‹ Essai sur les rapports de Pascal II. avec Philippe Ier (1099-1108)Chapitre 15 sur 128 · Jaffé-Wattenbach, Regesla, n° iY^iQ · texte numérisé non relu

Jaffé-Wattenbach, Regesla, n° iY^iQ

2. Voir la lettre 68 d'Ive de Chartres, au sujet de rélection de Jean, évêque d'Orléans, dans les Hial. do Fr., t. XV, p. 100.

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lilutions (les conciles, en leur nom on excommuniait les rois et les piinces '.

En France, la situation ne laissait pas (jue d'être embarrassante pour le pontife romain. Il avait à choisir entre l'envoi d'un léguât italien, légat ;i lufarc, c'est-à-dire choisi dans son entourai;e, et l'adoption comme légat d'un prélat français dont l'iniluence et la réputation imposeraient son autorité d'une manière indiscutable. C'est ce dernier parti qu'avaient pris Grégoire VII et Urbain 11, en choissant pour légat Hugue de Die. Souvent les clergés nationaux préféraient que les légats du Saint-Siège fussent pris parmi leurs propres membres ; parfois les rois eux-mêmes l'exigeaient. C'est ainsi (jue l'Angleterre, sur la demande de son souverain et avec l'assentiment de tout le clergé, n'admit jamais (ju'on lui envoyât de légat a latere, et Anselme de Canterburj eut pendant de longues années les honneurs de cette charge. Cette exigence se comprend de la part d'un clergé très uni et très soumis à son roi. C'était une garantie : le roi savait qvie jamais le pape ne ferait prendre à un légat, prélat anglais, des dispositions défavorables à son clergé ou même à l'autorité du souverain laïque sur son clergé. Tout autre était la situation en France, où le légat, vu la tension des rapports qui existait entre le roi et le pape, était moins un intermédiaire entre deux pouvoirs que le représentant de l'un d'eux en face de l'autre. Dans un clergé aussi divisé et aussi jîeu discipliné que l'était le clergé français, la situation du légat, prélat français, devenait intolérable et dangereuse. 11 est toujours pénible à des hommes de se voir censurer par un confrère avec qui on traitait la veille d'égal à égal. Et d'autre part, vu les jalousies et les querelles intestines qui déchiraient notre clergé, il était difficile à un prélat français de faire taire ses haines ou ses amitiés envers ceux dont il aurait à examiner la conduite, de juj^er impartialement et de rechercher l'intérêt de l'Eglise plus ([ue ses intérêts personnels. Un légat italien, nouveau venu en France, connu seulement par la mission dont il était chargé, étranger aux querelles de notre clergé, devait paraître plus exclusivement le représentant de son mandataire, et partant se faire mieux écouter.

'. Sur les 16f,'aLs, voir Thomassiii, Anriffinc et mturcllc ilisciplini' ilt' IKt/liae, ô.d. de 1864, l. II, p. Ml, et doin Hiial, Préface du t. MV du lieciieil des /lisfork'ns <h l.i l''r:inrr, p. \ii.

PASCAL 11 KT I.A l'BANCI':

Ce nV'tait cependant pas l'avis de tous les Français, et Ive, le grand conseiller des princes et des papes, écrira ' plus tard à Pascal, lorsqu'en 1102 se préparera une nouvelle légation, pour lui recommander instamment de choisir un prélat français comme légat. Et pourtant Ive, mieux que personne, savait les inconvénients d'un pareil choix. Il conseillera k Pascal de prendre Hugue de Lyon comme légat, alors qu'il s'était jadis plaint violemment à ce même Hugue de sa conduite en lui disant : « Pour vous obéir, et par respect pour l'autorité pontificale, je me suis abstenu de consacrer l'élu de Sens... Je vous prie et vous conseille fort d'être plus réservé à l'avenir lorsque vous aurez des ordres apostoliques à nous faire passer, de crainte que j)ar l'impossibilité de les exécuter, nous ne tombions dans la désobéissance. Avant de changer a votre gré la discipline établie... vous devriez considérer ({uel bien il peut en résulter... et si nous ne devons pas obéir au Saint-Père plutôt qu'à vous. Examinez si ce que vous ordonnez est licite et, si cela est ainsi, s'il est expédient de le faire. Autrement, vous rendrez odieux le joug auquel vous voulez nous soumettre "... » Dans ce cas particulier, Ive avait raison, et l'on voit à quels inconvénients le choix d'un légat français exposait le Saint-Siège: d'un côté, à faire donner par passion et pour des raisons personnelles des ordres injustes ou injustifiés, d'un autre côté, k faire réprimander vertement et d'une façon peu honorable pour l'autorité qu'il représentait le légat pris à partie.

Malgré cela, et avec un oubli de toute considération personnelle qui aurait peut être rendu Ive capable d'être le seul bon légat français, cet évêque d'une conscience absolument droite n'hésita pas, en 1102, jugeant que l'intérêt de l'Eglise l'exigeait, k recommander au pape de choisir un légat français, et spécialement Hugue de Lyon. Les raisons qu'il donne ont leur poids et ne sont pas déplacées ici, bien que nous devions y revenir plus tard, au moment où se place la lettre elle-même, avant la légation de Richard d'AIbano. Ive parlait du « joug » imposé par Hugue k ses confrères. Combien plus impatiemment les Français devaient subir le joug de ces prélats italiens, cardinaux-

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