‹ Essai sur les monnaies de Charles 1er, comte de ProvenceChapitre 61 sur 183 · VIT. — DU FLORIN DE FLORENCE EN ROYAUX CORONATS · texte numérisé non relu

VIT. — DU FLORIN DE FLORENCE EN ROYAUX CORONATS

Les témoins convoqués, en 1331, pour donner, sous serment, leur avis sur le change des royaux coronats du temps de Char-

(1) Arch. des Bouch.-du-Rhôno, B. 1510.

(2) Ibidem.

les 1er en florins de Florence, évaluèrent ces espèces d'or de 12 s. à 1*2 s. 6 d. de royaux coronats.

Ces évaluations furent indépendantes de l'abaissement du titre de la monnaie marseillaise, car Bertrand de Rosset et Marcel Catalan, experts cités, estimèrent le florin de 1263- 1264 à 12 s. 6 d. comme il le fut depuis, en 1290, au témoignage deGeofl'roi de Servière.

Entre ces années, d'après d'autres dépositions, la moyenne de la valeur de change du florin de Florence fut de 12 s. de royaux coronats. (1)

§ VIII. — DES BESANTS d'OR EN ROYAUX CORONATS.

1. Les contrats d'arbitrage nous font connaître la faveur accordée à Marseille, au XIIP siècle, à deux besants d'or, celui d'Acre et celui d'Alexandrie.

La livre de royaux coronats valait, en 1209, 3 besants — sarrazins d'Acre :

« III bisantios et quarta pro libra sarracenatos in Accone « persolvendos. » (2)

Yingt ans après, en 1229, 30 livres de royaux coronats changeaient 90 besants d'Acre :

« XXX 1. régal ium coronatorum implicatas in lxxxx bisan- «c ciis bonorum bisanciorum de Achone. » (3)

A ce compte, 1 livre de royaux équivalait à 3 besants d'Acre.

En 1238, le change des besants d'Acre en royaux coronats était également de 3 besants par livre.

(1) Pièces jiistif. Vllf, l.

(2) Fomls fie Mamluel, B. 1502.

(3) IbiJ. Fonds cilé, D. 1502.

« Item ad petendos, exigendos et recipiendos a Bonjuda et « in bonis ejus xxx bisantios sarracenatos Acconis quod dic- « tus Bonjudas debebat dare et inittere pro x libris rega- « lium. » (1)

En 1239, le rapport des deux monnaies était absolument le même :

« Ego Bertrandus de Cavallone... recognosco tibi Johanîii a. de Mandolio... me debere tibi xxx 1. pro illa commanda... « quam pater tuus michi fecit in viagio Surie, in nave Templi, « implicatam in lxxxx bisantiis Acconis. » (2)

En 1242, la valeur dubesant d'Acre baissa considérablement sur le marché marseillais, à en juger par un contrat de commande du 17 des calendes de septembre de cette année. D'après ce contrat, le change du besant fut alors de 4 par livre de royaux coronats :

<c Ego Guillelmus de Parisius confiteor et recognosco me « habuisse et récépissé in comanda a te Johanne de Mandolio a XL 1. regalium coronatorum que sunt implicate in CLX bi- « santiis sarracenatis Aconis. » (3)

En avril 1244, le besant avait repris faveur et 3 suffi-

salent à payer une livre de coronats :

« Ego Bertrandus... recognosco me habuisse et récépissé... « in comanda l 1. et ii s. regalium coronatorum que sunt « mutuate pro clxxxiii bisantiis et tercio, sarracenatis « Acconis. » (4)

Un deuxième contrat de la même année (6 des calendes de septembre) constate sur le cours de ces espèces une oscillation

{i) Ibid. Fonds cité, B. 1515.

(2) Ibidem.

(3) Ibiil. Fonds cité, B. 1510.

