‹ Essai sur les monnaies de Charles 1er, comte de ProvenceChapitre 116 sur 183 · IV. — PRIX DIVERS · texte numérisé non relu

IV. — PRIX DIVERS

I. J'ai suivi, pour la disposition du tableau d'équivalence des prix divers, un ordre analogue à celui du tableau des salaires, et je l'ai divisé en catégories.

i. Animaux. — Dans la distribution de ces catégories, j'ai fait aux animaux domestiques la plus large part, une part

DE CHARLES l" 4'25

proportionnelle à leur constante et universelle utilité au double point de vue de l'aide et de la subsistance.

Les bêtes de somme et de trait sont placées dans la première catégorie ; j'en ai toutefois exclu les bœufs, car s'ils sont utiles au labour, ils sont indispensables à la nourriture de l'homme ; ils forment, avec les vaches, la deuxième catégorie. Le porc remplit la troisième. Les moutons, les brebis, les chèvres composent la quatrième, et la volaille, la cinquième. La sixième comprend tous les animaux de chasse.

Je ne me suis pas toujours arrêté aux prix locaux, dans les calculs d'équivalence de ces catégories, et j'ai cru devoir, en plusieurs cas, leur préférer les prix d'abattoir et de marché, par exemple, pour l'évaluation des bestiaux enlevés aux Avignonais par les gens de Marseille et du comté de Forcalquier.

2. Literie et vêtements. — La septième catégorie est celle de la literie et des vêtements.

La confection des habits est pratiquée aujourd'hui dans les conditions les plus diverses. Ici, le tailleur rappelle celui du moyen âge, à la liberté près de la concurrence et du prix. L-'), le tailleur est tout autre • c'est un entrepreneur de costumes, utilisant toutes les ressources de la machine et de la division du travail pour satisfaire, par l'économie et la promptitude, aux exigences d'un débouché impérieux, incessant. D'où, une diversité inouie dans les prix de façon, abaissés ici à 70 et même 60 centimes, élevés là à 5, 10, 15 francs pour un vêtement d'égale forme et de pareil usage. Ce fait industriel se produit dans les grandes villes et particulièrement à Marseille, mais les conséquences s'en étendent partout et j'y ai pris garde dans mes calculs d'équivalence en établissant les prix actuels, pour Marseille, au décuple, et hors de cette ville, à un multiple moindre et proportionné à l'importance du lieu, en général au sextuple des prix anciens.

Le prix de couture de la peau est partout à peu près uniforme ; il n'atteint pas à Marseille et ailleurs dépasse peu celui de la façon moyenne du vêtement ; je l'ai porté à sept fois environ le prix ancien.

Il m'a paru superflu de reproduire, dans le tableau suivant, le tarif marseillais donné tout au long ci-dessus (1); je me suis borné à en indiquer en trois sections le nombre des articles et ]e total des prix.

Quant au drap, il variait considérablement de valeur selon la quantité. Le drap grossier et non teint était d'un prix un peu inférieur ou semblable à l'actuel, et le drap très-fin et de couleur, surtout écarlate, valait plusieurs fois son similaire d'aujourd'hui.

Les articles dans lesquels la façon et l'étoffe sont évaluées en un seul chiffre, ont pour équivalents de prix, des sommes à décomposer en prix de la façon actuelle, déterminés comme je viens de le dire, et en prix actuels de l'étoffe, à peu près semblables à ceux de jadis. Il est nécessaire de faire ce décompte, si l'on veut bien apprécier les calculs d'équivalence.

