CHAPITRE X
LA VALEUR EXTRINSEQUE
i. Je distingue deux valeurs extrinsèques de la monnaie, la réelle et la fictive; la réelle, déterminée en principe par la somme de tous les débours et de toutes les pertes d'argent nécessaires ou utiles à la fabrication, et la fictive, par le montant du bénéfice du prince.
Pourtant, dans cet essai, la valeur extrinsèque réelle correspondra au quantum des frais de fabrication, et la fictive au chiffre intégral du seigneuriage. Cette répartition de fait m'a paru nécessaire et en voici les motifs :
2. Les marchands et les monnayeurs, ouvriers et maîtres, jouissaient, par un privilège spécial, de franchises pécuniaires.
Les marchands entraient en Provence et parcouraient toutes les routes sans payer de péages.
Les monnayeurs étaient, de leur côté, exempts de tailles.
Ces franchises constituaient-elles une perte pour l'État?
En d'autres termes, le marc aurait-il été payé plus cher par l'Etat, si le transport avait coûté davantage aux marchands ?
Oui, sans doute, on aurait vendu plus cher à l'atelier le marc grevé par les frais de péage ; mais les franchises ne devaient pas avoir une contre- valeur de parfaite compensation dans la diminution du prix du marc, car le privilège eût été illusoire pour les marchands.
De même pour les monnayeurs. Leurs gages auraient été certainement plus élevés, s'ils avaient eu à supporter la charge des impôts. Mais si la différence n'avait constitué pour eux aucun avantage, l'exemption des tailles fût devenue une lettre morte.
3. Il y avait donc réellement une cause de diminution de recettes pour l'État dans les franchises pécuniaires accordées aux marchands et aux monnayeurs.
L'État devait retrouver sur la monnaie l'équivalent des droits abandonnés d'autre part ; il était donc forcé de faire supporter à la monnaie une élévation de prix.
Cette élévation de prix doit-elle augmenter la valeur extrinsèque réelle ou simplement la fictive ?
Une telle question n'a rien de subtil.
Si les franchises pécuniaires concédées par l'État constituent une perte réelle pour le fisc, l'augmentation correspondant à cette perte, la compensation, n'est point arbitraire; elle doit accroître la valeur extrinsèque réelle et diminuer d'autant le chiffre de la fictive. Mais comment apprécier le quantum de cette compensation ?
Il y a là, faute de textes, une difficulté insoluble, et en fait, j'ai cru pouvoir laisser au montant du seigneuriage le caractère arbitraire de la majeure part de ce droit, et faire découler la valeur extrinsèque réelle des seuls éléments appréciables de cette valeur, des frais de fabrication.
De la valeur extrinsèque réelle des monnaies provençales de Charles 1er.