OBSERVATIONS
1. La publication de l'Essai ayant duré plusieurs années, j'ai eu, pendant ce temps, connaissance de textes qui ont modifié certaines assertions, certains chiffres déjà imprimés. J'ai dû m'empresser d'en tenir compte dans les chapitres subséquents, aussitôt que l'occasion s'en est présentée, mais il en est résulté, sur plusieurs points, des défauts de concordance dans la rédaction de l'Essai^ qui doivent être signalés et expliqués, de même que ceux qui ont eu pour cause des rectifications de calculs, d'interprétation et de lecture.
2. (p. 5). Au § III du chapitre I", Giraud de Moret est désigné comme directeur de la Monnaie de Sisteron, et Sisteron comme le lieu d'émission du forcalquérois {voir aussi p. 169). C'est une double erreur. Il ressort d'une copie authentique et du temps que Giraud de Moret reçut de Charles I", puis de Charles II, la concession de la criée publique de Sisteron, crida, et non de la Monnaie de cette ville, cuda. Le nom de la monnaie et les termes d'un acte de 1262 dans lequel elle est mentionnée (p. 6, 1. 1) portent à voir dans Forcalquier le véritable lieu d'émission du forcalquérois. Le forcalquérois est nommé viennois dans l'ordonnance du viguier d'Arles de 1253 (p. 140) et dans le rationnaire de 1264 (p. 230).
3. (p. 10). Au § IX du chapitre I", l'émission du gros tournois de Charles I" est datée de 1275-76, tandis qu'elle l'est de 1266 à 1268 au § IV du chapitre XI. La première date, basée sur des considérations historiques, est inexacte ; la seconde ne l'est pas, car, elle s'appuie sur une charte que M. A. de Barthélémy a eu la bonne pensée d'insérer in extenso dans le compte-rendu très indulgent qu'il a fait, en 1869, du premier fascicule de l'Essai (1)
(1) Revue critique, 4"* année, 1869, p. 346.
4. (p. 28). A la section II du § I du chapitre III, les poids des marcs de Limoges, Tours et La Rochelle ou d'Angleterre sont exprimés par les chiffres 226 grammes 28^223 gr. 39, 229 gr. 85. Ces chiffres sont les produits de la multiplication du nombre de grains de chaque marc par le poids du grain, mais les facteurs avaient été arrêtés aux centièmes de grain et aux millièmes de gramme, de telle sorte que les produits ne sont pas absolument exacts. L'erreur, qui est de */^ooo i a été relevée pour le marc de La Rochelle ou d'Angleterre, dont le poids exact est de 230 grammes 354823529 (p. 500).
5. (p. 170). La dissertation du § VII, au chapitre XI, reproduit dans sa première partie les données essentielles d'une lettre sur le même sujet, dont les épreuves furent soumises en 1866 à M. de Longpérier, à qui elle était adressée. M. de L. ayant, en des termes pleins de délicatesse et de franchise, revendiqué pour lui la priorité de l'opinion visée par la susdite lettre, priorité que je ne croyais pas devoir lui attribuer, la lettre en question ne fut pas imprimée, et, dans la dissertation^ je me suis scrupuleusement conformé au désir du savant numismatiste.
6. (p. 217, note 2). Au § VIII du chapitre XII, les besants désignés, pendant le XII* siècle, sous le nom de Melechim., sont attribués au sultan d'Egypte Melek el Kamel et à ses successeurs ; ils doivent l'être de préférence aux souverains du Maroc, en vertu de la synonymie des mots melechini et morochini^ établie ou constatée par le serment du feudataire de Gènes tenant la ville de Tortosa, qui, en 1150, jura de payer à Gènes, pour cette occupation et pendant les 25 ans qu'elle devait durer, une redevance annuelle de 1900 marabotins marins, raeleehins ou marocains : mdcccc marabutinos marinos et melechinos aut tnorochinos (1) ; dans une charte d'Alphonse, datée de septembre 1146, ce dernier nom est écrit avec une variante : murechinos (2).
7. (p. 218). A la section II du § VIII du chapitre XII, il n'a pas
(1) Lib.jur. Riip. Gen., t. I, p. 151.
(2) Ibid. , p. 123.
