XI
DU DOUBLE BESANT DE L EMin EN ROYAUX CORONATS.
Le double besant clc l'Emir nommé dans les actes et les comptes des XlIIe etXlV<> siècles, duplex, duplex hisantius, duplex denarius de Miro, doubles deniers de Mir ou de Mil, dohla de Mir, dohla, était une monnaie d'or du Gharb, d'un poids et d'un format doubles des poids et format du simple besant, et, comme celui-ci, frappé successivement par les Almohades et les Hafssites, sans aucune indication d'atelier ni mention de l'année de la frappe.
Voici le type de cette monnaie, d'après un double besant de l'émir Abou-Abd-Allali-Moliammed (G47-675) :
Comme il est difficile de déchilTrer, sur le dessin, la légende de cette pièce, je la reproduis ici tout au long, conformément à l'édition de jM. Lavoix : (1)
(1) Monn. des Deni-ilafiS, Rcv. Arcli , t. IX, p. 202. Voici la Iradiiclioii de l'arabe : Abou-ALd-Allaii-.Mchammeil, fils des émirs orlhodoxes. — Le vainqueur par Dieu, muni de l'aile de Dieu, émir des croyaiils. — il : Le rcraercîmi'iit à Dieu et la puissance et la force par Dieu ; le Melidy, k;difc de Dieu. — Au nom de Dieu le miséricordieux, le clément ! Dieu rend victorieux ([ui il lui plaît. Point de Dieu sinon Dieu, Moliammed envoyé de Dieu.
228 ESSAIE SlTx LES MONNAIES
j.^ ^îl^'l Ji^ .1^ ,.,^ tlM ,.^ ..:.;i , .^^,M ^^^! ^^.
En 1230, le change du double besant de l'Emir, était à Marseille de 12 s. 8 d. 1 ob. 1 pi te de royaux coronats. (1)
« Anno Incarnationis MCCXXXo, indictione 111», pridie idus c( junii. Notum sit cunctis quod ego Fetrus Silvester de (( Montepessulano confiteor et recognosco me habuisse et « récépissé in comanda a te Stefano de ?Jandolio xl 1. rega- « liimi coronatorum que sunt implicate in Lxiii bisantiis « duplis auri directis. » (2)
Le prix du double besant do l'Emir, d'après ce texte, est à peu près le double du prix du besant d'Acre (3) et a moins de rapport avec le change du besant du Gharb. Malgré cette singularité, il ne peut y avoir de doute sur l'attribution, car il n'existait pas de double besant d'Acre. Le Gharb est la seule région dans laquelle les souverains arabes aient frappé de simples et doubles besauts, ou plutôt, si l'on prenait pour type d'unité le besant de l'Est et particulièrement celui d'Egypte, de besants et demi-besants ; mais cette seconde dénomination n'a point prévalu.
§ XIï. — DE l'once de SICILE EN ROYAUX CORONATS.
Je ne m'arrêterai pas à l'évaluation de l'once do Sicile en royaux coronats d'après le statut des marchandises et mon-
(I) Exaclcment 12 sous —
(-2) Arch. (les C.-Ju-Rli., Foivls de Mauluel, R 1504.
(3) Cf. plus liaut, § IX.
naies étrangères ci-dessus étudié, car le change de l'once y est porté à 3 1., somme incontestablement exagérée : « Illi qui « venient de Cicilia computent unam unciam per m 1., » (1) et je passerai de suite à l'estimation donnée par le tarif monétaire de la même époque.
Ce tarif évalue à 50 s. de monnaie marseillaise l'once de Sicile :
« Avers del règne de Secilia si despezegua a razon de sin- « quanta sous la unsa. »
La monnaie d'évaluation n'est pas spécifiée dans le tarif; mais il s'agit incontestablement ici de royaux coronats marseillais.
Un contrat de commande, fait à Marseille le 11 avril 1230, estime l'once à 48 s. de royaux coronats :
« Anno incarnationis Domini M°CC°XXX°, indictione Villa, «: Xlir kalendas madii. Ex hoc scripture testimonio cunctis (( pateat audientibus quod ego Abraham , judeus, filius (( Bolpharaig, confiteor et in veritate recognosco tibi Bernardo (( de Mandolio , me habuisse a te, in comanda, lxxxxvi I. « regalium coronatorum, que sunt implicate in xxxx unciis (( tarinorum bonis et rectis , mundis de omnibus avariis. » (2)
Si l'on ajoute à la valeur de l'once fixée par ce contrat, les frais de la douane marseillaise, on atteint sans peine l'estimation du tarif.
Mais ce motif ne suffit pas à expliquer le bas prix de l'once sicilienne, à Marseille, dans les premières années du XlIIe siècle.
Le 16 novembre 1207, le change de cette monnaie était, en effet, de 2 1. 4 s. 7 d. 1/5 de royaux coronats , comme en
(1) Ibid., 1. c.
(2) Archives des Bouches-du-Rhône, Fonds de Manducl, B. 1504.
justifie le texte suivant : «. xiiii 1. et x s. regalium coronatorum « implicatas in vi unciis et dimidia auri tarinorum. » (1)