DES TEMPÊTES, DES COUPS DE VENT ET DES OHAGES EN FRANCE
Les tempêtes qui se font ressentir en France sont, comme celles de la Méditerranée, déterminées par la rencontre des vents polaires du nord au nord-est ou du nord au nord» nord-ouest, avec des vents tropicaux intenses du S. au S. E. et du S. au S. 0.; elles se produisent de la même manière et elles sont soumises à peu près aux mêmes lois. Les tempêtes sont fréquentes en hiver, plus rares en été ; mais, dans cette saison, il s'élève assez souvent des orages, principalement dans le voisinage des montagnes. Les plus violents sont en général causés par des vents chauds du sud-est au sud- ouest, qui ressemblent plutôt aux vents variables de la zone torride qu'aux vents tropicaux. Ces orages sont quelquefois constitués par des courants d'air circulaires ou tourbillons occupant ordinairement peu d'étendue (2).
(1) Exposition du système des vents^ pages 15, 16 et 3/i.
(2) MÉTÉORE DE Malaunay ET DE MoNViLLE, aoùt 18/i5 : « Le météore éclata « à Rouen, vers une heure ; vent violent du sud très-chaud à huit kilomètres de « Rouen ; vers i-h. 15, des nuages très-noirs, chassés avec force et venant du « sud-ouest, choquèrent ceux du sud et formèrent un tourbillon. » (Observations de M. Pressier, professeur de physique à Rouen. — Compte-rendu des séances de l'Académie des Sciences ; 1845, tome 21, page 498 ; rapport de M. Arago.)
« D'après M. Pouillet, la largeur de ce météore ne dépassait pas 30 à 40 mètres, « dans certains endroits ; dans d'autres, il s'étendait à 400 ou 500 mètres, et « même au delà » (Compte-rendu, etc., tome 21, page 546.)
Dans certaines circonstances, les orages, ainsi que les tempêtes, se propagent à la surface.de la terre avec plus ou moins de vitesse ; dans d'autres, ils se font ressentir successivement de distance en distance, et quelquefois simultanément sur plusieurs points plus ou moins éloignés les uns des autres.
Observations sur les Orages dans les montagnes des
Pyrénées.
Il y a peu d'orages en hiver dans les montagnes des Pyrénées; mais aussitôt que la température s'élève, ils deviennent moins rares; ils sont même assez fréquents en juin, juillet et août, qui sont les mois les plus chauds de l'année. Pendant les orages, la pluie tombe par torrents, les éclairs sont incessants et le tonnerre gronde sans interruption; mais les vents n'acquièrent une grande force que sur les plateaux un peu étendus et dans les plus larges vallées. Quelques-uns de ces orages ne s'éloignent pas des montagnes; d'autres se transportent avec plus ou moins de vitesse vers les terres basses situées plus au nord, où ils prennent parfois les proportions d'un ouragan.
J'ai pu maintes fois observer de quelle manière ces orages se forment, principalement à Eaux-Bonnes et à Baréges. Dans la première de ces vallées, des nuages se dirigent souvent vers le nord-est, tandis que d'autres plus élevés marchent vers le sud-est; quelquefois tous ces nuages sont à la même hauteur ; alors, s'ils convergent vers le même point, ceux que poussent les vents du nord-ouest se détournent successivement de leur direction primitive pour prendre celle des nuages venant du sud-ouest, dont la marche paraît toujours douée d'une vitesse relative plus marquée ; mais lorsque de part et d'autre ces nuages sont transportés avec un certain degré de rapidité, leur vitesse augmente progressivement à mesure qu'ils tendent à se rapprocher, jusqu'à ce que, la rencontre ayant lieu, ceux du nord-ouest
tournent brusquement de manière à former un courant d'air circulaire plus ou moins régulier et occupant d'abord peu d'étendue {fig. 1) (1).
Ce courant, dans lequel les vents tournent de droite à gauche, c'est-à-dire en sens inverse de la niarche des aiguilles d'une montre, s'établit ordinairement sur les 8 ou 9 heures du matin, heure à laquelle la brise de jour s'élève.
Quelquefois le ciel était déjà nuageux lorsque le courant circulaire commençait à se former ; parfois, au contraire, il n'existait d'autres nuages que ceux qu'avaient amenés les vents générateurs de ce courant ; dans quelques cas, ces nuages se dissipaient pour ne reparaître que vers les 2 ou 3 heureisde l'après-midi; mais dans d'autres, au contraire, ces nuages s'étendaient successivement, de manière qu'avant 3 heures le ciel était couvert dans toutes les directions. La plupart du temps, avant cette heure, les nuages, dont l'intensité continuait toujours à augmenter, empêchaient d'apercevoir le courant circulaire. Les éclairs n'apparaissaient d'ordinaire que quelque temps après la formation du courant; jusqu'alors rien ne manifestait l'existence de l'électricité.