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été dit un mot de l'opinion émise par M. Lavoix et généralement admise sur la signification du mot sarracénat. Gela tient à ce que le § VIII a été imprimé le 20 juin 1876, c'est-à-dire bien avant les Monnaies à légendes arabes frappées en Syrie par les croisés, dont je n'ai eu connaissance qu'à la fin de 1877. L'examen attentif de l'œuvre de M. Lavoix m'impose le regret de n'admettre ni les textes et les calculs sur lesquels le sympathique et savant conservateur adjoint du cabinet de France base l'évaluation du sarracénat d'Acre, ni l'identification de cette monnaie avec le besant qui servit à évaluer la rançon de Louis IX; ceci était le besant d'Alexandrie dont on peut dire que deux valaient une livre , mais le besant d'Acre était loin d'avoir cette valeur. La remarque que je prends la liberté de faire sur la double assertion de M. Lavoix, remarque que l'on excusera si l'on est d'avis qu'en numismatique il n'y a pas de question plus importante que l'identification et l'évaluation de la monnaie, s'applique également à ce que M. Schlumberger a écrit sur le sarracénat d'Acre dans sa splendide Numismatique de l'Orient latin (2). Cette réserve faite, je me range entièrement à l'avis de M. Lavoix sur la date et la cause de l'émission du besant chrétien d'Acre, substitué au besant musulman qui, depuis longues années, était légalement émis par les princes catholiqu- s et frappé par les Vénitiens, en continuation d'un monnayage à peu près identique, effectué par ordre des sultans eux-mêmes. Ceci, pour rectifier et compléter mes assertions de la page 218.
8. (p. 267). L'Essai a été successivement imprimé en deux ateliers, dont l'un, celui de MM. Cayer et C'» de Marseille, justifie chaque jour une vieille et bonne renommée, et dont l'autre, situé hors de Marseille, a changé plusieurs fois de local et de gérant pendant le cours de l'impression. Il est résulté de ces changements que des §§, des chapitres, des feuilles mêmes ont été mal numérotés, des titres de fascicule ont été faits après coup et hors de pagination, et, au tirage, malgré la correction des épreuves, un bois a été tourné de
(1) Paris, g"* in-S", p. 51 in fine.
(2) Paris, 1878, g" in-8«, p. 139.
bas en haut (fig. 21, p. 227) et un acte inédit a été presque entièrement oublié sur le marbre. J'ai fait tirer en carton la figure mal imprimée le 20 juin 1876, et voici le texte oublié au tirage du 23 février 1877 (1) :
€ Nous vous mandons que en porchaciez nos deniers qui nous sont deuz en nostre seneschaucie, tant de noz rentes que de noz detes vieilles et noveles et de nostre monoiage de Tholose et dou revenant dou foage à nous deu ou promis en nostre seneschauciée, et en suer que tôt des finances qui vous seront falotes por nous suer voies qui vous furent piéça envolées en escript por le secors de la Terre-Sainte et de quelque autre cause, cure et diligence metez si grant com vous pourroiz, et ce que a cez prochiens contes da la Touz Saintz nous sera deu en vostre seneschauciée. environ les m semeines de la proichène feste de Touz Saintz que vous ou vostre clerc viendroiz à nos, por vos contez fère, au Temple, à Paris, faceiz apporter ; nostre monoie de Tholose à monoie d'or, se vous la poez trover, chengent en tele manière, c'est assavoir que vous doigneiz :
« Por chascun denier d'or anfonsin oumarabotin, qui sont unemeisme monoie, de bons et laiaux anîonsins o marabotins dont lxiii et un tierz tout le marc au marc de Troies, au fuer de vin s. et i d. tornois ;
« Por chascun denier d'or de Mir, au fuer de x s. et vi d. tornois ;
« Por chascun denier d'or double de Ruisset, au fuer de x s. de tornois ;
« Por chascun denier d'or florin, au fuer de vui s. vi d. tornois ;
« Por chascun denier d'or augustoire, au fuer de x s. vi d. tornois ;
< Et en nules de cez monoies d'or ne douez mie plus, mes mains se vous poeez ; et le rememant que aus monoies d'or desusdites en la devantdite manière changier [ne pourroiz, changiez] en petit tornois de nostre seigneur le Roi de France, tant es petiz com es gros d'argent, c'est assavoir I gros por xu petiz de tornois, et en paresis ; environ les devantdites III semaines de ceste proichène Touz Sainz facez apporter au Temple, à Paris, chacune monoie desevréement par soi. »
9. (p. 297). Le poids de l'once d'or de Sicile n'ayant été, faute de texte, qu'approximativement établi (à 26 grammes 35) au § X du chapitre XIV (p. 297), et l'approximation ayant pu être rectifiée
(1) Le commencement en termine la page 267 et la fin en commence la page 268. »
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depuis, grâce à la découverte d'un document précis, ce poids se trouve définitivement fixé à 26 grammes 17 (p. 500).
