CHAPITRE PREMIER
De la vérité ; de son utilité. Des sources de nos préjugés.
ji la nature de l'homme l'oblige daus chaque instant de sa durée de tendre vers le bonheur, ou de chercher à rendre son existence agréable, il lui est avantageux d'eu trouver les moyens, et d'écarter les obstacles qui s'opposent à sa pente naturelle. Cela posé, la vérité est nécessaire à l'homme, et l'erreur ne peut jamais lui être que dangereuse.
«La vérité, dit Hobbes, n'intéresse les hommes » que parce qu'elle leur est utile et nécessaire : » les connaissances humaines, pour être utiles, » doivent être évidentes et vraies : iî n'est point » d'évidence sans le témoignage de nos sens : toute » connaissance qui n'est point évidente , n'est » qu'une opinion. »
L'opinion est la reine du monde. « Nos volon- » tés. dit le même philosophe, suivent nos opi- » nions, et nos actions suivent nos opinions; voilà » comment le monde est gouverné par l'opinion.» Mais l'opinion n'est que la vérité ou la fausseté établie sans examen dans l'esprit des mortels. Les opinions universelles sont celles qui sont gént ralement admises parles hommes de tout pays; les opiuions nationales sont celles qui sont adoptées par les nations particulières. Comment distinguer si ces opinions sont vraies ou fausses? C'est en recourant à l'expérience , et à la raison qui eu est le fruit ; c'est en examinant si ces opinions sont réellement et constamment avantageuses an grand nombre; c'est en pesant leurs avantages contre leurs désavantages; c'est eu considérant les effetsnécessaires qu'elles produisent sur ceux qui les ont cmhrasséeset sur les êtres avec qui ils vivent en société.
Ainsi ce n'est qu'à l'aide de l'expérience que nous pouvons découvrir la vérité. Mais qu'est-ce que la vérité l c'est la connaissance des rapports qui subsistent entre les êtres agissant les uns sur les autres, ou, si l'on veut, c'est la conformité qui se trouy*
entre les jugeme;is que nous portons des êtres, et les qualités que ces êtres renferment réellement. Lorsque je dis que le fanatisme est un mal, je dis une vérité confiin.ée par l'expérience de tous les siècles, et sentie i ar tous ceux que leurs préjugés n'empêchent point de connaître les rapports Bubsistaus entre les hommes réunis en société, où tout nous prouve que les opinions religieuses ont produit de tous temps les plus affreux ravages. Lorsque je dis que le despotisme est un abus funeste et destructeur, je dis une vélité, vu que l'expérience de tous les ài'cs nous prouve invinciblement qu'un pouvoir arbitraire est nuisible et aux peuples sur qui ou J'exerce , et à ceux par qui ce pouvoir est exercé. Lorsque je dis que la veitu est nécessaiie aux hommes , je dis une vérité, fondée sur les rapports constans qui subsistent entre les hommes , sur leurs devoirs réciproques , sur ce qu'ils se doivent à eux- mêmes eu conséquence de leur tendance xers le bonheur.
Socrate di.-ait que la vertu et la vérité étaient la même chose. 11 eut parlé plus juste s'il eût dit que la vertu est uue suite de la vérité : celle-ci en nous découvrant nos rapports, ou \vs lieus qui nous unissent avec les êtres de notre espèce , et le bul que nous nous j>i oposous à chaque instant, nous fait connaître la nécessité de nous conduire de la manière la plu^ propre à mériter l'affection, l'estime et les secours des êtres dont nous avons un besoin continue) . et de nous abstenir également de <~fe
qui pourrait leur déplaire ou se tourner contre nous -mêmes.
