REMARQUES SUR LES PRESCRIPTIONS PRÉCÉDENTES
Les prescriptions que je viens de formuler supposent que les bâtiments naviguent dans des mers libres, et qu'ils peu* vent suivre les routes indiquées ; mais s'ils se trouvent près de terre ou entre des lies, ils ne peuvent plus se conformer à ces instructions. Les figures que j*ai construites pour re-* présenter la forme des ouragans, dans divers cas, quoique très-imparfaites, peuvent alors indiquer approximativement la route la moins mauvaise pour éviter le danger; mais encore faut-il avoir reconnu la forme et la direction des ouragans : ce qui est très-difficile, ainsi que je Tai déjà dit, dans les parages où elles ne sont pas toujours les mêmes.
Quelquefois plusieurs ouragans se manifestent simultanément sur des points plus ou moins éloignés les uns des autres; si une grande distance les sépare, les prescriptions précédentes peuvent encore être appliquées, selon les divers cas, avec quelque chance de succès ; mais si la distance est petite, elles deviennent insuffisantes, et il est impossible de les compléter, parce que jusqu'à présent il n'a été publié aucun document relatif aux ouragans dont il s'agit.
TROISlàMÉ PARTIE DES PRESCRIPTIONS.
Manœuvres à exécuter lorsque l'ouragan est déclaré.
Ausffltôt que les vents deviennent assez forts pour empêcher le bâtiment de se choisir une route, il faut serrer les voiles carrées ; ensuite le capitaine doit prendre un parti et se décider à recevoir l'ouragan soit en cape, soit vent arrière.
La cape est préférable pour les bâtiments lourdement chargés ; le vent arrière pour ceux qui le sont peu.
En cape, le bâtiment souffiîra beaucoup plus que vent arrière ; mais il pourra être moins longtemps exposé à la
fureur de i'oaragan, qui, alors, ne fait isouvent que passer sur lui, tandis que fuyant vent arrière, il se rapproche du centre de Touragan, ofi bien il le suit quelquefois pendant plufitours jours, moB voir dimimier la violence du vent (1).
Quel que boH le parti auquel se décide le capitaine, il faut qu'il Texécute^vant que le veiit ne soit trop violent et la mer trop grosse, car, plus tard^ il serait extrêmement dangereux d'essayer de passer du plus près au vent arrière^ ou de cette dernière allure à celle du plus près*
Si Ton met à la cape, il faut rentrer le boute^^ehors de foc, et ne conserver que les voiles de cape ; si dans cette position le capitaine avait des craintes pour ses bas mAts, il devrait se débarrasser des m&ts de hune.
Il peut devenu indispensable , dans quelques circonstanoesi de sacrifier les bas mâts pour sauver le bâtiment. Dans cette opération» on doit prendre les plus grandes précautions, conune lorsqu'il s'agit de couper les mAts de hune. Un marin expérimenté peut seul faire exécuter cette œanosavre sans qu'il en résulte de graves accidents»
Si le bâtiment fait vent arrière pour recevoir l'ouragan, il devra
Amener la corne,
Caler le mât de perroquet de fougue,
Rentrer le bout dehors de foc,
Et ne conserver que le fçc de cape bordé à plat.
Dans Thémisphère boréal, il faudra faire lancer le bâtiment sur tribord, autant que l'état de la mer le permettra, et sur bâbord dans l'hémisphère austral.
Si l'ouragan augmente encore de violence, de manière à compromettre le bâtiment, il faudra sacrifier successivement le mât de perroquet de fougue, le grand mât de hune« le mât d'artimoui le petit mât de hune et le grand mât ; quant au jxM de misaine, on ne doit le G(»;^r que lorsqu'on aura
(1) Le brick le Charl&f Bëddh dé MaûkÉoéf (ùfWM vimt ftfriètodMift cm èurii- 1^ eat raité exposé à sa^focew poaâaat mq ]ovu« \iltii a«aiUi, to 23 létrier mK par IÔ04S' de t&t. S. 0., 517045 de long. Ë. ; i\ A'en tni délifré que le 37,
recooBU l'impoiBibîUlé do Bauver le bfttimetti tti tofiiervBtit ce mêXé
En mettant à la eape» on doit avoir l'attention de pren-^ dre IdB amures de manière à ne paa s'exposer à nuMquer lorsque les vents tournent. Lors donc qu'on aura reconou que le bâtiment est plaoé sur la droite de la ligne de par* cours du centre de l'ouragan^ il faudra prendre lee anurea à tribord ; mais s'il est $ur la gauche de cette ligne» on devra praidre les amures à bâbord, quels que soient d'ailleurs Thémisphère et la direction de la ligne du par* cours.