10. (p. 301). Au § XIII du chapitre XIV, le mot Michalatus est considéré comme la forme latine du mithkal arabe ; c'est une erreur manifeste qui a été rectifiée dans la note 4 de la page 481 . Les terminaisons atus, en latin, et uroç^ en grec, caractérisent les noms de monnaies orientales, relatifs au type et à la forme : le SarracenATus(l), au type sarrasin, le Constantin a.t:vs, le Romankivs, le ManueUivs ou Manh-nis , aux types de Constantin Ducas, Romain Diogène , Manuel Comnène ; le ScyphATvs, en forme de coupe ou concave ; le Tripolxtvs (2), au type tripolitain ; le Stau-
(1) Le sarracenatus n'était pas essentiellement un basant d'imitation . On donnait ce nom, en v. franc, sarrazinas et sarrasinéis. à tout basant, de Syri« ou d'Egypte, chrétien ou musulman, à légende arabe. On le nommait aussi sarracenus. en v. fr. sarrazin : sarracenalis. en v.fr. sarrazinal ; et sarracenicus , dont j'ignore la traduction en v. français. Le sarracenatus a eu des valeurs diverses, selon les temps et les pays d'émission. (Cf. ci-dessus, p. 212 à 214). Par extension, dans le commerce maritime, on qualifiait de sarracenats d'Acre tous les besants de Syrie.
(2) Le tripolatus. en v. fr. tripolaz, était un besant d'imitation. Tl reproduisait grossièrement le besant tripolitain de Mostancer Billah.
Fig. 30.
Ou le nommait aussi tripolitanus. La légende, en arabesques, était accompagnée de la croix ou du croissant, et, avec ou sans la croix, des lettres B T. initiales, à mon avis, àeBisantius Tripolatus. he tripolatus courut en Syrie pendant le XIII' s. et probablement le XII*. I^e commerce maritime en usa sous le nom erroné de sarracenat d'Acre. II valait à peu prè^ !es trois quarts de celui-ci. Le titre en était d'environ 14 carats l'2 ou 600/1000 et le poids moyen, de 3 ar. 40.
rATUs (1), à la croix, etc. Le MichalATHs était au type de Michel Ducas.
11. (p. 401). En indiquant ce qu'était le Pouvoir de la monnaie sous Charles I", en Provence (p. 447, iv) et en Sicile (p. 529), j'ai cru ne pas devoir tenir compte d'un élément essentiellement actuel et complètement étranger aux matières étudiées dans l'Essai. Je me suis borné à le signaler (p. 401). C'est la multiplicité chaque jour plus grande des causes usuelles de dépenses. Si l'on n'était pas obligé de subir aujourd'hui plus de besoins qu'au moyenâge, besoins créés par le développement de la civilisation, le total du numéraire serait divisé en moins d'objets, chaque objet coûterait plus qu'il ne coûte, et l'expression du Pouvoir de Ja monnaie au moyen-âge s'élèverait au dessus des chiffres indiqués dans l'Essai. Or, ainsi calculée, cette expression serait exacte, tandis que dans l'Essai, elle ne l'est relativpment pas. Pour la rectifier, il faut la multiplier par l'élément laissé de côté, mais qui pourra être déterminé par la différence existant entre les nombres des causes usuelles de dépense, au moyen-âge et à notre époque.
12. Cette observation faite, il en est une autre qui ressort naturellement de la comparaison des chiffres du Pouvoir de la monnaie, au XIII* s., en Sicile et en Provence. Ces chiffres, considérés comme des termes de proportion, sont de 50 "/o environ plus élevés l'un que l'autre. Il y a là un fait remarquable sur lequel s'arrêtera certainement l'attention des économistes qui ne laissent pas le passé hors de leurs investigations et de leurs calculs.