La vitesse avec laquelle les nuages tournaient n'était pas d'abord très-grande, mais elle augmentait graduellement, et à mesure qu'elle devenait plus rapide, le courant circulaire paraissait agir à de moindres hauteurs. Vers les 2 ou 3 heures de l'après-midi, l'orage éclatait et se propageait avec assez de vitesse dans la direction du nord-est. Souvent le courant avait cessé d'être apparent quelque temps après s'être établi ; mais les lieux de son passage étaient indiqués par une plus grande accumulation de nuages et unô plus grande fréquence d'éclairs, mais surtout par les effets qu'il produisait à la surface de la terre, dont il se rapprochait à mesure qu'il s'éloignait des montagnes. La pluie et quelquefois la grêle tombaient sur tous
(1). Observations sur les brises de jour et les brises de nuit dans quelques parties des Pyrénées, par M, Lartigue. {Annales maritimes^ 1843^ t lxxxii, p. 967.)
les lieux au-dessus desquels ils passaient, la foudre y éclatait en même temps ; mais les vents n'acquéraient une grande violence que là où le courant circulaire paraissait être très-près du sol. Le mouvement circulaire était d'autant plus régulier qu'il était plus rapide, et il décrivait un cercle parfait lorsqu'il atteignait son maximum de vitesse (1) .
Dans la vallée de Baréges, les orages sont produits par les vents du nord et ceux de l'ouest-sud-ouest ; ils se dirigent vers r est-nord-est. Les nuages venant du nord, qui paraissent toujours à la même hauteur que ceux venant de l'ouest-sud-ouest, quittent ordinairement leur direction primitive pour prendre celle de ces derniers ; mais lorsque les uns et les autres ont une certaine vitesse, les nuages du nord tournent brusquement et forment un courant circulaire à peu près semblable à celui que produisent les vents du nordouest aux Eaux-Bonnes (2) .
J'ai observé dans cette dernière vallée un orage déterminé par les vents de l' est-sud-est et ceux de l'ouest-nordouest. Ces vents augmentaient progressivement de vitesse en se rapprochant les uns des autres, et sans changer de direction, jusqu'à une certaine distance du point vers lequel ils convergeaient ; là, ceux de l'esL-sud-est tournaient brusquement et formaient un courant circulaire [fig. 2). Ce courant existait déjà à 6 heures du matin, à une médiocre hauteur, au-dessus d'Eaux-Bonnes ; il s'était mis en marche entre 9 et 10 heures, se dirigeant très-lentement vers l'ouest-nord-ouest.
J'ai parfaitement distingué quels étaient les vents qui causaient les orages et de quelle manière ils se formaient, lorsque je me trouvais près du lieu où ils prenaient naissance; mais, si j'en étais éloigné, je voyais 1^ temps se couvrir, les nuages devenir de plus en plus intenses, soit qu'il
(1) Pai observé plusieurs orages dans les Pyrénées ; une fois seulement le courant affectait la forme régulière d'un cercle.
(2} Observations sur les brises de jour et les brises de nuit dans quelques parties des Pyrénées, par M. Lartigue. {Annales maritimes^ 181^3, t. lxxxii.' p. 660.)
fit caime, soit que le vent soufflât d'une direction quel* conque, et après un intervalle plus ou moins long, l'orage éclatait sans qu'il me fût possible d'apprécier quels étaient les vents qui l'avaient produit, ni de quelle manière il s'était formé.
Les vents du sud à l'ouest-sud-ouest soufflent fréquemment dans les régions élevées au-dessus des Pyrénées ; lorsqu'ils prennent de l'intensité , ils se rapprochent de la surface de la terre, qu'ils n'atteignent cependant qu'à une certaine distance de la base de ces montagnes : plus ils sont forts, moins cette distance est grande. C'est seulement à partir du point où ces vents commencent à souffler près du sol que les orages deviennent violents.
Pendant l'été, les vents du nord à l' ouest-nord-ouest ne soufflent souvent que sur le versant septentrional des Pyrénées ; alors les orages ne s'éloignent pas des montagnes. Quelquefois ces vents régnent en même temps sur ce versant et sur les terres basses qui se prolongent au nord. Dans ce cas, les orages peuvent s'étendre jusqu'au point où les vents du nord à l' ouest-nord-ouest cessent de souffler, et acquérir les proportions d'un ouragan. Alors la dépression du baromètre est considérable ; elle est peu sensible si l'orage ne se fait ressentir que sur une petite étendue. Après avoir quitté les montagnes, les orages changent souvent de direction ; alors ils prennent successivement celle de l'est et de l'estsud-est, à mesure qu'ils s'éloignent des Pyrénées. La dernière direction est celle que suivent ordinairement les orages qui se forment sur les terres basses.
DANS l'océan atlantique SEPTENTRIONAL.
FARTIE DE MER COMPRISE ENTRE LE PARALLÈLE DE 12 à 150 ^. ET CELUI DE dO« N. DEPUIS LA COTE d'AFRIQUE JUSQU'AC MÉRIDIEN DE 50<» O.
