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Essai sur les origines de l'idée du progrès [microform]

Importance et actualite de la question? du progres. But de- cette etude. Definition du progres. Opinions" soutenues sur les origiries' de cette idee.

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Reynaud approfondissent ou developpent la' meme these, chacun avec la methode qui lui est propre : les uns en Tappuyant sur le principe de la tradition habilement consulte'e, d'autres en la deduisant rigoureusement de leur me'taphysique, d'autres enfin en s'aidant des lumieres de la science positive. Apres ces hautes speculations, les historiens reprennent la these du progres ; les uns, comme.M. Michelet, en 1'appliquant 1'histoire universelle ; les autres, comme M. Guizot , en 1'appliquant a une partie considerable de cette histoire; d'autres enfin, comme MM. Thierry, Mignet, Henri Martin, en 1'appliquant a 1'histoire d'un grand pays, soit la France, soit 1'Angleterre, soit 1'Allemagne. Tous, sur des exemples diffe'rents , s'attachent a la demonstration historique de la meme loi.

Et pendant que les philosophies et les historiens cherchent cette loi du progres dans le monde moral, voici les savants qui la trouvent, eux aussi, dans le monde physique, a travers les lentes e'volutions de la nature. L'astronomie, la geologic, la paleontologie sont d'accord pour attester 1'universelle transformation des mondes ou des planetes qu'elles etudient dans le sens d'un progres incessant. En sorte que la science entiere concourt aujourd'hui a la demonstration eclatante de cette grande verite. ... Et de la science la doctrine a passe dans la litterature : la poesie la

celebre.et leroman 1'explique. Be'ranger, Victor Hugo, M. de Lamartine lui-meme dans ses jours d'esperance, s'e.n inspirent dans leurs vers, et George Sand en fait la philosophic de ses plus serieuxromans (i). Soit que cette impulsion venue d'en haut se soit transmise atoutes les parties du corps social, soit par une simple coincidence, le progres devient une de ces idoles du forum, dont parle Bacon. Des theories nouvelles s'intitulent volontiers avancees, progressistes, et il se fait du mot progres un extraordinaire abus. Quelques-uns (Pierre Leroux, M. About et d'autres encore) 1'ecrivent avec une majuscule ; d'autres, plus utilitaires, .en decorent 1'enseigne de leur boutique, et ce terme magique doit provoquer invinciblement la confiance du client et apporter a la caisse un appoint considerable, si Ton en juge par le nombre d'industriels qui se placent sous son patronage. Nom sublime et profane, redoutable et fascinateur, doue d'un singulier prestige et d'une force d'entramement presque irresistible, le progres est l-'in vocation supreme des sectes et des partis, le mot d'ordre de toutes les batailles d'ide'es ou de rues. II a ete' le ferment des plus nobles passions ; il est la parure et 1'excuse des plus mauvaises : on le voit egalement

(i) Vacherot. Essais de philosophic critique' Paris, 1864. Doctrine du progres, p. 416 et suiv.

proclame par les heros ou les martyrs et par des charlatans sinistres dont la carriere est d'exploiter la sottisehumaine. (i)

Quelle que soit la forme sous laquelle se manifeste cette confiance ou meme ce fetichisme d'un nouveau genre, il est certain qu'il y a la un tnouvement d'opinion qui ne peut etre meconnu.

A y regarder, de pres, la question du progres n'est autre que celle de notre destinee, du pourquoi et du comment de Texistence : le role de 1'humanite sur la terre, sa marche, ses conquetes, son but, la cle de 1'enigme du monde, etc. , il y a la un ensemble de recherches qui touchent a la plus haute metaphysique et qui ne sont pas, d'ailleurs, sans offrir quelque interet, malgre' le discre'dit que cette infortunee science a encouru.

Et d'autre part, quand on songe a cette menue monnaie du progres , au vulgaire sans facon avec lequel on exploite cette grande idee, ou aux criminelles entreprises qu'on couvre de son nom, il parait vraiment bien utile et desirable d'eclairer ceux qu'on enrole ainsi sans qu'ils s'en'rendent eux-memes bien compte, entraines qu'ils sont par de pompeuses declarations et de fallacieuses promesses. Leur montrer ce qu'il y a

(i) Caro. Problemes de morale sociale. Paris^ 1876. Ch. xi. Le progres social, p. 294.

sous les mots et au fond.des choses, ce qu'est la vraie theorie du progres, substituer a 1'illusion dont ils s'enchantent eux-memes un but veritablement accessible et indiquer les moyens de le realiser , leur epargner ainsi les deceptions et les decouragements inevitables qui ont pour triste mais certaine consequence d'affaiblir la foi au progres, voila autant de resultats pratiques et immediats de la spe'culation, lesquels ne semblent pas davantage a de'daigner.

Pour considerer la question sous ces deux faces et atteindre ce double but, nous nous proposons de rechercher I'origine de 1'idee du progres.

Cette idee en effet a eu son histoire, et pour avoir le vrai sens d'une idee comme d'un raot, il faut aller a son etymologic. .

L'etymologie du mot lui-meme, progressus, nous indique son acception incontestee : c'est une marche en avant : ce mot est comme une sorte de nom propre par lequel on de'signe la marche de la societe du genre humain pris en masse vers un degre de plus en plus eleve' de perfection et de bonheur, vers un developpement de plus en plus complet de toutes ses facultes, vers une amelioration indefinie de ses reuvres. (i). Or, ce developpement pent etre envisage'

(i) Franck. Dictionnaire des sciences philosophiqties, article Progres. '

a un triple point de vue : le. progres scientifique ou intellectuel, le progres moral, le progres social.

Nous laisserons de cote la premiere de ces manifestations : Pidee du progres scientifique est aussi ancienne que la science elle-me'me : nous aurons 1'occasion de le constater incidemment au cours de cette etude. Le fait est acquis.

En est-il de meme de 1'ide'e du progres moral et social ? La question n'est point si definitivementtranchee ; les avis sont divers : d'une part, on ferait volontiers remonter cette idee jusqu'aux systemes philosophiques ou aux croyances religieuses de 1'antiquite greco-romaine ; de 1'autre, on la trouverait seulement dans les idees chretiennes; une troisieme solution en verrait les premieres traces dans des auteurs du XVP siecle. '

Etudier successivement ces trois opinions, voila ce que nous nous proposons de faire dans les pages qui suivent : heureux serons-nous si en apportant quelque lumiere dans la theorie, qui est la Ve'rite, nous pouvons produire aussi quelque force dans la pratique, qui est la Vie.

PREMIERE PARTTE

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