A cette occasion je reviendrai sur la signification attribuée précédemment (2) au mot robe. Une tunique de servante ayant coûté, d'achat d'étoffe, 36 fr. 04, il est difficile de porter à quatre le nombre de vêtements composant chaque robe des baillis d'Apt et de Moustiers, car le prix total d'une robe était à peine de 37 fr. 44. Il faut, dans ce cas, entendre ce mot comme on le fait aujourd'hui ; d'autre part, la robe d'un trompette marseillais et celle d'un gérant du Muy ayant coûté 56 fr. 16 l'une, il convient, dans cet autre cas, de considérer le mot robe comme désignant non pas un seul mais au moins deux vêtements ; du reste, les habits du prieur d'Aix coûtèrent

ensemble 39 fr. 29, façon comprise. Mes calculs d'équivalence, fondés sur ces considérations, rectifient quelques-uns des chiffres auxquels j'ai fixé plus haut (1) les façons d'habit des employés de l'administration provençale.

J'ai placé dans cette catégorie les prix des sacs ayant servi d'enveloppe au biscuit préparé pour l'expédition de Sicile (2).

3. Maisons. — Les prix d'achat et de location se sont considérablement accrus depuis le XIIP siècle, sous l'influence, d'un côté, de .la plus value du sol bîiti, proportionnelle à l'importance des localités ; d'un autre, de l'élévation de la main d'œuvre et du prix des matériaux. Les deux dernières causes ont seules agi sur l'accroissement des prix do construction. On peut puiser dans la comparaison des prix anciens de cette catégorie et de leurs équivalents, une idée assez juste du degré d'importance successivement atteint par certaines villes et notamment par Nice, où les loyers sont parvenus à être jusqu'à plus de trente fois supérieurs à ceux du XIII« siècle.

4. Armes. — L'arbalète commune coûterait de construction environ 16 tr.; le croc, proportionnellement moins, et l'équivalent de 5 fr. serait élevé, si ce chiffre ne s'appliquait en outre aux accessoires du croc.

Je n'ai pas établi sur les mêmes bases d'équivalence les prix actuels de la lance, du grappin et des fers de carreau : la lance, découpée dans une plaque, coûte peu à établir ; le grappin, forgé pièce par pièce, coûte davantage ; les fers, les pointes de carreau, préparés en nombre, le seraient aujourd'hui par des procédés expéditifs et à bon marché.

5. ISavires. — La construction des navires était, au XlIIe siècle, d'une cherté excessive et j'en aurais même élevé les prix

(1) Ibid.

(2) Cf-dess. p. 390.

au-dessus des chiffres actuels, si, grâce aux conseils de l'un des commissaires généraux les plus expérimentés de notre marine (1), je n'avais été amené à modifier un peu les résultats de calculs faits, de concert avec nos plus habiles constructeurs marseillais, sur les chartes de construction navale éditées par M. Jal (2). Ces chartes se rapportent, il est vrai, à des navires employés au transport de troupes, mais les navires de commerce devaient logiquement être soumis aux mêmes règles de construction. Un vaisseau à trois ponts de 500 tonneaux de déplacement, c'est-à-dire capable de porter, dans les mesures et avec les appendices indiqués par les textes, un millier de passagers, coiitait au XlIIe siècle, 7.000 livres de tournois soit environ 140.000 fr.; un navire de mêmes dimensions, de même tonnage, coûterait aujourd'hui environ 135.000 fr.

Toutefois et pour le motif indiqué plus haut, non-seulement je n'abaisserai pas le prix actuel au-dessous du prix ancien, mais j'en ferai l'équivalent d'une fois et demie celui-ci et je tirerai de cette donnée des déductions admissibles sur le tonnage inconnu de navires à prix connu et vice-versa. Je me suis fondé sur cette règle pour indiquer la contenance approximative des navires de commerce évalués dans la 10e catégorie du tableau suivant, en tenant compte de deux faits dominants, à savoir : 1^ la différence de valeur du neuf et du vieux, 2° la diminution de prix produite par la vente forcée et judiciaire. Ces deux causes subsistant aujourd'hui comme au XIII» siècle et produisant les mêmes effets, on peut par le présent apprécier le passé et appuyer les calculs d'équivalence et de proportion

(•1) M. Michelin, commissaire général de la marine, à Marseille.

