‹ Essai sur les niellesChapitre 16 sur 236 · VII · texte numérisé non relu

VII

Courte Dissertation sur le Soufre de Maso Fïniguerra, appartenant au comte Seratti *.

Maso Finiguerra vécut de i4oo à 1460 : il fut élève de Masaccio , et s'appliqua à l'étude de l'orfèvrerie ; il dessina en clair-obscur, fit des modèles en basrelief, et fut très-habile dans les ouvrages de nielle.

Pour faire ces sortes d'ouvrages., il gravait avec le burin sur une plaque d'argent , et la couvrait ensuite avec du nielle , qui est une substance métallique réduite en poudre : c'est un composé d'argent , de cuivre , de plomb , de soufre et de borax , mélange plus fusible que l'argent, et d'une couleur noire ^.

' Quoique cette pièce ait été payée plus cher que celle du Couronnement de la Vierge , il n^en faut pas conclure qu'on ait pensé à cette époque que le talent de Mathieu Dei dût être payé plus que celui de Thomas Finiguerra ^ mais il faut seulement réfléchir que dans le prix se trouve compris le poids du métal, et que celle du Crucifiement pesait probablement plus que l'autre.

* En conservant cette dissertation , déjà publiée par Zani et par M. Ottley , j'ai cru devoir y joindre des notes pour rectifier quelques erreurs, ou donner des éclaircissemens nécessaires. J. Duch.

* Seratti a suppléé au défaut de Vasari , qui, donnant la note des substances dont le nitlU est composé , a négligé de parler du cuivre , du soufre et du borax : il est évident que l'argent et le plomb seuls ne peuvent faire une substance facilemenl fusible (;l de couleur noirr.

Io8 ESSAI SUR LES NIELLES.

Lorsqu'on voulait faire fondre cette composition métallique , on employait un degré de chaleur suffisant pour faire couler la composition jusqu'à ce qu'elle remplit toutes les tailles de la gravure , sans cependant fondre la planche d'argent ; ensuite , avec des ébarboirs, des limes et de la pierre-ponce, on enlevait le surplus du nielle qui se trouvait en saillie sur la superficie de la planche , jusqu'à ce qu'elle fût totalement découverte , et que le nielle, restant seulement dans les tailles, fit bien ressortir le sujet dessiné. On regarde comme les principaux ouvrages de Maso deux Paix qui sont conservées dans la sacristie de l'œuvre de Saint-Jean de Florence. Celle qui représente l'Assomption est certainement de lui : elle fut faite en i452» et lui fut payée, en florins d'or, 66 florins i livre 6 deniers , comme on peut le voir sur le registre ÂÂ des archives du syndicat des marchands dans cette année. L'autre Paix fut faite par Mathieu , fils de Jean Dei, en i4â5 : elle représente le Crucifiement de Jésus-Christ; mais elle est inférieure à la première, tant pour la composition que pour le dessin *.

La Paix représentant l'Assomption est reconnue pour l'ouvrage le plus authentique , et peut- être le seul de

* Ces ■çia.nch.es ruelles, eatourëes d'oi*uemens en argent massif, quelquefois dorées, étaient fixées au milieu d^eux, soit avec de la soudure, soit par un autre moyen , et seulement lorsqu'elles étaient entièrement terminées^ autrement il eût été difficile d'en prendre des empreintes avec de la terre, et il eût été impossible d'en tirer une' épreuve sur papier. La Paix, décrite sous le n.o 55, et qui faisait partie du Cabinet Sikes, se détache facilement des ornemens en filigrane qui l'environnent.

ce genre de Finiguerra ' ; il est aussi très-remarquable, tant par la finesse et l'intelligence de la gravure , que par la pureté du dessin.

Les figures, au nombre d'environ quarante , sont toutes surprenantes par la beauté et l'expression du caractère. La pièce pourrait être regardée comme une des meilleures compositions des plus beaux temps de la peinture , s'il n'y avait , pour tout défaut , un peu trop de régularité dans la distribution des figures , et un peu de sécheresse dans les plis des draperies. Mariette en demanda une copie» qui lui fut envoyée avec la notice du chevalier Gaburri.

C'est d'après cet ouvrage, indubitablement de Maso^ que les Italiens opposent leurs prétentions aux Allemands , pour prouver que cet orfèvre a été l'inventeur de la gravure sur métal, découverte au moyen de laquelle on trouva par suite l'art d'imprimer ces gravures sur papier.

