DANS LES DIVERSES PARTIES DU GLOBE
DES TEMPÊTES ET DES COUPS DE VENT DANS LA PARTIE DE LA MÉDITERRANÉE COMPRISE ENTRE LES COTES DE FRANCE ET CELLES DE L* ALGÉRIE.
Pendant l'été, les vents polaires du nord au nord-ouest dominent entre les côtes de France et les îles Baléares : alors le temps est beau, le baromètre élevé, quoique par intervalle ces vents acquièrent une grande intensité. Entre les Baléares et les côtes de l'Algérie, le temps est beau, les vents sont modérés; ils soufflent le plus ordinairement du nord près de ces îles, du nord-est à mi-canal, et de l'est-
(1) Pendant les pamperos de Rio de la Plata, les nords (nortes ou northers) du golfe du Mexique et le mistral du golfe de Lyon, le ciel est ordinairement trèsclair, le baromètre élevé, quoique les vents soufflent avec violence.
nord-est à Test près des côtes d'Afrique.' Les vents de toute autre direction qui, daiîs ces parties de la Méditerranée, remplacent ceux du nord-ouest au nord ou du nord à l'est, sont P|irement forts, et les orages qui s*y élèvent n'ont donné lieu à aucune observation importante.
Les vents secs et brûlants du sud-est nommés sirocco régnent par intervalles sur les côtes de l'Algérie; parfois ils parviennent sur les côtes de France. Il semblerait exister quelque relation entre ces vents et ceux de même -direction observés dans les orages les plus violents qui se font ressentir dans la partie nord-ouest de la France.
Pendant l'hiver, les vents du nord au nord-ouest soufflent souvent sur les côtes de France, en même temps que ceux du nord au nord-est régnent sur les côtes d'Italie et dans le golfe de Gênes. A la même époque, les vents tropicaux sont fréquents sur les côtes de l'Algérie ; leur direction est toujours plus près de l'ouest sur la partie occidentale de ces côtes que sur la partie orientale ; assez souvent même, ils varient entre le sud et le sud-est du côté de Bone, lorsqu'ils soufflent entre le sud et le sud-ouest du côté d'Oran. Ils s'étendent plus ou moins près des côtes de France, et si, lorsqu'ils ont une certaine force, ils rencontrent des vents polaires intenses, ils peuvent déterminer soit un coup de vent, soit une tempête (l).Dans ce cas, les vents de toutes directions augmentent d'intensité à mesure qu'ils se rapprochent les uns des autres, et ils acquièrent leur plus grande force sur les points vers lesquels i\è convergent ; de manière que les vents peuvent ne pas être trèsforts sur les côtes, et souffler en tempête au milieu de la Méditerranée. Au surplus, il est reconnu que les tempêtes se font assez rarement ressentir en même temps, dans toutes les parties de mer comprises entre la France et l'Algérie : souvent, lorsque les vents sont violents entre la France et les Baléares, ils sont modérés entre ces îles et l'Algérie; réciproquement, lorsqu'ils sont violents dans
(1} Exposition du système des vents^ par M. Lartigue, 2* édition, page 31.
cette dernière partie de mer, ils peuvent ne pas être trèsforts entre les Baléares et la France (1).
Assez souvent, en hiver, les vents tropicaux ne rencontrent les vents polaires que dans l'intérieur de la France : alors les premiers peuvent être modérés sur les côtes et souffler en coup de vent ou en tempête aux points où ils se trouvent en contact avec les vents polaires, qui eux-mêmes augmentent aussi d'intensité à mesure qu'ils se rapprochent dexes points.
La dépression du baromètre est en rapport avec la force du vent ; dans quelques cas même, elle peut indiquer approximativement la distance à laquelle la tempête souffle avec plus de violence : ainsi lorsque, sur les côtes de France, la dépression est considérable avec des vents du nord au nord-ouest, la tempête est peu éloignée ; mais elle est à une grande distance, quand, avec des mêmes vents, le baromètre est élevé.
Lorsque les vents qui concourent à déterminer la tempête ont à peu près la même intensité, le point de leur plus grande violence se rapprochera tantôt des côtes de l'Algérie, tantôt de celles de France ; mais s'il y a une différence sensible d'intensité, le foyer de la tempête se transportera dans la direction soit du vent le plus fort, soit de la résultante des vents qui softt en lutte.
Dans les tempêtes, les vents soufflent du nord au nordouest ou entre l' est-sud-est et le sud-sud-ouest sur les côtes de France, entre le nord-ouest et le nord-est sur celles de l'Algérie ; mais au large des eôtes, les vents peuvent varier du nord-ouest au nord-est ou de l'est-sud-est au sud-sudouest : les vents de nord-ouest sont souvent très-forts sur
(1) Les tempêtes de la mer Noire sont produites , comme celles de la Méditerranée, par la rencontre des vents polaires du uord-ouest au nord-est avec les vents tropicaux du sud-ouest au sud-est ; elles se font rarement ressentir en même teaiT« dans toutes les parties de la mer Noire. Lorsque les vents soufflent en tempête sur les côtes d'Europe, ils sont souvent modérés sur celles d*Asie, et réciproquement, n se peut aussi , quand la tempête est au milieu de la mer Noire, que les vents ne soient pas très-forts sur les deux côtes opposées. La tempête du 14 novembre 1854, entre Balaclava et Ëupatoria, parait avoir été déterminée par le conflit de ces mêmes vents; mais les effets produits démontrent que ceux du sud au sud-ouest étaient les plus forts^
la partie de côte comprise entre le cap Lardier et l'embouchure du Var ; mais ils acquièrent rarement la violence de la tempête.
