II. — DU MELGORIEN EN ROYAL CORONAT
La monnaie melgorienne, imitation narbonnaise de type et de légende, fut) à mon avis, taillée dans le poids narbonnais jusqu'en 1261, et depuis lors dans le poids de Montpellier. Le poids narbonnais , très en faveur au Xlle siècle , même en Espagne où les princes de Barcelone l'avaient adopté, était l'ancienne livre romaine et, si mes calculs sont exacts, l'étalon de Narbonne pesait environ 326 grammes 1/3. Cette livre était composée de douze onces ; neuf de ces onces formaient un marc du poids de 244 grammes 3/4. De Narbonne ou du nord de l'Espagne, et probablement au commencement du XIII* siècle, sous la régence de la comtesse Blanche de Navarre, mère de Thibaut-le-Grand, le marc narbonnais aurait été transporté à Troyes. Cette ville l'aurait divisé en huit onces au lieu de neuf et y aurait donné son nom. Ainsi modifié; le marc
(-1) Arch. desB.-du-Rh., B. 336.
narbonnais, devenu le marc de Troyes, aurait servi de base aux systèmes pondéraux de France, des Pays-Bas, d'une partie de l'Allemagne, etc.
Je reviens aux deniers melgoriens. On les tailla, dis-je, au poids narbonnais, de 1115 à 1261, à raison de 24 à l'once, 216 au marc (1) et 288 à la livre.
Le poids théorique du melgorien fut donc, pendant tout le XIIo siècle et les deux tiers du XlIIe (jusqu'en 1261), de 1 gramme 133.
Depuis 1130 jusqu'en 1261 et même en 1273, le titre théorique du melgorien fut de 4 deniers (2) et sa valeur intrinsèque de 0,0811 d'argent pur de tout alliage (3) et de 0,0017 de cuivre, en tout 0,0828. A ce compte, le sou melgorien équivalait intrinsèquement à 0 franc 9936.
Le peu de différence de ces résultats avec les conclusions de M. Germain et le mérite reconnu du mémoire de ce savant consciencieux et distingué sur les anciennes moymaies seigneuriales de Melgueil et de Montpellier, me donne l'assurance, au cas où je me serais trompé dans mes évaluations, de ne pas m'être sensiblement écarté de la vérité.
Ceci posé, je passe à la détermination du change du melgorien en royal coronat.
En 1244 et le 3 des ides de mars , Jean de Manduel fut condamné par sentence arbitrale à payer à un de ses commissionnaires, Pierre Péganier, une somme de 21 1. 7 s. et 4 d, melgoriens au change de 26 1. de royaux coronats.
Ce change porte l'évaluation du son de royaux coronats à 0 franc 816.
(1) Plus 2 deniers ajoutés pour je ne sais quel motif.
(2) Avant il 30, il était de 5 deniers ; en 1273, il descendit à 3 d. 22 grains.
(3) Défalcation faite du Gime d'alliage de l'argent de Montpellier et des ' "'"' d'impureté de l'argent fin du moyen-âge.
Il est, en d'autres termes, de 9 d. i oh. i pite i/2 de melgoriens.