Yasari et Baldinucci rapportent que lorsque Finiguerra avait gravé quelqu'ouvrage , avant de le couvrir de nielle 9 il en prenait une empreinte avec une terre très-fine , sur laquelle il jetait ensuite du soufre fondu; que sur ce soufre il passait une teinte à l'huile, qui restait seulement dans les tailles* , et qu'en appuyant avec un rouleau de bois , le papier se trouvait recevoir l'empreinte du dessin.

' Ou trouyera, à la fin de cet ouvrage, une liste des nielles que je crois devoir attribuer à Finiguerra.

* Cette erreur, adoptée par Bartsch, se trouve combattue précé> demment, pag. 43 et suivantes.

IIO KSSAI SUR LES NIELLES.

II est possible que Maso ait quelquefois essayé ce procédé ; mais son principal objet , en coulant un soufre, devait être de s'assurer de la perfection de son travail avant d'y jeter le nielle. Le soufre a trop de fragilité pour résister à l'impression; et la teinte que l'on trouve sur le soufre , qui nous est parvenu de la Paix de l'Assomption, est purement du noir de fumée délayé avec de l'eau, sans aucune espèce d'huile; parconséquent, il aurait été impossible de l'imprimer sur du papier \ En outre , s'il eût voulu tirer des épreuves sur du papier, il aurait mieux réussi , en se seryant^de la planche gravée elle-même', et il se serait épargné l'empreinte de terre et la fonte du soufre. On dit que le comte Durazzo possède quelques fragmens de papiers imprimés de cette manière par Maso^.

Le prix qu'obtinrent dès ce temps ces ouvrages doit facilement faire penser que Baldini ou Botticelli , contemporains de Finiguerra , ou d'autres artistes peu

' L'auteur de cette dissertation se trompe j car assurément une encre à l'eau pourrait également être imprimée j mais l'épreuve qu'on en tirerait n'aurait aucune solidité, et le frottement gâterait promptelucnt une estampe de cette nature.

* Seratti, en rapportant la fausse interprétation de Yasari, a senti combien elle était vicieuse , puisqu'il dit avec raison que Maso eût mieux réussi à tirer une épreuve de la planche d'argent, plutôt que de l'empreinte en soufre.

3 II est bien surprenant que Fauteur de cette dissertation ait regardé comme douteux un fait aussi certain , puisqu'il existait dans le Cabinet Durazzo un nombre d'épreuves de nielles du temps même de Finiguerra, et qui mettaient toutes du Cabinet Gaddi. Il est étonnant aussi quo l'abbé Zani n'ait pas fait cette remarque.

NOTES. ] I i

postérieurs à lui , ont gravé quelques copies pour les imprimer, lorsque Texpérience eut démontré qu'ils pouvaient ainsi faire usage d'une planche d'argent ou de cuivre gravée. De là peut venir l'opinion que BaU dini et Botticelli ont gravé sous la direction et d'après les dessins de Finiguerra. Mais en comparant la Paix de l'Assomption» ouvrage incontestablement de Maso, avec les gravures de Baldini et de Botticelli , on trouve la différence qu'il y a entre l'original d'un maître habile , et les imitations de copistes ou d'imitateurs médiocres.

L'ingénieuse opération de couler du soufre , et d'en remplir les tailles avec du noir de fumée*, a dû être faite par Finiguerra , pour voir si son travail était terminé , s'il y avait de l'harmonie , si rien ne manquait au dessin , et si quelque partie avait besoin de correction , ce qu'on ne pouvait plus faire après avoir coulé le nielle; il était difficile à l'orfèvre de voir tout cela sur la planche d'argent elle-même, dont les

'^ Voilà eocore la même erreur répétée : cette fois elle paraîtrait adoptée par Seratti lui-même , quoique cependant il soit hien facile (te sentir qu^on ne peut mettre du noir sur une empreinte de soufre , pour en remplir les tailles seulement, il est évident que le soufre se chargeait tout simplement du noir un peu gras, qui, des tailles de la planche dWgent , avait passé sur Fempreintc en terre. Cela donne aussi à penser que la partie grasse de la teinte devait en grande partie être absorbée par la terre , et que par-conséquent les analyses chimiques ont pu faire croire que sur les empreintes en soufre, les tailles n'étaient colorées qu'avec une teinte à Peau. Les épreuves de nielles sur papier ne font pas naître une semblable idée; cependant, ainsi que je Tai déjà dit , il est pnident de ne pas laisser long-temps dnns l'eau chaude des épreuves de cette nature.

tailles vides ne pouvaient montrer le dessin que difficilement , et nullement l'effet, ni l'harmonie \ Il ne pouvait non plus introduire dans ses tailles aucune matière étrangère , qui aurait empêché le nielle de s'attacher sur la planche'.