(2) Champollion-Figeac. Documents historiques inédits tirés de la Bibliothèque royale, Paris 1841, in-4», l. 1, p. 516. (Collection des documents inédits sur l'histoire de France.)

des anciens prix et tonnages de navires marseillais sur des bases très-probables. Deux navires vendus aujourd'hui par autorité de justice, dans de très-mauvaises conditions de vente et d'état, au prix de 2.250 fr. et de 3.750 fr., ne pourraient pas avoir plus de 30 à 50 tonneaux de jauge : le tonnage du Saint-Antoine et du Saint-Sauveur devait donc être approximativement de 45 à 75 tx. environ (1).

Autrefois, le nolis atteignait presque le prix de construction quand il s'agissait d'expéditions lointaines et de longue durée, d'une année par exemple, et quand l'expédition était d'environ deux mois, comme ponr la galère de Barracan (2), il s'élevait encore au cinquième du prix de construction. Ainsi, cette galère, ayant coûté à construire environ 18.000 fr. fut nolisée moyennant 3.744 fr. pour un voyage à Civita-Vecchia ; louée ensuite pour un voyage à Gènes, elle coûta 1.780 fr. de location. Aujourd'hui le nolis, très-rare dans ces conditions, est d'un prix beaucoup moindre. Dans le premier cas, il ne dépasserait pas un neuvième du prix de construction, et, dans le second, un quinzième ; mais le prix de construction de la galère, contrairement à la règle posée pour les autres navires serait presque le double de celui du XIII^ siècle. Cela tient sans doute aux différences de difficulté de construction- de la galère et des autres formes de navires.

Tonneaux (3). — Je n'ai pas d'explication à fournir sur les équivalents des prix de cette catégorie^ calculés avec le plus d'exactitude possible.

7. Métaux ouvres (4). — L'argenterie brisée et destinée à la fonte se paie, en moyenne, 200 fr. le kilogramme ; l'argen-

(1) Cf. ci-dessus, p. 391, les prix anciens de ces navires.

terie d'occasion, 210 fr.; l'argenterie dorée a plusieurs prix. Ici, il s'agit d'une dorure du prix ancien de 3 fr, 95 par marc ; en ce temps- là, l'or valait environ 12 fois l'argent, il vaut aujourd'hui de 15 à 16 fois plus; j'ai tenu compte de cette différence dans mes calculs d'équivalence. Je ferai remarquer, à ce sujet, la petite, la minime proportion d'or employée pour la dorure au Xllfe siècle.

Je n'ai rien à dire, quant au prix d'achat et à la main d'œuvre du quintal de fer^ mais je saisirai l'occasion, à propos du prix relativement très-bas du fer de cheval (1), de faire remarquer un fait analogue pour tous les objets censuels. Cela tenait, je crois, à l'ancienneté de ces redevances établies sans doute à une époque oiî le pouvoir de la monnaie surpassait notablement celui du XlIIe siècle.

8. Frais de nourriture (2). — I. Je n'ai pas cru pouvoir abaisser au-dessous de 1 fr. l'équivalent du coût quotidien delà nourriture de chaque membre du personnel archiépiscopal du Puy. Cependant, je l'avoue, cet équivalent est un peu élevé, mais comme il en est de même du prix ancien, le rapport des deux chiffres conserve sa justesse.

II. Je me trouve maintenant en face de l'une des questions de cet ESSAI les plus difficiles à résoudre : l'équivalence du prix du biscuit acheté, en 1264, à Marseille, pour les besoins de l'expédition projetée de Sicile.

Ce prix est de 6,057 fr. 54 (3). La détermination de son équivalent actuel exige au préalable celles du poids et de la contenance de la mesure usitée pour le blé, dans la même ville et à la même époque, du prix de cette mesure de blé, des frais et déchets précédant et accompagnant la mouture, des

(2) Ihid.

(3) Cf. ci-dessus, p. 390.

prix de revient et de vente de la même mesure de farine et enfin des frais de fabrication et de cuisson du biscuit.

Ces notions acquises, celle de l'équivalent du prix total du biscuit en sortira logiquement.