(i) Ibid. Fonds ciié,B. iJll.

de 2,73 Vo et élève à 3 basants -j^ le prix de la livre de royaux coronats :

« Ego Jacobus Benedictus... recognosco me habuisse et « récépissé in comanda c 1. regaliuni coronatorum quorum « Lxx et IV 1. in presto, scilicet in cclxx et vu bisanciis et « dimidio sarracenatis Acconis. » (1)

2. Un seul contrat marseillais du XIII« siècle nous a conservé le souvenir du change du besant d'Alexandrie en royaux coronats ; il est du 8 des ides d'avril 1235. Il établit ce change à 2 besants d'Alexandrie pour une livre marseillaise :

« Ego Amorosus... recognosco me habuisse et récépissé in « comanda... ix 1. regalium coronatorum implicatas in x et « VIII bizanciis auri sarracenatis Alexandrie. » (2)

3. Les limites des fluctuations de change des besants d'Acre sont donc de 3 à 4 par livre, de 1209 à 1244. Quant au besant d'Alexandrie, mentionné dans un seul contrat, il y est estimé à la moitié de la livre de royaux coronats. (3)

4. Mais à côté de ces cours particuliers et très variables, il y en avait un officiel, établi par la commune de Marseille pour la facilité de la comptabilité et de la perception communales.

Ce tableau des cours paraît avoir été en vigueur pendant une partie du XIIP siècle. Il fixe à 3 besants par livre de royaux coronats le change du besant d'Acre, à 2 besants moins ^A, celui dn besant d'Alexandrie, et à 4 besants, celui du besant du Gharb.

Voici le texte de ce tarif, d'après le Liber jurium curie régie Massilie :

(l)Ibi(l. Fonds cité, B. «51».

(2) Ihil. Fon'ls cité, B. 1507.

(3) Ibid. Fomls cité, B. 1508.

DE CHARLES r"" 213

« io Lo meillior ciels bezans d'Acre, a très bezansper lieura, « e monta vint e set sous o non deniers, e sobra i bezant.

« Lo centenar, dos sous c nou deniers, e sobra i bezant.

« La dezena, très deniers, e sobra i bezant.

« 1° Lo milhier dels bezants d'Alexandria, a dos bezants «. mens quarta per lieura, monta quaranta set sous e sieis défi: niers lo meillier.

« Lo centenar, quatre sous ix deniers.

« La dezena, sieis deniers mens quart.

« 3o Lo milhier dels bezants del Garp monta, a razon de « quatre bezants per lieura, vint sous x deniers.

« Lo centenar, dos sous et i denier.

« La dezena, dos deniers e obole. » (1)

Ce tarif établit le droit de douane à percevoir par la commune de Mai'seille, non sur les besants mais sur la livre coronat, et il fixe ce droit à 1 denier par livre. A ce compte, le besnnt le plus imposé devait être et était naturellement le besant d'Alexandrie; le change en étant de 2 moins -r- par livre, ce besant payait 47 sous et 0 deniers par mille, 4 sous et 9 deniers par cent et G deniers moins — - par dizaine.

En effet, 47 sous et 0 deniers égalaient 571 deniers, et 1,000 besants d'Alexandrie équivalaient à 571 livres. Autant de livres de change, autant de deniers de douane.

Le millier de besants d'Acre valant, au change de 3 besants par livre, 333 livres—-, le droit de douane était fixé sur ces espèces à 333 deniers -— , et le millier de besants du Gharb étant seulement estimé à 250 livres, payait à peine 250 deniers de droit.

Les droits sur les centaines et les dizaines étaient proportionnels à quelques minimes fractions près, négligées par le tarif.

(1) Arch. (les DoHclies-ilii-Rlii'.iie, D lOt'J hh, (■' 19.

