GOLFE DU MEXIQUE
Les vents connus sous le nom de nords (nortes ou northers) j dans le golfe du Mexique, sont les vents polaires de rhénûq[>hère boréal, qui soufflent ordinairement en coup de vent, quelquefois même en tempête ; ils ne présentent qu'accidentellement les caractères de Touragan, et seulement entre les mois de juillet et d'octobre. Dans le premier cas le baromètre se tient très-élevé, dans le second la dépression du mercure est considérable.
Ces vents s'établissent ordinairement dans le golfe de la même manière que tous les vents polaires près de la limite septentrionale des alises du nord-est : ainsi sur les terres, sur les côtes, comme en pleine mer, les alises tournent près de cette limite, de Test au sud-est, au sud et au sud-ouest; ensuite ils passent brusquement au nord-ouest ou au nord ; mais, à cause de la grande élévation des montagnes et de la conâguration des côtes, il n'est pas toujours facile de suivre, sur les terres du Mexique ou dans leur voisinage, les diverses variations des vents se dirigeant de la terre vjers la mer. Aussitôt que les vents ont atteint le sud-sud-est, le calme se fait ordinairement à la surface dans la partie sud du golfe ; mais l'existence de ces vents dans les hautes régions peut se reconnaître à l'aspect des montagnes ou des terres élevées, sur lesquelles il n'existe alors que peu ou point de nuages, et dont le sommet est tellement dégagé que les navigateurs les aperçoivent d'une distance considérable. Lorsque l'atmosphère devient humide, c'est un indice que le vent passe à l'ouest du sud ; quelque temps après, le vent du nord-ouest ou du nord souffle à la surface et il acquiert bientôt une grande force. Le baromètre monte aussitôt que ce vent commence à se manifester.
Dans quelques circonstances les vents alises faiblissent sans changer sensiblement de direction ; si alors des éclairs apparaissent du côté du nord, les vents polaires ne tarderont pas à s'établir; mais, dans ce cas, ils pourront souffler entre le nord et le nord-nord-est, et avec plus de violence que dans le cas précédent.
Les vents de nord conservent une grande intensité pen-
dant une période d'environ trois jours; parfois, entre le mois de novembre et celui d'avril, cette période varie de cinq à sept jours. Lorsqu'ils se modèrent, ils passent au nordest et à l'est-nord-est. Le temps est très-beau avec les vents du nord au nord-nord-est, et, quelle que soit leur force, le baromètre est beaucoup plus élevé pendant leur durée que dans toute autre circonstance atmosphérique (1).
Les vents tropicaux du sud au sud-ouest soufflent par intervalle, dans le golfe du Mexique, depuis le mois de novembre jusqu'au mois d'avril ; ils y acquièrent parfois la force de coups de vent, mais alors ils ont peu de durée et ils sont bientôt remplacés par les vents polaires. Dans cette saison, ces vents du sud au sud-ouest sont bien les vents tropicaux, contre-courants des alises du nord-est, auxquels se réunissent assez souvent les venta^e l'hémisphère austral régnant dans les régions élevées, et non les vents variables de la zone torride (2). Il est à remarquer que la rencontre des vents tropicaux, quelque forts qu'ils soient, avec les vents polaires, ne cause aucune perturbation extraordinaire dans l'état de l'atmosphère, et que, si ces derniers sont toujours trèsintenses, c'est sans doute à. cause de la configuration des terres du golfe.
Depuis le mois de mai jusqu'au mois de septembre, les alises du nord-est, détournés de leur direction naturelle par l'influence des vents de l'hémisphère austral (3) et soufflant entre l'est et le sud-est, dominent au large des côtes ; ces vents sont quelquefois remplacés par les alises du nord-est à l'est, de temps en temps par les vents variables de la zone torride du sud-sud-est au sud-ouest, et même par les vents polaires du nord au nord-est et du nord au nord-ouest.
Les vents de l'est-sud-est au sud-est et au sud-sud-est peu-
Ci) Pendant trois Jours, J*ai observé à Saint-Jean d'UlIoa (février 1839) le bar romëtre à On? 76, alors que les vents soufflaient en tempête entre le nord et le nord-nord-^st.
(2) Les vents variables de la zone torride prennent naissance aux environs de Téquateur, tandis que les vents tropicaux ne commencent à souffler qu*& partir de la limite septentrionale des alises du nord-est. {Exposition du syitème des vents^ pages 15 et 17.)
(3) Exposition du système des vents, pages 16 et 17.
vent déterminer un ouragan, lorsqu^ ayant une certaine force, ils se rencontrent soit avec les alises du nord-est, soit avec les vents polaires du nord au nord-est ou du nord au nordouest.
