NU VIA
Le groupe peut être croissant-décroissant :
AA ou EME
(1) V. p. 80, e, surtout la fin, — Il se peut que les groupes rythmiques soient De jo séparés subjectivement comme par un silence (cp: Wundt, Phys. Psych., Ip; 20 et Fi La même remarque s'applique aux groupes composés, entre lesquels le « silence » serait alors plus considérable. Si ce phénomène subjectif existe bien, ce dont je doute, il faudrait y voir la cause principale de l’erreur où tombent tant de métriciens en prodiguant les silences.
Verrier, Métrique anglaise, UM. 8
Suivant le caractère du groupe, le rythme est lui-même décroissant, croissant ou croissant-décroissant. C’est la ce qu’on peut appeler la marche du rythme.
Il ne faut pas croire que la présence de l’anacruse indique forcément un rythme croissant: j'en ai donné la preuve pour les vers anglais (1). Le tempérament de chaque peuple lui a fait adopter dans sa langue une marche dominante, qui par là même s'impose d'ordinaire au chant (2). Les chansons allemandes ont en général un rythme décroissant, comme les vers allemands ; c’est l'inverse en français(3). Si l’on observe que dans un même son l'intensité va presque toujours en décroissant, on s’apercevra que bien souvent le rythme croissant est en réalité croissant-décroissant (4).
Quand les groupes rythmiques d’un morceau présentent la même durée théorique et la même division temporelle, ils forment un rythme de durée (v. S 9, ex. »). C’est le cas dans les vers fambiques ou trochaïques des Grecs et dans beaucoup de nos chansons (v. S 9, ex. x, x’). Il est rare, cependant, que le dessin rythmique ne change pas quelquefois, par exemple quand l’un de ses éléments se résout (cc, au lieu de ), ou bien quand deux de ses éléments se contractent en un seul ( , au lieu de uu). Ainsi, la dipo-
dié we va peut étreremplacée par Se RE. ur Ce Le,
ex. y — y”) (6). En pareil cas, le dessin rythmique est complètement mo-
difié (ve ve, uv :}), si l’on ne rattache pas par l'intensité la
seconde partie de l'élément résolu à la première. Les Grecs indiquaient ce rattachement en répétant le point sur la note qui suit la brève forte ( © }, afin de rappeler que cette note, au moins dans son commencement, appartient bien à la 6£s:. Tantôt, le point est suscrit (comme sur la première note de la 665::) (6) ; tantôt, il est mis à droite de la note, pour montrer que malgré tout l'intensité a quelque peu diminué (7). Ce rattachement intensif des deux parties de l’élément résolu se fait avec d’autant moins de difficulté qu'on ne peut guère s’empècher de prolonger l'effort expirateur ou plutôt l'effet de l'effort expirateur du temps marqué au delà de la durée d’un son bref (8).
Les groupes rythmiques peuvent s’unir en groupes composés : © ou :ù (dipodie décroissante, cp. $ 116), & : ü * (dipodie croissante, ep. &.), uv? 0: ou £ ? 0: (dipodie décroissante). Dans le troisième exemple, qui repré-
Q) V. re Partie, K 187 et 243. La retraite (air du temps de Louis XIII) commence par un temps fort et présente deux terminaisons féminines ; le rythme n’en est pas moins croissant dans l’ensemble.
(2) V. Ire Partie, $ 100,
(4) Le rythme ne peut rester purement croissant que si l’intensité va en croissant jusqu’à la fin du son fort.
(5) Cp. $ 113.
(6) V. l'inscription de Tralles, Jan, Z. c., p.38 (dans ma transcription du $ 9, exemple y, jai prolongé les soufflets aux endroits en question).
(7) V. p: 112, note 1.
(8) V. Ire Partie, $ 51, 104 (note 3), 106, 110, et IIIe Partie, L. II.
LE RYTHME DU CHANT r15
sente peut-être le rythme ïambique des Grecs, il y à opposition entre la marche du groupe composé et celle des groupes simples.
On comprend que les Grecs aient conservé leur double série de pieds croissants et de pieds décroissants, même si leurs vers fambiques n'avaient pas toujours un rythme croissant: cette double scansion se fonde sur le rythme de durée, le rythme quantitatif, que forment par leur répétition les groupes rythmiques (1). Ce rythme de durée était très marqué dans leur poésie et en général très régulier. Il existe également dans beaucoup de chansons populaires allemandes, anglaises ou françaises, on peut même dire dans la plupart, et il y est presque toujours bien observé. Dans notre musique savante, au contraire, surtout dans celle d'aujourd'hui, il s’efface en général et disparait même quelquefois entièrement.
REMARQUE. — Faut-il voir dans les pieds de la mélodie et de la poésie grecques des groupes rythmiques plutôt que des mesures ? S'il en est ainsi, ces groupes rythmiques ne correspondent guère aux groupes logiques (mots et groupes de mots). C'est possible, mais peu probable, surtout dans les vers récités. La marche du rythme varie sans doute suivant la forme de la matière linguistique et suivant l'expression. Dans le passage d'Euripide dont nous possédons la notation musicale (v. p. 9, x” et note 6), la fin des dochmius impairs est indiquée par une note instrumentale, toujours la même (v. Crusius, Philologus, LIL, p. 183 et suiv., LIIT, Ergänzungsheft, p. 149 et suiv.), qui semble diviser le morceau en groupes rythmiques surcomposés. Mais le dochmius constitue une mesure surcomposée au sens moderne — à peu près exactement, si c'est le deuxième temps fort qui l'emporte sur les autres, comme je le crois (cp. p. 112, note 1) — exactement, si c'est le premier, comme le pensent d’autres métriciens. La note en question — Z ou, d'après Crusius, [| — servirait donc plutôt à indiquer la mesure qu'à diviser en groupes rythmiques. Dans les vers dochmiaques, comme dans les autres, les groupes logiques de mots et même les mots enjambent souvent d'un pied sur le suivant (v. le passage noté d'Euripide). Il est donc bien difficile de
voir dans le pied grec un groupe rythmique.