Ce tarif diffère, il faut le dire, d'un statut de Marseille de la même époque, dans lequel les mêmes monnaies étrangères sont évaluées à des prix plus élevés, à savoir : le besant d'Acre, à 8 s. de royaux coronats, celui d'Alexandrie, à 13 s. -j- et le besant du Gharb, à 5 s. 8 d. 1 ob. :

« Ordinamus et statuimus in omni averi et in omni cambio «i et moneta quod afferatur per pelagus Massilie, scilicet quod « foritan[c]i et avéra ipsorum portantes prestent i d. tantum c( per 1., et quod cives Massilie sint inde liberi etfranci de suis « mercibus iiropriis et de mercibus civiuni Massilie, eo intel- (( lecto et constituto quod illi qui venient cum mercibus vel « averibus de Suria computent iibisancios et dimidium per 1., « et illi qui venient de Alexandria, computent i bisancium et « dimidium per 1. et illi qui venient de Garbo, computent m «c bisancios et dimidium perlibram. » (1)

La diversité d'évaluation de ce statut et du tarif tient, à mon avis, à la diversité d'objets des deux documents. L'un est un état spécial de change à l'usage du fisc ; l'autre vise à la fois et les marchandises appréciées en monnaies des pays d'oii elles viennent et ces monnaies considérées comme matière à trafic. Aussi, ce dernier document, dépourvu delà valeur spécifique du premier, a-t-il du être battu en brèche par les importateurs et délaissé au profit du tarif, plus conforme à la vérité et aux intérêts marseillais.

1. Il est indispensable, pour l'intelligence des changes cidessus indiqués, de mettre sous les yeux du lecteur des notions sur les poids et les titres effectifs des besants d'Alexandrie, d'Acre et du Gharb, et les représentations de ces divers besants.

(i) Arch. (les Bouch.-du-Rliûue, 1. c. fo 1, v°.

2. Les besants d'Alexandrie provenaient des ateliers de cette ville et du Caire où les firent frapper les sultans d'Egypte Aj^oubites (1173-1254) et, après eux, à partir de 1254, les Mameluks Baharites.

M. Sauvaire, de Marseille, ayant bien voulu me permettre de peser les douze pièces des Ayoubites et des Mameluks de sa riche collection orientale, j'ai pu en établir le poids moyen à 4 granmies 54, y compris le centième du poids perdu par le frai. C'est exactement le poids moyen, frai compris, des trente dinars ayoubites énumérés dans les tables de don Yasquez Queipo. (1)

Les besants ayoubites et mameluks sont d'un or très fin et voisin de 24 carats.

Je donne la représentation d'un besant d'or d'Alexandrie, (Fig. 17) :

Fig. 17.

Comme l'indique la légende ci-après rapportée, cette pièce, frappée en Egypte en l'an 624 de l'Hégire, est du sultan ayoubite Malek-el-Kamel. (2)

(1) Essai sur les syst. viétr. et monél. des nn:. jicuples, l. IV, p. Gt5, lab. LXXI, nos 468-497.

(2) Aux besanls de ce prince et de ses prcdeces.^eurs s'applique, à mon avis, le terme de melechini, inexpliqué jusqu'à ce jour et assez fréquent dans les Charles italiennes de la fin du XU-^ siècle.

Légende : (1)

Les besants rlésignés sous le nom de hesants d'Acre, se divisent en deux catégories. Les uns, d'un or plus fin, sont de fabrication sarrazine ; les autres furent émis par les princes chrétiens, et on les reconnaît à la croix, aux légendes chrétiennes en langue arabe et à la date de l'incarnation, également en arabe.

Avant la prise de cette ville par les croisés, en 1191, on frappait à Acre des besants au nom de Mostacer Billa"h et de ses successeurs et au type tripolitain. Ces besants, de la première catégorie, ont exclusivement couru à Marseille jusqu'en l'année 1242. Deux exemplaires de ces anciens besants arabes du XII"'6 siècle, portant la date de 480, et appartenant, l'un h M. Sauvaire et l'autre à M. E.-T. Rogers, pèsent 3,70 et 3,62. Comme on le voit, môme sous la domination sarrazine , les

(1) Traduction : Malck-cl-Kamel, Abou-'l-Maàly-Moliammctl fils cVAby- Baker fils d'Ayoul). — Point de Dit u sinon Dieu, Moliammod envoyé de Dieu pour la bonne direction de la religion de la vérité et sa propagation universelle. — H : L'imam victorieux Abou-Pjaàfar, le vietorieuv j ar Dieu, émir dos i-royanls. — Au nom de Dieu, le miséricordieux, le clément. Ce duiar a été frappé au Caire, Tan G2i.