Les vents variables de la zone torride, du S. S. E au S. O., qui soufflent sur les côtes occidentales d'Amérique, parviennent par intervalle dans le golfe du Mexique ; mais, ainsi qu'il a été dit plus haut (pages 32, 33), ils n'acquièrent de la force qu'à une certaine distance des hautes montagnes du continent ; ces montagnes étant voisines de la mer dans la partie sud du'golfe, les ventsdu S. S. E. au S. O. n'y prennent de l'intensité qu'à une grande distance de terre; mais dans le nord de Tampico, où les montagnes sont éloignées de la mer, ces vents soufflent parfois avec force sur la côte même, et au large leur intensité est encore plus grande. Il est à remarquer que les ouragans, quels que soient les vents qui les produisent, ne se font ressentir que dans les parties du golfe où les vents du S. S. E. au S. 0. peuvent avoir une certaine force, et que, par cette raison, ils sont très-rares dans le sud du parallèle de 20 à 21^ nord.
La marche des ouragans est loin d'être régulière dans le golfe du Mexique ; parfois, après avoir suivi une direction, ils s'en détournent plus ou moins vite pour en prendre une autre très-inclinée par rapport à la première. Les observations faites à bord des bricks de guerre le Dunois, V Eclipse et le Laurier j observations que je transcris ici, confirment ce fait qui, au surplus, se reproduit dans d'autres parages.
Ouragan du 8 au 13 septembre 1838 dans le golfe du
Mexique.
BRIK LE DUNOIS.
Le 6 septembre 1838 le brick le Dunois, faisant partie de l'escadre qui bloquait les côtes du Mexique, fit voile de l'île de Sacrificios pour se rendre à Pensacola. Les vents, d'abord au nord-est, hâtèrent le nord et le nord-ouest à me-
rare que le bâtiment s'éloignait de terre. Le 7 septembre à midi, par 20» 45' de latitude nord et 97* 6' de longitude ouest, il trouvait de forts vents de Touest-nord-ouest avec un temps
à grains.
Le 8 septembre les vents varièrent de T ouest à T ouestsud-ouest et au sud-ouest, augmentant progressivement de force ; ils soufflèrent même avec violence de cette dernière direction ; ils continuèrent ensuite à tourner au sud et au sud-sud-est. Ce même jour à midi, le Dunois était par22*85' de latitude nord et 95^ 58' de longitude ouest.
Le 9 septembre les vents passèrent au sud-est et commencèrent à se modérer. Pendant le plus fort de la tempête le brick avait fait vent arrière, sous la misaine avec un ris.
Les 10, 11 et 12, vents d'est, ciel couvert. Le 13, par 27^9' de latitude nord et 92^24' de longitude ouest, vents de nord-est, ciel couvert, pluie fine, apparence d'ouragan d'après le Derrotero. Le 14, les vents du nord-est soufflèrent avec force, grande pluie. Le 15, le temps revint à son état normal (1) .
BRICK l'éclipsé.
Le 8 du môme mois, le brick r Eclipse trouvait de forts vents variablesde l'ouest à l' ouest-sud-ouest et à l' ouest-nordouest par 21^ de latitude nord et 99^ de longitude ouest.
Le 9 septembre, les vents se fixèrent à l'ouest-sud-ouest, soufflant par fortes rafales. Le 10, ils varièrent entre l'ouestsud-ouest et le sud-ouest, les rafales devenant plus fortes et plus fréquentes.
Le 11 septembre, les vents au sud-ouest; ils devinrent tellement violents que, pour sauver le bâtiment, le commandant se vit dans la nécessité de faire couper le grand mât et de fuir vent arrière.
Dans la matinée du 12, les vents tournèrent successivement au sud, au sud-est et à l'est en diminuant un peu de violence ; mais à midi ils reprirent une grande impétuosité
(1) Extrait du Journal du commandant de Gneydon.
et varièrent à rest-nord--est; après avoir soufflé pendant plusieurs heures de cette direction, ils continuèrent à tourner au nord-est, au nord, au nord-ouest et à l'ouest. Ce fut dans cette journée que les vents acquirent le plus de violence. Dans la nuit du 12 au 13, le vent mollit beaucoup, mais il continua à tourner, toujours dans le même sens. Du 9 au 12 septembre, V Eclipse navigua entre les parallèles de 22® et de 24® nord et entre les méridiens de 98° et dé 95® ouest.
Le 13 septembre, le vent continua à faire le tour du compas en mollissant graduellement ; le 14 septembre le temps devint beau et le vent fut modéré.
Le point le plus bas auquel le baromètre descendit fut 0'»729, le 11 septembre, lorsque les vents de sud-ouest soufflaient avec violence ; mais, à 4 h. du soir, il remontait à 0"*738, lorsque les vents passèrent à T est-nord-est, à rinstant même où Touragan était le plus impétueux (1).