III. — RAPPORT DU CUIVRE A L' ARGENT
1. Un document contemporain de nos monnaies et provenant également des archives monétaires de Charles Ie>', indique clairement le rapport de la valeur du cuivre à celle de l'argent, au temps de ce prince.
En 1278, François Formica, appelé par Charles I^r de Florence à Naples (1), pour y fabriquer des carlins d'or et d'argent, dressa un état des dépenses à faire pour une fabrication des deniers. Cet état est parvenu jusqu'à nous, en voici un extrait.
« Moderatio expensarum faciendarum in nova denariorum « moneta facienda in siclis, facta per Franciscum Formicam.... « Qualibet libra bulzinalyi in pondère, tenute quarte uncie, « — valet argentum fmum ad rationem de tarenis xxx [et gr.] m « pro qualibet marca, — quarta uncia valet granos xix plus quar- « tum, et es valet granos ix et quartum (2). »
D'après ce texte, la livre de billon à 1/4 d'once de titre vaut, à savoir : le quart d'once d'argent fin (du prix de 30 tarins
3 grains le marc) 19 grains -4- ; et le cuivre, 9 grains 4 .
L'once avait 30 tarins, le tarin 20 grains, et il y avait 12 onces dans une livre. La livre titrée à 1/4 d'once d'argent l'était donc à 1/48 d'argent et à 47/48 de cuivre.
Le 1/48 d'argent coûtait 19 grains -4-.
(1) Archives de Naples, reg. iifiO, c. ï" i3. Syllabus membranaruni aichu Napolitanœ, t. III, fo 206.
(2) Arch.des Bouches-du-Rliône, B 269, f" 63.
Les 47/48 de cuivre coûtaient 9 grains -^.
Je prévois une objection. Les 9 grains — constituent, dirat-on, le prix d'une livre de poids de cuivre et non des 47/48 de cette livre. Pour faire droit à cette objection, justifiée par le vague du texte, il suffirait de retrancher du prix de la li\Te entière celui de sa 48^ partie, c'est-à-dire le 1/5 d'un grain (1). C'est là une différence peu perceptible sur une livre ou un marc, et infinitésimale et insensible sur un denier. Néanmoins, j'ai cru devoir la signaler.
Si les 47 48 au lieu d'être de cuivre étaient d'argent fin. il
coûteraient 47 fois 19 grains -r- , c'est-à-dire 881 grains "T '
mais ils sont de cuivre et coûtent seulement 9 grains -i^ . Or, 9 4 : 881 : : 1 : 95.
Donc, si 9 grains -^ suffisaient à payer une livre de cuivre, et si le prix d'une livre d'argent était de 881 grains, la valeur du cuivre était 95 fois inférieure à celle de l'argent ou seulement 93 fois, si le prix du devis s'appliquait non pas à la livre entière, mais à la livre diminuée du 1/48 d'argent (2).
2. Un fait très curieux à noter, c'est la constance à travers les siècles du rapport de valeur du cuivre à l'argent.
Aujourd'hui, comme sous Charles I^r, la valeur de l'argent surpasse de près de cent fois celle du cuivre.
Je donne en note, à l'appui de cette assertion, le relevé des cours du cuivre pendant une période quinquennale, à l'une des grandes Bourses commerciales du monde, la Bourse de Marseille (3).
[\) Exaclemenl 19/100 de grain.
(3) J'emprunte le tableau comparatif suivant, des cours du cuivre sur la place de Marseille, aux Cuniijlei-reudnH de la siUialion tndiisfricllc cl commercial!' de celle \ille, publication annuellement faite, depuis 1862, parla Chambre de commerce de Marseille, cnexéculiondinslrurlidiis minisli'rielles du 10 décembre
D'après ce relevé, durant les cinq dernières années, c'est-à dire du commencement de 1862 à la fin de 1866, le cuivre, de toute provenance et de toute qualité, a valu, à Marseille, un prix maximimi de 260 fr. , et minimum de 200 fr. les 100 kiloo-rammes.
1861. Le complc-rendu de la situation de 18G7 n'est point encore imprimé.
La Glianibre de commerce n'ayant pas fait de distinction, si ce n'est dans le tableau de 1862, entre les cuivres de qualité supérieure et ceux, de qualité intérieure, je me suis conformé à cette sage métiiode ; les chiffres des cours ont par eux-mêmes une signification suffisante.
Tableau comparatif des cours du cuivre à Marseille,
pendant les années 1862-1866.