‹ Essai sur les monnaies de Charles 1er, comte de ProvenceChapitre 150 sur 183 · Mercuriales · texte numérisé non relu

Mercuriales

1. Grains, etc. — Des instructions officielles fixèrent les prix auxquels durent être estimés le blé, l'orge, les fèves, les pois, les amandes et les autres comestibles qu'après la mort du roi Conrad on avait soustraits aux iiiasseries ou domaines ruraux de l'Etat.

Ces instructions évaluent :

La charge de blé à Va d'once = 2i fr. 5274.

La charge d'orge à */* d'once = iô fr. 1456.

La charge de fèves à */3 d'once = 21 fr. 5274.

La chiirge de pois-chichrs à -/g d'once = 25 fr. 8d30.

Le tomolo d'amandes à un tarin = 2 fr. 4 527.

Le stajo d'huile, mesure de Bari, à 1 once = 64 fr. 5824.

Le degalatro de fromages, à 16 grains =^ I fr. 7222 (I).

Certains textes siciliens du temps de Charles I" modifient un peu les chiffres précédents.

Les uns, de I27t, fixent la charge ordinair.- de blé à 11 tarins 8 grains ('2). Il tarins 1 1 grains (3), 12 tarins (4:, 11 tarins 17 grains

(1) Pro singulis salmis frumentis m, uncia i ; — pro singulis salmis ordei un, uncia i ; — pro singulis salmis fabarum m, uncia i ; — pro singulis salmis cicerum ii i/i uncia i ; — pro quolibet thumino amigdalarnm, tar. i ; — pro quolibet degalatro casei, grana xvi (B. '269, f» 63 V).

(2) Dec. XXV, quidam mercatores Brundusii déclarant frumenti salmas c valere uncias auri xxxviii (Scotti, 1. c, t. I, p 83. n° 8).

(3) Aprilis XIII, Dominicus de Trano delegatus emendo frumento pro panatica gale-irum, déclarât frumetitum Baroli valere unoiis xxxviii et tarenis xv ponderis generalis pro singulis c salmi.s (Ibid., p. 56).

(4) Aprilis XXIV, Trani, Dominicus de Manticio delegatus emendo ad opus curie frumento per testium depositiones singillatim recensitas. declaret valere tarenis auri xii unamquamque salmam frumenti (Ibid , p. 57).

et 12 tarins 3 grains (i) ; les autres, de 1284, établissent le prix du même objet à 10 tarins 10 grains (2).

La charge d'orge est évaluée, dans un de ces textes, à 5 tarins 5 grains, et la charge d'épeautre, non comprise dans le tarif des raasseries, est estimée dans un acte du 3 avril 1270 à 3 tarins et 3 tarins 5 grains.

Les prix que je viens d'énumérer n'auraient pas de signification si je ne déterminais, au moins approximativement, les quantités auxquelles ils se rapportent. C'est ce que je vais tenter de faire.

La charge était de 8 tomoli soit pour le blé (o), soit pour l'orge (6). Quant au tomolo, il n'avait pas partout la même contenance et par conséquent le même poids.

8 tomoli de Messine = 10 tomoli de Matera (7) .

(1) Aprilis XIII, testes juraverunt (Brundusii) frumentum in terris Licii Neritonis et Casalis Casiveteris ad rationem de unciis auri xl et tarenis xv ponderis generalis pr-o singulis c salmis valere, quod tamen offici.iles ad id statuti nuper emerant unciis xxxix et tarenis xv (Ibid.. p. 57, n" 3 et note 2).

(2) Martii XIII. Gapitanate judex et notarius déclarant nonnullos mercatores juramento testâtes fuisse se émisse frumentum unciis auri xxxv cii'citer pro c salmis. (Ihid., p. 262, n° 8).

(3) 1271, décembre 25. — Brindisi. — Quidam mercatores déclarant ordei salmas c valere uncias xvii et tarenos xv. (Ibid., p. 83, n° 8).

(4) Franciscus de Trano vendit per preconem Bartholomeo de Sancto Germano quandam spelte copiam alicubi tarenis iit et alibi tarenis m et granis v ad salraam genoralem.. (Ibid., p. 30, n° 2),

(ô) De frumento empto ana tarenos xii pro salma, de salmis vi thuminis vu, auri uncie tareni xxii grana x. {Arch. des B.-du-B., B. 213, P 1 x"). Il ressort évidemment de ce texte, confirmé du reste par plusieurs autres, que la charge de blé était de 8 tomoli.

(6) Pro equis ii. c. xcvii, nna tercio (uno pro quolibet equo), computatis thuminis m pro potu equorum. . . ordei salme xii thumini vi. (Ibid., f" 8 v°). Le tiers de 2y7 est 99 qui joints à 3 = 102 tomoli d'orge, c. à d., à 8 tomoli par charge. 12 charges et 6 tomoli.

(7) XX°junii, XIIII' indictionis, tem pore régis Karoli I inventum

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9 tomoli de Messine = 10 tomoli de la Terre de Labour [1).

9 tomoli 3 jumelles ou ^/^o de Naples = 10 tomoli de Harletta (2).