DE CHARLES ï"

besants d'Acre n'avaient pas le poids des besants d'Alexandrie des mêmes temps et des mêmes princes.

Il m'a paru utile de donner le dessin d'un besant d'Acre.

Il est de l'au 1251 de l'Incarnation et, par conséquent, de fabrication chrétienne : [fig. 18)

Fis. 18.

Légende : (1)

LoUav « U^'jX— w . c J-."

Je n'ai pas pu peser de besant chrétien antérieur à 1251, mais deux pièces de cette année-là, une de 1252, une de 1257 et une cinquième de 1259 ? de la collection Sauvaire, m'ont donné les poids de 3,70, 3,11, 3,05, 3,12 et 3,21.

Le titre des besants d'Acre sarrazins est, si je ne me trompe, de près de 24 carats d'or et celui des besants d'Acre chrétiens de 18 carats.

(1) TnADUCTroN . Dieu seul. — Le Père, le Fils et le Saint-Esprit. — Frappé h Acre, l'an 12.t1 île l'Incarnalioii du Messie — ifi : et de noire résurierlioa et par Lui nous sommes sauvés cl aimés. — Nous nous glorifions par la croix de noire seigneur Jésus le Messie dans lequel sont noire salut et notre vie.

Je passe maintenant aux besants du Gharb.

Les Almorabites frappèrent dans leurs domaines d'Afrique et surtout dans le Gharb, de la Tunisie au Maroc, des dinars d'un titre semblable à celui des besants d'Alexandrie , c'est-àdire d'or fin (1) et du poids moyen de 3 grammes 942, d'après les tables de don Vasquez Queipo. (2)

Ce ne sont pas là, certainement, les besants auxquels le tarif et les contrats marseillais du XIII'^ siècle assignent à peine une valeur deux fois inférieure à celles des besants d'Alexandrie.

Mais les Almohades, ayant succédé aux Almorabites, à Aghmat et en Kabylie en 1120, dans la plus grande partie du Maroc en 1129, à Sedjelmasseh peu après 1137, à Tlemcen en 1149, firent à leur tour battre monnaie d'or fin soit sur la côte, soit dans l'intérieur des terres tunisiennes , algériennes et marocaines.

Comme, le plus souvent, leurs dinars ne portent pas de nom de ville ou d'atelier, l'usage vint, à mon avis, de les appeler besants occidentaux ou du Ghavb. Ces pièces, sans nom de ville, sont également sans date. Don Vasquez Queipo a publié, sous les nos ] à 0, 8 à 19, 22, 23 et 26 de la table LXXIV, du IVe tome de son Essai, les poids de vingt-un dinars almohades dans lesquels je reconnais les besants du Gharb des contrats marseillais.

Le poids moyen de ces vingt-une pièces est de 2 grammes 30.

(1) Essai etc., l. II, p. 395, note 83.

(2) Fbid. t. IV, lab. LXXV. p. 032.

Il en est de même des dinars almohades publiés par M. Stanley E. Lane Poole. (1)

La collection Sauvaire en renferme trois d'un poids un peu moindre: 2,19, 2,21 et 2,26.

Je joins à ces notions le dessin de l'un de ces dinars ou besants du Gharb : (fig. 19)

Fiff. 19.

Ce besant d'or est au nom d'Abd-el-Moumen, comme l'indique la légende ; la voici : (2)

(1) Cn the coins of the Muwahhids in Ihe Brilish Muséum. Num. Chron. 1873, pi. VI, nos 1 et 2.

(2) Traduction : Point de Dieu sinon Dieu, Mohammed envoyé de Dieu. — Au nom de Dieu le miséricordieux, le clément ! que la bénédiction de Dieu soit sur Mohammed et sur ses parents les bons, les purs ! — fi] : Le Mehdy, imam de la nation, qui gouverne par l'ordre de Dieu. — Abou-Mohammed- Abdou- IMoumen, fils d'Aly, émir des croyants. Louange à Dieu, maître do rUnivers.

