CHAPITRE DEUXIEME
LÉGATION !>[■: i\:\y et rrnoit
Concile de Valence Affaires de ISorgaud cl de Ihujue de Flavigny.
La première affaire que les légats Jean et Benoît eurent à juger fut celle de Tévèque d'Autun Norgaiid. Nous les trouvons immédiatement aux prises avec Hugue de Lyon, qui ne pouvait j)ardonner au pape de lui avoir préféré ces légats a latere.
Un concile devait se réunir à xVutun, sous la présidence de Jean et de Benoît, pour juger Norgaud, accusé par ses chanoines du crime de simonie. Il avait, disait-on. promis à Tarchidiacre Gautier, en la présence du chantre Etienne, de lui faire obtenir tout ce qu il voudrait dans l'Eglise, s'il travaillait à faciliter son élection et si sa mère et son père, dont la puissance était grande à Autun, s'abstenaient de le combattre. C'est à ces intrigues qu'on attribuait le succès de sa candidature '.
Au lieu de se réunir à Autun, le concile fut convoqué à Valence et s'y tint le "30 septembre 1100, Hugue fut justement irrité devoir un évêque de sa province soustrait à son tribunal. En effet, Autun dépendait de la métropole de Lyon, tandis ([ue Valence était du ressort de Vienne. Il manifesta son mécontentement en s'abstenant de paraître à l'assemblée et en interdisant aux évèques de Langres et de Chalon d'y assister. Vingt-quatre archevêques, évèques et abbés y siégèrent ' ; beaucoup de Lyonnais y étaient venus pour défendre Norgaud, dont deux députés représentants d'Hugue. On commenva par se dis-
1. lluf^iu' de Kiavif,'ny, Chrnnicon, livre II, dans les Mun. (iorm.. Script., [. VIII, p. .490. Il no l'iuil pas ouhlierque llu^ue, abbé de Flavi<;ny, cbassé de celle abbaye par N()r<;aiid en 1091», racoiile loiile e(>lle liisloire avec imt> animosilé qu'il ne peut d'ailleurs dissimuler.
2. L'évèque de Mâeon, retenu prisonnier |)ar l'anlipapt- C.léinenl III, ne pnl assister h ce coneile.
i.KCATKt.N ni'! .ii:an i;r iîknoit
puter sur lu procédure à suivre. Les amis de l'accusé et Norgaud lui-même soulevèrent des difficultés : en ellet, plusieurs évêques français prétendaient que lusage, en France, était d'établir le corps du délit en demandant à l'accusé de prouver son innocence. Lesléf^als, au contraire, voulaient que ce fussent les accusateurs qui prouvassent ce qu'ils avançaient. Puis on discuta la question de l'appel à Rome : les légats s'y opposaient, alléguant qu'ils étaient eux-mêmes munis de pleins pouvoirs. Enfin, l'allaire traînant en longueur, la solution en fut remise au concile qui devait se réunir peu après à Poitiers ' .
Sur ces entrefaites, pendant que les légats, ayant appris que Norgaud avait la nuit même (30 septembre- 1'"" octobre) envoyé des présents aux membres du concile pour tiÀcher de les corrompre, privaient lévèque d'Autun de toute fonction « sacerdotale et pontificale », les chanoines d'Autun nommèrent treize députés pour aller exposer l'affaire au Saint-Siège. Ces députés, tous hostiles à Norgaud, se bornèrent à apporter au pape des lettres, malheureusement perdues, des deux légats Jean et Benoît et à renouveler devant Pascal, malgré les protestations de l'évêque de Màcon Bérard, présent â l'entrevue, les accusations déjà formulées devant le concile de Valence '.
A ce même concile, une autre affaire avait été débattue en présence des légats. Norgaud, en effet, avait encore par ses intrigues soulevé le couvent de Flavigny contre l'abbé Hugue, Blessé de ce que Hugue n'eût pas assisté en personne à son élection et oubliant les marques répétées de respect et de déférence qu'il lui avait depuis données, il lui avait interdit les fonctions de prêtre et était parvenu, malgré l'absolution des censures que Hugue avait reçue par commission de l'archevêque de Lyon, à irriter tellement les moines contre lui, que le malheureux abbé s'était retiré désespéré dans la terre de Couches, puis au monastère de Saint-Bénigne. C'est de là qu'accompagné de Jarenton, abbé de ce lieu, il s'était rendu au concile de Valence. En présence de Norgaud, il avait offert de se laver des accusations dont il était l'objet. Et personne ii'ayant pris la parole pour soutenir ces accusations, Hugue, défendu par Jaren-