Il était nécessaire de prendre d'abord une empreinte sur la planche , avec une espèce de terre très-fine , au'lieu de couler le soufre directement sur le métal , afin que l'épreuve ne vtnt pas en contre-partie , et aussi pour ne pas avoir en relief les tailles , sur lesquelles on n'aurait pas pu donner une teinte égale ^. Empreignant la terre sur la planche , et ensuite coulant un soufre sur cette empreinte , on obtenait des tailles en creux, comme sur la planche elle-même; de sorte qu'en le couvrant avec du noir de fumée , il présentait le même effet qu'aurait offert la planche , quand elle aurait été niellée.

Seratti possède un soufre , tiré par Finiguerra sur

' Cette réflexion n'est pas tout-à-fait exacte; car lorsqu'on grave une planche , on emplit sans cesse les tailles ayec le noir cpii se trouve sur la pierre à Thuile , et , par ce moyen , un graveur peut juger en partie de Tefiet de son travail.

* Cest encore une erreur : les matières introduites dans les tailles en auraient été enlevées facilement par la lessive ou cendrée dans laquelle on faisait bouillir une planche avant de la nieller.

3 D'après cette manière de parler , il semblerait que les tailles de cette gravure doivent produire des reliefs considérables ; tandis que la gravure est si fine , qu'elle est à-peine sensible sur la planche d'argent, et que sur le soufre elle présente des saillies qu'on ne peut apercevoir que difiicileraent et avec une loupe.

NOTES* Il3

la Paix de rAssomption , que Ton pourrait plutôt nommer le Couronnement de la Vierge. Ce soufre était entouré d'un grand cadre de bois orné de colonnes et de corniches , qui anciennement avaient été dorées. D'après une décoration si riche , on peut se faire une idée de l'estime qu'on en faisait dès cette époque : on a ôté avec soin les ornemens qui avaient souffert des injures du temps , et on a conservé le soufre dans la forme d'un petit tableau , avec la partie seulement du bois dans lequel il était incrusté. Ce soufre était encore un peu écorché dans quelques places au milieu : il a été réparé par le professeur Louis Lévrier.

Il ne voulut pas remplacer les petites parties enlevées , avec de nouveau soufre , dans la crainte que la chaleur de celui-ci n'altérât les parties adjacentes; il ne voulut pas non plus se servir de cire , parce qu'elle est sujette à changer de couleur , ni même employer la scagUola * , parce qu'en séchant elle se retire. C'est pourquoi , il fit usage d'une espèce de craie mêlée avec de l'huile ; et ensuite , d'après la Paix d'argent qui est conservée dans l'œuvre de Saint- Jean , en se servant d'un pinceau et d'une couleur à l'huile , il copia trait pour trait ce qui manquait sur l'empreinte. Il est facile de voir les parties restaurées , en regardant le soufre à contre-jour : dans ces places

* Espèce de mastic, composé de gypse ou pierre à plâtre de la qualité la plus fine, et d^une eau de colle: c'est arec cette composition que se font les stucs.

Il4 ESSAI SUR LES NIELLES.

tout est uni » et dans le reste les traits se trouYent en creux '.

On a comparé minutieusement le soufre avec la Paix d'argent, jusque dans les moindres parties et dans toutes les tailles, et il ne s'est trouvé aucune différence; ce qui prouve que Finiguerra n'avait rien trouvé à changer ni à ajouter, et qu'on ne peut conserver aucun doute sur l'originalité de la pièce. Or » comme il est absolument impossible de tirer une épreuve après la fonte du nielle, il est bien certain que le soufre a été fait de la main même de Finiguerra. Il a donc un prix supérieur à la Paix d'ai^ent dont il fut tiré *. La Paix d'argent, par son ancienneté, a pris une couleur assez sombre. Elle est aussi endommagée et détériorée dans quelques parties^ le travail a souffert, et il n'est aperçu qu'avec difficulté; le soufre, au contraire, est bien conservé , la couleur en est très-vive et bien brillante.