13. (p. 480). Si l'on compare la notice publiée sur le millarès,en 1876 avec la deuxième dissertation deV Appendice, on TetTO\iyeTdida.ns ce dernier travail la partie de la notice concernant la Provence, mais avec des additions et des modifications sensibles ; on y remarquera, en outre, un préambule sur l'origine et les transformations de la monnaie étudiée, et des notes sur la signification donnée, auXlV s. et en Italie, au terme de miUares.
(1) Le staura(us avait moins de prix que le tripolatus, et ne valait que le quart du sarracénat chrétien d'Acre ; ce basant courait dans la Petite Arménie, au XIII' siècle. (V. Langlois, Numism. de l'Arménie, p. 12).
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Je devais m efforcer, en retour de la bienveillance du compterendu (le M. de Longpérier sur le miUarès^ de remplir les lacunes que son éminent auteur a bien voulu m'y signaler (1) : c'est l'objet du préambule et de la plupart des additions.
14. (p. 489, note '2). Au §8 deladeuxième di>sertation, il s'est glissé une faute d'impression à relever. La taxe sur l'argent importé par les Génois à Alexandrie, y est indiquée à raison de 6 B. 12 K., tandis qu'elle devait l'être à raison de 4 B. 12 K. Puisque j'ai l'occasion de revenir sur le traité où cette taxe est inscrite, je signalerai l'importance de l'un des articles de cet acte, importance qui ne parait pas avoir été reconnue par les savants qui l'ont successivement édité.
Voici le texte de l'article tel que je l'ai lu et compris :
« Quodmercatores januensespossint licite argentum [coniare] (2) a et habere cecam (3) in Alexandria et solvere pro drictu et mesa soniis (4) darenos cvi per milliarium de darenis (5). Item, quod « mercatores portent vel portare possent dictes darenos ad impli- « candum apud Carum, sine solvere aliquem drictum. »
Dès le Xll' siècle, les Génois paraissent avoir eu avec l'Egypte des rapports plus suivis qu'avec la Syrie (G), car on rencontre, dans leurs chartes commerciales, la mention du bet^ant d'Alexandrie aussi fréquemment que l'on y voit peu celle du besant d'Acre.
(1) Journ. des Sav., 1876, p. 428.
(1) M. de Sacy propose cambiare, ce qui enlèverait toute portée au privilège. (Cf. Notices et Extraits, t. XI, 1827, p. 37).
(3) Sign. : atelier monétaire. Le texte de M. de Sacy et celui de Ricotti portent ceram. M. de Sacy, corrigeant, rejette cecham et propose cerraf, changeur ; Ricotti ne corrige pas (Hist Mon. Pair., Lib. Jur. Reip. Gen. Turin, in-f°. 1857, t. II, p. 243).
(4) L'édition de Sacy porte missoriis, et pour traduction, plats àe balance ; l'édition de Ricotti messonis, sans interprétation, 1. c. — Messonia, d'où tnessoniis, est ici syn. de messio, Irais. Drintus. c'est, ici, leseigneuriage.
(5) Darhem ou derham, nom de la monnaie d'argent musulmane. M. de Sacy et M. Ricotti interprètent l'abréviation dar. par denarios.
(6) En Cilicie, c'était antre chose. Cf. E. Dulaurier, sur la Petite Arménie. {Journ. asiat., 1861, t. 18, p. 362).
Grâce à ces rapports et à l'influence qu'ils créèrent aux Génois, ceux-ci obtinrent l'autorisation d'avoir un atelier monétaire à Alexandrie et d'y frapper eux-mêmes la monnaie musulmane, moyennant * "8/ 4000 1 ou 10 "/^ environ de seigneuriage et de frais. L'acte de 1290 ne mentionne que le darhem ou derhara, mais il est possible que les Génois aient eu également le droit de frapper le dinar ad pensum Alexandrie^ car ce dinar est la monnaie d'or musulmane qui apparaît le plus souvent dans leurs contrats de commerce. Quoi qu'il en soit, ils est certain qu'ils fabriquaient, dans leur atelier d'Alexandrie, à la fin du XIII' s., des derhams musulmans avec lesquels ils allaient, sans payer de droits, trafiquer, implicare, au Caire et dans l'intérieur. Ces derhams égyptiens de fabrique génoise, comme les dinars et derhams syriens de fabrique vénitienne, ne peuvent pas être classés dans la catégorie des contrefaçons monétaires, car ils étaient légalement émis et payaient le seîgneuriage aux souverains des pays oii ils avaient cours.
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