J'ai conseillé, lorsqu'on fait vent arrière» de faire lanoer le bâtiment sur tribord dans l'bémispbère boréal» et aur bâ« bord dans l'bémii^h^e austral f parce que s'il le trouve dana le courant d'air oirculaire (cyclone ou tourbillon)» cette maflcravre l'éloigné du centre de l'ouragan» ou bien s'il est encore en dehors de ce courant» il s'en rapprochera moins vite } mais il faut mettre la plus grande attention à ne pas se laisser masquer par une saute de vents» lorsque» dans l'bémisphère boréal, le bâtiment se trouve à gauche de la ligne de parcours du centre» où les vents tournent de gau*< che à droite » et lorsque dans l'hémisphère austral 11 se trouve à droite de cette ligne» parce que les vents y varient de droite Sr gauche*
Quelquefois» dans les ouragans» les vents changent cap pour cap, soit subitement, soit après un intervalle de Calme 5 on ne peut, dans ce cas, donner aucun avis, et c'est au Capitaine à juger à l'instant même, diaprés les circonôtanceg qu'il est impossible de prévoir à l'avance, quelles sont les manœuvres à exécuter pour éviter des avaries.
*^ham»êa*éi**mêiiAmmimMmmilàhâi
RÉFLEXIONS SUR LES PRBSGKIPTKKVS NAUTIQOfiS W GfiNËRALi
fteid, Kelier, Thom, Ducom, etc. » etc. » ont publié des instructions nautiques indiquant les routes à suivre pour échapper à un ouragan, ou pour en souffrir le nooins de dommages possible , et ils les présentent conome applica-
bles indistinctement à tous les cas. Mais Redfielâ qui, de tous les auteurs, a le plus longtemps étudié la question des ouragans, et recueilli le plus d'observations sur ces phénomènes, s'est borné à donner des indications pour quelques cas particuliers. Mon intention était d'abord de suivre son exemple ; toutefois, publiant un travail spécial sur la matière, j'ai cru devoir donner des règles d'une appli*cation plus étendue, sans dissimuler cependant la difficulté de les généraliser ; il m'a paru non moins utile de montrer que la plupart des instructions publiées jusqu'à ce jour pourraient parfois induire en^ erreur les marins qui s'y confieraient d'une manière absolue.
Il est, du reste, un point essentiel sur lequel je suis parfaitement d'accord avec nos devanciers : quand les vents sont trop forts pour permettre de se choisir une route, je conseille, conmie eux, au bâtiment qui met à la cape, de prendre les amures à tribord s'il se trouve à la droite de la ligne de parcours du centre de l'ouragan, et les amures à bâbord s'il est à gauche de cette ligne, quels que soient d'ailleurs l'hémisphère et la direction suivie par le phénomène ; mais je ne partage plus leur opinion sur les routes à suivre, lorsque les vents étant maniables, le navire peut porter de la toile et faire du chemin dans une direction voulue.
Ils ont supposé, en effet, que si, dès les premiers indices d'un ouragan, les vents sont plus forts qu'à l'ordinaire, les navires se trouvent eBveloppés dans le cercle d'action du courant d'air circulaire, et ils ont formulé leurs instructions en conséquence. Je pense, au contraire, que les bâtiments ne sont point encore soumis à la puissance du tourbillon tant qu'ils conservent la possibilité de profiter de vents maniables, et c'est dans ces conditions qu'ont été rédigés les conseils que je donne aux navigateurs.
Cependant, leurs prescriptions et les miennes ne diffèrent pas d'une manière bien marquée pour les ouragans qui, entre les tropiques, se dirigent entre l'O. et le N. O., ou entre l'O. et le S. 0., suivant l'hémisphère, ni pour ceux qui, sur les côtes des États-Unis, prennent leur direction vers le N. E.
Mais nul n'a fait mention des ouragans déterminés par
des vents de directions diamétralement opposées, et pourtant ces sortes de phénomènes ne sont pas des exceptions ; ils sont au contraire assez fréquents dans les deux hémisphères, entre les parallèles de 25^ et ceux de 30^ ou 32^ {ty Dans quelques parties de la mer des Antilles et dans le golfe du Mexique, ils se manifestent parfois sur des parallèles même inférieurs à celui de 25^ (2) ; c'est surtout au point de vue des ouragans de cette espèce que les instructions publiées jusqu'à ce jour sont en défaut.
Au surplus, je le répète en terminant, les ouragans se produisent sous des formes si variées, et ils prennent souvent, dans les mêmes parages et sur les mêmes parallèles, des directions si différentes, qu'il est impossible de formuler, d'une manière absolue, des prescriptions pouvant toujours être appliquées avec certitude de succès.
(1) Voir le tableau no 1, Ouragan du Larck et du Thunder.
(2) Ouragan de VEcHpie, le ùunoU et le IJturiêr, pages S8 à 42. Ouragan de Cuba, pages 43 à 45.