‹ Essai sur les ouragans et les tempêtesChapitre 21 sur 42 · MER DE CHINE · texte numérisé non relu

MER DE CHINE

La mer de Chine est, de toutes [^ les parties du globe, celle qui est le plus fréquemment exposée aux ouragans. C'est aussi sur cette mer que les vents des deux hémisphères doivent se rencontrer le plus souvent, et dans des circonstances atmosphériques propres à produire ces phénomènes : vents intenses et température élevée.

On donne indistinctement le nom de Ty-foong aux coups de vent, aux tempêtes et aux ouragans qui se font ressentir sur la mer de Chine. Il convient cependant de ne pas confondre les uns avec les autres, si Ton veut parvenir à une explication satisfaisante de ces divers phénomènes. Pour cette raison, je n'emploierai pas cette expression, qui signifie grand vent, dans les développements que je vais donner.

Afin d'éclairer la question, je vais commencer par indiquer, d'après Horsburg et les journaux d'un grand nombre de [navigateurs, quels sont les vents qui régnent sur cette mer dans les diverses saisons.

Les vents alises du nord-est dominent dans là mer de Chine, depuis le mois d'octobre jusqu'au mois d'avril, ils

sont presque constants entre l'équateur et le parallèle de 18** à 20^ nord ; ils le sont beaucoup moins au nord de ce parallèle. Lorsque sur les côtes de Chine 'ces vents cessent de souffler, ils sont remplacés par des vents ou des brises variables, mais le plus souvent par les vents du nord-nordouest au nord^est. Lorsque ceux-ci s'établissent, ils commencent à souffler entre le nord-ouest et le nord. Faibles d'abord, ils augmentent promptement de force, et ils varient successivement au nord, au nord-nord-est et au nordest, et quelquefois à l'est et au sud-est; ils se modèrent ordinairement après avoir dépassé le nord-est. Les vents du nord au nord-est soufflent quelquefois en coup de vent , parfois même en tempête, mais jamais en ouragan, entre les mois de novembre et d'avril.

Les vents du nord-ouest au nord-est sont les vents polaires qui s'établissent, d'abord sur les côtes situées au nord du parallèle des îles Formoses, et successivement sur tous les autres points de la côte sud-ouest de Chine ; ils varient sur chacun de ces points, comme il vient d'être indiqué, et il arrive fréquemment que les vents polaires ont déjà la direction du nord-est aux îles Formoses, lorsqu'ils commencent à souffler entre le nord-ouest et le nord à Macao. Ces vents varient d'autant plus lentement, et ils se propagent avec d'autant moins de vitesse, qu'ils ont plus d'intensité. Ainsi, entre le mois d'octobre et le mois d'avril, époque à laquelle ces vents sont le plus forts, il leur faut quelquefois huit ou dix jours pour varier du nord-nord-ouest au nord-est, tandis que dans la saison opposée ils font cette révolution dans l'intervalle de deux à trois jours ; mais dans le premier cas ces vents s'établissent deux et même trois fois par mois; ils apparaissent plus rarement dans le second.

Depuis le mois d'avril jusqu'au mois d'octobre, les vents variables de la zone torridedu sud au sud-ouest (ou mousson du sud-ouest) dominent dans la mer de Chine ; mais ils n'y régnent pas constamment, surtout près des côtes. Ces vents sont ordinairement modérés au sud du parallèle de 12« nord; ils augmentent de force à mesure qu'ils avancent vers le nord-est. Durant toute la mousson du sud-ouest, on

éprouve quelquefois, pendant un jour ou deux^ des vents d'est et de sud-est, particulièrelhent dans la partie nord de la mer de Chine, où ces vents régnent fréquemment en toute saison. Aux environs de Formose, de même qu'entre cette île et la côte de Chine, des vents du nord-est à Test prévalent aussi trësHsouvent dans les mois de juillet, d'août et de septembre.

Les vents du sud au sud-sud-est remplacent assez; souvent, sur la côte sud-ouest de Chine, les vents du sud à Touest ; quelquefois ce sont les vents du nord au nord-est et à l'est.

En mai, juin, juillet et août, on éprouve quelquefois de forts coups de vent de nord-ouest, dans la partie de la mer de Chine située entre li** de latitude nord et l'île de Hainan, à l'ouvert du golfe de Tonkin.

