Essai Sur Les Principes De La Métrique Anglaise
$ 1. Jusqu'ici j’ai analysé uniquement et directement le rythme des vers anglais. Il semblera peut-être que j'aurais dû commencer par une étude sur le rythme en général. Mais c’eût été courir le risque de tracer un cadre a priori pour y faire entrer de gré ou de force les vers anglais. Maintenant que ce danger n’est plus à craindre, il ne sera pas inutile de présenter quelques observations sur la nature, les formes, la psychologie et l’esthétique du rythme. Non seulement elles éclaireront les chapitres précédents, mais elles sont à peu près indispensables pour bien comprendre les vérifications expérimentales de la Troisième Partie.
Je conserve ainsi dans mon exposition l’ordre que j'ai suivi dans mes recherches : d’abord, les théories anciennes du vers anglais m'ont surpris par leur inconséquence, comme par leur manque de base, et je les ai soumises à une critique qui m'a conduit à faire table rase de tout ce que j'avais appris(1); j'ai essayé ensuite d'analyser phonétiquement les vers anglais, en contrôlant mes propres sensations auditives par celles des autres métriciens (2); enfin, quand j'ai cherché à les vérifier à l’aide d'appareils, j'ai été amené à faire sur le rythme en général diverses réflexions qui n'étaient nécessaires pour tirer parti de ces vérifications, ou qui me sont venues à l'esprit au cours de mes expériences et pendant la lecture de mes tracés. Ce sont tout simplement ces réflexions que je vais présenter au lecteur (3).
(1) V. Introduction générale.
(2) V. Première Partie.
(3) Faute de loisir, je n’ai lu qu'après coup les ouvrages de physio-psychologie dont j'ai donné une liste en tête de la Première Partie, Comme cette lecture ne m’a pas amené à changer mes vues, je ne renverrai guère qu’en note aux livres en question et à divers traités techniques. Quand j'ai commencé ce travail, je connaissais depuis la date de leur publication die Anfünge der Kunst, de M. Ernst Grosse, la traduction française de la Psychologie de M. Hoffding, Konstens Ursprung, de M. Yrjô Hirn, La Genèse de l'Idée de Temps, de M. Guyau; j'avais étudié les traités des musiciens grecs et les divers ouvrages de MM. Westphal, Rosshach, Allen, Usener, Sievers, H. Müller, Heusler, Hirt, etc.
Vernier, Métrique anglaise, II. I
2 ÿ AVANT-PROPOS
Qu’est-ce que le rythme ? Comment pouvons-nous le percevoir et l’employer ? Où se rencontre-t-il dans la nature et dans l’activité humaine ? Quels en sont les causes et les effets? Comment s’est-il introduit et développé dans la poésie, en particulier dans la poésie anglaise, et sous quelles formes ? Quelle est l’origine, l’évolution et la valeur du vers? Voilà autant de questions qui se posaient et que j'ai cherché à résoudre. Les réponses que j'ai trouvées esquissent dans leur ensemble une théorie générale du rythme, assez complète sur certains points, un peu brève sur d’autres. Cette disproportion vient tantôt de ce qu'il m'a semblé inutile d’insister sur des faits généralement connus ou des explications déjà données, tantôt de ce que j'ai cru bon de m’étendre pour mieux exposer et relier entre eux des aperçus nouveaux, pour éclaircir mes Votes de métrique expérimentale. Malgré la diversité apparente des matières, tout se tient, et il y a du commencement à la fin un enchainement ininterrompu.