IVous voyons donc , que dès le premier pas , la vérité nous montre combien la vertu est nécessaire à un èlre rempli de besoins, vivant, en société, pour se mettre à portée de les satisfaire avec facilité. La vertu n'e-t autre chose qu'une disposition permanente à faire ce qui est solidement utile aux êtres de l'espèce humaine et à nous- mêmes. « La » vérité, dit Ifcllaston , n'est que la conformité à » la nature; ainsi ensuivant la véntél'onne peut ja- » mais combattre la nature. » Zenon a dit avant lui, que la perfection de l'homme consistait à vivre conformément à la nature , qui nous conduit à la vertu. Enfin Juvénal nous dit que jamais là. raison ne nous parle un langage différent de celui de la nature (1).
C'est donc dans la nature même de l'homme qu'il Faut puiser la vérité : c'est la vérité qui imus conduit à la vertu : la vertu n'est que l'utilité constante et véritable des êtres de l'espèce humaine ; sans la vertu ils tiendraient inutilement au bonheur. D'où il faut conclure que sans la vérité les hommes ne peuvent être ni vertueux ni heureux, et par conséquent que la vérité sera toujours le plus pressant des besoins pour des êtres destinés à vivre en société.
(1) Nunquam aliud natura , alïud sapientla dlcit. .TrvENAl. , Satir. xiv, vers. 3ai.
SUR LES PRÉJUGÉS. 6j
Ce que nous appelons la raison n'est que la vérité découverte par l'expérience , méditée par la réflexion, et appliquée à la conduite de la vie. A l'ai le de la raison nous distinguons ce qui nous peut nuire de ce qui nous peut être utile, ce que nous devons chercher ou fuir. L'expérience nous fiiit connaître ce qui nous est avantageux réellement et pour toujours, et ce qui n'a poumons que desavautagesfrivoleset passagers; en conséquence, la raisonnons décide eu faveur de ce qui peut nous procurer le bonheur le plus durable et le plus permanent ; c'est celui qui convient le mieux à un être forcé par sa nalure à désirer constamment une existence beureuse. Ainsi, sans la vérité l'homme n'a ni expérience ni raison; il n'a point de règle sûre, il marche au hasard dans le sentier raboteux de la vie: il demeure dans une enfance perpétuelle: il est la victime de ses préjugés c'està-dire des jugemens qu'il porte ou des opinions qu'il adopte avant d'avoir examiné. Son imprudence finit toujours parle rendre malheureux; dupe de ses jugemens inconsidérés, il n'a des idées vraies de rien : il marche d'erreurs en erreurs : il est à chaque pas le jouet infortuné de son inexpérience propre ou du caprice des aveugles qui le guident (i).
En effet, parmi les êtres qui s'appellent raison-
(0 Si , comme on vient de le dire . le préjuge, est un
nables par excellence, nous en trouvons très-peu qui fassent usage de la raison. Le genre humain entier est, de race eu race, la dupe et la victime de ses préjugés en tout genre. Méditer, consulter l'expérience, exercer sa raison, l'appliquera sa conduite, sont des occupations inconnues du plus grand nombre des mortels. Penser par soi-même est pour la plupart d'entre eux un travail aussi pénible qu'inusité ; leurs passions, leurs affaires, leurs plaisirs, leur tempérament , leur paresse, leurs dispositions naturelles, les empêchent de chercher la vérité : il est rare qu'ils sentent assez vivement l'intérêt qu'ils ont de la découvrir, pour s'en occuper sérieusement; ils trouvent bien plus commode et plus court de se laisser entraîner par l'autorité, par l'exemple, par les opinions reçues, par les usages établis, par des habitudes machinales (i). L'ignorance rend les peuples crédules;
jugement porte avant d'examiner, il est clair que tou tes les opinions religieuses et politiques des hommes ne sont que des préjugés , vu qu'ils de peuvent examiner les premières sans crime, et les dernières sans danger.