La mesure usitée pour le blé, à Marseille, en 1264, était la charge ; la charge se divisait en émines, à savoir, en 7 émines au maximum et 2 au minimum : « Qiiocl nullus faciat sau- « matam portandam in molendinum in qua sint plus quam « m emine annone...Quod nv.llus mulaterius accipiat ultra « de saumata de uivel n eminis, vel i d. (1). »

Après le XIIP siècle, le rapport de la charge à l'émine fut fixé de façon sans doute à consacrer l'usage ; mais peu à peu ce rapport perdit une partie de sa justesse, et à la fin du siècle dernier, la charge marseillaise contenait 154 litres 76 et l'émine 38 litres (2) : la première n'était donc plus un multiple exact de la seconde ; cependant, elle l'était à ^'so près. Ce V-30 perdu par l'émine à travers les siècles, je n'ai pas hésité à le lui restituer, par ce fait, à en porter la contenance au quart exact de la charge, c*est-à-dire à 38 litres 69. Corollairement, le poids d'une émine de blé est devenu du coup le quart exact décelai d'une charge et s'est trouvé établi à 30 kilogrammes, une charge de blé de 154 litres 76 pesant environ 120 kilogrammes (3).

Je passe à l'étude du prix du blé .

A la fin du Xllle siècle, on ajouta aux Statuts de Marseille, une disposition indiquant les mesures à prendre pour procurer des grains à cette ville, en temps de disette, quand le blé

(1) Méry et Gl'indon. Histoire des actes et délibérations du corps de la municipalité de Marseille. Marseille, 1845, in-8o. Stat. mass. i, 53, tome u, p. 332.

(2) Tavernier. Usages et règlements locaux ayant force de loi, Aix, 1859, in-8o, p. -168.

(3) Cf. ci-dessus, p. 34-9. note 5.

valait au moins ^ s. de royaux coronats,= 3 fr. 39 par émine, et par conséquent 8 fr. 16 par hectolitre : Ita quod emina annone valeat IV s. regalium vel plus (l).

Comme l'exportation du blé était en tout temps interdite à Marseille, en vertu du chapitre 66 du livre I^r des Statuts, comme les mêmes statuts en favorisaient l'importation par terre et par mer, cette ville devait très-rarement et surtout très-lentement en arriver à manquer de blé ; aussi, avant de s'élever à 8 fr. 76, le prix du blé, partant du chiffre normal, devait parcourir toute l'échelle de variations constituant les divers degrés de la fermeté et de la cherté.

Tels sont les motifs pour lesquels je considère le prix de disette comme environ le double du prix normal et moyen. Toutefois, ce dernier prix ne pouvait être, à mon avis, celui du blé à Marseille, en 1264, au moment des achats et des approvisionnements extraordinaires de l'expédition ; voilà pourquoi je crois pouvoir élever le prix du blé, en cette année et sur le marché de Marseille, à 5 fr. l'hectolitre.

Je reviens au prix normal . Je ne l'ai pas abaissé au-dessous de 4 fr. 38, quoique la moyenne du prix du blé, en Provence, fut alors de 3 fr. 80, parce que, pour suppléer à l'insuffisance de son terroir restreint et pour assurer son alimentation, Marseille était habituellement forcé de recourir aux blés de l'étranger, toujours grevés de frais de transport.

Ces frais de transport sur les quais et dans les magasins de Marseille, confondus avec le prix même du blé, no doivent pas l'être avec les frais de transport au moulin.

Aussi, pour faire le décompte complet dos 0,057 fr. 54 auxquels je me propose de donner un juste équivalent, il faut établir séparément :

(1) Méry et GciNDON. Ilhtoirey etc., Statuts, 1, 53, t. II, p. 3.12.

1° Le prix du blé sur les quais de Marseille ;

2° Les frais de transport au moulin ;

3" Le déchet du nettoyage avant mouture ;

4" Le coût de la mouture ;

5° Le rapport du poids et du prix de revient de la farine aux poids et prix du blé ;

6o Le rapport du prix de revient au prix de vente de la farine ;

7° Les frais de fabrication et de cuisson du biscuit.

