L'AUTEUR A M. D. L
\ oi'S avez paru désirer, mon cher ami, que je donnasse plus d'étendue à ma dissertation du philosophe (*) : c'est pour me conformer à ce désir que j'ai entrepris cet ouvrage f dont je rends votre auiitié dépositaire. Je souhaite que vous en soyez content. Vous y trouverez du moins une apologie raisonnée de la phi" losophie , de tout temps si dénigrée par les fripons et les sots. Avant tout, j'ai commencé par l'examen de la question, S'il est utile d' annoncer la vérité aux hommes, et si elle ne peut pas souvent leur devenir dangereuse ; problème qui m'a semblé n'avoir point été jusqu'à présent suffisamment éclairci , puisque de bons esprits paraissent encore incertains de ce qu'ds doivent en pensor. C'est à vous, mon ami, de juger si j'ai bien ou mal réussi quant à la forme; car pour le fonds . je sais que mes sentimens sont conformes aux vôtres. Dans le monde où nous sommes , chacun se pique d'aimer la vérité ; cependant personne ne veut
(*) Cette dissertation est de feu 31. Dumaxsais j elle oit insérée clans un recueil publié sou» le titre de Nouvelle* libertés dé penser.
62 LETTRE DE l'aUTEUR.
l'entendre . et bien des gens condamnent ceux qui osen» l'annoncer. Il est vrai que les apôtres du mensonge pa raissent devoir encore long-temps être ici-bas les plus forts : voilà sans doute pourquoi communément l'on s'imagine que a raison a tort. Elle n'est point faite pour avoir tort auprès de vous; vous la cultivez, vous cherchez la vérité ; et en dépit de l'envie vous aimez la philosophie ; ainsi celui qid prend en main leur cause a des droits sur votre amitié
Je suis, etc. , DUMARSAIS-
Paris , le 7 mars 1730.