Matera et Barlotta faisant partie de la même région, de la Pouille, et Naples étant le chef-lieu de la Terre de Labour, on peut dire que 9 tomoli de Messine et sans doute de Sicile, 10 tomoli de Naples et de la Terre de Labour et 1 1 tomoli de la Pouille (3j avaient la même capacité.

Je n'ai dautres données sur cette capacité que le texte suivant ou des textes analogues :

Ordeum pro uno roneino Curie, quando equitahil^ qualibet nocte, ana terciam partem unius thumini.

Pro singulis quinque stallonibus^ per noctem, thumini ii ordei.

Pro quolibet pultro, per noctem, ana terciam partem unius thumini ordei (4).

Ce texte précise la quantité d'orge que l'on doit donner au roussin, la veille d'une course : au poulain et à l'étalon, chaque soir. C'est un article d'un règlement officiel des écuries royales de Sicile.

Cette quantité d orge est, dans le premier et le dernier cas, d'un tiers de tomolo ; dans le second cas, des deux cinquièmes de la me^ sure. Le fomolo dont il s'agit est, sans doute, celui de la Pouille, puisque la charge de Matera, c'est-à-dire de la Pouille, est qualifiée, dans les actes, de commune, de générale (5).

est thuminum Messane superare et esse plu? thumino Matere, pro quolibet centenario salmarum ordei, ad salmam Matere generalem, ordei salmarum xx. (B 269, f»255).

(1) 1270, aprilis 18, indictione 13, Messanee.. . Jude.^ et notarius déclarant irumentum et milium, si a mensura Terrae Laboi-is ad mensuram Messanae traduceretur, diminui salmis x pro singulis salmis c. (Scotli, Syllab., etc. 1. 1, p. 31).

(2) Thumini x ad thuminum Baroli sunt, ad thuminum Neapolis, thumini IX et jumelle m, quarum jumelle l faciunt thuminum Neapolis [die XVII decembris XIIIP indictionis] (B. 269, f" 255).

(3) Exactement 1 1 , 03.

(4) Texte sans date, mais du temps de Charles I"'. (B. 269, f 62 v°).

(5) Cf. ci-dessus (page 38, note 3) .

Or, quelle est la ration d'orge que l'usage, l'expérience accorde quotidiennement au cheval ? Je dis quotidiennement, quoique le texte dise chaque nuit, parce que la ration d'orge donnée la nuit ou plutôt le soir, était la seule qui, dans l'espace de 24 heures fut fournie au cheval, soit qu il la mangeât entièrement avant le sommeil, soit qu'on lui en réservât une part pour la matinée suivante.

Cette ration peut, sinon être précisée, du moins être établie très approximativement par analogie.

Dans 1 armée française, on lionne, aux contrées où l'orge remplace l'avoine, en Afrique par exemple, 4 kilogrammes d'orge par jour au cbeval o'e cavalerie légère et 4 kilogramme; et demi au cheval de train, ce qui correspond à un peu plus de 6 et 7 litres, l'hectolitre d'orge pesant en moyenne 61 à 63 kilogrammes (1) .

En adoptant pour ration quotidieiine de 1 étalon le chiffre maximum de 8 litres d'orge et celui ù? 6 litres 2/3 pour la ration du roussin en course et du poulain, c'est-à-dire en me basant sur ce fait naturel que la quantité des grains d'une même nature nécessaire à la nourriture d'un cheval devait être jadis ce quelle ♦-st aujourd'hui, je ne crois pas m'écarter de la vérité.

Le tomolo de la Touille ou tomolo commun du royaume de Sicile, sous Charles I", aurait donc été d'environ 20 litres.

Corollaireinent, celui de Naples aurait été de 22 litres et celui de Sicile, de 24 litres '/a (2).

Il est essentiel de ne pas confondre ces divers tomoli anciens avec le tomolo actuel qui estdenviroti 54 litres (3).

(1) Dans l'armée italienne, depuis l'annexion du royaume des Deux- Siciles, comme auparavant, dans l'armée de ce dernier pays, la ration d'orge est remplacée par celle d'avoine. Cette ration était, sous les derniers rois de Naples, de 1/8 du tomolo actuel pour le cheval du soldat et de 1/6 pour celui de l'officier. Je dois ce renseignement à l'obligeance de M. le duc de San-Giovanui, ancien colonel de hussards dans la garde royale de Ferdinand II.

(2) La proportion exacte avec les précédents tomoli donnerait "^4 litres 5/8.

(3) Lavello, ,17an«e^ comwercia/, MarseUle, 1S6U, in-8, p. Gôl.

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La détermination de contenance des trois tomoli "lu royaume de Charles 1" oûre aux calculs de mercuriales une base arrêtée qui, si elle est de 20 Utr. :. au tomolo, permet d'évaluer, d'après les données précédentes :

L'hectolitre de blé à 13 fr. 45 ; U fr. 12 ; 15 fr. 33 ; 15 fr. 54 ; 15 fr. 94 ; 16 fr. 14 ; 16 fr. 34.

L'hectolitre d'orge à 1 0 fr. 09 et 7 fr. 06.