Je reprends ces articles pour les déterminer l'un après l'autre :

1° Le prix du blé, ai-je dit, pouvait équivaloir, en 1264, à 5 fr. l'hectolitre ;

2° Les frais de transport au moulin étaient fixés par le chapitre 53 du livre I*"" des Statuts de Marseille, à 1 d. par charge de 4 émines, c'est-à-dire à 0 fr. 078 pour 154 litres ''V'oo pesant 120 kilogrammes et valant 7 fr. 738, soit environ à 1 7o du prix du blé : « Quod ynidaterius pro deferendo a accipiat de saumata r eminarum et ultra, u d.,et a y. « eminis infra, i d. (1) » Ces frais seraient aujourd'hui d'environ 1 fr. 50 °/^.

3o Le déchet du nettoyage est aujourd'hui de 3 à 4 °/^ habituellement ; il était fixé par les Statuts à 2 livres par charge, « doas libras de polverage » (2), c'est-à-dire à Va % dans le cas de la charge de 4 émines contenant 314 livres 22, à raison de 381 grammes 89 par livre. Pour la facilité des calculs, j'élèverai ce déchet à 1 °/^ .

4» Le prix de mouture fixé à Vso ou 5 °/^ du prix du blé : « Que li nionier non prengan ni retengan de la saumada

(1) Méry el GuiNDON, 1. c, p. 335.

(2) Ibid.

« que molran otre lo vinten » (1) ; ce prix est actuellement de 2 fr . 50 par charge ou de 6 % environ du prix du blé.

5° Un poids de blé ne donne pas à la mouture un égal poids de farine, car une partie du blé s'en va en issues ; cette partie varie de 12 à 30 °/^ du poids du blé, selon le degré de pureté de la farine.

Si la farine du moyen âge, toujours mélangée de son, était blutée avec nos instruments actuels, elle le serait à peine à 12 %, car aujourd'hui même on ne blute pas la farine de biscuit à plus de 20 et 18 °/^ et on se contente de 12 % en bien des cas (2).

Mais comme les instruments usités au moyen âge étaient loin d'avoir la perfection des macliines modernes, il faut porter à 30 Vo environ la quantité d'issues enlevée par le blutoir,

A ce compte, un hectolitre de blé du poids de 77 kilog. 7^ ne doit pas produire plus de 54 kilogrammes V2 de farine (3), et comme un hectolitre de farine pèse en moyenne 66 kilogrammes, il faut 95 kilogrammes 1/2 de blé pour fournir un hectolitre de farine.

En d'autres termes, il faut substituer 22 3/4 °/^ de blé aux 30 % d'issues déduites de 77 kilogrammes Y2, c'est-à-dire ajouter 17 kilogrammes 62 à 77 kilogrammes V2 ponr obtenir de l'ensemble de ces deux quantités = 95 kilogrammes 12 de blé, un hectolitre de farine.

(1) IbiJ.

(2) Notice sut' le biscuit de troupe, publiée par le Ministère de la gnerre. Paris, 4854, in-80, p. 1,

(3) Il s'agit (le la farine de Provence mise en sac par les procédés anciens, connus aujourd'hui sous la dénomination de manche anglaise ; le poids d'un hectolitre de cette farine non tassée, peut descendre à 40 kilogrammes et celui d'un hectolitre de la même farine tassée au piston, monter à 80 kilogrammes. La farine de blé dur, (cos p. ex.) a, dans les deux cas un poids plus élevé: 50 kilogrammes dans le premier et 85 dans le se«onJ.

L'hectolitre de blé du poids de 77 kilogrammes Va étant évalué à 5 fr., 95 kilogrammes Vs de blé doivent l'être à 6 fr. (1).