(r) Pauci sunt qui consilio se suaque disponant ; cœteri eorum more quee /lu minibus innatant } non. eunt sed Jeruntur. Senec. Epht. JCJC1II. Il dit ailleurs : Qui pecorum ritu sequuntur antecedentium gregem , pergentes , non quà eundum est sed quà itur. Seneca , de Vità beatà , c. i .
lenr inexpérience et leur incapacité les oblige d'ac corder une confiance aveugle à ceux qui s'arrogent le droit exclusif de penser pour eux , de régler leurs opinions, de fixer leur conduite et leur sort. Ainsi, accoutumés à se laisser guider, ils se trouvent dans l'impossibilité de savoir où on les mène, de démêler si les idées qu'on leur inspire sont Traies ou fausses, utiles ou nuisibles. 1 es hommes qui se sont mis eu possession de régler les destinées des autres, sont toujouis tentés d'abuser de leur crédulité; ils trouvent pour l'ordinaire des avant.'ifjes momentanés à les tromper : ils se croient intéressés à perpétuer leurs erreurs ou leur inexpérience; ils se font uu devoir de les éblouir, de les embairasser, de ics effrayer sur le danger de penser par eux-mêmes . et de consulter la raisou ; ils leur montrent les recherches qu'ils pourraient faire comme inutiles, criminelles, pernicieuses; ils calomnient la nature et \a raison; ils les font passer pour des guides infidèles ; enfin, à force de teneurs, de mystères, d'obscurités et d'incertitudes, ils parviennent à étouffe)' dans l'homme le désir même de chercher la \érité ; à écraser la nature sous le poids de leur autorité, à soumettre la raison au joug de leur fantaisie. Les hommes sentent -ils des maux et se plaignent ils des calamités qu'ils éprouvent , leurs guides leur donnent habilement le change, et les empêchent de remonter à la vraie source de leurs peines, qui se trouve toujours dans leurs funestes préjugés,
JQ ESSAI
C'est ainsi que les ministres de la religion, devenus eu tout pays les premiers instituteurs des peuples, ont juré une ÏKKne mortelle à la raison, à la science , a ia vérité. Accoutumée à commander aux mortels de la part des puissances invisibles qu'elle suppose les arbitres de leurs destinées, la superstition les accable de craintes, les étourdit par ses merveilles, les enlace par ses mystères, tour à-tour les amuse et les effraie par ses fables. Après avoir ainsi préoccupé et dérouté l'esprit bumain, elle lui persuade facilement qu'elle seule est en possession de la vérité, qu'elle fournit seule les moyens de conduire au bonheur ; que la raison, l'évidence et la nature sont des guides qui ue pourront mener qu'à la perdition les hommes qu'elle assure aveuglés par leur essence , et incapables de marcher sans sa lumière divine. Par ce lâche artifice ou leur montre leurs sens comme infidèles et trompeurs, l'expérience comme suspecte, ia vérité comme impossible à démêler, comme environnée de ténèbres épaisses , tandis qu'elle se montre sans peine à tout mortel qui veut écarter les nuages dont l'imposture s'efforce de l'environner.
Le gouvernement, partout honteusement ligué avec ia superstition, appuie de tout son pouvoir ses sinistres projets. Séduite par des intérêts passagers dans lesquels elle fait consister sa grandeur et sa puissance, ia politique se croit obligée de tromper les peuples , de les retenir dans leur?
tristes préjugés, d'anéantir danr tous les cœurs le désir de s'instruire et l'amour de la vérité. Cette politique, aveugle et déraisouuable elle-même, ne veut que îles sujets aveugle*- et privé-; de raison •, elle huit ceux qui cherchent à s'éclairer euxmêmes, et punit cruellement quiconque ose déchirer ou lever le voile de l'erreur. Les secousses effrayantes que si souvent les préjugés populaires Ont excitée-: dan? les empires , ne sont point capables de détromper les chefs des peuple'-, ils s'obstineut à regarder l'ignorance et l'abrutissement comme utile ; la raison, la science, la vérité, comme les plu? grauds ennemis du repos des nations et du pouvoir des souverains.