Ce soufre est cintré daifs le haut ; sa hauteur est de quatre pouces dix lignes, à la sommité de l'arc» et sa largeur de trois pouces trois lignes. Dans le milieu , vers le haut , est Jésus-Ghrist qui pose une couronne sur la tête de la Vierge : ces deux figures sont assises sur une

* Taï bien aperçu les parties restauré»sj mais quelques soins que j^aie pris en examinakit ce soufre, je n'ai pu Toir une différence de sailtie entre les tailles de la gravure et celles qui ont été refaites.

• Cette assertion est au-moins douteuse : l'empreinte en soufre a été vendue aSoo fr. : je suis persuadé que si la Faix originale pouvait être «cquise , on la paierait plus du double, malgré les dommages que le temps a pu y causer.

NOTES. Il5

espèce de trône. Au-liea de colonnes pour supporter la corniche , on voit deux anges debout tenant des rases remplis de roses; un peu au-dessous , quatre autres anges, deux de chaque coté, aussi en pied, tiennent des lis à la main; au-dessus , de chaque côté , sont placés trois anges qui sonnent de la trompette; et tout en haut, dans le cintre , au--dessus des frontons du trône , se trouvent encore quatre anges tenant une banderolle, sur laquelle est écrit : assumpta. est. mahia. in. cobluh.

6AUDET. BXERGITUS. ARGELORUM.

Sur le devant de cette composition , on voit deux saints à genoux ( saint Augustin et saint Ambroise ) ; l'un tient une crosse à la main , et est vêtu d'une dalmatique ' , sur le collet de laquelle on lit : agosti. L'autre tient un livre dans sa main * ; il est vêtu de même, et sur son collet est écrit : anbbus. Sur le second plan, d'un côté, se trouvent cinq saintes; l'une desquelles, avec une roue, est sainte Catherine; l'autre , avec un agneau , est sainte Agnès.

De l'autre côté sont cinq saints, l'un d'eux avec une croix et vêtu de peau de moutons , se fait reconnaître pour saint Jean- Baptiste.

Au troisième plan sont, d'un côté, trois saintes, dont une est sainte Marie-Magdelaine , tenant à la main un vase de parfums ; de l'autre côté trois saints. Au quatrième plan, on voit trois saintes d'un côté et trois saints de l'autre. Toutes les femmes sont

' Cest plutôt une espèce de soutane. f

» Ce n'est pasunliyre, ce sont les deux mains jointes du saint.

Il6 ESSAI SUR LES NIELLES.

toujours du côté gauche , et les hommes du côté droit. En disant droite et gauche , nous entendons la droite et la gauche de l'estampe *,

J'ai exécuté, et fait exécuter en ma présence, plusieurs expériences , afin de m'assurer si l'on pouvait faire usage d'un ancien nielle, pour en tirer des épreuves. Je pensai que pour enlever l'émail noir de dessus la planche gravée , on devait employer des dissolvans , qui agiraient sur le plomb , sur le borax , et sur le soufre • et laisseraient également intact le cuivre et l'argent. Car, quand bien même ils auraient attaqué seulement le cuivre , l'argent en contenant quelques portions , la planche serait restée rude et granuleuse , et par cette raison , elle se serait trouvée incapable de donner des épreuves.

Je pensai aussi que les parties de cuivre et d'argent qui entrent dans la mixtion du nielle, se trouvant dissoutes et séparées par la décomposition du plomb , du borax et du soufre , avec lesquels elles étaient liées , seraient enlevées d'un seul coup , et même laisseraient les tailles de la planche gravée tout-à-fait vides. Dans les gravures à grosses tailles , et surtout dans les lettres d'une certaine grandeur, l'essai pourrait à-la-vérité avoir du succès; et telle planche qui aurait été niellée, se retrouverait en état de donner des épreuves; mais dans les nte/(65 à tailles fines» je n'ai pu réussir en rien;

^ On a maintenant Fliabitade toute contraire ^ et dans la description d'unoicstampe, par droite et gaache , on entend toujours la droite et la gauche du spectateur.

il faut croire que les petites parties d'argent ou de cuivre qui se trouvent dans le nielle j restent tellement adhérentes dans les tailles très-fines , qu'il est impossible de les en détacher. Les épreuves que nous possédons, doivent avoir été tirées ou des nielles du temps de Baldlni et de Botticelli , après la découverte de l'art d'imprimer des planches de métal sur papier, ou bien de planches non terminées , sur lesquelles le nielle n'était pas encore coulé.