Ce prix comprend et la quantité de blé convertie en farine et la quantité do blé formant les issues. Les issues de 95 kilogrammes 12 à 30°/o, ont un poids de 29 kilogrammes 12, et comme la valeur en est le tiers environ de celle du blé, elles ont une valeur de 0 fr. 48.

Pour avoir le prix réel de la quantité de blé convertie en farine, il faut donc retrancher 0 fr. 48 de 6 fr. 13. La différence de ces deux sommes est de 5 fr. 65; mais cette différence ne représente pas le prix de revient et surtout le prix de vente de l'hectolitre de farine.

Le prix de revient comprend le prix du blé = 5 fr. 65 «t les frais de transport, déchet, mouture, etc., énumérés plus haut : en tout, 7 % du prix du blé.

Le prix de revient de la farine est donc de 6 fr. 04 l'hectolitre.

6° Je vais tâcher de déterminer le prix de vente.

Je ne puis pas chercher des éléments de comparaison dans la pratique actuelle, car les grandes quantités manipulées, d'une part, et de l'autre, l'extrême concurrence ne laissent généralement plus au vendeur la possibilité d'augmenter d'un fort bénéfice le prix de revient de la farine du blé.

Au moyen âge, il n'en était pas de même ; on vendait peu, mais la vente laissait un gros profit.

A Nice, en 1249-1250, le setier de blé valait 2 s. 10 d.

(1) Exaclemenl 95,22 ; il \ a entre ce résullal et le suivant une dilTcrenco de près de ■, j^ „ , provenant de minimes fractions négligées.

1 ob. 1 p. (1) = 2 fr. 44, et le setier de farine faite avec ce blé = 3 fr. 42.

Pour faire un setier de farine, d'après les proportions indiquées ci-dessus, il fallait un setier de blé augmenté de 22 3/4 7o) c'est-à-dire 3 fr. 01 de blé. En enlevant de ce prix total celui des issues, c'est-à-dire Vio de la somme ou 0 fr. 30, on a dans la différence = 2 fr. 70, le prix de la quantité de blé convertie en farine.

Le prix de revient de la farine de Nice, toujours d'après les calculs précédents, comprend et le prix de 2 fr. 70 et le chiffre des frais = 7 % du prix, en tout 2 fr. 889.

Mais le setier de farine est coté 3 fr. 42.

La différence 0 fr. 54, représente l'intérêt de Targent, les frais de magasinage, de détérioration et surtout le bénéfice du vendeur et par son adjonction au prix de revient constitue le prix de vente de la farine, à Nice, en 1250. Cette différence de 0 fr. 54 équivaut à 18,75 %.

En la réduisant à 16 % dans l'opération faite à Marseille, en 1264, pour le compte de Charles 1er, réduction indiquée par l'importance de l'opération, on est amené à élever le prix de vente de l'hectolitre de farine de cette opération, frais et bénéfices compris, à F. 7.

7° Il me reste à déterminer les frais de fabrication et de cuisson du biscuit. Ces frais, aujourd'hui d'environ 10 %, seraient plus élevés si les procédés mécaniques (2) ne facili-

(1) Le rationnaire porte : « De xm sestariis annone vcndite , i.\x s . »(C. ci-Jess. p. 351, note 4) ; mais en rapprocliant ce texte des prix du blé de la môme époque, en Provence, on est forcé de considérer comme erroné le nombre xiii et de le corriger en suppléant un chiffre oublié [x] xni.

(2) Je ne parle pas des machines puissantes à l'aide desquelles la main d'œuvre est en grande partie supprimée et le coût de la manutention et delà cuisson réduit à 6 3^4, 4 3/4 et même 4 i}l 0^0 du prix de la farine comptée à raison de 37 fr. 37 le quintal métrique j je parle seulement des procédés

talent pas le travail de l'homme. Il n'en était pas ainsi au XIII« siècle, mais s'il y avait surcroît de main d'oeuvre d'un coté, de l'autre celle-ci était moins rétribuée, et, toute compensation faite, on peut maintenir, je crois, les frais spécifiés ci-dessus, augmentés toutefois du prix du sel (1), à 10 % du prix de la farine.