L'hectolitre d'épeautre à 4 fr. 03 et 4 fr. 37.

L'hectolitre de fèves à 1 3 fr. 45.

L'hectolitre de pois-chiches à Id fr. 14.

L'hectolitre d'amandes à 1 7 fr. 22.

2. Huile. — Les instructions rédigées aprè? la mort du roi Conrad, sous Mainfroy ou Charles I", indiquent le prix de l'huile dans les termes suivants :

Pro quolibet staro olei ad stare Bari, uncia i (1).

Le staro ou stajo de Bari pesait 18 rotoli, quorum quodlibet est in pondéra rotolorum xviii (2) c'est-à-diro l'équivalent de 17 kilogrammes 10 (3). A ce compte, les 100 kilogrammes d'huile de Bari eussent été évalués à 377 fr. 60, prix excessif, erroné, inacceptable, car un document tans date, mais du temps de Charles I", si je ne me trompe, porte le prix du stajo d'huile à 2 tarins = 5 fr. 381 (4).

Il est vrai que ce document ue spécifie pas le stajo dont il donne le coût ; de telle sorte que, sur le pied de celui de Bari composé de 18 rotoli, le prix des 100 kilogrammes d'huile ressort à 31 fr. 47, et, su.' le pied du stajo ordinaire du Royaume, qui n'est que de 9 rotoli, (8 k°' 35) (5j à 62 fr. 94. La moyenne de ces deux prix est 47 fr. 20.

Le texte du tarif dressé après la mort de Conrad est donc fautif, et je n'hésite pas à le rectifier ainsi :

(1; Arch. des B.-du-R., B. 269, L c.

(2) Cf. ci-après. IV, Note sur les poids siciliens.

(3) Aujourd'hui encore les ventes d'huiles de Ban ont lieu au poids et non à la mesure.

(4) Oleum ad rationem de tarenis ii et medio pro qualibet stario emitur. {Arch des B.-du-R., B, 269, f° 175 V).

(5) Cf. ci-après, IV, Note sur les poids siciliens.

Pro quolibet salma olei ad stare Bari, uncia i.

Comme il y avait 1 0 stari de Bari dans une charge d'huile, le prix des 100 kilogrammes d'huiles de Bari est abaissé par cette rectification à 37 fr. 76, prix d'apparence normale.

3. Vin. — On usait en Sicile de vins de diverses nature et provenance. Les plus estimés étaient le vin rosat et le \\n latin que l'on servait habituellement sur la table royale. Le vin grec venait ensuite : il coûtait de 5 à 6 tarins = 1 1 à 1 3 francs la charge (1 ) ; au dessous il y avait d'autres qualités dun prix naturellement moindre, 2 tarins à peine (2) = 4 fr. 50, tandis que la charge de rosat valait en moyenne 12 à U tarins =26 à 30 fr. (3), et celle de latin, de 10 à 12 tarins = 21 fr. 50 à 26 fr. (i).

La charge se divisait en barils.

Dans l'ignorance où je suis encore de la contenance de la charrie et de ses subdivisions, je me borne à en indiquer les prix sans en déduire celui de l'hectolitre.

4. Sel et Fromage. — Ainsi que ie prouve un acte édité tout au long ci-dessus (5), le sel était vendu au prix de 20 grains = 2 fr. 15 le tomolo, par la Cour royale qui avait ordre de ne l'acheter qu'a raison de 6 grains = 0 fr. 64 la même mesure (6), ce qui donne pour l'hectolitre de sel un prix de vente de 10 fr. 76 et un prix d'achat de 3 fr. 22.

J'ignore le prix du lait qui, ingrédient nécessaire des flans et de certain potage au lait et à l'huile en usage en Sicile au X11I° siècle, servait surtout à la confection du fromage ; mais j'ai un texte indi-

(1) Exactement 10 fr. 76 à 10 fr. 91.

(2) 1281 , julii 21, Rubi. Procuratores Gurioe in Rubo vendunt Bartholornseo de Saxo vini salmas xi et barrilia vi cum dimidio. (Scotti, 1. c, t. I, p. 228).

(3) Exactement 25 fr. 82 à 30 Ir. 12.

(4) Exactement 21 fr. 52 à 25 fr. 8;!.

(5) Page 110, note 1.

(6) Et non de 12 grains, comme je i'ai indiqué plus haut, en me l'ondant sur unn assertion inexacte de Muralori, d'après iaquollc lu cliargo eut été de 4 tomoli au lieu de 8. (Cf. ci-dessus, p. 1U9, noie 1).

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quant le prix de ce dernier comestible. Ce texte fait partie du tarif d'estimation dressé par la Cour royale de Naples, après la mort de Conrad ; il évalue le fromage à 1 6 grains = i fr. 72 le degalatro :

Pro quolibet degalatro casei, grana xvi (1).

On vendait le fromage au degalatro qui pesait 4 rotoli = 3 kilos 80. à la pensa composée de 4 degalatri et au millier formé de 20 penses (2).

Le fromage valait donc, d'après les données ci-dessus, 45 fr.26 les 1 00 kilogrammes.

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