.

La lance ferrée coûtait environ 2 s. 6 d.= 2 fr. 33 ;iO0 lances ferrées et 6 hampes de lance coùtèrent4 1. 2 s. 10 d., y compris le transport de Marseille à Aix. (2)

La lance était l'arme des sergents, comme l'arbalète, des arbalétriers. Aux sergents encore, si je ne me trompe, appartenait la manœuvre du javelot, « jaterolus seu jaculum cum « hasta, » jaculum ou jaterolus étant le fer; hasta, le bois de l'arme.

L'arme ressemblait à un épieu, c'était une variété de pilum; d'où les anciens termes français d'espié et de pylés.

(1) Tn VI milia carelli.'!, xv 1. regalium r.oronatorum ; — pro v dozenis cairellorum missorum de Aquis apud Peiiolas, m s. (B. I.î00, folios 90 et 62, verso.) Dans ce dernier cas, et plusieurs des préciSlents et suivants, les frais de transport doivent être ajoutés au prix des objets.

(2) Pro c lanzeis ferratiset vi «on ferratis, deportatis Aquis, cum porlagio, xiiu l. II s \ d. turonensium (B, IriOi, folio 38. recto.) Sur les sergents à lance, Cf. Joinville, thotoirc de Sainl- imis. éd. de Wailly, $ 642, et les excellents éclaircissements de M. N. de Wailly, p. 470.

Le javelot avait une valeur près de dix fois supérieure à celle du carreau ou carrelet. (1) Il coûtait environ 5 d. ''2 '^ pièce = 0 fr. 45 ou 5 s. 5 d. la douzaine, = 5 fr. 14 ou 2 1. 5 s. 3 d. 1/3 le cent = 42/"/'. 90.

Outre les prix de l'arbalète, de la lance et du javelot, les comptes de Charles 1er mentionnent ceux du rampagol et de la rampoulle, grappins de fer emmanchés de hampes. (2) Ces armes valaient 3 s. 3 d. Va = ^ /**• 07 l'une.

J'en ai fini, sinon avec les armes provençales du XIII» siècle, car il en existait d'autres, du moins avec les prix de ces objets tirés des documents.

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