L'estampe de la chute de saint Paul est une planche qui devait être couverte de nielle par un certain £>ati *; elle s'est trouvée non-terminée , et à cause de cela, on peut en tirer des épreuves. Maintenant cette pièce est dans la galerie de Florence.

^ VIIL *

Extraits de V ombrage intitulé : Vite de' più illustri Pittorî, etc. , Cap. xxxiii , del Niello, etc., Tom, Jy pag. Ixj.

Il niello , il quale non è altro , che un disegno tratteggîato , e dipinto su l'argento , come si dipigne y e tratteggia sottilmente con la penna ; fu trovato da gli orefici fino al tempo degli antichi , essendosi veduti cavi co' ferri ripieni di mistura ne gli ori , ed argenti loro. Questo si disegna con lo stile sulo argento , che

* C'est Dà qu'il faut lire, et c'est de cette planche qu'on rencontre des épreuT«s tirées vers l'époque où fut faite cette dissertation. La description s'en trouve sous le n.<» iSg.

Il8 ESSAI SUR LES NIELLES.

sia piano , e s'intaglia col bulino , che è ud ferro quadro tagliato a unghia , dall' uno degli angoli alF aitro per isbieco , che cosi calando verso uno de' canti , lo fa più acato , e ta^iente da due lati , e la punta di esso scorre , e sottilissimamente intaglia. Gon questo si fanno tuUe le cose , che sono intagliate ne' meialli , per riempierle , o per lasciarle vote secondo la volontà deir artefice. Quando hanno dunque intagliato, e finito col bulino ; pigliano argento , e piombo , e fanno di esso al fuoco una cosa , che tncorporata insieme è nera di colore , e frangibile moito , e sottilissima a scorrere. Questa si pesta , e si pone sopra la pîastra deir argento, dov' è l'intaglio, il quai è necessario, che sia bene pulito ; ed accostatolo a fuoco di legne verdi , sofBando co' mantici , si fa, che i raggi di quello percuotino , dove è il niello ; il quale per la virtù del calore fondendosi , e scorrendo , riempie tutti gl' intagli , che aveva fatti il bulino. Apresso , quando Targento è raffreddo , si va diligentemente co' raschiatoi levando il surperfluo , e con la pomice a poco a poco si consuma , fregandolo e con le mani , e con un cuojo tanto, che e' si trovi il vero piano, e che il tutto resti pulito. Di questo lavorb mirabilissimamente Maso Finiguerra Fiorentino , il quale fu raro in questa professione , come ne fanno fede alcune Paci di niello in S.'Gio. diFirenze, che sonotenute mirabili. Da questo intaglio di bulino son derivate le stampe di rame ; onde tante carte Italiane , e Tedesche veggiamo oggt per tutta Italia ; che siccomc negli argenti s'improntava , anzi che fussero ripieni di niello , di terra ,

e si buttava di zolfo; cosi gli stampatori trovarono il modo del fare le carte suie stampe di rame col torcolo , corne oggi abbiam veduto da essi imprimersi.

Vita (P Antonio et Pietro PoUajuoli, Tom. I,p. 439.

Era in questo tempo medesimo un akro orefice chiamato Maso-Finiguerra , il quale ebbe nome straordinario , e meritamente;.che per lavorare di bulino, e fare di niello » non si era veduto mai , chi in piccoli , o grandi spazj facesse tanto numéro di figure , quante ne faceva egli; siccome lo dimostrano ancora certe Paci , lavorate da lui in san Giovanni di Fiorenza con istorie minutissime délia passione di Gristo.

Fita di Marco-Antonio , Tom. II , pag. 409-

II principio dunque dell' intagliare le stampe venne da Maso Finiguerra Fiorentino , circa gli anni di nostra salute 1460. Perche costui tutte le cose , che intagli6 in argento» per empirle di niello, le improntô con terra , e gittavovi sopra soifo liquefatto, vennero improntate , e ripiene di fumo ; onde a olio mostravano il medesimo , che Y argento ^ ; e ci6 fece ancora con carta umida , e con la medesima tinta » aggravandovi sopra con un ruUo tondo, ma piano per tutto, il che non solo le faceva apparire stampate, ma venivano corne disegnate di penna.