Les vents du nord à l'est, qui soufflent dans la mer de Chine, sont les vents polaires ou les alises ; Ceux du sud à l'ouest sont, ainsi qu'il a été dit plus haut, les vents variables de la zone torride, qui commencent à soijffler à la surface de la mer aux environs de l'équateur, et qui parviennent sur des parallèles plus ou moins élevés.

Les vents du nord-ouest, qui soufflent quelquefois à l'ouvert du golfe de Tonkin, pourraient bien être produits par les vents du sud-ouest dominant dans la mer de Chine et les vents du nord, qui régnent de temps en temps dans le fond de ce golfe^

Les vents du sud au sud-est et à l' est-sud-est dominent, pendant la saison dont il est question, sur les côtes orientales de la Nouvelle-Hollande et sur celles de la Nouvelle- Guinée. Ils parviennent assez souvent aux Philippines, aux Moluques et aux Célébes, et de temps en temps sur les côtes de Chine, en continuant leur cours à la surface ; mais quelquefois, après avoir dépassé les îles, ils remontent dans les hautes régions ; ensuite ils se rapprochent de nouveau du sol, principalement dans le voisinage de la côte sud-ouest de Chine*

Les ouragans ne se font pas ressentir entre l'équateur et le parallèle de 12* N., où les vents variables de la zone torride sont généralement modérés, parce que les alises du nord-est, quand ils y parviennent, n'acquièrent jamais une

grande intensité ; mais ils sont assez fréquents au nord de ce parallèle et surtout près de la côte de Chine, où les vents de diverses directions soufflent souvent avec force.

Dans la mer de Chine, les ouragans peuvent être déterminés par les alises du nord-est et les vents du sud-est de l'hémisphère austral ; par les vents du nord au nord-est et ceux du sud-est au sud ; parfois ils sont causés par des vents du nord variant successivement au nord-est et à Test, comme il a été indiqué plus haut, et par ceux du sud à l'ouest, principalement dans le canal de Formose, où ces vents se trouvent souvent en opposition. Dans les deux premiers cas, les phénomènes se dirigent entre l'ouest et le nord ; dans le dernier cas, ils prennent d'abord leur direction entre l'ouest et le sud ; mais ils peuvent ensuite se diriger entre l'ouest et le nord, s'ils rencontrent les vents du sud-est au sud, ce qui arrive quelquefois dans la partie ouest de la mer de Chine.

Les ouragans les plus violents se produisent ordinaire* ment lorsque les vents polaires du nord au nord-est et du nord au nord-ouest se rencontrent avec les vents de l'hémisphère austral du sud-est au sud et du sud au sud-ouest. Leur direction varie alors entre l'ouest et le nord (1), probablement parce que, dans cette mer, les vents venant du côté de l'est exercent sur ces phénomènes une influence plus considérable que ceux qui soufflent du côté de l'ouest.

Sur la côte de Chine, les vents varient du nord-nord-ouest au nord-est et même à l'est (page 57) , à toutes les époques de l'année, dans les beaux comme dans les mauvais temps ; lorsque ces variations se font lentement, elles sont le résultat du cours ordinaire de l'air ; mais si elles se succèdent à de courts intervalles, elles peuvent être la conséquence d'un ouragan ; elles se produisent aussi bien en dehors qu'en dedans du courant d'air circulaire (cyclone ou tourbillon) qui, très-souvent, constitue ces phénomènes.

En général, si les vents du nord au nord-ouest font baisser la température et monter le baromètre, c'est un indice de beau temps : les vents, en variant au nord et au nord-est, pourront bien acquérir une grande iûtensité, sans cependant atteindre celle de la tempête ; mais si le baromètre baisse, et si la chaleur augmente , lorsque les vents du nord au nord-ouest commencent à se manifester, ils pourront souffler avec violence en variant au nord et au nord-est et même à l'est.

