‹ Essai sur les niellesChapitre 15 sur 236 · VI · texte numérisé non relu

VI

Extrait de Vow^rage intitulé : Thésaurus veterun^ diptychorum *, etc., a Ant.-Franç. Gori. Firenze, 1759, inr-foL Tom. III.

Dans les premiers paragraphes de cet article , Gori parle très-longuement du magnifique autel exécuté pour le Baptistaire de Saint- Jean de Florence , et dit que , commencé dès l'an i566 , il fut terminé en i452. Il fait connaître ensuite les noms de tous ceux qui y

"^ En faisant cette traduction , j^ai cru nécessaire d^y joindre eu notes quelques éclaircisseniens. J. DucH.

ont travaillé, tels que Becti, fils de Geri; Léonard , fils de Jean -le -Notaire; Christophe, fils de Paul; Michel , fils de Monti ; Antoine * , fils de Jacques dd Pollajuolo. Indépendamment de ces artistes , sculpteurs , orfèvres ou ciseleurs , qui tous travaillèrent à l'autel même , on doit encore faire connaître les noms de Michelozzi , fils de Barthelemi ; Becti , fils de François Becti, sans doute le même que celui dont il est parlé plus haut, comme étant fils de Geri; et Miliani' , fils de Dominique Deio , comme ayant aussi contribué à Tembellissement de cet autel , puisque ces derniers furent employés pour les flambeaux et la croix qui étaient placés dessus. Gori ajoute ensuite , page 3 1 5 , paragraphe VI :

c Auprès de ces précieux monumens , sont exposées deux plaques d'argent dont on fait usage pour donner et recevoir le baiser de paix ; leur poids est d'environ vingt livres ' ; elles sont ornées de figures de vermeil , du plus beau travail , et par-derrière , il y a des poignées d'argent : l'une, gravée et peinte en monochrome avec du nielle, fut faite avec un soin et un travail incroyables , par le célèbre Thomas * , fils de

' C'est le même Antoine Pollajuolo dont on connaît (Quelques gravures , entre autres la Bataille aux Coutelas.

> Probablement de la même famille que Mathieu Dei , auteur d''une Paix représentant le Crucifiement de J.-Cb. , dont il est parlé à la fin de cette note, et décrite sous le n.» laa , ainsi que de la Paix non-terminée représentant la Conversion de saint Paul, décrite sous le n." 139.

' La livre de Florence est de moins de douze onces : c'est donc un poids d'environ quatorze livres de France.

^ Tommaso, dont le diminutif .^o^o a prévalu, elest seul en usage maintenant pour désigner cet artiste.

NOTES. Io3

Fioiguerra; et puisque Toccasion s'en présente, je vais m'étendre un peu sur ce sujet » .

« Cette Paix est d'autant plus remarquable , qu'elle a donné naissance à l'art admirable de graver au burin sur des planches de cuivre , dont l'utilité , répandue par toute la terre, a comblé de gloire les artistes qui en ont fait usage » .

« L'habile orfèvre grava , sur une plaque d'argent, des figures représentant le Triomphe et le Couronnement de la bien-heureuse vierge Marie , enlevée au ciel et entourée d'anges , ainsi que d'un grand nombre de saints placés sur le devant de la composition ; son ouvrage n'étant pas entièrement terminé , et avant qu'il fût chargé de la couverte noire, dite vulgairement nielle , il lui arriva , par hasard , de vouloir en prendre une empreinte , employant le plâtre et le soufre (ce dont j'ai un exemple dans un vieux tabernacle"^ de ce temps) , et se servant d'une teinte obtenue par la fumée grasse d'une chandelle. Il voulut essayer aussi ce que produiraient les figures gravées, en appuyant dessus un papier humide. Lors donc qu'il eut vu que le papier appliqué sur la planche rendait fidèlement le sujet qui y était tracé , il arriva , par ce procédé , le premier de tous , à l'art de graver sur cuivre, et à celui d'en tirer des épreuves sur papier, au moyen d'une couleur quelconque mêlée avec de l'huile. Parmi ceux qui apprirent cet art de

* Probablement celui des Camaldules , donl les omprcinles sont décrites sous les n.»'- 80 à ç)3.

Io4 ESSAI SUR LES NIELLES.