A ce compte, l'hectolitre de farine converti en biscuit, avait une valeur de 7 fr. 70.

Mais comme à la cuisson et surtout au ressuage, c'est-àdire à la dessication opérée pendant un refroidissement convenable, le biscuit perd une partie de son poids, 5 ° / ^ environ quand il s'agit du blé de Provence, il faut tenir compte de cette perte et réduire à 62 kilogrammes 70, au lieu de 66 kilogrammes, poids de l'hectolitre de farine, la quantité de biscuit fabriqué avec cet hectolitre.

Je touche à la solution du problème.

Si 62 kilogrammes 70 de biscuit coûtaient 7 fr. 70, 100 kilogrammes coûtaient 12 fr. 28. Dès lors, comme cette somme de 12 fr. 28 est contenue 493 fois ■\- ss/ioo dans 6,075 fr. 54, prix du biscuit marseillais de 1,264, je suis autorisé à établir à 403 quintaux métriques -{- ^Vioo la quantité de biscuit fabriqué à cette époque pour l'expédition de Sicile.

employés dans les ctaLlissements où les machines ne sont pas en usage. (A. Rollet, Mém. sur la Meunerie, etc. Paris, 1847, in-io, p. 493 et 499). It s'agit en outre du prix de revient et non de celui de commerce toujours sensiblement supérieur au premier.

(1) Le sel coulait 3 fr. 98 l'hectolitre, c'est-à-dire les 92 kilogrammes •1/2. Il faut environ 700 grammes do sel pour 100 kilogrammes de farine, c'est-àdire 462 grammes de sel pour 1 hectolitre de farine de 66 kilogrammes ou 1 hectolitre de sel pour 20O hectolitres de farine.

Le prix du sel employé dans l'opération représente donc 1/359 environ dn prix de la farine. Il n'y a aucun inconvénient à ne pas dégager cette trèspetite somme des frais de fabrication et de cuisson da biscuit, en portant ceux-ci à 10 '/o du prix de la farine.

438 ESSAI sus LES MONNAIES

Le prix du quintal métrique de farine de Provence pouvant aujourd'hui être établi en moyenne à 37 fr. 37, les frais de fabrication et de cuisson à 10 °/„ et le bénéfice du fabricant à environ 5 ° / ^ de ce prix, le quintal métrique de biscuit doit être évalué à 43 fr., prix courant de cet objet sur la place de Marseille, quand il y est fabriqué par masses.

A ce compte, les 493 quintaux métriques -f- ^^/loo de la fourniture de 1264 coûteraient aujourd'hui 20,211 fr. 04.

Le résultat auquel m'ont conduit les calculs précédents, c'est-à-dire le chiffre de 493 quintaux -}- 28 iqq de biscuit, est corroboré par le nombre de sacs achetés pour renfermer le biscuit. Ce nombre fut de 500 (1 ) . La répartition des 493 quintaux -j- ^Vioo en 500 sacs, donna à chacun un poids de 98 kilogrammes 2/3 ; et, comme le quintal métrique de biscuit cube environ 270 décimètres, le sac de 98 kilogrammes 7-2 dut cuber 262 décimètres. Cette contenance étant d'un maximum au-delà duquel le sac n'est plus maniable, le chiffre de 493 quintaux ^VifO me semble pouvoir être considéré comme le maximum possible de la fourniture de 1264.

D'un autre côté, en élevant à 5 fr. le prix de l'hectolitre de blé à Marseille, quand, dans les autres villes provençales, la moyenne en était de 3 fr. 80, je crois avoir atteint le maximum d'évaluation probable, et il serait difficile, en conséquence, de diminuer le chiffre de la fourniture, puisqu'il faudrait corollairement augmenter le prix du blé.

Eu somme, le résultat obtenu s'accorde avec toutes les exigences de poids, de contenance et des prix de l'époque et, dès lors, il me paraît acceptable. Je le soumets avec confiance à l'appréciation du lecteur.

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