L'éducation, confiée aux ministres de la superstition, ne semble partout se proposer que d'infecter de bonne heure l'esprit humain d'opiuions déraisonnables, d'absurdités choquantes, de terreurs affligeantes ; dés le seuil de la vie l'homme s'abreuve de folies', il s'habitue a prendre pour des vérités démontrées une foule d'erreurs qui ne sproui utiles qu'aux imposteurs, dont l'intérêt est de 1p façonner au joug, de l'abrutir, de l'égarer pour en faire l'instrument de leurs passions et le soutien de leur pouvoir usurpé. Par-là ]e> sociétés ce remplissent d'iguorans fanatiques et turbulens qui ne connaissent rien de plus important que d'être -^^uglément soumis aux décisions capricieuses de leurs guides spirituels, et d'embrasser avec chaleur leurs intérêts, toujours contraires à ceux delà société,
Après s'être ainsi dès l'enfance empoisonné dans Ja coupe de l'erreur, l'homme tombe dans la société; là il trouve tous ses semblables imbus des mêmes opinions, qu'aucun d'entre eux ne s'est donné la peine d'examiner; il s'y confirme donc de plus en plus : l'exemple fortifie chaaue jour ses préjugés en lui; il ne lui vient pas même dans l'esprit de s'assurer de la solidité des principes , des institutions, des usages qu il voit revêtus de l'approbation universelle; en conséquence , il ne pense plus, il ne raisonne plus , il s'obstine dans ses idées : si par hasard il entrevoit la vérité, il referme aussitôt les yeux : il s'accommode à la façon de penser générale; entouré d'insensés, il craindrait le ridicule, le blâme ou les chàtimens , s'il ne partageait point le délire épidémicjue.
Voilà comment tout conspire en ce monde à dépraver la raison humaine, à étouffer l\ lumière, à mettre l'homme en garde contre la vérité. C'est ainsi que les mortels sont devenus, par leur imprudence, les complices de ceux qui les aveuglent et les tiennent dans les fers. C'est en les trompant au nom des dieux que les prêtres sont parvenus à les rendre étrangers à la raison, dupes de l'ignorance, opiniâtrement opposés à l'évidence, ennemis de leur propre repos et de celui des aulrcs. Les oppresseurs de la terre ont profité de leurs préjugés religieux pour s'arroger le droit cruel de les fouler aux pieds , de les dépouiller, de les sacrifier à leurs fantaisies. Par une suite leurs opi-
nions extravagantes les hommes sont partout plongés dans la servitude ; ils baisent humblement leurs chaînes ; ils se croient obligés de souffrir sans murmurer ; ils perdent l'idée même de jamais voir cesser les misères sous lesquelles ils se persuadent qne le ciel les condamne à gémir ici - bas.
Les mortels ainsi égarés par la terreur, avilis et découragés par leurs préjugés religieux et politiques , ne sont partout que des enfanssans raison, des esclaves pusillanimes, inquiets, malfaisans. Leurs opinions sacrées les rendent arrogans , entêtés, turbulens, séditieux, intolérans, inhumains ; ou bien ces mêmes opinions, suivant leurs tempéramens, les jettent dans le mépris d'eux-mêmes, dans l'apathie , dans une honteuse léthargie , qui les empêche de songer à se rendre utiles. Leurs préjugés politiques les font dépendre le plus souvent d'un pouvoir inique qui les divise d'intérêts, qui les met en guerre les uns avec les autres , qui ne répand ses faveurs que sur ceux qui secondent ses vues pernicieuses.