Les 11, 12, 13 et 14 septembre, un ouragan se fit 'ressentir entre Amoy, Macao et la baie deMamée (1). Le 12 septembre, à 10 heures du matin, après un intervalle de calme et une forte chaleur, les vents s'élevèrent à Macao, entre le nord-nord-ouest et le nord ; ils varièrent ensuite, assez lentement au nord et successivement du nord-est à Test, et le 14 septembre, à 7 h. du soir, ils soufflaient du sud-est 1/4 est : assez modérés en commençant, ils augmentèrent graduellement de force depuis le nord-nord-ouest jusqu'au nord-nord-est, d'après les observations faites à bord de la corvette américaine le Plymouth; et jusqu'au nordest 1/4 est, d'après celles de la Bayonnaise. Après avoir dépassé ces directions, ils se modérèrent graduellement jusqu'au sud-est 1/4 est. Pendant ces mêmes journées, à environ 5° dans le sud des divers points de la côte de Chine, les vents soufflèrent avec une grande force de l'ouest-nordouest, et varièrent successivement à l'ouest, au sud-ouest et au sud.

Cet ouragan paraît avoir été causé par les vents du nord à l'est qui se sont successivement établis sur chacun des points de la côte, entre Amoy et la baie de Mamée, et par les vents du sud à l'ouest régnant à une certaine distance dans le sud de la côte de Chine,

D'après M. Relier, qui a publié et discuté un grand nombre de documents sur ce phénomène, la direction de la

(1) Annales d*kydrographie, tome iv, pages 156 et suivantes.

ligne de parcours du centre était le sud 52"" ouest, et la vitessemoyenne de lô^S à l'heure (1).

Les ouragans de la mer de Chine sont, ainsi qu'on vient de le dire, déterminés , comme ceux des Antilles, par la rencontre des vents de l'hémisphère boréal avec ceux de l'hémisphère austral ; les faits ne se passent pas cependant de la même manière dans les deux mers : ainsi , aux Antilles, ce sont les vents de ce dernier hémisphère qui, soufflant momentanément sur une petite étendue de mer, se portent à la rencontre de ceux de l'hémisphère boréal régnant déjà depuis quelque temps sur un espace de mer considérable, tandis que dans la mer de Chine il arrive assez souvent que ce sont, au contraire, les vents de l'hémisphère boréal qui, parvenant accidentellement sur une petite partie de cette mer, vont à la rencontre 'de ceux de Thémisphère austral, établis déjà depuis plusieurs jours sur la plus grande partie de cette même mer .

Je terminerai ce qui concerne les ouragans de la mer de Chine en reproduisant ce que Ilorsburg a publié sur ces phénomènes, qu'il désigne sous le nom de ty-foong :

« Les ty-foongs sont des tempêtes très-dangereuses que « l'on rencontre dans la partie nord de la mer de Chine, le « long des côtes sud et 'est de cette mer, près de Formose, « des îles Bashée et à l'extrémité nord de Luçon ; elles se « font également sentir à l'est de ces lies et dans le détroit « formé par Formose et l'archipel du Japon. Près de terre, c< ces tempêtes sont extraordinairement violentes ; elles di- « minuent graduellement à mesure qu'on s'avance vers le c< sud, et il est rare qu'elles dépassent le 14® degré de la- « titude nord. Cependant on a éprouvé quelquefois de forts c< coups de vent à un ou deux degrés plus au sud.

(1) Les observations publiées par M. Keller, comparées avec la carte quMl a dressée pour indiquer la marche de Cet ouragan, montrent que le centre était à peu près sur la perpendiculaire des vents perçus à Macao , à l'instant où ils ont soufflé avec force du N. N. 0. au N.; mais qu'au moment de leur plus grande violence, c'esUà-dire lorsqu'ils régnaient entre le N. N. £. et leN. £. 1/4 E., le centre se trouvait & peu près dans le S. 28oO. Cette dernière circonstance démontre de la manière la plus évidente que le courant circulaire (cyclone ou tourbillon} ne s'étendait pas Jusqu'à Macao. ^

