MOINES ET CHANOINES
Il est un principe inviolable du droit canon, c'est que nul ne peut exercer la cura animarum^ c'est-à-dire le ministère paroissial, s'il n'est prêtre. Or, tous les moines n'étaient j)as prêtres, tant s'en faut. C'est même pour cela qu'ils s'attachaient un certain nombre de vica/'ii, tant pour desservir les paroisses qu'ils possédaient, que pour satisfaire aux besoins du culte dans Téglise abbatiale.
Les chanoines réguliers, au contraire, étaientprêtres et n'avaient, par suite, aucune difficulté à remplir le ministère paroissial dans les églises voisines de leur collège ou de leur abbaye. C'étaient donc pour les moines de terribles rivaux : il était évident que l'évêque chercherait à développer leur nombre et leur influence, puisqu'ils lui restaient beaucoup plus soumis que les moines exempts. L'évêque n'avait pour cela qu'à user de ses prérogatives en enlevant à ces derniers l'autorisation de « nommer aux autels » ou (( aux chapelles », en refusant à leurs vicaires l'investiture de la paroisse qu'ils devaient desservir, pour la confier aux chanoines.
Urbain II avait senti le danger ; aussi, dès le concile de Clermont, avait-il pris la défense des moines et avait-il, au concile de Nimes, déclaré « que les moines pouvaient mieux encore que les prêtres séculiers s'acquitter du ministère paroissial » K
Pascal II réagit énergiquement contre cette mesure, peu canonique d'ailleurs. Le canon 11 du concile de Poitiers, de l'année 1100, interdit aux moines (( d'exercer le ministère presbytéral » '^. Pris dans un sens absolu, ce canon serait très gi'ave ; car on sait que certains moines se faisaient conférer la prêtrise afin de pouvoir être curés. Le canon 10 sert de contrepartie ; ce que Pascal enlève aux moines, il l'accorde aux chanoines réguliers : (( Qu'il soit permis », y est-il déclaré, « aux clercs réguliers, sur l'ordre de l'évêque, de baptiser, de prêcher, de faire faire pénitence et d'ensevelir les morts » ^.
Ce sont là, en quelques mots, toutes les principales fonctions
1. « Quod monachi sacerdotali minislerio rectius fungi possint quam presbyteri seculares » (Labbé, Concilia, l. XII, p. 935).
2. « Ut nullus monachorum parrochialc ministorium presbyteriorum présumât », (Mansi, Concilia, t. XX).
.3. (' Ut cleris regularilius, episcopi juussu, baptisare, penitenliam dare, mortuos sopeliri liceat )i [Ibid.).
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eumles. et 1 mcse : ,. sur Tordre de lévêque „ indinue bien la dépendance dans laquelle restent les chanoines par r pponâux d.ocesa,„s. Ces deux canons étaient le meilleur appui ,,ûe le pape pu^ donner aux chanoines et le meilleur ga,e de' leur ^ollT-
Une conclusion pourrait sembler, à la rigueur, inutile, puisqu'à la fin de chaque chapitre, nous avons été amenés à conclure des faits et des événements que nous y avions exposés quel avait été le rôle joué en France par le pape de 1099 à 1108. Nous voudrions seulement indiquer rapidement, en considérant le pontificat de Pascal et en jetant un coup d'œil sur l'histoire de la papauté aux xii*' et xni" siècles, dans quelle mesure l'œuvre de ce pape fut utile au Saint-Siège,
Nous avons successivement montré comment, par son attitude vis-à-vis du roi de France, Pascal II avait non seulement rétabli des rapports pacifiques entre le Saint-Siège et la monarchie capétienne (rapports compromis par la politique violente d'Urbain II), mais encore scellé avec Philippe P"" une alliance qui lui permit de lutter avec plus d'autorité contre l'empereur, tout en travaillant au progrès des principes de la réforme en France ; comment, d'autre part, le roi, sans rien abandonner de ses prérogatives et de l'influence qu'il exerçait sur son clergé, avait cessé de s'opposer systématiquement aux tentatives de réformes faites par le Saint-Siège et, dans la dernière partie de son règne, avait été loin de suivre une politique hostile à TEglise.
Cette bonne harmonie, apparente ou réelle, entre Pascal 11 et Philippe P' permit à la papauté de porter en France tous ses efforts sur le terrain religieux et d'y faire ainsi progresser d'une manière sensible la cause de la réforme. Sans heurter le roi de front dans la question des élections épiscopales et de l'investiture, elle réussit à faire avec lui un compromis par lequel les droits politiques du souverain étaient sauvegardés, sans que rien cependant fût sacrifié des principes essentiels de la réforme.
Au lli'u lie chercher ù iiHaiblir Tépiscopat au profit du nionachisnie, Pascal tâcha de 1 épurer et de le faire concourir, comme auxiliaire (hi Saint-Siè^e, à son œuvre réformatrice. Tout en continuant à se servir du clergé régulier comme de principal appui dans cette œuvre et tout en continuant à consolider la puissance de Gluny, dont il était sorti, Pascal évita de favoriser le monachisme aux dépens des évéques ou des chanoines, comme l'avait lait Urbain 11. Il ne chercha pas à se servir de ceux-ci contre ceux-là ; mais il remit les choses au point, voulant sauvegarder les droits de chacun et permettre à chacun d'accomplir son œuvre en paix. II donna aux abbayes les privilèges qu'il croyait utiles à leur développement, sans nuire pour cela au clergé séculier. Il favorisa également les autres ordres monastiques qui se constituaient en face de Cluny pour réaliser plus complètement l'idéal de vie religieuse que la grande abbaye avait trop souvent oublié. Enfin, comprenant l'importance qu'avait dans ce mouvement de réforme la régularisation des chanoines, il coopéra avec lépiscopat à leur développement, bien qu'ils fussent pour le monachisme un dangereux rival.
