I. — DU TOURNOIS PROVENÇAL
1. Le tournois provençal fut taillé à 240(1) deniers au marc de Paris. Le droit de seigneuriage fut de 50 livres par millier de 1,250 livres, c'est-à-dire de 4 «/o. — Ce droit retranché du chiffre de la taille, il reste 230 deniers 1/2 (2) pour représenter l'ensemble des valeurs intrinsèque et extrinsèque réelle de ces deniers.
Il est impossible de fixer, sans renseignements authentiques et précis, mais il ne l'est pas d'évaluer approximativement le montant des frais nécessaires ou utiles à la fabrication des tournois provençaux, c'est-à-dire des éléments de leur valeur extrinsèque réelle.
Dans l'entreprise de 1272-74, lors de l'émission des provençaux coronats, ces frais ne paraissent pas avoir dépassé le chiffre des 7,571 "/o de la valeur nominale de ces espèces, exprimée par leur taille. (3)
Dans celle de Montreuil-Bonnin, ils ont atteint 10.61 % tlu chiffre d'émission. (4)
(1) Exactement 250,60, à cause de la Ijonification du poids.
(2) Exactement 230,40.
(3) Voir le § suivant.
(4) Le marc de billon coûta 14 s. 8 d. d'achat à Montreuil-lîonnin ; il fut taillé à 17 s. 4 d. Les frais de fabiicalion, y compris le loyer des valets de l'atelier, furent de 22 d. 088 par marc ; les frais de s<'igneurlage, de 6 d. 92[ ; en tout, 2U d. Les 0.287 marcs de mailles ayant occasionné une dépense de 18 d. par marc, et les .59,6(:6 marcs de deniers, de 15 d. seulement, j'ai fait un calcul de moyenne ; le résultat en a été de dS d. 288 par marc. A ce compte, le seiyneuria^je a élé de 3,53 °loet le coût de la fabrication de 10,6 i o/o du rendement total. (Cf. N. de Wailly, Mém. cité, t. XXI, 148.)
Nous connaissons, par une charte du 30 novembre 1261, le coût de la fabrication melgorienne ; il était également de 10% :
a Deductis videlicet prius et detractis de singulis marchis c( denariorum ii s. pro operagio vel indistragio et aliis sump- « tibus pro operanda dicta moneta... (ad pondus tantum xx s. «. qualibet marcha). » (1)
D'après le devis de Formica, ces frais se seraient élevés dans la fabrication des deniers siciliens de Charles le"", à 17 % environ du prix d'achat du métal. (2)
C'est là un chiffre très élevé comparé aux précédents, et le coût du monnayage provençal de 1262-67 ne doit pas, ne peut pas monter aussi haut,
2. En estimant ce coût au dixième de la valeur nominale et même intrinsèque de l'émission, on atteint les limites de la probabilité, car deux fabrications entreprises dans le même pays, dans les mêmes conditions, à très-peu d'années d'intervalle, avec les mêmes éléments d'organisation et de succès, et peut-être les mêmes ouvriers, ne pouvaient pas varier d'un tiers dans les dépenses.
(1) Jl. Germain, Jlém. cité, p. 108.
(2) Les iOO livres de métal coûtaient d'achat 2,850 grains, (Voir ci-dessus, chap. VIII, § 4, 7,) Le décompte des frais doit être ainsi établi : 40 grains pour le charbon de la fonte ; 50 pour celui des fourneaux ; 10 grains pour le tartre ; li-0 pour le chanvre ; 2/3 de grain pour l'huile; 50 grains environ pour le déciiet du métal à la fonte ; (les grabeaux de deniers et la cisaille perdaient moins, mais le cuivre neuf davantage ; j'ai lâché d'établir une moyenne ; j'ai fait de môme pour l'article suivant) ; 64 grains pour le déchet d'alliage ; 47 pour le déchet du blanchiment, et 30 grains environ pour le coût du sel, du plomb et les frais de surveillance et de comptabilité des opérations. En élevant le chiffre total des frais à 400 grauis, ii représente 14 °lo du prix d'achat du métal ; il faut y ajouter 3 o/o environ pour les frais d'ouvi'Hge, de monnayage, de coins, etc., et l'on arrive à '17 «/o! (Cf. les ^^ 4 et 5 du cliap. VIII.) Ce chiffre eût été moins fort si le métal avait été plus rémunérateur, c'est-à-dire plus précieux, par exemple du billon à 1/3 au lieu de 1/48 de fin.
Les chiffres arbitraires du seigneuriage pouvaient augmenter ou diminuer considérablement, mais non les frais d'exploitation, et un écart s'élevant au-delà de 30 «/o serait improbable, et, à défaut de preuves, inadmissible.
Les frais de fabrication s'arrêtent, ai-je dit à 7,57 "/o de la valeur nominale du monnayage de 1272-74, c'est-à-dire à 6,90 **,o de la valeur intrinsèque de la même émission.
En leur assignant le chiffre de 10 o'o de la valeur intrinsèque, dans l'opération monétaire de 1262-67, on estime au plus haut chiffre possible le quantum du coût réel de cette opération.
Dans cette hypothèse, la valeur extrinsèque réelle du tournois provençal doit être exprimée par 0 franc 0068381772.
IL — DU PROVEN'ÇAL COROXAT.
En 1267, un marc montpellierain de billon à 3125/1000 argent de Montpellier coûtait aux directeurs de l'atelier monétaire 16 sous 2 deniers coronats, ou soit 194 deniers coronats à 3125/1000.
En 1272, on fabriqua de nouveau des deniers coronats. Les textes ne disent pas à quel prix fut acheté, cette année, le billon, mais la taxe de 1267 peut heureusement servir à combler cette lacune.
Le prix d'un marc montpellierain de billon était, selon l'ordonnance de 1267, de 194 deniers coronats, et les deniers coronats furent, d'après le contrat de 1272, taillés à 217 (1) au marc de Paris, ou soit à 212,65 au marc de Montpellier.
La différence entre les deux chiffres du prix et de la taille d'un marc montpellierain de billon à 3125/1000 est de 18,65
(1) Exactement 217,66 à cause de la bonification du poids.
deniers, c'est-à-dire de près du ll^e __ (1) du chiffre de la taille, ou encore de 8,771 o/o sur ce chiffre.
Il faut retrancher de ces 8,771 «/o le montant du droit de seigneuriage ou soit 15 livres par millier de 1,250 livres, c'està-dire 1,20 Vo.
Le nombre restant, 7,571 '^/o, constitue la somme des frais de fabrication, et représente, en conséquence, la valeur extrinsèque réelle du provençal coronat.
Le denier provençal coronat valait intrinsèquement 0 franc 0773871543. Les 7,571 "/o de cette somme établissent donc à 0 franc 00642227 la valeur extrinsèque réelle de ce denier.
De la valeur extrinsèque fictive des monnaies provençales de Charles I^r.