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Observations sur le récit de Papillon, relatif aux gravures sur Sois attribuées au comte Alexandre Alheric Cunio , et à Isahelle Cimio, sa sœur jumelle '.
Quoique ces pièces soient des gravures sur bois qui
* Historiœ Francorum Scriptores , etc., Tom. IV, pa^. 6i« B.
* J^ai cru mutile 4e ra^|>ortier teKtaeUement riiisioire et Papillon; mais ceux qui auraient envie de la lire , la «rouYeroat tm français dans le Traité de la, Gravure en bois, llimk. I, p^g* ^3 à 9S, et daos V£ncîclopedia meiodica, etc.. Part. I, Tona. VII, pag. ao4 à ai4* £lle a été reproduite , en italien, dans Maierkdi par sen/ire 4dia storia, etc., p. 222 à 333^ et eu «iglais, dans An inqtwry, etc., p. i-i à 21*
NOTES. gS
ne peuvent répandre aocane lumière sur les nielles et sur l'art d'imprimer les gravures sur cuivre, )'ai cru Be pouv<Hr me dispenser d'en parler dans cet onvrage , puisque plusieurs fois elles ont été citées comme une prenive que la gravure aur bois était exercée en Italie à la fin d« XIII.* siède.
J^avoue qne , malgré l'estime partic«£ère que m'inspire l'abbé Zani, je ne puis partager sa conviction sur rauthenticité de ces pièces. L'opinion de cet habile iofestigateur a été adoptée par M. Ottley' et par M. J.-F. Galeani Napione'. Tous deux sont d'avis que Papillon n*a point fait un conte » et que le fait rapporté par lui peut être placé parmi les vérités qui doivent devenir historiques » ainsi que le dit M. Ëmérie-David ^. Cependant je suis loin d'être convaincu , et je partage entièrement l'avis de M. de Beinecken^, relativement à l'extrême ign<Mrance de Papillon , dont le mérite consiste à avoir gravé sur bois, avec talent, un grand nombre de vignettes, et qui peut aussi recevoir quelques louanges pour la partie pratique de son IVaité 'de la gravure en bois , mais dont la partie historique est on amaa de contes absurdes , et de bévues
> jin Inquiiy, ete, Tom I, pag. 38 i 4'*
* OtservazLoni intomo aile ricerche riguardanii l'origine délie Suunpe , dette Jigure in legno ed in rame , lues à rAcadémie impériale dc« Sciences , Littérature et Beaux - Arts de Turin , le i y décembre 1806.
' Discours historique sur la Ora/pure en 4aill^^ouce , dans k> Musée français, Tom. III, pag. 11.
♦ Idée générale d'une Collection compUtte d'Estampes , pag. aSg, note (a).
propres à donner au lecteur des doutes sur ce que l'ouvrage offre de vrai.
Je ne veux pas dire pour cela que Papillon ait eu l'intention d'en imposer ; je suis loin de le croire : il était trop honnête y trop brave homme dans toute l'acception du terme , pour qu'on puisse le taxer de mauvaise-foi; mais il était d'une simplicité et d'une crédulité telles, qu'il n'a jamais douté de ce qu'il a lu » ou de ce que quelqu'un lui a dit : aussi son livre fourmille-t-il de naïvetés dont on pourrait former un Papillionana, oh, parmi les traits les plus plaisans , celui-ci ne serait pas le moins remarquable. Parlant de l'origine des cartes à jouer , Papillon dit : ' « S'il est vrai , suivant certain » auteur , que ce fussent les Lydiens qui eussent trouvé I cet expédient avec celui du jeu de paume , pour se I dissiper de deux jours l'un pendant un temps de » famine , afin de ne pas manger autant qu'à l'ordi- » naire » . Il faut convenir que ce serait un singulier moyen de calmer son appétit , que de jouer à la paume tous les deux jours.