D'où Ton voit que les mobiles les plus puissans conspirent à briser les nœuds qui devraient unir le citoyen à la société et aux êtres qui l'environnent. Ce n'est pas encore tout, il est perpétuellement enivré de mille objets futiles desquels l'opinion l'accoutume, dès l'âge le plus tendre, à faire son bonheur : en conséquence , il devient ambitieux ; il soupire pour des distinctions frivoles, pour des grandeurs puériles , il hrûle de s'élever au-dessus
des autres; il désire ardemment des places qui le mettent a portée de vexer et d'opprimer impunément; il se croit malheureux quand il ne lui est point permis de prendre part aux dépouilles de sa patrie. Dévoré d'une soif inextinguible pour les richesses, il ne croit jamais pouvoir en acquérir assez pour satisfaire l'inconstance de ses passions, de son luxe , de ses fantaisies ; il porte envie a tous ceux que l'opinion du vulgaire imbécille lui fait regarder comme plus heureux que lui ; il cherche h s'égaler a eux , à les imiter, à les supplanter; il emploie, pour réussir, la ruse, la fourberie, la trahison, le crime; il se croit tout permis pour devenir heureux, et les opinions de ses concitoyens, toujours favorables au succès , l'encouragent à la perversité , ou étouffent bientôt en lui les remords passagers que pourraient lui causer ses forfaits. D'ailleurs il voit partout le crime honoré, approuvé, autorisé, récompensé parle pouvoir suprême, applaudi par lu voie publique, légitimé, pour ainsi dire, par le consentement tacite d'une société qui n'ose point réclamer (1).
Corrompu par tant de causes, le citoyen n'est point tenté de régler sa conduite ; il voit le vice,
(i) L'illustre président de Thou dit dans la préface de son histoire , « qu'an état est perdu, dès que ceux j) qui gouvernent ne distinguent plus les gens de bien a des médians. n Eam civitatem interlrc necesse est , cujus prrrf'ecti probos ab improbis discemere nesciu/if
• e dérèglement , l'indécence , la débauche respectés daus les grands; il voit la dissolution, les voluptés honteuses, la corruption des mœurs traitées de bagatelles , et incapables de nuire à la réputation , à l'avancement , à la fortune; il voit l'oppression, l'injustice, la rapine et la fraude regardées comme des moyens naturels de parvenir; enfin il voit la religion toujours prête à laver tous les forfaits et tout pardonner au nom de la divinité . Dès-lors , rassuré pour ce monde et pour l'autre , l'homme ne connaît plus de frein ; l'usage et les exemples de tant de criminels heureux calment les cris de sa conscience importune, il est sau> mœurs; et dans la société, depuis les chefs jusqu'aux derniers des sujets, l'on ne trouve qu'une chaîne immense de vices, qui forme une barrière impénétrable à la raison.
La science, les talens , les connaissances utiles ne sont pas moins négligés que les mœurs. La naissance, le crédit, l'opulence, la faveur, l'intrigue , la bassesse étant les seuls moyens de parvenir aux places , personne ne se trouve intéresse à se procurer à grande peine les lumières nécessaires pour les remplir. D'ailleurs les dépositaires de l'autorité , très-souvent incapables , négligens , corrompus eux-mêmes, ne sont poiut en état d'apprécier le mérite dans les autres ; ils le dédaignent, ils le haïssent ; le génie leur fait ombrage ou leur semble ridicule ; la probité les gêne et les condamne, la vertu leur déplaît, Ainsi les grands ta-
lens^sont le partage de quelques hommes obscurs, qui deviennent des objets de haine et de mépris pour la grandeur hautaine; elle ne répand les bienfaits que sur des âmes rampantes , à qui la fraude, la lâcheté, la souplesse, la complaisance tiennent lieu de mérite et de capacité. Ainsi le sort des nations est communément livré à des mains incapables et souillées ; la félicité des peuples est immolée aux caprices de quelques enfans remplis de vanité et de folie , qui se transmettent les uns aux autres le droit exclusif de se jouer de la patrie, que leur inexpérience conduit aussi sûrement à sa ruine que leur méchanceté.
Il est donc évident que l'ignorance est la source commune des erreurs du genre humain ; ses préjugés sont les vraies causes des malheurs qui l'assiègent de toutes parts; ses guides spirituels l'alarrnent, l'inquiètent, le rendent frénétique, ou bien étouffent son énergie jusque dans le fond de son âme : ses guides temporels l'asservissent, l'oppriment , le corrompent , et croient avoir tout gagné quand ils régnent sur des misérables. Ainsi l'état de société qui semblait destiné à multiplier les biens et les plaisirs de l'homme , n'est qu'un fléau pour lui ; il vit plus malheureux que dans l'état sauvage.