Grâce à cette politique de paix, à cette intervention purement religieuse dans les alfaires du royaume de France, la papauté avait réussi, en somme, à faire aboutir la réforme, ou du moins à préparer son triomphe ; et cela, sans rien brusquer, sans heurter personne, en parvenant même à se concilier le roi de France et à trouver en lui un appui contre l'empereur.
Une fois cette paix établie, cette réforme adoptée et reconnue, cette union entre le Capétien et le Saint-Siège scellée, la papauté pourra reprendre son vol et continuer la grande politi({ue de Grégoire VII et d'Urbain II.
La papauté alors avait eu à lutter à la fois contre les vices de ri']glise et contre les prétentions des princes placés en face d'elle. (]ette lutte, qui avait atteint son paroxysme sous Grégoire VII, devait trouver sa conclusion sous Calixte II, à Worms. Vaincue en apparence, en réalité la papauté tiiomphera. L'œuvre de réforme intérieure avait continué, nous ne dirons pas malgré la faiblesse, mais grâce à la politiijue conciliatrice de Pascal II ; et le compromis de Worms sera une reconnaissance équitable des droits respectifs du pouvoir tenq)orel et du pouvoir spii-ituel. La papauté deviendra alors assez |)uissante
pour se rendre indépendante de l'Empire, en s'appuyant sur le parti guelfe en Italie; et, avec Innocent III, elle apparaîtra comme la tutrice et la protectrice du pouvoir impérial. Le pape aura des rois pour vassaux ; il excommuniera ceux qui n'obéissent pas à ses ordres ; il organisera le gouvernement temporel du Saint- Siège ; il fixera les principes du droit canon. Non seulement la papauté triomphera alors en Allemagne, mais encore, tout en continuant à trouver un appui dans les villes guelfes du nord de l'Italie, elle créera dans l'Italie du sud la monarchie angevine, qui semblera destinée à mettre une puissance militaire irrésistible au service du Saint-Siège.
Ce résultat, comnuent Pascal l'eùt-il obtenu, s'il avait continué à montrer à la France et à la monarchie capétienne cette hostilité, cette opposition systématique dont ses prédécesseurs lui avaient donné l'exemple ?
L'accord de Pascal et de Philippe et, plus tard, le concordat de Worms lui-même ne peuvent être considérés comme un abandon des principes de la politique grégorienne. Si le pape alors renonça à poursuivre en France la lutte sur le terrain politique où l'avaient engagée ses prédécesseurs, ce fut afin de mieux réaliser l'œuvre de réforme religieuse que ceux-ci avaient entreprise et afin de pouvoir continuer la lutte politique contre l'empereur, qui refusait de céder. Et la preuve que ce ne fut là ni une reculade, ni une ^^olitique de lâches concessions, nous la trouvons dans l'histoire même de la papauté, qui, après 1122, les mains enfin libres, ne cessera, pendant tout le xii" siècle et jusqu'après Innocent III, de grandir, d'étendre sa suprématie aux dépens de l'empire, de faire triompher, en somme, les principes mêmes de la théocratie.
C'est un assez grand titre de gloire, nous semble-t-il, pour Pascal II, que d'avoir compris la difficulté de la situation que lui laissait Urbain II et d'avoir tenté, avec succès, de la résoudre pacifiquement. Il eut le courage de se contenter d'un rôle modeste, mais utile, de rétablir l'harmonie là où la politique violente de ses illustres prédécesseurs avait mis le trouble, afin de permettre à ses successeurs de reprendre leur œuvre et aux principes de réforme religieuse de triompher quand même. Il fallait être plus fin polititjue pour arriver au concile de Troyes et obtenir un pacte d'amitié avec ce roi qu'avait persécuté Urbain II,
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que pour prétendre écraser la France et le clerp^é gallican en fulminant contre lui excommunications sur excommunications. C'est à cette finesse politique, à cette vision juste des nécessités présentes, à cette intelligence des situations que revient l'honneur d'avoir su concilier le parti gallican-royaliste, le parti ultramontain-réformiste, le roi, le monachisme et l'épiscopat, dans un but commun de réforme et de progrès et dans une action commune d'opposition à l'Empire.
TABLE ALPHABÉTI QUE
Adalbéron, abbé de Saint-Vincent de Laon. — Accompagne Gaudx'i, évêqueélu de Laon à Langres,
Adam, abbé de Saint-Denis. — Conflit avec Galon, évêque de Paris, 54, 65, HO, n. 9. — Assiste aux obsèques de Philippe I»"" (1108),
Adèle, comtesse de Blois. — Conflit avec l'église de Chartres, 38- 40, 66. — Hildebert de Lavardin lui demande un sauf-conduit pour aller au concile de Troyes (1104), 40, n. 4; 68.
Adémar de Tournai, patron de labbaye d'Arrouaise flOOO), 124.
Adrien I""", pape, 48, n. 4.
Albano, évêché de la prov. de Rome. — Voir Richard d'Albano.
Albert, chancelier de l'empereur Henri V. — Reçoit des députés de Pascal II à Trêves (mai 1107),
Alexandre II, pape, 7.
Alexis I"'' Comnïîne, empereur d'Orient. — Sermon de Bruno de Segni contre ses perfidies (1106),
Alfanus. — Ses théories sur la papauté, XXI.
Allemagne, 2, 35, 48, 55, 57, 137.
— Les afl'aires d'Allemagne au concile de Troyes (1106), 56. —
La question des investitures en
Allemagne, 87.
Amiens (Somme). — Nomination de
Geofîroi à l'épiscopat d'Amiens,