‹ Essai Sur Les Principes De La Métrique Anglaise (volume 2)Chapitre 25 sur 95 · MESURE DE L'ESPACE PAR LE MOUVEMENT DES MEMBRES · texte numérisé non relu

MESURE DE L'ESPACE PAR LE MOUVEMENT DES MEMBRES

$ 28. Chez un homme bien équilibré, on le sait, l'amplitude du pas ordinaire est à très peu de chose près constante. A l’ensemble des mouvements nécessaires pour lever la jambe en la pliant et pour reposer le pied à terre, correspondent des sensations cinétiques complexes, mais précises et faciles à contrôler, grâce à l'habitude que nous en avons acquise dans l’apprentissage et l’exercice de la marche. Une fois le pied à terre, l’autre jambe repart à son tour sur le même rythme. Ce rythme devient instinctif et machinal ; presque réflexe, il n’exige de notre part aucun effort d’attention ni de volonté : une fois l’ordre donné aux nerfs de faire recommencer une série déterminée de mouvements, la marche se poursuit sur le rythme adopté, aussi mécaniquement que le tic tac d’une horloge, et la volonté n'intervient plus que pour l’arrêter. Si d’un coup de sabre bien tranchant on décapite une poule qui se sauve, le corps sans tête continue sa marche (1).

$ 29. Si nous voulions régler à part et différemment chacun de nos pas, ce serait une dépense considérable et inutile d'énergie sous forme de volition, d'attention et d'effort musculaire. Voilà pourquoi, par simple économie de force, nous adoptons pour notre allure un rythme déterminé. Ce rythme ne peut être troublé, en dehors de l’action de la volonté, que par les émotions : elles suscitent dans la dépense d'énergie une augmentation ou une diminution d'intensité et de rapidité, qui entraine en général dans notre pas un changement d'amplitude aussi bien qu’un changement de vitesse. En dehors de ces troubles involontaires et des modifications volontaires, voulues ou consenties, l'amplitude du pas est donc constante

(x) Cest ce que raconte l’un des Goncourt, je ne me rappelle plus où. Pendant le siège de Paris, il se décida, non sans peine, à tuer une poule qu'il élevait ; Pour ne pas la faire souffrir, et aussi pour essayer le fil d’un sabre japonais, il la décapita de cette manière. — ll nl Se donc pas nécessaire de faire intervenir la sensation dynamique : quand les jambes ont pris telle position, dont nous avons connaissance par le sens cinétique, elles doivent exécuter tel mouvement,

et ainsi de suite.

chez un même individu. Quand on la connaît, pour l'avoir mesurée par comparaison avec une longueur connue, on peut sen servir inversement pour mesurer avec une exactitude relative des longueurs inconnues, des distances ; il n’y aura d’erreur grossière que si l’amplitude du pas est modifiée par quelque émotion. On peut faire davantage encore : par un effort de volonté et d'attention, on peut adapter son pas à un intervalle donné, à une longueur librement choisie ou fixée par autrui. Mais il'y faut un certain exercice, et l’on court risque de reprendre rapidement son pas naturel, à moins qu’on ne soit constamment guidé par un terme de comparaison, comme les soldats qui marchent ensemble au pas(1). Si d’ailleurs l'intervalle adopté dépasse l'amplitude ordinaire de notre pas et que nous nous efforcions de le conserver, nous serons portés à l’augmenter de plus en plus pendant un certain temps — à le diminuer, au contraire, s'il est moindre. En somme, les causes d’erreur sont à peu près les mêmes que dans la mesure des intervalles spatiaux par la vue.

(1) Ge genre de contrôle réciproque se rencontre aussi au point de vue de la hauteur du son : tels de mes petits élèves chantent ensemble assez juste les chansons anglaises que je leur apprends, tandis que chacun d’eux à part les chante horriblement faux.

CHARPRE: VI

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