La manière dont il raconte son aventure chez l'officier suisse , demeurant à Bagneux ; les circonstances dont il accompagne son récit , ne peuvent laisser de doute sur la vérité de ce qu'il rapporte; mais en croyant Papillon sur parole , est-il bien constant qu'on doive avoir la même confiance dans la traduction et la dictée de M. Greder? Si par hasard cet officier suisse était le Loustic du régiment , et qu'il ait eu la ■ — 1^^.^^»^— ^— — ^^»- I —— .^i.^^— ^^i^^^^— ^—^i^i— ^^^j^— ^
' TraU/é historique Je la Gravure en bois, Tom. I, pag. 79.
perfidie dé vouloir s'amuser de la simplicité de son colleur de papier, qui , à vingt-un ans, se croyait peut-être un docteur? Les notes en langues étrangères , d'une écriture ancienne , avec une encre trèsdécolorée , ne présentaient-elles pas aussi des difficultés qui auraient pu arrêter beaucoup de personnes , plus habiles même que M. Greder , dont le nom et les connaissances sont maintenant tout-à-fait ignorées ; difficultés dans lesquelles Papillon n'a pu certainement lui être d'aucun secours ? /
Ne rencontre-t-on pas tous les jours des personnes qui attachent un prix extrême à des gravures qu'elles croient de la plus grande ancienneté , quoique pourtant elles ne remontent pas au-delà du XVII.* siècle? L'amour dé la propriété n'aurait -il pas aveuglé M. Spirchtvel dans la rédaction de sa note manuscrite ? et s'il faut croire à la bonne-foi de Papillon , aussi bien qu'à celle de M. Greder, ne peut-on pas penser qu'ils ont été tous deux induits en erreur par la note , qui n'est qu'un résumé de ce que M. Spirchtvel avait entendu dire à son Père-grand, qui lui-même le tenait du Podestat d'Imola , descendant des G unie.
Que de traditions se sont succédées avant que la plume de Papillon fût là pour les recueillir et nous les transmettre, tandis que les monumens dont il était question ont entièrement disparu ; et maintenant , pour ne pas être taxé d'une incrédulité ridicule, il faudrait croire qu'en i285, un frère et une sœur jumeaux , d'une famille de distinction , étaient , dès l'âge de treize ans , des prodiges de science et de
talent; qa'à quinze ans, le jeune homme fit des prodiges de valeur à l'armée; qu'après avoir été blessé, il revint voir sa sœur; et que, pour occuper leurs loisirs, à l'âge de seize ans, ils composèrent ensemble , et peignirent a Les Chevaltreux Faits en figures, du Grand et Magnanime Macédonien Roi, le Preuœ et vaillant Alexandre » ; qu'ils gravèrent sur bois leur propre composition, malgré les diiBcultéset le peu d'agrément que présente cet art dans son exécution; que ces figures furent imprimées sur du papier de chiffon, dont l'usage n'était pourtant connu que depuis peu d'années ; qu'ils en firent des épreuves pour les offrir à leurs illustres parens, et entre autres au Pape Honorius lY ; que tous les exemplaires de ces figures ont été égarés , même celui qui devait se trouver dans la Bibliothèque du Vatican , puisque le conseiller Bianconi et le prélat Bottari l'ont inutilement cherché l'un et l'autre; qu'un seul exemplaire est cependant arrivé dans les environs de Mont-Rouge , oii il se trouvait en 1720; mais qu'il a disparu depuis cette époque, sans qu'on puisse savoir ce qu'il est devenu. Il faudrait croire qu'aucune de ces neuf feuilles n'a jamais été rencontrée séparément, ou qu'elles n'ont pas été reconnues , quoique toutes cependant portent le nom entier de leur auteur, contre l'usage ordinaire des artistes de cette époque , qui souvent ne mettaient aucune marque, ou tout au plus leur chiffre; il faudrait croire que neuf planches ayant été gravées et imprimées en Italie en i285, ni les Gunio eux-mêmes , ni personne après eux , n'ont plus rien fait de cette nature pendant un espace de plus de
cent années. Il faudrait croire enfin que Mariette, dont les connaissances étaient si étendues , et qui vivait à Paris à la même époque que Papillon, n'a pas étécon suite par les possesseurs de cette histoire d'Alexandre. Il faudrait une confiance à toute épreuve pour ne pas être ébranlé par cette foule de singularités. J'avoue que, dussent se présenter à moi pour m'effrayer, et me ramener dans cette croyance , les ombres réunies de Papillon , de Greder, de Spirchtvel et de Jean-Jacques Turine , je répéterai toujours que je regarde leur récit comme digne de figurer parmi les romans.