Aux Almohades succédèrent, en 1226 , les Hafssites ou Beni-Hafss , sur lesquels M. Lavoix a publié une excellente notice. (1)

L'un des descendants de Abou-Hafss, chef kabyle , partisan et disciple du Medhi fondateur de la dynastie almohade, Abdel-Oiiahed, reçut du calife almohade Mohammed-el-Naser, le gouvernement de l'Afrique et mourut dans ces fonctions en 618 (1222).

Son fils Yahia (Abou-Zacharia) lui succéda, mais, ne se contentant pas d'être gouverneur, il se révolta en 623 (1226), et secouant le joug des Ahnohades, fonda la dynastie des Hafssites ; il régna de 1226 à 1229.

M. Lavoix a publié, dans son mémoire, un dinar de ce prince et un dinar de son successeur Mohamed (Abou-abd- Allah), 1249-1277. Ces dinars d'or fin sorit au type et du poids des dinars almohades, et, au nom du prince près, sont identiques l'un à l'autre. Je donne le dessin de celui d'Yahia : (fig. 20)

Fig. 20.

(i) Mêm. sur les Monn. frappées par les Beni-Hafss. Rev. arch. 4854, p. 157, et pi. 191 et l'J2.

En voici la légende : (1)

Cette pièce est sans nom de ville, ni date. M, Sauvaire en possède un exemplaire du poids de 2 grammes 30 ; les tables de don Vasquez n'en mentionnent aucun, soit de ce prince, soit des autres HafTssites.

§ IX. — DU MARMOTIN EN ROYAUX CORONATS.

Gérin, prieur de Correns, vendit à l'abbaye de Florège, par acte du 10 novembre 1209, l'église de Sainte-Croix, ses dépendances et le domaine de Beaumont, au prix d'un cens annuel de 6 1. 8 s. de royaux coronats,et en cas d'altération de cette monnaie, de 24 marmotins d'or.

Le document où j'ai puisé cette indication appartient au fonds de Montmajour. En voici le texte :

(( Girinus, prior ecclesie de Corredo, concessit Fulconi, « abbati Floregie, ecclesiam Sancte Crucis et omnes posses- (( siones et terras cultas et incultas et omnia jura ad eandem

(1) Traduction de l'arabe : Le Mehily, chef de la Nation, qui gouverne par ordre de Dieu. — L'émir illustre Abou-Zacharia-Yahya, fils d'ALy-Mohammed fils d'Aby-Hafss. — A : Point de Dieu sinon Dieu, Mohammed envoyé de Dieu. — Au nom de Dieu, le miséricordieux, le clément! que la bénédiction de Dieu soit sur Mohammed et sa famille et que son salut le sauve !

« ecclesiam pertinentia, salvo annuo censu, ecclesie dicte de ce Corredo qtiotannis; solvendo ab abbate Floregie, vi 1. monete « regalium coronatoriuii et viii s. ejusdem monete pro rébus « Bellimontis ; quod si moneta mutaretur, persolveret abbas « xxiiii marmotinas aureas annuatim. Hanc concessionem « firmavit venerabilis Petrus de Castronovo, Pape legatus, « similiterque episcopus Forojuliensis sigillum suum appocc suit ; revoluto tempore, eandem dominus abbas Guillelmus « Montismajoris laudavit; alio quoque tempore, venit Guillel- « mus, abbas Floregie, in capitulum Montismajoris, et genecc ralis conventus Montismajoris hanc compositionem lauda- « vit..., anno ab incarnatione Domini M" CC» IX", feria 11=» « post octabas Omnium Sanctorum. » (1)

La valeur de change du marmotin d'or au commencement du Xllh siècle, ressort de ce document à 5 s. 4 d. de royaux coronats.