Thomas , fils de Finiguerra , et qui en donnèrent l'exemple , furent Alexandre Botticello et Antoine del PoUajuoIo , qui , ayant pris des sujets dans le poëme intitulé : la divine Comédie du Dante ', en enrichirent les principaux chapitres , surtout ceux du commencement de ce poëme; mais ils n'ont pas mis leur nom au bas de leur gravure, ainsi que cela est devenu la coutume dans la suite. Dans l'édition du Dante , avec les commentaires de Christophe Landini» publiée à Florence , sur grand papier royal , en 14S1 » par l'imprimeur Nicolas , fils de Laurent , allemand , on voit trois ou quatre gravures en cuivre : il doit en exister quatorze autres, qu'on dit avoir vues * , ce que j'ai de la peine à croire ; peut-être plusieurs de ces gravures ont été répétées trois ou quatre fois en tête de quelques chants du poëme du Dante. On a parlé d'épreuves tirées avant cette époque, d'anciennes planches de bois gravées; cet art était connu depuis long- temps chez les peuples orientaux, et principalement chez les Chinois ; mais quant à l'art de graver sur cuivre ou sur argent , et d'en tirer des épreuves , ce qui peut se faire en grand nombre , je dis, et j'afQrme, que la

' Pignore pourquoi Gori parait attribuer une partie des grayures du Dante à Antoine PoUajuolo , tandis que ce traTail est reconnu pour être de Baccio Baldini et d'Alexandre Botticello.

* Il en existe dix-neuf j mais les deux premières seulement sont imprimées à leur place, sur la feuille même du texte j les autres sont beaucoup plus rares , et lorsqu'on les trouve dans le liyre , on voit qu'elles ont été tirées à part, et collées ensuite à la place qui avait été réservée en blanc dans le texte.

première invention et la plus grande gloire doiyeift en être attribuées à Thomas le florentin. Son ouvrage étant achevé en i452 , le même Thomas, fils de Finiguerra , orfèvre florentin , reçut des syndics du corps du commerce, pour son travail et pour la valeur de l'argent, en florins d'or, 66 florins i livre 6 deniers *, ainsi qu'on en trouve la preuve dans le grand registre, coté A A, de la même année; il est conservé dans les archives de ce syndicat , où je l'ai vu. Je voulais faire dessiner et graver sur cuivre cette superbe Paix chrétienne; mais un ouvrage aussi difficile, rempli d'un aussi grand nombre de figures , couvert d'un émail noir, et surtout dans un tel état de vétusté, aurait nécessité des dépenses au-dessus de mes forces. C'est pourquoi je m^en suis abstenu, quoiqu'à regret, laissant à d'autres personnes de cette ville la gloire précieuse et l'honneur éternel de publier cet insigne et mémorable ouvrage.

Le célèbre sénateur Buonaroti , dans la préface de son ouvrage sur les médailles de grand module du Musée Garpegna , page 1 7 , reconnaît Thomas , fils de Finiguerra, pour l'inventeur de cet art admirable ; il rapporte ce qu'en dit Y asari , tant dans le chapitre xxxiii de sa préface, que dans la vie d'Antoine del Pollajuolo, dont -il parle très au long dans le commencement de celle de Marc -Antoine; il cite aussi ce que dit Baldinucci. Thomas , avant de remplir et de couvrir ses gravures de nielle 9 avait coutume de prendre une empreinte avec de la terre ,

* Ce qui ferait environ 2200 francs.

OU du soufre , ou du plâtre , ou enfin avec du papier humide; empreinte sur laquelle se trouvaient les traces de la fumée de chandelle dont il avait eu soin de noircir sa gravure. Tous ces procédés sont décrits brièvement dans l'ouvrage de Vasari ; mais il se trompe grandement, quand il regarde Thomas, fils de Finiguerra, comme l'auteur des deux Paix de la Basilique de Saint-Jean; car il ne fît qu'un seul de ces ouvrages, comme je le dirai bientôt. Baldinucci , dans sa préface, où il traite de l'origine et des progrès de l'art de la gravure sur cuivre, dont il ignorait la véritable époque, raconte beaucoup de choses de ce même Thomas , et cite après lui , comme les plus habiles dans cet art admirable , Baccio Baldini , orfèvre de Florence , qui n'étant pas assez instruit dans le dessin , fut aidé par Alexandre Botticelli. Après cela, il parle d'André Mantegna , comme remarquable dans cet art, à Rome , et dit que son exemple fut suivi , en 1490, en Allemagne, par Tudesque et Israël Martin * , qui furent bien surpassés par Albert Durer , Lucas de Leyde et Aldegraver. Une autre Paix, enrichie de damasquinure, représente au milieu , le Crucifiement de Jésus-Christ , avec un grand nombre de figures gravées sur une petite plaque d'argent , couverte ensuite d'une peinture noire , dite nielle; elle fut faite par Mathieu , fils de Jean Dei , citoyen et très-habile orfèvre de Florence. Celui-ci

* Ces noms sont très-inexacts : Tudesque est le sobri([uet niu- Ton a donné autrefois à Tun des doux Maîtres allemands y Israël Mcrhein ou Martin Schongaucr, qui sont ici confondus comme un? seule et même personne.

ajouta aus^i beaucoup d'ornemens très - beaux , pour lesquels, son ouvrage achevé et livré en i455» en considération de la dépense, il reçut 68 florins ' d'or » .

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