* U devrait se trouver ici un point et un E capital.

I2t> ESSAI SUR LES NIELLES.

m IX. ^

Extrait de Vous^rage intitulé : Due Trattati di Benevenuti Cellini , scultore fiorentino , uno deir oreficeria, etc. Milano, i8il, in-S.o.

Dt Part de nieller et de la manière de faire fe Nielle.

L'an MDXV, je me mis à apprendre l'orféTrerie : alors Fart de graver les nielles éi^it ton t-à fait abandonné; et aujourd'hui, à Florence , parmi nos orfèvres, peu s'en faut qu'il ne soit entièrement inconnu. Ayant entendu dire par d'anciens orfèvres , combien ce genre d'industrie était agréable » et surtout combien Maso Finiguerra, orfèvre florentin , avait excellé dans l'art de nieller, je fis les plus grands efforts pour marcher sur les traces de cet habile artiste; je ne me bornai pas seulement à apprendre à graver les nielles , je voulus encore apprendre la manière de les faire, pour pouvoir plus facilement et avec plus d'assurance travailler dans cet art : nous parlerons donc d'abord de la manière de &ire le nielle.

Prenez une once d'argent très-fin , deux onces de cuivre bien purifié , et trois onces de plomb aussi très-pur et très-propre : puis ayez un creuset capable de contenir cette quantité de métaux. Il faut d'abord mettre dans le creuset l'once d'argent et les deux

onces de cuivre ; ensuite , il faut le placer au feu d'un fourneau excité par un soufflet; quand l'argent et le cuivre seront bien fondus et bien mêlés , ajoutez-y le plomb ; cela fait , retirez promptement le creuset , prenez un petit charbon avec les pincettes , et mêlez bien le tout; car, par sa nature, le plomb faisant toujours un peu de crasse , il faut l'enlever, autant que possible, avec le charbon , afin que les trois métaux soient bien incorporés et bien purs : ayez ensuite une fiole de terre , grosse comme le poing , dont le goulot sera de la grosseur du doigt; emplissez-la à moitié de soufre bien pilé ; les métaux étant fondus , on les coulera dans la fiole, et, de suite, on la bouchera avec un peu de terre humide, la tenant à la main en l'entourant d'un grand morceau de linge. Pendant que la composition se refroidit , on doit l'agiter continuellement ; puis pour retirer la composition , il faut rompre la bouteille. Il se trouvera qu'à cause de la propriété du soufre, cette fusion (qui se nomme nielle) aura pris la couleur noire. Il est bon de dire que le soufre doit être le plus noir que l'on puisse avoir \ Gela fait, prenez le me/Ze qui se trouvera en petits grains ; la nécessité d'agiter la main , comme nous l'avons déjà dit, n'est que pour opérer le mieux possible le mélange de la matière ^ : ce qui restera se remettra dans un

■ Pour que le soufre deyienne noir, il faut le faire brûler.

» Ce mouvement sert aussi à faire mettre la matière en petits grains, au-Ueu que sans cela elle ne formerait qu'une seule masse ou culot.

creuset , comme la première fois , et on le fera fondre sur un feu doujL, fait arec un peu de braise : on recommencera ainsi jusqu'à deux ou trois UAs; et chaque fois qu'on rompra le Tase où est le niMô, on gardera seulement les grains dont l'égalité et la finesse formeront la perfection.

Maintenant nous parlerons de l'art de nieller, c'està-dire , de la manière d'employer le niellt sur les gravures d'or on d'argent» n'y ayant pas d'autres métaux meilleurs pour cet objet. Prenez la planche qui aura été gravée; et comme la beauté du nUUe consiste à ce qu'il soit uni et sans aucune soufflure , pour cela il faut faire bouillir la planche gravée , dans de l'eau, avec beaucoup de cendres de chêne. Parmi les orfi&vres, cela s'appelle iaire une cendrée. Lorsque la planche gravée aura bouilli dans la chaudière, on devra la laisser avec la cendre pendant nn quart d'heure , puis on la mettra dans une cuvette avec de l'eau fraîche et propre; ensuite , avec une petite brosse , il faut frotter et bien nettoyer la gravure , afin qu'elle soit dégagée de toute espèce d'ordure. Après, il faudra la fixer sur un instrument de fer assez long pour pouvoir la dir^r au feu: la longueur doit être de trois palmes (environ un pied), plus ou moins, suivant le besoin et la dimension de la gravure. Il est bon d'avertir que la plaque de fi» sur laquelle est attachée la planche ne doit être ni trop mince , ni trop épaisse , mais telle que , quand on se met à nieller, la gravure et le fer soient chauffés également, parce que si l'un des deux s'échauffait plus facilement que l'autre , on ne ferait pas un bon