J'ai tenu à éditer tout au long la pièce où j'ai puisé ce prix de change inapplicable au morabotin, car le morabotin frappé par les almoravides ou morabites était d'un poids moyen ou théorique de 3 grammes 942, comme nous venons de le voir, et par conséquent d'une valeur trop supérieure au prix de change ci-dessus pour pouvoir y être rapportée. Le marmotin n'était donc pas un morabotin mal orthographié. Le marmotin était un des noms arabes du besant almohade du Gharb auquel convient, du reste, très-avantageusement, l'évaluation en royaux coronats de 1209. Le besant almohade du Gharb était appelé, par les Francs, mazmotin, masmotin, masmodin, massamutin et massamudin, parce que le chef ou medhy de la secte des Almohades appartenait à la ti'ibu des Masynoudy (en latin, Masmudini), nom sous lequel a parfois été désignée cette dy-

(1) Arch. des Bouch.-du-Rhôiic, Chantelou, Hist. de Montmajour, I, fo 1026.

nastie, plus connue pourtant sous le surnom de Almoliad (l'unitaire), emprunté à la profession de foi en un seul Dieu. (1) Ce que j'ai dit, dans le paragraphe précédent, du besant almohade du Gharb s'appiiipie justement au marmotin de la charte de Gérin et à ceux de tous les textes du XIII^ siècle.

§ X. — DE l'obole de l'émir EN ROYAUX C0R0NAT3.

On rencontre fréquemment dans les chartes, les comptes et les tarifs des XlIIe et XlVe siècles, la mention de monnaies de }Jirro, Miro, Mir ou Mil. Cette dénomination n'a pas encore été, je crois, expliquée. Te suis d'avis de traduire par Emir les termes de mirro, miro, mir et mil du moyen-àge et d'attribuer les moiuiaies de l'Emir aux Almohades et aux Hafssites, les uns et les autres ayant pris ce titre. Je traiterai au paragraphe suivant des doubles besants ou deniers de l'Emir.

Quant au besant de l'Émir, appellation synonymique de besant du Gharb, sous laquelle il était généralement connu en Provence, et particulièrement à Marseille, il portait aussi dans ce pays, dans cette ville, le nom cVobole de l'Émir.

Une charte du 25 avril 1283 ne laisse aucun doute à cet égard, en fixant à 6 s. de royaux coronats, c'est-à-dire à un prix à peu près semblable (2) à celai des tarifs et contrats marseillais étudiés dans le paragraphe précédent, le change de l'obole de l'Emir : obolus auri del mir.

« In nomine Domini. Anno incarnationis ejusdem M" CC" « LXXXo m», indictione XI», Yh kalendas madii. Notum sit

(i) Cf. Tïcmcen, par M. l'abbé Barges, p. ISi el suiv. ; Ilist. des Berbères, traJ. (l'Yahia ben KlialJoun, par M. de Slane, t. II, 16i.; Oa the coins of Vie Muwahhids, par Stanley E. Lane Poolc, Numism. Cliron. 1873 ; enfin et surtout, Carlulairc del\ibb. de St-Vicljr, t. 1, Préface, p. LUI, § XIII.

(2) A quelques centimes près.

« cunctis presentibus et futuris quod ego Petrus de Ripa alta, « monachus et camerarius monasterii sancti Victoris Massilie, a nomine dicte camerarie et pro ea, per me et successores meos « dono ad acaptum, sive jure acapti perpetui sive in emphy- « teosim, in perpetuum, vobis Duranto de Portu et Giraudo « Arnaudo, civibus Massilie et vestris, quendam ortumetquam- « dam vineam cum quadam terra dicte camerarie, situm et sitas « in territorio Mas:?ilie, in loco qui dicitur Vallis sancti Bau- (( silii, salvo censu qui est pro dictis orto, vinea et terra, xx « oholorum aiiri ciel Mir, vel vi s. regalium seu massilien- « sium minutorum pro quolibet obolo annis singulis infesto (c beati Michaelis michi dicto camerario et successoribus meis « perso) vende. . Actum Massilie in dicto monasterio, in infir- « maria nova, in caméra camerarie, in presentia ettestimonio « Jacobi Rulle juvenis, Jacobi de Conchis, monachi ; Johannis « de Ripa alta, et mei, Gidllelmi Fabri, notarii publici Massilie, « etc. » (1)