Quelquefois sur les côtes de France et aux environs de la Sardaigne, le mouvement des nuages indique les vents qui déterminent les tempêtes. Si ces vents soufflent du nordouest, on aperçoit assez souvent des nuages chassant du sud-ouest : la tempête est alors produite par les vents du nord-ouest et du sud-ouest ; d'autres fois les nuages chassent du sud-esL : dans ce cas, la tempête est causée par les vents de cette direction en conflit avec ceux du nord-ouest.
Souvent , au-dessus des nuages poussés par les vents de sud-est, il existe une autre couche de nuages se dirigeant vers le nord-est : alors la tempête est déterminée par les vents du nord au nord -ouest, à leur rencontre avec ceux du sud-est et du*sud-ouest. Parfois, lorsque la tempête souffle de l'une de ces dernières directions, les nuages accusent des vents de nord-ouest dans les régions élevées.
Pendant la durée des tempêtes, qui sont toujours accompagnées de pluies très-abondantes, souvent d'éclairs et de tonnerre, et quelquefois même de neige, les vents supérieurs tendent à se rapprocher de la surface, souvent même ils y remplacent les vents inférieurs, qui alors vont souffler dans les régions élevées (1). Ce changement ne s'opère pas de la même manière sur toutes les parties de la Méditerranée dont il est ici question : dans certains cas, principalement loin des côtes, les vents se succèdent à la surface par un revirement plus ou moins brusque ; leur violence ne diminue pas, lorsque ce sont les vents" polaires qui remplacent les vents tropicaux; tandis que d'ordinaire il se manifeste, dans l'intervalle, un affaiblissement considérable, sinon un calme complet, quand ce sont les vents tropicaux qui remplacent les vents polaires (2).
Parfois, aux divers points où s^opère le changement, il se forme des tourbillons ou trombes occupant chacun très-
(1) Exposition du système des vents, page 6/t.
(2) Exposition du système des vents, pages 28, 29, 48 et 64.
peu d'étendue, mais susceptibles de déterminer, en certains cas, des effets désastreux, quoiqu'ils ne paraissent pas, en hiver surtout, de même nature que les tourbillons observés dans les ouragans.
Quelquefois les vents du nord au nord-est qui dominent en hiver sur les côtes d'Italie et dans le golfe de Gênes, parviennent sur les côtes de Provence; si alors les vents du sud au sud-est soufflent du côté de Bone, et ceux du sud au sud-ouest du côté d'Oran, les vents du nord au nord-est varient à l'est-nord-est et à l'est, à mesure qu'ils avancent vers le sud et vers l'ouest : ils tournent ensuite vers le nord-ouest, soufflant alors de l'est au sud-est dans ie golfe de Lyon. S'ils ne rencontrent aucun obstacle, ils continuent ainsi jusqu'à l'Océan ; là ils remontent graduellement vers le nord etle nord-est, de manière à former un courant circulaire occupant une grande étendue (1). Dans ce cas, les vents n'acquièrent pas une grande puissance ; mais si, comme cela arrive fréquemment dans cette saison, les vents du nord à l'ouest-nord-ouest régnent le long des Pyrénées, l'espace occupé par le courant se resserre (2), et les vents de toute direction, mais principalement ceux du sud-est à l'est, peuvent devenir violents. Au surplus, dans le golfe de Gênes, sur les côtes d'Afrique, sur celles d'Espagne ainsi que sur celles de la Sardaigne, les vents peuvent ne pas être très- forts; mais ils augmentent progressivement de force à mesure qu'ils avancent vers les côtes de France, en même temps que leur direction se rapproche de celle du sud-est ou de l'est.
Des courants" circulaires, semblables aux précédents, s'établissent sur divers points de la côte d'Europe dans la Méditerranée, souvent même dans l'intérieur de la France ; ils se forment d*une manière analogue et sont soumis aux mêmes lois. Les vents n'y acquièrent pas une très-grande intensité lorsqu'ils ne rencontrent pas d'obstacle; mais ils deviennent violents s'ils sont contrariés dans leur course.
(1) Exposition du système des vents, pages 29 et 30.
(2) Une partie de ce courant, ainsi resserrée, est figurée sur la carte des yents dominants en hiver.
Ces courants diffèrent essentiellement de ceux qui constituent les ouragans ou les tempêtes tournantes : dans le premier cas, les vents qui suivent le cours ordinaire de l'air (1) tendent plutôt à se rapprocher du sol qu'à s'en éloigner; dans le second cas, le vent tourne en sens inverse du mouvement naturel de l'air, en même temps qu'il s'élève en tourbillonnant, de manière à produire une aspiration plus ou moins puissante. Toutefois, les tempêtes qui se manifestent dans la Méditerranée,^ quelle que soit, d'ailleurs, la manière dont elles se produisent, sont quelquefois aussi violentes que certains ouragans.