ouvrage ; d'après cela , on doit prendre ses précautions. Gela ^ant fait, prenez le nielle, écrasez-le sur l'enclume ou sur un marbre , le contenant dans une virole ou dans un canon de cuivre , afin qu'en l'écrasant il ne s'échappe pas; il faut encore savoir que le nielle ne doit pas être seulement concassé , mais pilé et broyé très-également , afin que les grains ne soient pas plus gros que du millet, et rien de plus ni de moins. Le nielle ainsi arrangé, mettez-le dans des vases ou petites coupes vernissées, et lavez-le bien avec de l'eau firoide , afin qu'il n'y reste aucune poussière ou aucune autre chose qui , s'y étant introduite lorsqu'on le broyait , pourrait altérer sa pureté. Prenez ensuite une petite spatule de laiton ou de cuivre , puis étendez sur la gravure , du nielle de l'épaisseur d'une lame de couteau ordinaire; en outre, jetez dessus un peu de borax bien pilé , mais il n'en faut pas trop mettre; après cela, mettez de petits éclats de bois sur un peu de eharbon allumé au fourneau ; quand le feu sera convenable , approchez doucement l'ouvrage du feu , en donnant d'abord une chaleur modérée , jusqu'à ce que vous voyez le nielle commencer à se fondre , parce que si on donnait trop de chaleur en commençant, l'ouvrage deviendrait rouge; et lorsqu'il est trop chauflfé , il perd sa qualité , et devient mou ; de sorte que le nielle , qui est en grande partie composé de plomb, détruirait la gravure, quelle qu'elle soit, sur or ou sur argent , et il arriverait qu'on aurait perdu sa peine , si on ne saisissait pas l'instant avec une grande diligence. Pour en revenir à ce que nous disions ,

quand la planche sera sur la flamme , on se procurera un fil de fer y dont on amincira le bout ; on le mettra au feu , et quand le nielle commencera à fondre , on passera le fil de fer chaud sur la gravure , parce que l'un et l'autre étant chauds , le nielle, devenu comme de la cire fondue , pourra ainsi mieux s'unir et s'étendre sur la planche gravée.

Lorsque l'ouvrage sera froid, on commencera à limer le nielle d'abord avec une lime douce ; quand on en aura enlevé une certaine quantité, sans que cependant la planche soit découverte , mais seulement assez pour qu'on aperçoive la gravure , on mettra alors la planche sur la cendre , ou plutôt sur un peu de braise allumée; lorsqu'elle sera assez chaude, pour que la main ne puisse pas supporter cette chaleur , on prendra un brunissoir d'acier et un peu d'huile, puis on le brunira , en appuyant la main autant que l'exige ce travail. Ce brunissage est fait seulement pour reboucher quelques trous qui se forment en niellant : on réparera facilement ces défauts par la pratique et avec un peu de patience; mais pour terminer le travail , un ouvrier intelligent doit reprendre l'ébarboir, et finir de découvrir la gravure*, avoir ensuite du tripoli et du charbon pilé; et avec un roseau aminci du côté de la moelle , mettant la planche gravée dans l'eau , la frotter jusqu'à ce que son ouvrage devienne bien uni et bien brillant. Il suffit d'avoir

^ G^est-à-dire découTrir dans la gravure les parties claires où le métal doit paraître à nu.

traité de Fart de nieller ^ même d'une manière assez succinte : cependant la difficulté du sujet demandait peut-être plus d'étendue; mais quand je me suis décidé à écrire sur cet art , je me proposai de ne pas sortir des bornes de la brièveté.

C'est pourquoi nous passerons outre , et nous parlerons de l'art de faire le filigrane , qui n'est pas moins difficile.

Extrait de Voui^rage intitulé : An Inquîry into the origin andearly history of engraving, etc., by W. Y. Ottley. London, i8i6.