On sera peut-être surpris de la différence existant entre le change de 6 sous de royaux coronats de 1283 et celui de 5 sous de royaux coronats des statuts de 1228 auquel était estimé le besant du Gharb. Cette différence était nécessaire et juste et, pour l'expliquer, il suffît de rappeler l'abaissement progressif du titre du royal coronat pendant la seconde moitié du XIlIc siècle.

Il me paraît superflu de donner le dessin d'une obole de l'Emir, ce terme servant, je le répète, à désigner, par un synonyme, le besant du Gharb soit Almoliade, soit Hafssite, ce dernier surtout. (2)

(1) Arcli. (les B.-du-Rh., Fonds St-Victor, no 819.

(2) Cf. ci-dessus, 11^;. la el 20.

§ XI. — DU DOUBLE BESANT DE l'ÉMIR EN ROYAUX CORONATS.

Le double besant de l'Emir nommé dans les actes et les comptes des XIII<^ et XI Ve siècles, duplex, duplex hisantius, duplex denarius de Miro, doubles doiiers de Mir ou de Mil, dohla de Mir, était une monnaie d'or du Gharb, d'un poids et d'un format doubles des poids et format du simple besant, et, comme celui-ci, frappé successivement par les Almohades et les Hafssites, sans aucune indication d'atelier ni mention de l'année de la frappe.

Voici le type de cette monnaie, d'après un double besant de l'émir Abou-Abd-Allah-Mohammed (647-675) :

Fiff. 21.

Comme il est difficile de déchiffrer, sur le dessin, la légende de cette pièce, je la reproduis ici tout au long, conformément à l'édition de M. Lavoix : (i)

[i) Mon. des Beni-Uafss, Rcv. Arch., l. IX, p. 202. Voici la tradiictioa de l'arabe : Aboii-Abd-Allah-Mohammeil, fils îles émirs orlbodoxes. — Le vainqueur par Dieu, muni Je l'aide de Dieu, érnir des croj'aiits. — i\ : Le remercîment à Dieu et la puissance et la force par Dieu ; le Mehly, kalife de Dieu. — Au nom de Dieu le miséricordieux, le clément ! Dieu rend victorieux qui il lui plaît. Point de Dieu sinon Dieu, Moliammed envoyé de Dieu.

En 1230, le change du double basant de l'Emir, était à Marseille de 12 s. 8d. 1 ob. 1 pite de royaux coronats. (1)

« Anno Incarnationis MCCXXX, indictione Illa, pridie idus « junii. Notum sit cunctis quod ego Petrus Silvester de « Montepessulano confiteor et recognosco me habuisse et « récépissé in comanda a te Stefano de Mandolio xl 1. rcga- « lium coronatorum que sunt implicate in lxiii bisantiis « duplis auri directis. » (2)

Le prix du double besant de l'Emir, d'après ce texte, est à peu près le double du prix du besant d'Acre (3) et a moins de rapport avec le change du besant du Gharb. Malgré cette singularité, il ne peut y avoir de doute sur l'attribution, car il n'existait pas de double besant d'Acre. Le Gharb est la seule région dans laquelle les souverains arabes aient frappé de simples et doubles besants , ou plutôt , si l'on prenait pour type d'unité le besant de l'Est et particulièrement celui d'Egypte, de besants et demi-besants ; mais cette seconde dénomination n'a point prévalu.

§ XII. — DE l'once de SICILE EN ROYAUX CORONATS.

Je ne m'arrêterai pas à l'évaluation de l'once de Sicile en royaux coronats d'après le statut des marchandises et mon-

(1) Exactement 12 sous ^

(2) Arch. des B.-du-Rh., Fonds de Manduel, B. 150*.

(3) Cf. plus haut, S IX.

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