MOINES ET CHANOINES
Rivalité cjénéralc entre moines et chanoines.
Les moines ne pouvaient voir sans inquiétude se développer cette organisation puissante et soumise directement à l'évêque. Entre eux et les chanoines réguliers, les conflits et les transactions devaient être et furent en fait très fréquents.
Les conflits auxquels nous assistons sont de deux sortes : tantôt des églises, des paroisses sont enlevées aux moines pour être remises aux chanoines, ou aux chanoines pour être remises aux moines ; tantôt des abbayes de moines sont transformées, pour cause de corruption, en abbayes de chanoines et réciproquement.
De nombreuses abbayes de chanoines avaient été autrefois des abbayes bénédictines, le contraire était vrai aussi : Saint-Martin-des-Champs eut des chanoines jusqu'en 1071), puis de nouveau des moines. A l'époque de Pascal II, nous avons un acte de Manassès de Cambrai confirmant, en 1103, la substitution que son prédécesseur Gaucher avait faite à Liessies en y mettant des moines à la place des chanoines qui y étaient depuis le viu^ siècle '. Au contraire, à Poissy par ordre du roi, Ive de Chartres, en l'an 1100, fait expulser les moines pour les remplacer par des chanoines^. De même, Baudri, évêque de Tournai et de Noyon, écarte les nonnes de Notre-Dame de Bruges, dont il confirme la possession aux chanoines, comme l'avait déjà fait son prédécesseur Ratbode '^ Par contre, le concile de Langres, en 1106, adjuge
1. Copie d'après le cartulaire de Liessies, Biblioth. nationale, Collection Moreau, vol. 41, fol. 142.
2. Luchaire, Louis VI le Gros, Annales, n» 10; Prou, Recueil des actes de Philippe /«■■, n° cx\xix.
3. Miraeus, Opéra dij>lomulica, publ. par P'oppens, t. 11, p. 955.
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aux moines de Saint-Michel l'église de Sainle-Colombe qu'avaient usurpée les chanoines de Melun '.
Les accords ne sont pas moins intéressants ([ue les conflits. Ils sont d'ordinaire basés sur de mutuelles concessions de terres comme celui qui fut conclu, en l'an 1 100, entre les chanoines de Saint-Jean-des-Vig-nes et les religieuses de Notre-Dame de Soissons -', ou celui qui fut conclu, en 1107, entre les chanoines de Saint-Fursy de Péronne et les moines de l'abbaye du Mont- Saint-Quentin "'.
Souvent, c'est au jugement du souverain pontife cjue les conflits sont soumis. Ainsi, c'est Pascal qui, en 1108, se charge de régler le diiférend survenu entre les moines de Saint-Martin de Tournai et les chanoines de cette ville ^. En 1100, il approuve l'accord passé par Jean de Thérouanne et Geolfroi d'Amiens entre les chanoines de Bruges et les moines de Corbie \ En 1107, il juge le conflit survenu à propos d'un canonicat entre les moines d'Aurillac et les chanoines de Montsalès ''. Enfin, tout son pontificat fut occupé par la querelle qui divisait l'abbesse de Remiremont, Gisèle, et les chanoines de l'abbaye de Chaumoussey. Chaque année, il lance deux ou trois bulles pour régler le différend. L'àpreté de Gisèle dans ses revendications, son obstination à réclamer les terrains possédés par les chanoines fut finalement vaincue par Pascal II, qui donna raison contre elle à ces derniers ^.
La question de la « cura aniniarum ».
Le point principal sur lequel porta la lutte entre moines et chanoines réguliers fut celui de la cura animarum.