Chap. IV , p. 200. < L'invention de graver les » estampes , dit Vasari * , vient de Maso Finiguerra , » florentin, vers l'an i46o de Notre Seigneur; il » grava sur argent toutes ses pièces. Avant de les

> remplir de nielle ^ il en faisait une empreinte avec » de la terre sur laquelle il coulait du soufre fondu ,

> qui restait empreint et couvert des traces du noir 9 de fumée : ensuite prenant une encre à l'huile , elle 3» donna la même chose que Cargent. Il fit encore » cela avec du papier humide , et avec la même teinte^ 1» appuyant ensuite dessus avec un cylindre bien uni »

> qui non-seulement faisait paraître la planche impri - » mée, mais donnait à l'épreuve l'apparence d'un

* Vite de* piii illustri Pittori , etc., Tom. II7 pag. 409.

laG ESSAI SUR LES NIELLES.

» dessin à la plume ». Vasari rapporte ensuite que Finiguerra fut suivi par Baldini dans l'usage de tirer des épreuves de ses gravures.

Tel est, j'en suis convaincu, le vrai sens de Vasari. Il est bon de faire observer que le mot argento, dans l'italien, est suivi d'wi point et vii^ule, à la suite duquel se trouve un grand E , annonçant le commencement d'une phrase. Cette manière de ponctuer est souvent en usage dans Vasari, et d'autres anciens écrivains italiens. Le point et virgule , avec une lettre capitale après, équivalait à deux points. Le savant Lanzi, en citant ce passage^, a changé le point et virgule , après le mot argento, en un seul point , afin de rendre le sens de l'auteur plus clair; liberté que j'ai prise aussi dans la traduction ci-dessus. D'un autre càïé, quelques-uns des éditeurs modernes de Vasari ont à tort ôté la lettre majuscule E , comme un barbarisme , laissant le point et vitale , insuffisant par lui-même pour la division de la phrase comme elle était , et sans réfléchir que le sens d'un passage , déjà difficile à comprendre , pouvait par cela même devenir tout-à-fait obscur.

Le premier auteur qui ait ainsi changé la pensée de Vasari dans ce passage , quoique sans doute avec Tintention de le rendre plus intelligible , fut Baidinncci , qui, des deux procédés décrits ci--dessus, n'en fait mal-adroitement qu'un seul.

Storia piUorica dtUaltcdia, etc., Totn. I,pag. 90.

« Lorsque Fioiguerra , dit-il ^ , avait graré ud sujet 9 quelconque sur argent pour le couvrir de nielle, il » avait l'habitude d'en tirer un moule en terre , sur 9 lequel il coulait ensuite du soufre fondu : il obtenait » ainsi une empreinte en soufre de son travail; rem- > plissant alors les creux de cette empt^einte avec une 9 certaine teinte mêlée d'huile, il appliquait dessus 9 du papier mouillé; et par la pression d'un rouleau » de bois, il se procurait une épreuve semblable à 9 celle qu'eût donnée la planche d'argent; et ses » épreuves sur papier avaient l'apparence de dessin » à la plume » .

Les paroles de Vasari ne peuv'ent pas être comprises ainsi. Quelle que soit l'obscurité qui règne dans la manière dont il s'exprime , il est clair que son intention n'était point de décrire une série non interrompue de différentes opérations , toutes dans le seul but de tirer sur papier une épreuve de son ouvrage; mais deux procédés distincts , l'un commençant par une empreinte en terre , et finissant par l'injection du soufre , dont les tailles remplies de noir donnent l'image de ce qu'eût été la planche d'argent lorsqu'elle aurait été couverte de nielle. L'autre opération , beaucoup plus simple , consistait à tirer de la planche même une épreuve sur papier , ayant soin d'abord de remplir la gravure avec de la suie mêlée d'huile , posant ensuite un papier mouillé sur la planche , et la pressant avec un rouleau. Il est surprenant que Baldinucci n'ait pas

* JYotizie de* Professori di Disegno , etc., Tom. IV, pag. 3 et 4.

senti qu'une substance aussi fragile que le soufre est incapable de donner des épreuves , et il l'est encore davantage , que d'autres auteurs , ainsi que nous aurons occasion de le voir , aient adopté ses idées dans rinterprétation de ce passage de Yasari , sans songer que la fragilité du soufre n'aurait jamais pu supporter la pression du rouleau.

ESSAI

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