CHAPITRE I
prêtres ou évèques, légats h lutcre, infailliblement en butte aux hostilités et du souverain et de son clergé, qui ne faisaient que (( passer parmi les clercs de France, sans rien connaître, sans rien juger sainement, incaj)ables de soigner des maux qu'ils ne pouvaient même pas apercevoir ' ».
Or, le seul prélat français ([ue Pascal eût pu choisir, puisqu'il ne pensait pas à Ive de Chartres, était l'ancien évèque de Die, Hugue, archevêque de Lyon, Riche, inlluent, il avait l'expérience de ces fonctions, qu'il avait exercées sous Grégoire et Urbain. Mais était-il « plus à même qu'un autre de reconnaître les maux qui se glissaient autour de lui », ce prélat qui, sous Grégoire Vil, avait cassé plus de vingt élections épiscopales, dont le pape avait dû souvent réprimer le zèle, défaisant ce qu'il avait fait, dont s'étaient plaints violemment les clercs de Cambrai et Manassès de Reims, qui, sous Urbain II, avait été l'âme de la politique anti-française et qu'enfin Ive de Chartres lui-même avait jugé comme nous venons de le voir?
Pascal ne le pensa pas, et pas plus alors que deux ans plus tard, il ne céda aux désirs d'Ive. Il préféra envoyer en France deux cardinaux-prêtres italiens, Jean de Gubbio. cardinal du titre de Sainte-Anastasie, et Benoît, cardinal de Sainte-Eudoxie. C'est là un des faits qui permettent de supposer qu'il voulait inaugurer à l'égard de la France une politique nouvelle. Bien que cette légation eût pour but précis de châtier Philippe, adultère, excommunié et qui semblait narguer le pouvoir pontifical en raillant cette excommunication, le pape évitait de choisir à nouveau pour légat en France Hugue, qui avait excommunié luimême le roi et secondé Urbain II dans sa lutte contre lui. Peutêtre cherchait-il déjà l'amitié de la France pour mieux résister à l'empereur? En tout cas, il apparaît nettement que c'est dans un but de paix et par un désir de conciliation, cpiil avait lîxé son choix sur des légats italiens.
Ce choix fut si sensible à l'archevêque de Lyon Hugue, (|u«\ sentant combien son prestige était tombé, il demanda au pape de lui confier une mission en Terre Sainte, dans res[)oir de trouver là-bas un clianqi d'action plus vaste, où il pourrait exercer sa domination et son autorité. Vers le mois do mars 1100,
t. Ive (le Chiiilivs, Icltri! 10'.>, Inc. cit., \k \\X.