Pendant les mois de mai, juin, juillet et août, les vents alises du nord-est sont presque constants entre la limite nord des vents variables de la zone torride et le parallèle
— Iode 28"^ à 30* nord, depuis le voisinage de la côte d'Afrique jusqu'aux environs du méridien de 45*" ouest; le temps est ordinairement beau et les vents modérés entre ces diverses limites ; mais pendant le mois de septembre et une partie d'octobre, les vents du sud au sud-est soufflent quelquefois avec force dans les parages des Canaries. Il est des cas où les vents paraissent avoir quelque analogie avec ceux qui soufflent dans les ouragans (1).
En toutes saisons, les vents du sud-est au sud-ouest régnent de temps en temps, entre, les parallèles de ^i^ et de 23« nord, depuis le méridien de 45** ouest jusqu'à celui de 50^ ouest; ces vents, principalement ceux du sud-ouest, y acquièrent quelquefois la force des coups de vent ; les mêmes effets se produisent de loin en loin, sur la même zone, entre les méridiens de 38<> à 42'^ de longitude ouest,
COTE d' AFRIQUE ET ILBS DU CAP VERT.
Depuis le mois de juin jusqu'au mois d'octobre, les vents variables de la zone torride du sud à l'ouest régnent sur la côte occidentale d'Afrique et sur les mers adjacentes, entre le parallèle du cap des Palmes et celui de 12" à 15'^ nord ; ces vents acquièrent quelque intensité entre la côte et le méridien de 32® ; mais, à l'occident de ce méridien, ils sont généralement modérés, souvent même très-faibles.
Lorsque des vents polaires intenses s'établissent dans la Méditerranée, sur les côtes d'Espagne et de Portugal, ce qui a lieu fréquemment dans la période de juin à octobre, ils ajoutent à l'intensité des vents alises du nord-est et les poussent vers Téquateur ; ces derniers se substituent aux vents du sud à l'ouest, sans causer aucune agitation remarquable dans l'état de l'atmosphère, quand le changement s'opère à une grande distance de terre; mais il n'en est pas
(1) Dans le mois de novembre 1836, une tempête violente se fit ressentir à Tîle de Ténériffe. A Sainte-Croix, les vents commencèrent au S.-O., ensuite ils varièrent au S., au S.-E., à TE. et au N.-E., d'où ils pass^^rent brusquement au N.-O.
de iqême près de la côte et sur le continent : les alises du nord-est qui, dans ces parages, soufflent au-dessus des vents du sud à l'ouest, prenant alors de l'intensité, descendent à la surface et déterminent, sinon des ouragans, du moins des orages appelés tornados. Pendant ces orages, les vents soufflent avec une très-grande force.
Les tornados sont souvent occasionnés par l'action réunie des alises du nord-est et des vents de sud-est de l'hémisphère austral ; ces^derniers régnent fréquemment au-dessus des alises du nord-est, qu'ils remplacent plus tard lorsque, augmentant de force, ils se rapprochent du sol. Quelquefois, après avoir soufflé du sud-est, les vents passent brusquement au nord-ouest; alors les tornados peuvent prendre les proportions d'un ouragan. Dans le premier cas, le baromètre monte aussitôt que les vents du nord-est ou du sudest atteignent la surface ; dans le second cas, au contraire, il baisse d'une manière sensible.
Au large de la côte, les alises du nord-est continuent de souffler pendont plusieurs jours; mais près de terre et sur le continent, les vents, soit du nord-est, soit du sud-est, régnent peu de temps à la surface, et iU y sont bientôt remplacés par ceux du sud à l'ouest.
Les tornados sont le plus ordinairement annoncés par une éclaircie dans le nord-est et par un intervalle de calme qui succède aux vents de sud-ouest ; plus cet intervalle est court, plus les vents de nord-est et de sud-est soufflent avec force.
Parfois, sur le continent, les tornados sont précédés d'un ciel clair, d'une chaleur suffocante et de petits tourbillons qui soulèvent le sable et font tournoyer les plantes et mémo des branches d'arbre. C'est dans ces circonstances que les orages enlèvent du sol, pour les transporter dans les hautes régions, les sauterelles et autres insectes qui, étant ensuite poussés vers l'occident par les alises du nord-est, sont rencontrés par les navigateurs à des distances considérables de la côte d'Afrique (1).
(1) Eapofition du $yiteme dèi vin'i, etc., pags» 70 «t H,
' Les tomados parviennent rarement jusqu^aux tles dU cap Vert; mais dans ces îles et dans leur voisinage on ressent par intervalle, pendant les mois de juillet, août, septembre et octobre, des coups de vent du sud qui durent environ trois • jours.
On appelle harmattan les vents du nord-est à l*est, qui soufflent assez souvent avec force, principalement pendant le jour, sur la côte occidentale d'Afrique, depuis le mois de novemfire jusqu'au mois d'avril. Ces vents ne sont autres que les vents alises qui, sur cette côte comme sur toutes celles où des vents primitifs se dirigent de la terre vers lamer, acquièrent plus de force pendant le jour que durant la nuit (1).
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