c< On a éprouvé des ty-foongs dana les deux moufisons ; a mais il n'en [survient pas de très-violents dans la mer de a Chine, en mai, en novembre et décembre, et peut-être a n'en existe-t-il pas durant ces trois mois, quoique pource tant Ton soit exposé à trouver en novembre des rafales « très-violentes aux environs de Formose et des îles Bashée. c( Du mois de décembre au mois de mai, on est également ce. à Tabri de ces tempêtes, et depuis plusieurs années a c'est en juin et juillet qu'elles ont déployé le plus de « force : à cette époque, elles ont démâté un grand nombre (c de bâtiments et leur ont fait éprouver de graves avaries. « Les mois d'août, de septembre, d'octobre, sont aussi sujets « à ces tempêtes, et l'approche de l'équinoxe est un mo- « ment fort dangereux (particulièrement dans le cas où la a lune étant nouvelle se trouve en* même temps à son péria gée ; ces circonstances s'étant trouvées réunies plusieurs € fois, lors de l'équinoxe de septembre, il en est résulté des ce ty-foongs très-violents sur la côte sud de la Chine et pen- « dant lesquels plusieurs bâtiments ont été démâtés du ce 21 au 22 septembre).

ce Ce serait rendre un grand service aux navigateurs que a de leur prédire l'approche de ces tempêtes; mais il n'est ce guère possible de le faire avec certitude, puisque sou- « vent elles commencent sans être précédées d'aucun inoc dice. La teinte rouge que peuvent avoir les nuages ne (c doit pa^ être considérée comme un signe indicateur , « attendu que dans les plus beaux temps, au lever et prince cipalement au coucher du soleil, cette rougeur est sou- (c vent occasionnée par des reflets de lumière qui colorent a ainsi tous les nuages et particulièrement ceux qui sont ce opposés au soleil. Une atmosphère épaisse empêchant ce d'apercevoir la terre à une grande distance n'est point oc un signe défavorable dans la mer de Chine, car cette ce circonstance est assez générale dans les temps ordinaires. ce Deux houles courant dans des directions perpendiculaires ce ne peuvent en aucune manière faire soupçonner l'approche ce d'un ty-foong, vu que, sur les côtes de Chine, la mer est ce souvent très-tourmentée, même par un beau temps.

ce Un ciel serein et un horizon trè&-pur ne peuvent pas

— fis —

« non plus être considérés comme des indices certains « d'une continuité de beau temps , car les calmes, qui pro- « duisent une chaleur au dessus de la température moyenne, « sont quelquefois suivis de ty-foongs. Si l'horizon est clair « sur quelques points, et si les sommets des montagnes et « des îles sont environnés de gros nuages noirs, c'est une « preuve qu'il y a dérangement dans l'atmosphère, et alors « on doit redouter un coup de vent; mais toujours 'est-il « certain que les ty-foongs surviennent souvent avant que « rien ait pu les faire prévoir. Un bon baromètre est peut- « être le meilleur indicateur de ces tempêtes, et sur la côte « sud de la Chine, le mercure tombe quelquefois plus rapî- « dément qu'il n'a coutume de le faire dans les autres lieux « situés entre les tropiques.

« Il est arrivé à des navires d'être rejetés par des ty- « foongs de la Grande-Ladrone au Bonnet de Mandarin, « et même sur les îles Taya, près d'Hainan ; car, dans les c< îles et aux environs de la côte, ces tempêtes commencent « généralement du nord-ouest au nord ; les vents sautent « ensuite au nord-est et à l'est, d'où ils soufflent parfois « avec une extrême violence ; la mer devient alors trèsce grosse, et l'on éprouve de forts courants ouest. Les vents c< passent de l'est au sud-est et au sud, et ils deviennent a plus modérés : cette révolution circulaire des vents pen- « dant la durée d'un ty-foong ne se fait sentir que dans a ceux qu'on ressent sur la côte de la C2iine ou près de « cette côte ; car, à une distance de 2 à â degrés, cette (c révolution se fait dans un sens opposé, c'est-à-dire que € les vents qui, comme dans le premier cas, commencent « toujours à se faire sentir du nord-ouest au nord, au lieu ce de sauter successivement au nord-est et à l'est, passent <c au contraire au nord-ouest et à l'ouest, soufflent avec « force dé cette partie, et diminuent graduellement d'in- (( tensité à mesure qu'ils approchent du sud-ouest et du sud. c< Parfois on ne ressent pas de ty-foongs sur la côte sud « de la Chine pendant un certain nombre d'années. Ci, mais quelquefois on éprouve deux ou trois de ces tem- « pôtes dans la même année ; il arrive rarement qu'elles « soufflent longtemps avec violence. »

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